Jean-Luc Raymond

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vendredi 23 avril 2010

Cours au CELSA en Sociologie des Médias informatisés, Twitter et Facebook comme objets

Je suis nouvellement chargé de cours au CELSA (Ecole des Hautes études en Sciences de l'Information et de la Communication rattachée à l'Université Paris-Sorbonne - Paris IV) en Master 1 Métiers de la communication et également en Master 2 Communication des entreprises et des institutions. Pour ce dernier parcours diplômant, je dispense un cours de Sociologie des Médias informatisés. Mes remerciements à Valérie Jeanne-Perrier, Maître de conférences CELSA Paris-Sorbonne.

Deux séances ont été consacrés à l'analyse d' "objets" média présélectionnés du point de vue du récepteur afin d'envisager une description critique de ceux-ci via des dispositifs/grilles permettant de proposer une approche décelant les mutations actuelles à l'oeuvre dans les médias.

Chaque séance a alterné une présentation de l'objet média dans son caractère pluriforme et un travail à partir d'exemples d'objets, avec capitalisation permettant d'en distinguer des traits d'analyses du point de vue du récepteur ou de l' "imaginaire" du récepteur : caractéristiques / contextualisations / capitalisations / discours / effets / modes de rediffusion et de re-création / modèle économique en jeu / structuration de la publicité... Ci-après, le plan de cours des deux séances

La Fanpage Facebook : de "l'ami de mon ami" à la figure du "fan"

Contexte

A distinguer de la page individuelle Facebook construite autour du profil et du Mur, le Fanpage Facebook (cf. http://www.facebook.com/pages/create.php ) s'invite comme une exposition d'une entreprise, d'une administration, d'un groupe (communauté, entité), personnalité et comme l'un des objets de communication "tendance" visant à communiquer au sens large (produit, marque, positionnement social et/ou politique...) via un mouvement d'adhésion : "Devenir fan".

Il y a désormais une exploitation communicationnelle majeure de la Fanpage construite comme un dispositif de communication "marketé". Les fameux "community managers" (en agence ou en entreprise) en font un des focus essentiels de leur mission d'animation de "communauté(s)". Le récepteur est au coeur du dispositif dans ce qu'il y a de bâti tout comme l'aspect publicitaire directement associé ; l'entreprise Facebook incitant fortement à promouvoir sa page sur Facebook via un apport publicitaire (régie interne Facebook).

Plan


1. De la relation de pair à pair individuelle à la relation "one to many"

Sur Facebook, le récepteur-acteur se construit comme un individu professionnalisé et utilitaire. La fanpage tend-t-elle à exacerber cette double fonction ? Quel est la place du récepteur en tant que "fan" et que signifie être "fan" ?

2. Le "hacking" ou piratage Web désiré par Facebook du récepteur-contributeur

La structure de la fanpage est assemblée via des applications différentes reconstituant un Web dans le Web : le FBML remplace le HTML, les systèmes de votes/sondages/avis sont possibles, l'agrégation via RSS peut y figurer de toute part, les possibilités d'analyses de l'audience y sont présentes et renforcées avec le temps.

La page ne « fait plus acte de » page mais peut être envisagée comme un jeu d'acteurs où un piratage « conventionnel » fait l'objet d'une forte invitation. Le récepteur "alimente" la fanpage, la rendant davantage attractive (contenu / applications / interactions / commentaires / jeu des onglets) et il se crée une méta-conversation comme variante de Facebook vs. Web.

3. La Fanpage Facebook s'imposant comme page Web : notion de "hub" identitaire

Noeud d'un réseau de récepteurs-contributeurs consommateurs, la fanpage se caractérise également comme un "dazibao" discursif et communicationnel d'interactions mêlant l'annotation, le statut comme témoignage-humeur instantané, l'aspect asynchrone conversationnel et une méta-discussion commentée ("j'aime", "je partage", "je commente").

S'y ajoutent la capitalisation d'éléments visant à constituer chez le récepteur une "identité-réseau" en ligne à la croisée d'affinités avec une stratégie plus ou moins affirmée (selon le positionnement de l’individu).

Bibliographie

ALLARD Laurence, "Blogs, Podcast, Tag, Locative media : le tournant expressiviste du web" in 2.0 ? Culture Numérique, Cultures Expressives, MédiaMorphoses n°21, Paris, INA, Armand Colin, 2007

BAUMAN Zygmunt, "S'acheter une vie", Paris, Actes Sud, 2008

GIFFARD Alain "Des lectures industrielles" in STIEGLER Bernard (dir.), Pour en finir avec la mécroissance, Flammarion, Paris, 2009

ILLOUZ Eva, Les Sentiments du capitalisme, Paris, Seuil, 2006

LEVY Pierre, "Le Jeu de l'intelligence collective" in Technocommunications, Réseaux n°79, Bruxelles, De Broeck, 2003

McKENZIE WARK Kenneth, Un Manifeste hacker, Paris, CriticalSecret, 2006

PETIT Pascal, "TIC et Nouvelle économie : Entre mirages et miracles" in Hermès n°44, Paris, CNRS Editions, 2006

PROULX Serge, "Les Communautés virtuelles : Ce qui fait lien" in PROULX Serge (dir.), Penser et Agir en réseau, Lévis, Québec, Presses de l'Université Laval, 2006

SCHOPFEL Joachim, "Animer le web 2.0 : Community manager" in Veille et recherche de l'information sur le Web, Archimag Guide Pratique, Paris, 2009 (Web)

VOIROL Olivier, "Les Luttes pour la visibilité", Réseaux n°129-130, Paris, Hermès, 2005
Coll., "Sémiotique et visualisation de l'identité numérique: une étude comparée de Facebook et Myspace", Working paper, Montpellier, 2009 (Web)


Le ReTweet chez Twitter : une nouvelle forme de la culture du commentaire ?

Contexte

Twitter est un objet média Web bien particulier, hybride dans sa forme, pluriel dans ses utilisations et au coeur d'un écosystème d'applications (via le dispositif technique partagé des API - Interface de Programmation). Dans le champ des échanges via Twitter, la pratique du ReTweet (republier un message de 140 caractères antérieurement publié par un autre utilisateur) s'est largement diffusée.

Quelle est la place du récepteur lors du ReTweet et que "vaut" le RT (ReTweet) : connivence, approbation, confiance, acceptation du message émis, de l'individu dans son champ relationnel ? Peut-on dire que le RT est une nouvelle forme de commentaire (vs. commentaire des blogs) ?

Plan

1. Le ReTweet scruté, analysé, catégorisé : de l'audience à la stratégie de communication

Aux RT, sont attachés des services tiers de Twitter permettant d'analyser les liens cliqués dans les messages rediffusés. Ces mêmes messages rediffusés sont agrégés, catégorisés et audités au sein de plateformes de popularité.

Le récepteur qui ReTweete est donc aussi un rediffuseur pouvant potentiellement ajouter à son discours une marque d'intérêt, une valeur et assure donc une capillarité du message redistribué vers d'autres récepteurs potentiellement redistributeurs.

Cette rediffusion peut tout à fait s'inscrire dans une stratégie de communication avec des données quantifiées et qualifiées. S'agit-il là d'une nouvelle mesure d'audience en ligne ? D’une syndication « masquée » ?

2. ReTweet et popularité : Sens, concurrence et publics symboliques

Aujourd'hui, popularité faisant, les acteurs de Twitter les plus RT sont souvent considérés comme des "influenceurs" par les marques et les acteurs économiques. Les publics qui RT sont des publics acteurs et leurs RT valent une forme d'approbation et de confiance.

Plus que cela, ces locuteurs « ReTweetés » et « ReTweetant » cherchent à affirmer une position dans la communauté des utilisateurs de Twitter et au-delà dans une perspective liée à un écosystème d’une présence en ligne (blog, réseaux sociaux tels Facebook, LinkedIn...) définie par des acteurs économiques comme « identité numérique », « gestion de la e-réputation », « personal branding » (stratégie de marque personnelle).

L'acte du ReTweet s'affirme-t-il comme un vote, un consentement, un encouragement... ou autre de la part du récepteur ? Essayons de caractériser ce que ReTweeter symbolise. Les publics des ReTweets sont loin d'être uniformes et les récepteurs ne rediffusent-ils pas vers des "figures" de l'internaute-consommateur imaginaire ou imaginé ?

3. Le ReTweet comme commentaire

L’acte du ReTweet met en valeur le message et son univers (contexte, émetteur, lieu de l'énonciation, organisation, représentation). En outre, le ReTweet publié joue sur un espace-temps délimité, et par un aspect éphémère du message diffusé (140 caractères noyés dans une ligne du temps où la diffusion de messages est "réactualisée" techniquement de façon permanente).

Le RT et sa rediffusion valent-ils force de commentaire ? S'agit-il d'une production différenciée et d'un trait de la "culture remix" comme nouvelle « figure de l’amateur » ?

Bibliographie

ASCHER François, "L'Ambition moderne de maîtrise individuelle des espaces-temps : outils et enjeux" in L'Age des métapoles, Paris, L'Aube, 2009

BOYD Danah, GOLDER Scott, and LOTAN Gilad (2010), "Tweet Tweet Retweet: Conversational Aspects of Retweeting on Twitter" - Proceedings of HICSS-42, Persistent Conversation Track. Kauai, HI: IEEE Computer Society. January 5-8, 2010, (Web)

BROUDOUX Evelyne,"L'exercice autoritatif du blogueur et le genre éditorial : un exemple avec le microblogging de Tumblr", Working paper, 2009, (Web)

CASTEL Robert, "Le Défi de devenir individu" in La Montée des incertitudes, Paris, Seuil, 2009

CRAIPEAU, "Le Collectif dans les mailles du réseau" in Communautés et Nouveaux modes de (Télé)communication, Terminal n°97-98, Paris, L'Harmattan, 2006

DOUEIHI Milad, La Grande conversion numérique, Paris, Seuil, 2008

JOANNES Alain, Le Journalisme à l'Ere électronique, Paris, Vuibert, 2007

GALAN Jean-Philippe, VIGNOLLES Alexandra, Twetnographie: Utilisation de Twitter pour la recherche en marketing, 14èmes Journées de Recherche en Marketing de Bourgogne, Dijon, 2009 (Web)

GALAN Jean-Philippe, VIGNOLLES Alexandra, Identification des leaders d'opinion sur internet : utilisation des données secondaires issues de Twitter, International Marketing Trends Conference, ESCP Paris, 2010 (Web)

KLECK Véronique, "L'Internet... et sa disparition" in Numérique et Compagnie, Paris, Ed. Charles Léopold Meyer, 2007

MAHAN Alexander, "De la Société de contrôle au désir de contrôle" in Google et au-delà, Multitudes n°36, Paris, Difpop, 2009

REBILLARD Franck, Le Web 2.0 en perspective, Paris, L'Harmattan, 2008

RHEINGOLD Howard, Smart Mobs, Cambridge, MA, Etats-Unis, Perseus, 2002

STIEGLER Bernard, Réenchanter le monde, Paris, Flammarion, 2006

Crédit photo : Ebauche du projet de logiciel Twitter par Jack Dorsey. Cliché sous Licence Creative Commons.

lundi 5 octobre 2009

Formation Real Time Web - Formation Web de l'instantané

En cette rentrée 2009, j'ajoute à mon catalogue de formations, une nouveauté : une formation Real Time Web - Formation Web en Temps réel. J'apprécie la traduction : Formation Web de l'instantané.

Prochainement, j'aurai l'occasion de développer sur ce blog cette notion de "Real Time Web" qui va prendre de l'ampleur en tant que pratique personnelle mais aussi dans le monde des entreprises, des institutions et de l'économie sociale (associations...).

La première session de formation Real Time Web que je coordonne aura lieu à Paris, le 12 octobre 2009. Ci-dessous, une présentation sommaire.

Pour plus d'infos (participation, programmation d'une session de formation...) : jeanluc.raymond@gmail.com


Formation Real Time Web - Formation Web de l'instantané


Contexte

Le monde de l'internet et de ses pratiques évolue. De la facilité d'écriture et de mise en ligne de ses contributions (blogs...) à l'échange au sein de réseaux dits "sociaux" entre connaissances (Facebook...) ou pour des pratiques professionnelles (Viadeo, LinkedIn...), des outils ont favorisé la mise en ligne collaboratives de productions audiovisuelles (FlickR pour les photos, DailyMotion ou YouTube pour la vidéo...), la capitalisation de connaissances (marque-pages jouant sur la popularité tels Del.icio.us...) et la personnalisation de pages (Netvibes...) remodelant l'utilisation du Web pour les entreprises et les particuliers. Le microblogging (Twitter...) ajoute une dimension d'échanges et de publication instantanées avec un écosystème d'applications liées.

Qu'est-ce que le Web de l'instantané ?


Au-delà de ces aspects, une nouvelle tendance forte émerge sur l'Internet aujourd'hui : la création de services, outils en ligne, moteurs de recherche spécialisés... autour de la diffusion d'instants, de témoignages et d'informations sur un mode en temps réel et de façon publique. On appelle cela le "real time Web" (ou Web en temps réel) ou encore Web de l'instantané.

Ce nouveau paradigme de l'internet se présente comme un flux très abondant de données diffusées de manière continu et une surabondance, un journal minute par minute de ce qui se dit, se fait et se pense... Avec une recherche permanente de construction ou reconstruction d'une identité numérique ou empreinte numérique au sein de ce flot de données en circulation sur Internet : le lifestreaming.

Les mondes de la communication, des médias, du marketing, les entreprises et organisations se doivent de comprendre les mécanismes du Real Time Web et de mettre en place des projets d'action cohérents.

Contenu de formation


Au cours de cette journée, il est proposé de découvrir quelques outils et utilisations qui refaçonnent de façon prégnante cet Internet d'aujourd'hui en devenir autour de cette notion de Web de l'instantané :
  • La notion de "hub" (noeud de réseau) : l'identité d'une personne, d'une marque, d'une association, d'une organisation ou d'une entreprise sur Internet n'est plus associée à un site internet qui "centralise" les informations mais à un faisceau d'une présence différenciée sur le Web. Quels sont les outils et les exemples de bonnes pratiques qui permettent d'assurer une telle présence en ligne ?
  • La capitalisation et recontextualisation de l'information publiée et disponible sur le Web sur un espace Internet pluriel (lifestreaming) qui permette d'agréger des articles, photos, vidéos, annotations... Et ceci de façon simplifiée. Des outils permettent aussi de créer de nouvelles narrations et une capacité d'expression individuelle ou collective ; faisons connaissance avec ces applications,
  • L'analyse des flux de données diffusées et d'informations capitalisables à travers des nouveaux moteurs de recherche spécialisés, des outils statistiques, des agrégateurs d'infos de nouvelle génération qui permettent de filtrer et garder en mémoire les éléments qui vous intéressent. Quels logiciels en ligne utiliser pour quels objectifs ?
  • Le rôle de l'attention : Dans cet internet où l'instantanéité est de mise... Quelle est la place pour un recul critique ? Quelles compétences sont nécessaires pour agir et mettre en place des projets en tenant compte de cet Internet ?
Crédit photos : Jean-Luc Raymond. Paris, 2009.

lundi 18 mai 2009

La vie en ligne et en flux



Dans l'espace-temps contemporain, la vie se confond en la gestion de flux de différentes natures. Ces flux tendent à disputer la place au mode relationnel classique. Dans les univers technologiques, les flux s'adoptent, se maîtrisent, se corrèlent, se rapprochent et jouent de leur multi-diffusion, de la multiplicité de leur captation, d'un accaparement éphémère de la part de l'utilisateur qui a des difficultés à en épouser le sens. Les informations se fanent dans des annexes documentées ou non, archives classées souvent dans des modes empiriques.

Les "channels" comme signaux de monstration

Dans le corps de l'existence du flux, se retrouvent les "channels", ces canaux qui telle la Citizen Band dans les années 1970-1980 célèbrent le pseudonyme, la personnalité (plus que la personne), un avatar de soi plus ou moins disposé à interagir avec d'autres. Le flux oblige à la constance du média, à une stabilité de la présentation, à des habitudes qui s'appuient plus sur la monstration (paraître) que la démonstration (parcours réflexif).

Des individus renseignés

L'économie des flux prédomine aujourd'hui dans une effervescence dont les modèles économiques demeurent incertains car le flux connaît un coût récurrent de fonctionnament considérable (bande passante des vidéos chez YouTube et DailyMotion) bien que se substituant de plus en plus au téléchargement (cf. le succès de Deezer, service d'écoute de musique en ligne). L'économie du flux s'appuie sur une économie de l'attention en offrant une hyper-personnalisation des flux (sélection des sources, des thèmes, des variations musicales ou des vidéos). Cette nouvelle programmatique s'affiche abondamment dans les médias comme variable de remplacement des mass media traditionnels. La monétisation des flux est consubstantielle à la notion de profil et donc de qualification de l'individu, une représentation en ligne renseignée (avec précision) dans ses flux d’interactions avec d’autres flux. Facebook et surtout Twitter s'inscrivent dans ce cadre de flux d'interactions perturbés par le bruit de la massification de l'utilisation d'une plateforme à la recherche permanente de signifiances.

L'acte de présence

Dans ces agglomérats organisés en flux, chaque personnalité joue d’une stratégie habile, malhabile ou d’une naïveté (socio-cognitive) pour attraper ce temps si précieusement disponible. La présence vaut acte de constance, d’installation d’un pouvoir qui occupe le terrain des mots, des échanges dans les espaces médiatiques. L’absence est aussi pouvoir sur Internet ; on l’oublie trop souvent. Occuper le terrain de l’expressivité, c’est proposer du contenu de flux, du contenu redistribuable… Le devoir de présence devient une obsession communicationnelle de notre temps ("à la demande"), bien plus que la problématisation du contenu produit… Drôle d’invariance sublimée et évaporée, un oubli...

Crédit illustration : Geek And Poke "
Social duties", 21 janvier 2008 sous Licence Creative Commons.

lundi 4 mai 2009

Twitter et enseignement : exemple en philosophie

Dans son édition du 30 avril 2009 (n°3322), l’hebdomadaire La Vie consacre un dossier de 4 pages sur les réseaux sociaux intitulé "Développez vos relations sur Internet" dans la rubrique Vivre Ensemble. L’accroche est séduisante : "My Space, Twitter, Facebook… Les clés pour faire un bon usage des réseaux sociaux". Vous retrouverez sur le portail de La Vie, un article largement consacré à Twitter ainsi qu’une présentation de 4 réseaux sociaux en quelques clics : Facebook, Twitter, MySpace et Beboomer.

Dans la version papier de l’hebdomadaire, un encart est consacré à une utilisation intéressante de Twitter dans un contexte pédagogique. La parole appartient à un professeur de philosophie : "François Jourde, prof de philo : Un apprentissage déterminant" ; extrait :

"Pour mes élèves, j’ai choisi Twitter, qui a l’avantage d’être simple dépouillé, sans publicité (pour l’instant) et encore en développement. Je leur ai demandé d’ouvrir un compte afin de se familiariser avec cet outil, puis d’inviter des personnes à les rejoindre. Peu à peu, notre réseau a formé une toile qui n’a pas de centre. L’utilisation de Twitter a permis de décomplexer mes élèves, surtout ceux qui avaient des difficultés à s’exprimer ou à nouer des contacts à l’extérieur. Certains ont même sollicité des spécialistes pour enrichir leurs exposés, ce qu’ils n’auraient jamais fait autrement. Avec l’arrivée des réseaux sociaux, avoir une identité numérique est devenu une nécessité. Encore faut-il savoir la construire. C’est pourquoi il faut accompagner les jeunes, afin qu’ils utilisent ces outils de façon intelligente. Dans le monde actuel, savoir faire communauté est un apprentissage déterminant. Si Twitter peut y aider, pourquoi s’en priver ?"

François Jourde est Professeur de Philosophie et de Psychosociologie de la communication (Lille, France). Voici l'adresse de son Twitter : http://twitter.com/francoisjourde .

lundi 12 janvier 2009

Zygmunt Bauman : 3 traits caractéristiques des réseaux sociaux

Zygmunt Bauman est un sociologue et philosophe polonais et anglais qui a traversé le 20e siècle avec une description du monde qu’il désigne « liquide », les liens sociaux devenant de plus en plus difficiles à décrire car improbables à saisir.

Dans son dernier ouvrage traduit en français "S'Acheter une vie" (Editions Jacqueline Chambon ; septembre 2008), passionnant s’il en est, Zygmunt Bauman franchit un pas, en indiquant que les individus sont à la fois les promoteurs des produits et les produits dont ils assurent la promotion, le marketing et la communication. Nous sommes tout à la fois la marchandise et le vendeur, les biens et leurs prescripteurs… Dans un même espace social : le « marché ».

Aussi, pour accéder à une position sociale favorable, il convient que les individus se reconditionnent sans cesse en produits pour attirer une attention continue ou discontinue. Cette captation permanente de l’attention est un fait majeur de notre monde contemporain occidental. Autrement dit, sans consommation, nous ne sommes pas.

Dans le 3e chapitre de l’ouvrage (« La culture consumériste »), Zygmunt Bauman définit 3 angoisses du monde moderne qui épousent étrangement 3 traits caractéristiques des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, LinkedIn...) :

L’angoisse d’être de rester en tête

« Le fait d’être « en tête » présage une possibilité de sécurité, de certitude et de certitude de la sécurité – précisément les types d’expérience qui font le plus terriblement défaut à la vie de consommation, bien qu’elle soit guidée par le désir de les acquérir.

La référence au fait d’ « être en tête du peloton du style » semble promettre une forte valeur marchande et une demande abondante (traduites l’une comme l’autre par une certitude de reconnaissance, d’approbation et d’inclusion). Dans le cas d’une tentative globalement réduite à la présentation d’emblèmes, une tentative qui commence par l’achat d’emblèmes, puis passe par l’annonce publique de leur possession avant d’être perçue comme achevée une fois que la possession devient publique, cela se traduit alors par un sentiment d’ « appartenance ». »

Le message s’accompagne d’une date limite d’utilisation

« Le message ne vaut que « pour les mois à venir », pas plus. Il s’accorde bien avec l’expérience du temps pointilliste composé d’instants, d’épisodes à durée déterminée et de nouveaux départs ; il libère le présent, qu’il convient d’explorer et d’exploiter à fond, des distractions du passé et du futur qui auraient pu empêcher la concentration  et gâter l’ivresse du libre choix. Il offre un double bonus : celui d’être momentanément à la page, tout en comportant une garantie contre tout décrochage futur (du moins pour ce qui est du futur prévisible, si tant est qu’il existe). Les consommateurs chevronnés comprendront ce message ; celui-ci les poussera à se presser et leur rappellera qu’ils n’ont pas de temps à perdre.

Ce message comprend donc un avertissement, qu’on aurait tort d’ignorer : les bénéfices qu’on retire d’une réponse rapide à l’appel, pour mirifiques qu’ils puissent être, ne sont pas éternels. Toute assurance de sécurité acquise devra être renouvelée une fois les « mois à venir » passés. « Le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli ». Pourquoi ? Parce que si la conquête de la scène implique d’en tenir à l’écart d’autres personnes, alors la conquête de la scène connue sous le nom d’ « attention publique » (plus exactement, l’attention du public désigné pour être recyclé sous la forme de consommateurs) exige d’en écarter d’autres objets d’attention – d’autres personnages et d’autres intrigues, y compris celles que les chercheurs d’attention avaient montées hier (…) Dans le monde moderne liquide, la lenteur annonce la mort sociale. »

Le choix du look

« On peut se choisir un look, choisir, en soi – choisir un look -, n’a pas d’intérêt puisque c’est ce qu’on doit faire, et que l’on ne peut s’en désister ou y échapper qu’au risque de se faire exclure. On n’est pas non plus libre d’influencer l’ensemble des choix disponibles (de looks) : il n’en reste pas d’autres puisque toutes les possibilités réalistes et recommandables ont déjà été présélectionnées, pré-écrites et prescrites.

(…) La pression du temps, la nécessité de se faire bien voir aux yeux du « peloton du style » au cas où ses membres vous regarderaient, au cas où ils remarqueraient et mémoriseraient votre tenue et votre maintien, ou le nombre strictement limité des choix que vous pouvez faire (« une demi-douzaine », pas plus). Ce qui compte vraiment, c’est ce que ce soit vous qui ayez maintenant les choses en main. Et vous devez les avoir en main : le choix vous revient peut-être, mais n’oubliez pas qu’il est obligatoire de choisir (…) Dans la culture de consommation, choix et liberté désignent la même condition ; on aura donc raison de les traiter en synonymes, du moins au sens où l’on ne peut s’abstenir de choisir qu’en abdiquant en même temps sa liberté ».

Les mots de Zygmunt Bauman font réfléchir sur ce que nous sommes comme êtres dans cette réalité virtuelle si attachée au réel.

dimanche 21 décembre 2008

Facebook, vide d'absence et différenciations générationnelles

Dans la nouvelle édition de la revue Médias (n°19 - Hiver 2008), Bruno Marlière signe un article sur sa découverte de Facebook (en trois jours chrono), de la création de son compte à l'exploration de l'utilisation de  la plateforme "relationnelle", un papier plein d'étonnements, d'humour et de questions : "Comment Facebook est devenu ma cour de récré".

Extrait de cette aventure, le 3e jour :

"Après quatre heures de vertige, je ferme à regret la fenêtre de récréation Facebook et fais ressurgir ma salle de classe, ma page Word. Un léger vide m'envahit, un vide de séparation, de celui que chacun ressent quand il raccroche au téléphone et quand le "bon ben, salut!" semble dérisoire, faible, mal assuré. C'est un vide d'impossibilité de faire, de celui que chacun a ressenti lorsque, dispensé de piscine car enrhumé, il restait assis au bord du bassin à regarder ses copains de classe faire des longueurs. C'est un vide d'absence.

Dire que Facebook est une drogue est faux. Ou alors l'amour est une drogue, l'amitié aussi. Aimer se marrer, manger avec des potes, se raconter des histoires, jouer, aimer tout court, c'est seulement aimer la vie. Dès lors, comment ne pas comprendre l'attraction pour un réseau perpétuellement connecté, où séparation et disparition ne sont qu'actes volontairement et individuellement consentis ?

Entre la page Bruno Marlière et celle de Léa, ma fille de 17 ans, il y a un monde, il y a des siècles. Pourtant, c'est le même outil. Mon Facebook semble statique, littéraire, confiné, organisé, comparé à celui de Léa, si mouvant, rapide, synthétique, expansionniste et surprenant."


Bruno Marlière indique là que l'utilisation de Facebook varie selon les générations avec des différences marquées dans la rapidité des interactions, les textes courts qui y sont présents (micro-publication) et les notes éditées. Les différenciations d'utilisations générationnelles de Facebook sont peu mises en avant dans les médias.

dimanche 14 décembre 2008

Twitter et microblogging : reconstruire des histoires et donc du sens

Dans son édition du samedi 13 décembre, Le Monde consacre un quart de page à la chronique hebdomadaire "Storytelling" de Christian Salmon (écrivain et chercheur) du nom de son essai best seller paru chez La Découverte en 2007 et désormais disponible en poche, toujours chez La Découverte.

Thème de ce nouvel épisode made in Christian Salmon : "L"histoire vouée à la casse ?" et plus exactement : l'adaptation des formats classiques de la narration aux nouveaux médias, à Internet et à l'hypercommunication... et la disparition des histoires.

L'avenir est-il aux microrécits ?

A la lecture de cette chronique, Christian Salmon explique que la narration est partiellement remise en cause par les outils multimédia et son utilisation et des microrécits (de l'ère Twitter ?) :

"Après la fin du star-system tant de fois annoncée, c'est une autre composante de son succès qui serait vouée à la casse : la "story". La bonne vieille histoire, avec un début un milieu et une fin, sans laquelle il n'y aurait tout simplement pas de cinéma hollywoodien.

(...)

Ce modèle d'écriture et de transmission des récits serait sérieusement en danger, menacé par l'explosion de la communication numérique, l'apparition de médias interactifs (téléphones, iPhones, micro-ordinateurs), la multiplication d'univers immersifs nouveaux (jeux vidéo, Second Life, "reality shows"...) et l'apparition de nouveaux formats de narration (hypertextes, multimédias).

L'audience se détournerait de plus en plus des longs tunnels narratifs de la production hollywoodienne pour se consacrer à d'autres formes et supports de lectures et d'écritures, comme les écrans et les téléphones portables. La capacité d'Hollywood à raconter une histoire serait progressivement grignotée par l'expansion des messages et des microrécits dans la médiasphère. Le récit traditionnel avec suspense, conflit et résolution serait en passe d'être noyé dans le bruit universel et le désordre visuel. Une nouvelle version de la fable du lion hollywoodien mis en échec par les moustiques de la Toile. "J'ai même vu un écran plasma au-dessus d'un urinoir", a déclaré le producteur Peter Guber (Midnight Express, The Color Purple, Rain Man, Batman...) qui donne à l'université de Californie un cours intitulé "Naviguer dans un monde narratif"..."

"Reconstruire" du narratif

La micro-écriture (phrases courtes et cadencées par le temps) offre en effet une autre rythmique aux récits. Celle-ci est témoignage (de par l'instantanéité), se veut un fil continu (dont il est difficile de relier les phrases parce que les outils s'inscrivent dans un flux qui est également un bruit) et interroge immédiatement l'autre (le locuteur - interlocuteur). C'est donc la forme narrative traditionnelle qui est froissée et élaguée.

Reconstruire des histoires... Si l'on y regarde, les services connexes développés pour Twitter (ou plateformes de microblogging similaires) tentent de reconstruire des histoires autour d'un flux échevelé (les groupes chez Twitter Groups, les indices de popularité, les sujets d'actualité chez TweeTag, les photos à partager chez Twitpic, la géolocalisation chez BrightKite...).

Ne pas rester confiné dans un bruit permanent est un enjeu tout comme reconstruire du sens qui ne soit pas uniquement synonyme de visibilité ou d'attention permanente.

dimanche 17 février 2008

Twitter, du microblogging aux micromédias

La vague des micro

Microlearning, micromédias, microblogs, microcélébrités, microédition, microformats… Le début de l’année 2008 est marqué par l’ascension du «micro » acoquiné à toutes les sauces. Alors que le macro est forcément impersonnel (vécu comme un tourbillon de la mondialisation), l’individu Internet noyé parmi des millions d’utilisateurs, le micro ne personnalise pas, il construit un univers d’un à un autre, d’un à d’autres, dans une relation « one-to-many » plongée dans une quête de sens et à la recherche d’un entre-soi formalisé. D’aubes annoncées en révolutions incertaines, les Second Life et autres Facebook sont renvoyés dans leurs gonds par des médias traditionnels cherchant leur nouvelle coqueluche technologique.

Le Deuxième Monde cherche un nouveau souffle

Exit des médias traditionnels : l’univers virtuel Second Life, miroir aux alouettes célébré un temps par le marketing comme un nouveau Deuxième Monde. Il préfigure sans doute des "metaverses" davantage participatifs et ergonomiques dans un esprit « ouvert » où les « worlds » se combinent plus qu’ils ne s’excluent et qu’ils n’excluent, où les soucis de connexion ne sont plus légion et où la compatibilité matérielle nécessite un commun minimum abordable. Second Life peine à devenir « mainstream » et donc à toucher le grand public.

"Poker" : "Tu es là ?"

Exit des médias traditionnels, peu à peu : Facebook, monde de l’Internet fermé, boum du deuxième semestre 2007 où l’identité numérique devient le cœur d’un service codifiant et qualifiant une publicité hyper-personnalisée. Cet internet de groupes où le « poke » se substitue au « hug », phagocyte le temps, sacralise à son maximum l’ami de mon ami dans un effet paroxystique où la nuée d’applications forme un univers avec une clé où l’appartenance permet d’ouvrir la porte de la connexion et de l’interaction. Sans cette clé, point de salut. Facebook gère l’existence et l'organise. Facebook signifie la présence. Existence et présence se confondent.

Twitter : remise en cause de l’outil et vie ritualisée en 140 caractères

A l’intersection du courrier électronique (email) et de la messagerie instantanée (IM), Evan Williams et son équipe ont réinventé la simplicité qui avait concouru au succès de l’adoption de la solution de blogs Blogger. Concevoir un outil ergonomique, facile à prendre en main, mu par un champ des possibles d’utilisations non définies. Twitter, c’est gazouiller et derrière le leitmotiv du cadre perpétuel à remplir « Qu’êtes-vous en train de faire ? » (« What are you doing ? ») en 140 caractères, se joue d’abord l’effet transgressif de ne pas répondre à la question, de braconner invariablement pour lancer des bouteilles à la mer, témoigner, informer, alerter, annoter, saisir l’inattendu, créer en mots...

Avec Twitter, c’est la remise en cause même de l’outil qui se manifeste. Etre prévenu par email, messagerie instantanée et par SMS en fait une machine douée d’ubiquité plongée dans le désir d’un monde occidental où la connexion à l’Internet se veut et se proclame permanente, non finie, sans frontière avouée. Sur Twitter, l’ultime barrière temporelle des fuseaux horaires n’existe plus. La « public timeline » (ligne du temps) est un flux cyclique, une humeur médiatique évènementielle et une garantie émotionnelle voguant sur les « marronniers » circonstanciés des saisons (Nouvel An, Soldes, Saint-Valentin, vacances) ; un univers de vie ritualisé.

Les sur-outils dévorent Twitter

Le nombre d’applications périphériques adjointes à Twitter ne cesse d’augmenter. Géolocalisation, popularité, audience (par followers), discussions à capitaliser, tendances sémantiques, modes d’alimentation de tweets… Invariablement, l’outil Twitter se laisse dévorer par ces modules. Hybride dans ses basiques, dépouillé dans son interface, Twitter est en outre d’une insatisfaction permanente : saturation de bande passante de la plateforme, réception plus ou moins aléatoire des SMS, implémentation minimale en interne de nouvelles fonctionnalités, utilisateurs toujours en quête d’un mieux.

Twitter est un outil de l’économie du désir qui vit de l’économie de la contribution tout en fixant l’attention. Son écosystème montre une instabilité certaine, épicentre d’un mouvement où l’on peut tour à tour renforcer sa tour d’ivoire en une solitude voulue et ou vécue, interagir en groupes établis ou naissants, composer des discussions s’évaporant quasi-instantanément, esquissant des traces censées indélébiles dans des moteurs de recherche…

Twitter, la micro-célébrité par la particularité

Avec Twitter, la célébrité est micro tout comme l’expertise emprunte des niches de sujets, préoccupations et thématiques qui poussent à la bribe de sens ou de synthèse, au dialogue contemplé ou à l’échange en interlocution. Outil « inter- » par nature et ambivalent par les sens qu’il peut construire et signifier, Twitter signifie dans l’utilisation propre non induite qu’en font les individus mêlée au devenir des 140 caractères alignés en mots.

Sur Twitter : la flexibilité de l’objet numérique

"Si son évolution actuelle se poursuit, Twitter s’engage potentiellement sur un chemin qui le conduit de son état initial de simple outil de communication à celui de puissante plateforme de gestion de présence, qui peut finir par impulser des pratiques sociales nouvelles. Twitter est unique en ce qu’il restreint le volume de la communication tout en permettant de partager largement des échanges issus de sources très diverses. A cet égard, sa singularité est d’être le premier outil de deuxième génération qui s’appuie exclusivement sur la flexibilité de l’objet numérique, sur sa taille relativement réduite quand il se limite à exprimer une option individuelle à un moment précis, et sur sa facilité d’agrégation. La tendance anthologique, en évolution constante, devient ainsi la clé d’une forme de densité sociale au sein d’une plateforme répartie de partage du savoir. La pratique anthologique actuelle est un immense succès à cause de sa façon d’exploiter l’interface entre le technologique (facilité d’accès, outils permettant d’exercer la fonction d’auteur, mots clés, etc.) et une aspiration individualiste à la distinction. Elle illustre aussi certains traits « littéraires » de la nouvelle compétence numérique, et la façon dont celle-ci récupère et s’approprie les modèles de la culture imprimée."

 
Milad Doueihi, La Grande Conversion numérique, Editions du Seuil, Paris, Janvier 2008, Collection La Librairie du XXIe siècle, Traduit de l’anglais par Paul Chemla.

Sur la micro-célébrité : contribuer marginalement

"La microcélébrité, c’est le phénomène d’être très connu, mais pas par des millions de personnes, plutôt par un millier de personnes voire quelques douzaines" selon le magazine américain Wired.

"La microcélébrité, c’est une réalité des signaux et coopérations faibles : je donne en permanence des signaux très faibles, je contribue très marginalement mais très souvent. Le moindre de mes gestes sur la Toile est un signe porteur de sens et de valeurs pour mes contacts" selon Pierre-Yves Platini du cabinet FaberNovel Consulting.

Technikart, dossier Tous micro-célèbres, Paris, Février 2008.

vendredi 15 février 2008

Geert Lovink, rencontre au Centre Pompidou (Paris) le 17 février 2008 sur le thème : Faut-il avoir peur du Web 2.0 ?

L'évènement autour du Web de ce mois de février à Paris est la rencontre Internet Mon Amour, le dimanche 17 février 2008 de 18h à 20h au Centre Pompidou (Petite Salle) ; l'entrée est libre. Thème de ce rendez-vous : "Faut-il avoir peur du Web 2.0 ?" avec un invité qui compte dans l'univers des réseaux et de l'Internet : Geert Lovink, activiste, critique d'art et créateur de l'un des médias contributifs les plus anciens de l'Internet (1995) : la liste de diffusion NetTime, accessible en plusieurs langues et considérée comme l'un des ferments du Net.Art et d'une culture critique du Web. John Perry Barlow, Bruce Sterling ou Hakim Bey y ont souvent contribué.

Dialogueront avec Geert Lovink : Agnès de Cayeux, artiste, Géraldine Gomez, curatrice au Centre Pompidou, David Guez, artiste hacktiviste, Valentin Lacambre, figure historique de l'Internet indépendant français, fondateur d'Altern et de Gandi, Nathalie Magnan, tacticienne des médias et cyberféministe, Annick Rivoire, créatrice du site poptronics.fr, Anne Roquigny, curatrice nouveaux médias.

Informations sur ce rendez-vous sur le site du Centre Pompidou et sur la page Internet Mon Amour.

Geert Lovink a permis de théoriser sur la notion de média tactique (ABC des médias tactiques, 1997), une notion d'actualité : "C'est ce qui se passe quand les médias bon marché issus de la révolution de l’électronique domestique et permettant une diffusion étendue (que ce soit les chaînes d’accès public ou l’Internet), sont exploités par des groupes ou des individus qui se sentent lésés ou même rejetés par l’environnement culturel existant. Les Médias Tactiques ne se contentent pas de rendre compte des événements ; n’étant jamais impartiaux, ils y prennent toujours part, et c’est cela, plus que toute autre chose, qui les distingue des médias dominants."

Geert Lovink n'est pas seulement un témoin des activités du réseau ; il en est un acteur et ses positions éclairent les utilisations en cours de l'Internet tout comme ses perspectives en termes d'échanges, de coopération, d'économie, de pratiques sociales et culturelles. Son éclairage sur le Web 2.0 et nouveau Web apporte une dimension de réflexion et de recul critique manquant singulièrement à la vague d'outils et de services se positionnant sur un marché local ou mondial.

En 2006, Geert Lovink a fait paraître Zero Comments: Blogging and Critical Internet Culture (Routledge, mai 2006), un ouvrage de 344 pages qui développe une théorie générale du blogging foncièrement critique. Il est directeur de l'Institute of Network Cultures à Amsterdam.

Pour aller plus loin sur les réflexions passées et présentes de Geert Lovink, quelques documents à consulter :

  • Entretien, propos recueillis le 4 juillet 1997 à Kassel ;
  • Interview pour le magazine Transfert (28 septembre 2000) au sein du dossier "L'autre mondialisation en marche" ;
  • Plusieurs articles de Geert Lovink (publiés en 2003 et 2004) pour la revue Multitudes : "Notes on the State of Networking", "Un monde virtuel est possible : des médias tactiques aux multitudes numériques", "Virtual world is possible : from tactical media to digital multitudes", "Après le boom de la Net-économie", "After the Dotcom Crash" ;
  • Interview pour le dossier Transversales du quotidien Libération (12 janvier 2008) : "Web 2.0 : "L'anonymat n'est plus qu'une notion nostalgique"" ;
  • Interview pour Eurotopics (28 janvier 2008) : "Survivre à l'ère de l'information" ;
  • Interview pour le mensuel Chronic'Art (4 février 2008) : "Netocrate #2 : Geert Lovink, le datadandy" ;
  • et bien entendu le site officiel de Geert Lovink.

lundi 8 octobre 2007

Révolution 2.0 : Musique, Jeux, Politique, Information, Rencontres ; hors-série de Courrier International

Le magazine Courrier International vient de publier un hors-série passionnant entièrement consacré à l’impact des nouvelles technologies dans notre société (octobre-novembre-décembre 2007 ; 7 euros). Intitulé « Révolution 2.0 : Musique, Jeux, Politique, Information, Rencontres », ce numéro de Courrier International est judicieusement sous-titré « Comment le Net va (encore) changer votre vie ».

Au sommaire, le principe récurrent qui a érigé ce magazine en référence : des articles de la Presse internationale traduits en Français, certains ont déjà figuré dans des éditions antérieures de Courrier International, d’autres sont inédits dans leur version dans la langue de Molière.

En introduction, une superbe iconographie met en avant six cybercitoyens avec le mot « Respect » en exergue. Ils ont joué pour certains joué un rôle fondateur dans l’informatique de ces 20 dernières années, pour d’autres, ils tendent à être les personnages phare de l’Internet d’aujourd’hui : Tim Berners-Lee (celui qui a créé le World Wide Web en 1989), Richard Stallman (« le logiciel libre, c’est la liberté »), Linus Torvalds (l’homme du noyau Linux), Jimmy Wales (cofondateur de la base de connaissances Wikipedia), Chris DeWolfe (un deux créateurs de MySpace) et Marc Zuckerberg (il a lancé Facebook, la plateforme qui compte 40 millions d’utilisateurs).

Courrier International décline ensuite 5 thématiques clé de l’Internet en 2007 :

  • Libérez-vous : Historique du Web 2.0, l’avènement de la culture libre, les intermédiaires remis en cause, le jeu de la célébrité en ligne, gratuit et copyright font bon ménage, la productivité réinventée du travail,
  • Partagez : Une analyse du phénomène Wikipédia, la montée en puissance de Facebook, la radiodiffusion revue et corrigée avec le podcasting, le nouveau règne de la cartographie en ligne, l’artiste amateur qui gagne à être connu sur Internet, la remise en cause de l’expert,
  • Militez : La citoyenneté en ligne et son impact sur les campagnes électorales, la liberté d’expression via le Net, le pouvoir des blogueurs d’opinion, les actions collectives des internautes,
  • Informez-vous : L’impact des blogs et des blogueurs dans les médias, la fiabilité de l’information à l’épreuve de l’opinion, la photographie amateur imprègne nos perceptions de la réalité, le statut du journaliste largement égratigné, la mobilité accélératrice de la diffusion de l’information, la vidéo et la télévision favorisant les formats courts,
  • Jouez : Plongée dans les univers virtuels Second Life et Cyworld, leurs dangers et l’économie de ces mondes, les jeux interactifs, les sitcoms interagissent avec les internautes (webcoms).

Pour chaque article, une webographie est fournie et des ouvrages faisant autorité sur les sujets évoqués sont présentés tout au cours de ce numéro hors-série. Cartes, graphiques et cartoons viennent complémenter les papiers. « Révolution 2.0 » est un guide de référence pour naviguer dans les méandres du nouveau Web de par la qualité des articles sélectionnés et la pluralité des points de vue proposés.

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