Suite sur ce blog de la rubrique Tendances. Expressions ou termes du moment, bribes d'idées sur notre temps, concepts à la mode... Les mots soulignés correspondent à des amorces de Tendances. Notre monde est en perpétuel recherche de repères. Bonne lecture!

Crisogène comme crise

"D'abord la société se judiciarise : tout dommage doit être réparé et chaque accident, avoir son responsable. On veut des coupables, on adore les victimes ; ensuite, les salariés se distancient de l'entreprise et balancent plus volontiers : les contre-pouvoirs associatifs se sont structurés et bénéficient d'un énorme capital de confiance ; le Web 2.0 sert de formidable caisse de résonance et relaie sans aucune médiation une "opinion publique" sans visage ayant la capacité terrifiante de surveiller et punir. Mais la crise médiatique fleurit surtout sur la nouvelle charge morale qui pèse sur l'entreprise. Finie, l'époque où l'on demandait juste à une boîte de produire des bien, aujourd'hui, on exige de la moralité des dirigeants - voir la multiplication des crises liées aux salaires des patrons - et des politiques. (...) Par-dessus tout, on exige le respect de la Valeur Sacrée : l'écologie. "On voit de plus en plus de crises qui naissent de la nécessité de communiquer sur autre chose que son propre savoir-faire" explique Christophe Reille, conseiller en communication. "Avoir un rôle citoyen est devenu une préoccupation stratégique pour les entreprises. En conséquence, lorsqu'il y a une grande différence entre les attentes de l'opinion publique et la réalité des pratiques, on est dans une situation hautement crisogène". Le communicant de crise se trouve précisément là, entre la moralisation des rapports sociaux, la compassion placée au coeur du discours public et notre goût pour la mise en récit de l'actualité, surtout quand elle est trop ennuyeuse ou complexe."

(Technikart, Septembre 2009)


Un monde d'archipels urbains

"Marcel Hénaff, anthropologue et professeur à l'Université de San Diego : "Quelque chose s'est passé dans les villes européennes, qui n'a paseu lieu dans les villes au Moyen-Orient, de Chine ou du Japon : la formation ce que nous appelons un "espace public". A Athènes, l'assemblée était originairement faite du cercle des guerriers, dégageant en son milieu un espace neutre, où l'on déposait le butin et d'où devait se prendre la parole. (...) Cette idée d'un espace public ouvert à tous, fondamentale dans notre culture politique, est restée en grande partie étrangère aux villes des autres cultures. Elle est liée à notre philosophie : c'est l'idée selon laquelle, à la parole autoritaire ou magique, doit succéder une parole débattue, contradictoire, falsifiable, celle de la science. (...) Je crois en effet que nous sommes en train de sortir du modèle centré, qui était celui des villes européennes mais aussi asiatiques. Nous allons vers des conurbations, vers un monde d'archipels urbains de plus en plus étalé. Cette évolution correspond à l'apparition d'une nouvelle complexité, d'un autre mode de relation entre le local et le global. La globalisation a fait naître la peur d'une homogénéisation. Avec l'essor de la ville-réseau, nous nous trouvons au contraire, comme le montre Los Angeles, nébuleuse de villes-îles dans la Mégapole, devant un triomphe du vernaculaire, une multiplication des communautés locales et une nouvelle chance qui leur est offerte."

(Philosophie Magazine, Septembre 2009)

Webnapperon : une histoire de cartes-objets

"La personne âgée pose la carte d'anniversaire sur le napperon (webnapperon) et aussitôt ses petits-enfants apparaissent dans un film vidéo sur l'écran numérique ; puis elle place un boîtier de CD sur le napperon et peut écouter ses musiques préférées ; un autre geste pour déposer une boîte de médicaments, et les données de la prescription s'affichent à l'écran. Magique, le napperon ? Plutôt technologique, car ce qui s'apparente à un tour de passe-passe suppose au préalable une configuration réunissant trois éléments : un écran ou cadre-photo avec une connexion internet, un lecteur de cartes RFID (codes-barres sans fil) placé sous le napperon et autant d'étiquettes RFID qu'il y a de cartes ou d'objets correspondant aux applications souhaitées. Bien entendu, les tags RFID sont collés sur les cartes ou les objets. Ultime condition, la famille ou les proches auront auparavant publié sur un site internet dédié les contenus destinés à être "lus" par la personnage âgée. Les contenus associés aux cartes-objets sont reconnus et affichés en provenance du Web et grâce à des flux RSS et des podcasts (informations/émissions radios). Le webnapperon permet également d'envoyer des messages SMS via Twitter."

(La Gazette des Communes, 7 Septembre 2009)

Buzz-moi


"Christophe Donner à propos du nouveau livre d'Aurélia Aurita : "Buzz-moi : "Tout le monde en a parlé, il y a eu un buzz, elle en a vendu des milliers, 3 ans après, elle raconte, toujours en images, les aventures d'une jeune auteure catapultée dans les sphères de la gloire. Elle n'a pas peur de dire les choses, de donner des noms (...) Et elle, en tant que quoi elle est là ? Blandine entre dans la fosse aux lions. Interruption de programme. La mire. Comme si on l'avait anesthésiée pour l'opération. Le soulagement qu'elle ressent en sortant lui fait croire qu'elle en gardera un bon souvenir. En vérité, elle ne se souvient de rien, pas même d'avoir d'avoir été charcutée, promue, bouffée toute crue. Et ça ne lui sert pas de leçon. (...) On reconnaît le sommet de la gloire quand la rédactrice de Elle vous interroge sur le sommet de la gloire. (...) Heureusement, il y a les lecteurs. Les rencontres. Les gens humbles, authentiques, timides, des muets (...)"

(Le Monde 2, 12 septembre 2009)

Crédit photo : Jean-Luc Raymond. Oeuvre de Street Art. Paris 1er. Septembre 2009.