Jean-Luc Raymond

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dimanche 14 janvier 2007

Repenser la solidarité, Serge Paugam

"Repenser la solidarité, l'apport des sciences sociales" de Serge Paugam est un ouvrage différent sur la solidarité. Il comprend 992 pages et a réuni 50 contributeurs (49 Euros aux Presses Universitaires de France, collection Le Lien social). Imposant, ce livre est une élaboration collective de chercheurs et de penseurs suite à un séminaire pluridisciplinaire du CNRS et de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales : "Repenser la solidarité au 21e siècle" qui s'est déroulé en 2005 et 2006 à l'Ecole Normale Supérieure de Paris.


Serge Paugam est sociologue (directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS). C'est l'un des chercheurs qui fait référence sur la pauvreté et la précarité depuis de nombreuses années. Cette publication collective est donc un évènement qui s'attache à comprendre les phénomènes de ségrégation urbaines et scolaires, la crise du salariat, les inégalités de genre, les discriminations multiples, les inégalités entre générations... C'est aussi un ensemble de pages avec des propositions concrètes pour lutter contre la pauvreté, l'exclusion et favoriser les solidarités.


Voici un extrait d'une interview de Serge Paugam pour CCAS Infos (janvier 2007, n°275) à propos de "Repenser la solidarité, l'apport des sciences sociales" :

"Il est impossible de rappeler ici l'ensemble des propositions avancées par les cinquante chercheurs qui ont participé à cet ouvrage. Les auteurs ont cherché les moyens de renouveler l'éthique de la solidarité à la fois au sens des principes généraux de justice sociale et au sens de l'application concrète de ces derniers dans les modes de l'intervention sociale. Ils ont aussi fait l'inventaire des solutions visant à concilier efficacité économique et solidarité sociale dans un environnement marqué par la concurrence internationale. Ils ont évalué les moyens de mieux articuler les solidarités privée et publique. Ils ont enfin fait des propositions pour créer des synergies entre les différentes échelles de la solidarité, du local au national et du national ou supranational. C'est sans arrière-pensées politiques ou morales, en ayant uniquement pour dessein de clarifier le débat et de dissiper les fréquentes confusions entourant les questions de solidarité que les auteurs de cet ouvrage s'adressent aux responsables politiques, aux syndicats, au patronat, aux associations, bref à tous les citoyens attentifs aux enjeux des réformes en cours ou à venir."


Les auteurs de l'ouvrage "Repenser la solidarité au XXIe siècle" organisent un débat "Repenser la solidarité, un enjeu pour la France", le 17 janvier à 19 heures, à la Maison de la Mutualité (24 rue Saint-Victor, Paris 5e), à l'occasion de la publication du livre, en présence de personnalités du monde universitaire, syndical et politique. Seront notamment présents : Martin Hirsch, François Chérèque... Renseignements par téléphone au 01 58 10 31 10 ou par courrier électronique à solidarite@puf.com.

vendredi 12 janvier 2007

Séminaires et intervention au Master 2 Management de l'Intégration des Technologies de l'Information et de la Communication (MITIC), Université de Marne-la-Vallée

Je me suis rendu cet après-midi à l'un des séminaires de la spécialité Collectivités Territoriales du Master 2 Management de l'Intégration des Technologies de l'Information et de la Communication (MITIC) de l'Université de Marne-la-Vallée. Le programme de ces cours est coordonné par Bernard Corbineau (enseignant-chercheur et responsable de la spécialité) et comprend 14 rendez-vous sur toute l'année universitaire avec une présentation des thématiques par les étudiants en duo.


Des discutants et intervenants professionnels sont également présents et apportent leur éclairage sur les sujets. Peuvent assister ponctuellement à ces séminaires, des personnes impliquées dans le monde de l'informatique, de l'internet et des collectivités locales ainsi que des étudiants en universités ou grandes écoles. Le programme complet des séminaires M2 MITIC est indiqué sur le blog créé par les étudiants.


Pour en revenir au sujet de ce séminaire, Delphine Cuq et Sylvain Héraut sont intervenus sur le thème : "Etude des usages et des expériences menées en milieu rural et analyse autour de la notion de fracture numérique" avec un exposé très vivant où ils ont mis en relief les problèmes d'infrastructures (accès haut débit) dans les zones blanches en France et ont souligné des expériences intéressantes de création d'Espaces Publics Numériques dans le milieu rural ou de services publics de proximité utilisant des réseaux à large bande. Quelques unes de leurs références sont répertoriées sur le blog de la spécialité.


Gilles Coester (DIACT) a présenté quelques points forts de l'action de l'Etat dans l'aménagement du territoire en matière d'infrastructures haut débit et Hervé Deleersnyder (chargé de mission TIC, Communauté de communes de l'Atrébatie) est intervenu en visioconférence soulignant combien l'accès au haut débit est important dans le rural pour l'accès à l'administration électronique, la possibilité d'acheter en ligne pour les consommateurs ou pour une démarche de démocratie participative en ligne. En fin de séminaire, a été présenté une solution commerciale de mise en valeur du patrimoine touristique et patrimonial via un système d'information géographique multimédia à contenu rédactionnel et vidéo : SIGM, actuellement en expérimentation en Seine-et-Marne.


Ecouter des étudiants (tous quasiment sont en apprentissage), parler, argumenter et contextualiser l'actualité de l'Internet et les enjeux des technologies s'avère d'une grande utilité. Ils appartiennent à une génération des moins de 25 ans, rompus à l'utilisation des différents outils TIC et leur vision de notre monde et de son avenir décrit des interrogations notamment sur l'équité de l'accès et de l'appropriation de l'informatique et de l'internet, des notions comme le service universel Internet. Assister à l'un de ces séminaires est "rafraichissant" lorsqu'on est plongé dans des pratiques au quotidien afin de saisir des réflexions abouties ou en cours sur notre avenir.


Pour la deuxième année consécutive, j'interviens en mars dans ce Master 2 MITIC pour les 2 spécialités : collectivités locales et entreprises. Nouveau thème que j'aborderai cette année : le Nouvel Internet, en invitant les étudiants à poser un regard critique sur ce thème d'actualité. Nous y réfléchirons ensemble avec des ressources bibliographiques hors ligne, des informations en ligne et des outils technologiques.

vendredi 29 décembre 2006

Lache tes coms, la sociabilité numérique des adolescents via les blogs, Dominique Cardon et Hélène Delaunay-Teterel

Le dernier numéro de la revue scientifique Réseaux (Volume 24, n°138, 2006, chez Hermès/Lavoisier) porte le titre "Les blogs" avec un dossier complet sur ce type de publications. Le sommaire, la présentation du dossier et les résumés des articles sont téléchargeables à cette adresse.


Les articles présentés : "Le blogueur à l'épreuve de son blog" par Mathieu Paldacci ; "La sociabilité juvénile instrumentée. L'appropriation des blogs dans un groupe de collégiens" par Cédric Fluckiger ; "Etats-Unis : les weblogs d'actualité ravivent la question de l'identité journalistique" par Florence Le Cam ; "La blogosphère, un cinquième pouvoir ? Critique du journalisme et reconfiguration de l'espace public au Portugal" par Marcia Rogerio Grilo et Nicolas Pélissier ; "Wikipédia, un dispositif médiatique de publics participants" par Julien Levrel ; "L'histoire de la "dog poop girl" revisitée. Usages et mésusages d'un médium hétérotopique" par Samuel Bordreuil.


Dans le premier article "La production de soi comme technique relationnelle. Un essai de typologie des blogs par leurs publics" de Dominique Cardon et Hélène Delaunay-Teterel, on s'attache notamment à évoquer le rôle de ce type de publication en ligne chez les jeunes et des dominantes de pratiques chez les adolescents dans la partie ""Lâchez vos coms!", la sociabilité digitale des adolescents" :

"Le réseau social "gigogne" des adolescents se caractérise par le volume, la faible spécialisation, l'intensité et la variété des liens mêlant amis très proches et simples connaissances, amis d'enfance et connaissances lycéennes, liens forts et liens faibles. Or le blog offre des ressources particulièrement adaptées à la gestion de ces variations d'intensité au sein d'un réseau amical large.

En premier lieu, à la différence du régime de communication des intériorités, le public destinataire du blog est clairement adressé par l'énonciateur. (...)

La constitution du public répond alors à une logique de bande coalisée en amont de la réalisation du blog. En avançant en âge, les jeunes blogueurs écartent progressivement leur famille de leurs blogs pour le réserver à la seule conversation avec les copines et copains. Le blog s'insère, à côté de l'IM et du téléphone portable, parmi les technologies conversationnelles permettant de maintenir un contact continu avec eux. Alors que le téléphone portable est utilisé pour la coordination et l'IM pour des échanges interpersonnels quasi-synchrones en présence intermittente, le blog vient davantage enregistrer les moments forts de la vie collective des adolescents. On y affiche ses goûts, ses emblèmes culturels et le ressenti des auteurs. De sorte que les usages entrelacés du portable, de l'IM et des blogs permettent aux adolescents de confier à ces derniers la mémoire vivante du collectif. En s'inscrivant dans la gamme des technologies de la conversation juvénile, la possession du blog apparaît aussi comme une quasi-obligation pour ne pas être exclu du groupe de pairs. Et cette pression sociale s'exerce encore sur la vie du blog qu'il faut constamment nourrir et commenter. Le public réclame des mises à jour, des nouveautés pour que la conversation dans les commentaires soit dense et régulière. La quête des commentaires constitue alors un défi central pour les jeunes blogueurs, qui demandent inlassablement aux autres sur leur post : Lâchez vos coms!. La réputation des personnes et de leurs blogs se mesure en effet par l'importance du nombre de commentaires reçus et, pour certains skyblogueurs, celle-ci fait l'objet d'une véritable compétition.

En second lieu, la gestion du public s'exerce aussi par l'affichage des goûts et des pratiques culturelles de l'énonciateur. L'affirmation de ses préférences culturelles joue en effet un rôle décisif à la fois comme instrument de conquête d'une réputation auprès des liens faibles et de singularisation auprès des liens forts. Cette affirmation identitaire passe par un processus de stylisation des goûts "qui tend à radicaliser les appartenances culturelles en public". A travers l'énorme production de collages de photos de stars, de paroles de chanson, d'images de films ou de clips vidéo, les blogueurs produisent un travail de stylisation afin d'articuler une image d'eux-mêmes mettant en cohérence, selon des codes complexes, goûts musicaux, pratiques sportives, tenue vestimentaire et rapport aux différents sous-genres cinématographique ou littéraire. Ce travail de stylisation collective à partir des productions culturelles de masse est indispensable aux logiques d'affiliation qui se constituent dans la formation des sociabilités au collège et au lycée. Cependant, les productions de contenus culturels sur les blogs permettent aussi un travail d'individuation de la relation que chacun entretient avec le style collectif que s'est donné le réseau d'amis."

mardi 26 décembre 2006

Gilles Brougère, le jouet comme interaction avec les médias

Gilles Brougère, universitaire, professeur de sciences de l'éducation à l'Université de Paris 13 et spécialiste du jeu, auteur du livre "Jouets et compagnie" (Stock, 2003) s'exprime sur la symbolique et le rôle des jouets dans notre société dans un entretien pour le magazine Epok (distribué en Fnac) : "Des jouets à prendre très au sérieux" (n°60, semaine du 15 au 21 décembre 2006). Il répond aussi aux questions de la journaliste Fabienne Jacob sur les jouets au regard des technologies.

"Le jouet a considérablement évolué avec sa médiatisation. Avec les nouvelles technologies aussi. Quels sont les enjeux de cette évolution qui, à bien des égards, ressemble à une révolution ?

Outre l'importance du jeu vidéo, des nouvelles technologies et de l'électronisation des jouets (qui ressemble encore trop souvent à une gadgétisation), le plus notable est à mon sens l'accélération d'un mouvement qui s'est développé il y a 20 ans. Le jouet est au centre de la circulation entre différents supports. Il est pris dans une relation complexe avec les autres médias. C'est ce qu'on appelle les "licences", les mises en relation avec des jeux, des séries télévisées, des dessins animés, des livres... Les jouets prennent naissance dans des films, des séries télé. C'est aussi l'inverse. Tout un système s'instaure et modifie la culture populaire enfantine et, au-delà, la place même de l'enfant dans la société. Une nouvelle norme s'impose. Du fait de cette interaction avec les médias, le jouet n'est plus un objet isolé. Il est accompagné d'une histoire, même potentielle. Ce phénomène n'est pas apparu brutalement.
Auparavant, on produisait déjà des jouets qui s'inspiraient de bandes dessinées, par exemple. Le jouet est de plus en plus narratif et, inversement, les séries télé sont de plus en plus liées au jeu. Les créateurs de séries télé imitent plus ou moins consciemment les "scripts des jeux pour enfants.

On a beaucoup accusé les jeux vidéo sinon de rendre les enfants un peu "autistes", du moins de les enfermer dans un individualisme forcené...

L'argument de la solitude est de plus en plus obsolète. Le jeu vidéo se développe sur une logique collective potentielle puisque l'on peut jouer à plusieurs sur une console. Même sur Internet, on joue en équipe."

dimanche 24 décembre 2006

AMETIST, nouvelle revue scientifique française sur les Technologies de l'Information et de la Communication

A noter dans la hotte des cadeaux de cette fin d'année, une excellente nouvelle relevée par Maël Le Hir : la naissance d'une revue scientifique française sur les Technologies de l'Information et de la Communication. Elle porte le nom d'AMETIST comme Appropriation, Mutualisation, Expérimentations des Technologies de l'Information Scientifique et Technique, et à été créée à l'initiative de l'INIST (Institut de l'Information Scientifique et Technique, CNRS).

"Elle souhaite accueillir dans ses pages des contributions originales et inédites, proposées par des chercheurs et spécialistes de l'IST, mais aussi par des chercheurs d'autres communautés scientifiques qui portent un intérêt particulier à la question de la communication scientifique et qui trouveront là une tribune où témoigner de leurs pratiques, de leurs dispositifs ou de leur organisation et de leurs réflexions."


Sylvie Lainé-Cluzel pose aussi la question de la légitimité de la revue scientifique face au "magma informationnel" ambiant :

"L'abondance technologique peut d’ailleurs contribuer au vertige et à la sensation d'éparpillement. Il ne suffit pas de connaître la technique pour se l'approprier, c'est-à-dire l'utiliser efficacement. Il ne suffit pas de connaître les flux RSS, les podcasts et autres folksonomies pour surveiller l'évolution d’un champ scientifique, comme il ne suffit pas de participer à un blog collaboratif ou de tenir à jour son site pour avoir une activité de production scientifique légitimée."


Chaque numéro d'AMETIST paraîtra sous un forme papier et Web avec des compléments sur Internet. Le numéro 0 qui vient de paraître est téléchargeable en .pdf et est également consultable en ligne. Le numéro 1 est prévu pour le printemps 2007.


Au sommaire du numéro 0:

"Partie 1 (Appropriation : besoins, conditions)
- Sylvie Lainé-Cruzel : "Appropriation, mutualisation, expérimentations des technologies de l'information scientifique et technique"
- Carl Lagoze, Dean B. Krafft, Sandy Payette et Susan Jesuroga : "Qu'est-ce qu'une bibliothèque numérique, au juste ? Au-delà des fonctions recherche et accès dans la National Science Digital Library".

Partie 2 (Capitalisation et mutualisation)
- Claude Chrisment, Françoise Genova, Nathalie Hernandez et Josiane Mothe : "D'un thesaurus vers une ontologie de domaine pour l’exploration d'un corpus".

Partie 3 (Coups de flash)
- Françoise Grandjean, Guillaume Moureaux et Michel Servais : "Développement de la Veille à l'INRS : Approches et Retours d'Expériences"
- José M. Barrueco, Julia Osca-Lluch, Thomas Krichel, Pedro Blesa, Elena Velasco et Leonardo Salom : "INCISO : Elaboration automatique d'un index de citations des revues espagnoles en sciences sociales".

Partie 4 (ARTIST, un lieu d'expérimentation)
- Jacques Ducloy, Patricia Gautier, Magali Rasolomanana, Clotilde Roussel, Djamila Safa et Pierre Wirtz
"A propos du numéro zéro d'AMETIST : rapport sur une expérience d'appropriation"."


En France, il existe peu de revues scientifiques papier consacrées aux Technologies de l'Information et de la Communication : signalons Réseaux (éditée par Hermès avec la collaboration de France Telecom Recherche & Développement) et Terminal (aux Editions L'Harmattan).

lundi 18 décembre 2006

Patrick Dieuaide, Avec les technologies de l'information et de la communication, le travail se complexifie et change de nature sous l'effet de déterminations nouvelles

Le nouveau numéro de la revue scientifique Terminal (Technologie de l'information, culture & société) (n°97-98, Editions L'Harmattan, novembre 2006) consacre un dossier complet sur le thème "Communautés et nouveaux modes de (télé)communication" découpé en 3 parties : les communautés faibles, les communautés fortes et les communautés sous contrainte. Dans ce dernier volet, Patrick Dieuaide (économiste, chercheur à l'Université de Paris I qui travaille notamment sur le capitalisme cognitif) consacre un article qui décrit combien les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication dissolvent les cadres du travail. L'émergence de nouvelles modalités d'organisation du travail adossées aux réseaux rendent propice la mise sous tension de l'agir. Titre du papier de Patrick Dieuaide : "Entre précarité et révolution de l'agir" ; extrait :

"Déterritorialisation" ou virtualisation du travail d'un côté ; affaiblissement ou perte de cohérence interne de l'autre... Tout se passe donc comme si les TIC participaient d'une recomposition des modes d'organisation des entreprises au sein desquelles le travail, revenu tout ou partie sous l'autorité et la direction des travailleurs, se présentait comme un moment productif contingent, structuré à partir de relations et de comportements non hiérarchiques. D'autre part, le travail se complexifie et change de nature sous l'effet de déterminations nouvelles, linguistiques, relationnelles voire affectives requises par des situations de travail incertaines et non programmables. Ainsi, de plus en plus, s'apparente-t-il à une activité cognitive (jugement, conversation, évaluation), consommant de l'information, mobilisant des moyens discursifs et langagiers.


D'autre part, le travail s'élabore de plus en plus sur un mode réflexif, c'est-à-dire par une série d'allers et retours entre les connaissances et autres ressources dont les individus sont dépositaires et les nouvelles connaissances à construire pour identifier et résoudre les problèmes qui se posent. Les fonctionnalités des TIC peuvent accompagner voire soutenir le développement de ces différentes facettes du travail. Mais cet accompagnement ou ce soutien est ambigu. En effet, si d'un côté l'usage des TIC peut contribuer au développement d'un travail coopératif et réticulaire, de l'autre celles-ci peuvent être porteuses d'un principe de désocialisation du travailleur lui-même. Trois phénomènes sont particulièrement en cause à ce niveau.


En premier lieu, le recours aux TIC dans les domaines de la codification et de la capitalisation des connaissances peut être un facteur de précarisation du travailleur intellectuel. (...) En second lieu, en soutenant les apprentissages, individuel et collectif, les TIC tendent à favoriser une dynamique cumulative de production de capacités et de savoirs faire totalement ouverte sur l'extérieur ; dynamique qui, au plan juridique, peut soulever des problèmes de propriété (protection des brevets) et aussi de paternité (droits d'auteur). (...) Enfin, les TIC contribuent à un remodelage en profondeur de la base de compétence des organisations, soit en poussant au recrutement de travailleurs qualifiés (hypothèse du biais skills), soit en redessinant le tracé des frontières entre métiers."

mercredi 13 décembre 2006

Michel Maffesoli et les communautés

Le quotidien gratuit Metro France de ce jour offre un espace de tribune au sociologue Michel Maffesoli (Professeur à l'Université Paris 5, fondateur et directeur du CEAQ - Centre d'Etudes sur l'Actuel et le Quotidien) titrée "Singulières communautés" dans lequel il cherche à définir la notion de communauté dans une historicité. Depuis de nombreuses années, Michel Maffesoli étudie la postmodernité au regard du nomadisme et de la tribalité.

"La communauté, c’est ne pas être ensemble uniquement par rapport à un idéal lointain rationnel démocratique, sur lequel s’était élaborée la société moderne, mais c’est le retour de l’affect. C’est le sentiment d’appartenance qui prédomine. Cela peut prendre des formes différentes, mais le dénominateur commun, c’est le partage du sentiment.

Une communauté se forme et se déforme à cause de cette espèce de pulsion qui fait que l’on a envie d’être avec des gens semblables. L’idée d’homo-socialité signifie un lien social qui va reposer sur le partage du même, même goût, même désir, même passion. C’est ce désir de rencontrer du même, pour quelque chose de particulier. Comme tout un chacun est pluriel, je vais virevolter d’une tribu à l’autre en fonction de mon intérêt du moment. Je peux avoir telle attitude dans une réunion mondaine et ce soir traîner dans un bar louche.

Le besoin d’appartenance à une communauté est un changement de peau. Comme le corps peut changer de peau, la société est en train de changer de peau. Au XVIIIe siècle, il y avait un enfermement de l’individu dans lui-même. "Je pense, donc je suis dans la forteresse de mon esprit. Très enfermé dans mon esprit."

samedi 25 novembre 2006

Logiciel d'administration d'Espace Public Numérique, E-administration au Mali, L'internet sans embrouilles, Fractures dans la société de la connaissance... (brèves citoyennes de clavier)

Nouvelle version du "Guide de l'Internet sans embrouilles" à télécharger édité prochainement pour Sciences et Vie Junior (publics cible : parents et enfants) avec de nouveaux thèmes : les jeux en réseau, l'Internet pédagogique, l'Internet et le téléphone portable, le podcasting et l'utilisation des logiciels libres. Via Mad's blog.


En version bêta, le logiciel ZybaCafe (en GNU-GPL, version anglaise, ex-DireqCafe) permet d'administrer un Espace Public Numérique. À tester.


Infobourg présente une synthèse des travaux du 1er Forum sur la Gouvernance de l'Internet du 30 octobre au 2 novembre 2006 à Athènes : "Un premier pas a été franchi avec le forum sur la gouvernance de l'Internet".


Tout juste paru, le n°45 de la revue scientifique Hermès du CNRS est consacré aux "Fractures dans la société de la connaissance". Cette édition coordonnée par Didier Oillo et Bonaventure Mvé-Ondo fait la part belle à la francophonie et "souhaite contribuer à fonder d'autres paradigmes pour penser la "Société de la connaissance"" avec 4 problématiques "La fracture numérique en recherche de sens. La mise en question des modèles économiques et juridiques. Les limites du virtuel dans les modèles pédagogiques. Les universalismes à l'épreuve de la technique."


Au Mali, l'administration électronique avance avec des pas concrets. Le dernier en date : les citoyens maliens peuvent vérifier leur inscription sur la liste électorale en consultant le site Internet DGE Mali.


A écouter en audio sur le site de la radio BFM, l'enregistrement et podcast de l'émission 01 Business du 23 novembre 2006. Louis Pouzin, l'un des précurseurs de l'Internet et Président du Native Language Internet Consortium, s'y exprime sur l'Histoire de l'Internet et son nouveau projet.


Spécialiste de l'usabilité/ergonomie Web, Jakob Nielsen définit 3 types de la fracture numérique dans l'article : "Digital Divide: The Three Stages" publié le 20 novembre sur son site : la fracture numérique économique ("economic divide"), la fracture numérique d'usabilité ("usability divide") et enfin la fracture numérique de délégation de pouvoir ou d'habilitation ("empowerment divide").


Une réflexion intéressante de vocabulaire du moment par Jacques Le Goff (Professeur de Droit public à Brest) autour de l'évolution de l'emploi et des formes d'emploi, pour y voir plus clair en ce contexte préélectoral : "Flexibilité et précarité n'ont pas forcément le même sens".

samedi 18 novembre 2006

Disruptif (tendance 013)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


L'adjectif disruptif est d'abord employé dans le champ sémantique de l'électricité comme l'indique Patrimoine de France dans son dictionnaire :

"Adj. XVIe siècle, au sens de "qui sert à rompre". Dérivé savant du latin disruptum, supin de disrumpere, "briser en morceaux, faire éclater". ÉLECTR. En parlant d'un courant électrique. Qui transperce un isolant en désorganisant sa structure mécanique et chimique, momentanément ou définitivement. Décharge disruptive, claquage disruptif. Champ électrique disruptif."


En septembre 2004, le journaliste Luc Fayard (01 Informatique) voit une nouvelle utilisation du mot dans le contexte publicitaire (voir la page Web de disruption) et son utilisation dans un contexte technologique : ""Disruption" de la technologie" :

"A l'origine, l'adjectif "disruptif" - étymologiquement : "qui éclate" - a été astucieusement appliqué par un publicitaire français à ses projets pour persuader ses clients qu'ils étaient meilleurs que ceux de ses concurrents. Depuis, le mot a fait florès, et tout le monde l'exploite à tort et à travers. Notamment les fournisseurs, pour qui toute nouvelle technologie est forcément un levier de changement, voire de "disruption". Linux ? Disruptif, bien sûr, car il éclate les modes traditionnels de conception et de commercialisation du logiciel. Le grid ? Disruptif par sa révolution de l'architecture matérielle. UMTS ? Disruptif encore, parce qu'il change radicalement les modes de travail en facilitant la mobilité non-stop."


L'emploi de "disruption" se généralise et Francis Pisani précise son emploi dans le Monde de l'Entreprise (16 février 2006) : "Vous dites "disruptif" ?" :

"Les entrepreneurs de Silicon Valley adorent les "disruptive technologies" ou technologies de rupture (on dit aussi "perturbatrices"). Elles changent le panorama existant et permettent de faire des affaires fulgurantes. Quand tout se passe bien, s'entend. Il y a toute une théorie là-dessus (voir Wikipedia en anglais et en français)."


L'innovation disruptive est un modèle élaboré par Clayton M. Christensen et explicité sur cette page de 12Manage : "Disruptive Innovation (Innovation disruptive) (Christensen)". Le chercheur breton en Économie Raphaël Suire (Université de Rennes 1) emploie le terme disruptif en introduction d'un papier scientifique d'octobre 2003 (en .pdf, 29 pages) : "Des réseaux de l'entrepreneur aux ressorts du créatif : quelles stratégies pour les territoires ?" :

"Nous soutenons l'idée que le comportement disruptif est le produit d'un encastrement socio-technico-économique et d'une inscription territoriale de ces réseaux. Dès lors, les territoires doivent redessiner les contours de leur stratégie dans le sens d'une attractivité et d'une rétention mieux définies."


Avec le nouveau Web (ou Web dit "2.0") et l'évolution du marché de l'Internet, le terme est revient soudainement d'actualité dans son emploi. Par exemple, dans les propos du sociologue Jean-Louis Missika, dans une interview pour le Monde 2 de ce week-end sur l'avenir de la télévision :

"Nous vivons une période comparable à celle de la révolution industrielle, au début du XIXe siècle. Nous sommes confrontés à ce qu'on appelle une "technologie disruptive", c'est-à-dire qui bouleverse les règles du jeu et les positions de force des principaux acteurs sur le marché (de la télévision). À l'heure d'aujourd'hui, personne ne sait si des médias aussi puissants que TF1 ou Canal+ seront encore indépendants dans les prochaines années..."

vendredi 17 novembre 2006

Oculométrie (tendance 012)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


Jean-Marc Hardy nous rappelle la traduction du terme "eye-tracking" : "Oculométrie". Il s'agit "de l'enregistrement des mouvements de l'oeil".


Le Journal du Net indique la définition suivante à Oculométrie :

"Ensemble de techniques permettant d'enregistrer la position du regard d'un lecteur qui découvre ce qui est affiché sur un écran. On peut ainsi savoir si l'internaute regarde l’écran, lit vraiment ou se contente de balayer les zones; on peut connaître également l'intensité de l'attention qu'il porte sur telle ou telle partie de l'écran. En revanche, ces techniques ne peuvent prouver qu'un internaute a vu ou non une information à l'écran.
Parmi les techniques d'enregistrement de la position du regard, celle du reflet cornéen est sans doute la plus utilisée en ergonomie, car elle permet notamment une bonne précision des mesures tout en laissant le participant libre de ses mouvements. Elle consiste à envoyer des faisceaux de lumière infrarouge émis par un ensemble de diodes au centre de la pupille. Les reflets infrarouges renvoyés par la cornée de l'œil sont ensuite détectés et permettent, après calcul, de repérer le centre de la pupille et de connaître la position de fixation de l'œil sur une cible."


Sur leur site Internet, les deux auteurs de l'Ergonome consacrent un article (avec ressources) à l'eye-tracking, critère encore méconnu dans la création de sites Web et délivrent une "Étude du suivi du regard (eye-tracking) et ergonomie des sites Web - 3ème partie". Benoit Duverneuil anime un blog en français sur le thème de l'oculométrie : Eye-Tracking The Lab. Professeur de psychologie cognitive à l'Université de Nice-Sophia Antipolis, Thierry Baccino travaille sur des systèmes d'oculométrie. Plusieurs de ses travaux de recherche sont en ligne.

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