Jean-Luc Raymond

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vendredi 23 avril 2010

Cours au CELSA en Sociologie des Médias informatisés, Twitter et Facebook comme objets

Je suis nouvellement chargé de cours au CELSA (Ecole des Hautes études en Sciences de l'Information et de la Communication rattachée à l'Université Paris-Sorbonne - Paris IV) en Master 1 Métiers de la communication et également en Master 2 Communication des entreprises et des institutions. Pour ce dernier parcours diplômant, je dispense un cours de Sociologie des Médias informatisés. Mes remerciements à Valérie Jeanne-Perrier, Maître de conférences CELSA Paris-Sorbonne.

Deux séances ont été consacrés à l'analyse d' "objets" média présélectionnés du point de vue du récepteur afin d'envisager une description critique de ceux-ci via des dispositifs/grilles permettant de proposer une approche décelant les mutations actuelles à l'oeuvre dans les médias.

Chaque séance a alterné une présentation de l'objet média dans son caractère pluriforme et un travail à partir d'exemples d'objets, avec capitalisation permettant d'en distinguer des traits d'analyses du point de vue du récepteur ou de l' "imaginaire" du récepteur : caractéristiques / contextualisations / capitalisations / discours / effets / modes de rediffusion et de re-création / modèle économique en jeu / structuration de la publicité... Ci-après, le plan de cours des deux séances

La Fanpage Facebook : de "l'ami de mon ami" à la figure du "fan"

Contexte

A distinguer de la page individuelle Facebook construite autour du profil et du Mur, le Fanpage Facebook (cf. http://www.facebook.com/pages/create.php ) s'invite comme une exposition d'une entreprise, d'une administration, d'un groupe (communauté, entité), personnalité et comme l'un des objets de communication "tendance" visant à communiquer au sens large (produit, marque, positionnement social et/ou politique...) via un mouvement d'adhésion : "Devenir fan".

Il y a désormais une exploitation communicationnelle majeure de la Fanpage construite comme un dispositif de communication "marketé". Les fameux "community managers" (en agence ou en entreprise) en font un des focus essentiels de leur mission d'animation de "communauté(s)". Le récepteur est au coeur du dispositif dans ce qu'il y a de bâti tout comme l'aspect publicitaire directement associé ; l'entreprise Facebook incitant fortement à promouvoir sa page sur Facebook via un apport publicitaire (régie interne Facebook).

Plan


1. De la relation de pair à pair individuelle à la relation "one to many"

Sur Facebook, le récepteur-acteur se construit comme un individu professionnalisé et utilitaire. La fanpage tend-t-elle à exacerber cette double fonction ? Quel est la place du récepteur en tant que "fan" et que signifie être "fan" ?

2. Le "hacking" ou piratage Web désiré par Facebook du récepteur-contributeur

La structure de la fanpage est assemblée via des applications différentes reconstituant un Web dans le Web : le FBML remplace le HTML, les systèmes de votes/sondages/avis sont possibles, l'agrégation via RSS peut y figurer de toute part, les possibilités d'analyses de l'audience y sont présentes et renforcées avec le temps.

La page ne « fait plus acte de » page mais peut être envisagée comme un jeu d'acteurs où un piratage « conventionnel » fait l'objet d'une forte invitation. Le récepteur "alimente" la fanpage, la rendant davantage attractive (contenu / applications / interactions / commentaires / jeu des onglets) et il se crée une méta-conversation comme variante de Facebook vs. Web.

3. La Fanpage Facebook s'imposant comme page Web : notion de "hub" identitaire

Noeud d'un réseau de récepteurs-contributeurs consommateurs, la fanpage se caractérise également comme un "dazibao" discursif et communicationnel d'interactions mêlant l'annotation, le statut comme témoignage-humeur instantané, l'aspect asynchrone conversationnel et une méta-discussion commentée ("j'aime", "je partage", "je commente").

S'y ajoutent la capitalisation d'éléments visant à constituer chez le récepteur une "identité-réseau" en ligne à la croisée d'affinités avec une stratégie plus ou moins affirmée (selon le positionnement de l’individu).

Bibliographie

ALLARD Laurence, "Blogs, Podcast, Tag, Locative media : le tournant expressiviste du web" in 2.0 ? Culture Numérique, Cultures Expressives, MédiaMorphoses n°21, Paris, INA, Armand Colin, 2007

BAUMAN Zygmunt, "S'acheter une vie", Paris, Actes Sud, 2008

GIFFARD Alain "Des lectures industrielles" in STIEGLER Bernard (dir.), Pour en finir avec la mécroissance, Flammarion, Paris, 2009

ILLOUZ Eva, Les Sentiments du capitalisme, Paris, Seuil, 2006

LEVY Pierre, "Le Jeu de l'intelligence collective" in Technocommunications, Réseaux n°79, Bruxelles, De Broeck, 2003

McKENZIE WARK Kenneth, Un Manifeste hacker, Paris, CriticalSecret, 2006

PETIT Pascal, "TIC et Nouvelle économie : Entre mirages et miracles" in Hermès n°44, Paris, CNRS Editions, 2006

PROULX Serge, "Les Communautés virtuelles : Ce qui fait lien" in PROULX Serge (dir.), Penser et Agir en réseau, Lévis, Québec, Presses de l'Université Laval, 2006

SCHOPFEL Joachim, "Animer le web 2.0 : Community manager" in Veille et recherche de l'information sur le Web, Archimag Guide Pratique, Paris, 2009 (Web)

VOIROL Olivier, "Les Luttes pour la visibilité", Réseaux n°129-130, Paris, Hermès, 2005
Coll., "Sémiotique et visualisation de l'identité numérique: une étude comparée de Facebook et Myspace", Working paper, Montpellier, 2009 (Web)


Le ReTweet chez Twitter : une nouvelle forme de la culture du commentaire ?

Contexte

Twitter est un objet média Web bien particulier, hybride dans sa forme, pluriel dans ses utilisations et au coeur d'un écosystème d'applications (via le dispositif technique partagé des API - Interface de Programmation). Dans le champ des échanges via Twitter, la pratique du ReTweet (republier un message de 140 caractères antérieurement publié par un autre utilisateur) s'est largement diffusée.

Quelle est la place du récepteur lors du ReTweet et que "vaut" le RT (ReTweet) : connivence, approbation, confiance, acceptation du message émis, de l'individu dans son champ relationnel ? Peut-on dire que le RT est une nouvelle forme de commentaire (vs. commentaire des blogs) ?

Plan

1. Le ReTweet scruté, analysé, catégorisé : de l'audience à la stratégie de communication

Aux RT, sont attachés des services tiers de Twitter permettant d'analyser les liens cliqués dans les messages rediffusés. Ces mêmes messages rediffusés sont agrégés, catégorisés et audités au sein de plateformes de popularité.

Le récepteur qui ReTweete est donc aussi un rediffuseur pouvant potentiellement ajouter à son discours une marque d'intérêt, une valeur et assure donc une capillarité du message redistribué vers d'autres récepteurs potentiellement redistributeurs.

Cette rediffusion peut tout à fait s'inscrire dans une stratégie de communication avec des données quantifiées et qualifiées. S'agit-il là d'une nouvelle mesure d'audience en ligne ? D’une syndication « masquée » ?

2. ReTweet et popularité : Sens, concurrence et publics symboliques

Aujourd'hui, popularité faisant, les acteurs de Twitter les plus RT sont souvent considérés comme des "influenceurs" par les marques et les acteurs économiques. Les publics qui RT sont des publics acteurs et leurs RT valent une forme d'approbation et de confiance.

Plus que cela, ces locuteurs « ReTweetés » et « ReTweetant » cherchent à affirmer une position dans la communauté des utilisateurs de Twitter et au-delà dans une perspective liée à un écosystème d’une présence en ligne (blog, réseaux sociaux tels Facebook, LinkedIn...) définie par des acteurs économiques comme « identité numérique », « gestion de la e-réputation », « personal branding » (stratégie de marque personnelle).

L'acte du ReTweet s'affirme-t-il comme un vote, un consentement, un encouragement... ou autre de la part du récepteur ? Essayons de caractériser ce que ReTweeter symbolise. Les publics des ReTweets sont loin d'être uniformes et les récepteurs ne rediffusent-ils pas vers des "figures" de l'internaute-consommateur imaginaire ou imaginé ?

3. Le ReTweet comme commentaire

L’acte du ReTweet met en valeur le message et son univers (contexte, émetteur, lieu de l'énonciation, organisation, représentation). En outre, le ReTweet publié joue sur un espace-temps délimité, et par un aspect éphémère du message diffusé (140 caractères noyés dans une ligne du temps où la diffusion de messages est "réactualisée" techniquement de façon permanente).

Le RT et sa rediffusion valent-ils force de commentaire ? S'agit-il d'une production différenciée et d'un trait de la "culture remix" comme nouvelle « figure de l’amateur » ?

Bibliographie

ASCHER François, "L'Ambition moderne de maîtrise individuelle des espaces-temps : outils et enjeux" in L'Age des métapoles, Paris, L'Aube, 2009

BOYD Danah, GOLDER Scott, and LOTAN Gilad (2010), "Tweet Tweet Retweet: Conversational Aspects of Retweeting on Twitter" - Proceedings of HICSS-42, Persistent Conversation Track. Kauai, HI: IEEE Computer Society. January 5-8, 2010, (Web)

BROUDOUX Evelyne,"L'exercice autoritatif du blogueur et le genre éditorial : un exemple avec le microblogging de Tumblr", Working paper, 2009, (Web)

CASTEL Robert, "Le Défi de devenir individu" in La Montée des incertitudes, Paris, Seuil, 2009

CRAIPEAU, "Le Collectif dans les mailles du réseau" in Communautés et Nouveaux modes de (Télé)communication, Terminal n°97-98, Paris, L'Harmattan, 2006

DOUEIHI Milad, La Grande conversion numérique, Paris, Seuil, 2008

JOANNES Alain, Le Journalisme à l'Ere électronique, Paris, Vuibert, 2007

GALAN Jean-Philippe, VIGNOLLES Alexandra, Twetnographie: Utilisation de Twitter pour la recherche en marketing, 14èmes Journées de Recherche en Marketing de Bourgogne, Dijon, 2009 (Web)

GALAN Jean-Philippe, VIGNOLLES Alexandra, Identification des leaders d'opinion sur internet : utilisation des données secondaires issues de Twitter, International Marketing Trends Conference, ESCP Paris, 2010 (Web)

KLECK Véronique, "L'Internet... et sa disparition" in Numérique et Compagnie, Paris, Ed. Charles Léopold Meyer, 2007

MAHAN Alexander, "De la Société de contrôle au désir de contrôle" in Google et au-delà, Multitudes n°36, Paris, Difpop, 2009

REBILLARD Franck, Le Web 2.0 en perspective, Paris, L'Harmattan, 2008

RHEINGOLD Howard, Smart Mobs, Cambridge, MA, Etats-Unis, Perseus, 2002

STIEGLER Bernard, Réenchanter le monde, Paris, Flammarion, 2006

Crédit photo : Ebauche du projet de logiciel Twitter par Jack Dorsey. Cliché sous Licence Creative Commons.

mardi 21 avril 2009

Interview Twitter, le privé révélé dans un mode public, l'oversharing comme mode de partage

Difficile de faire un choix parmi les sollicitations d'interview sur mon activité liée à Twitter, une plateforme que j'utilise assidument depuis 2 ans. Je coordonne régulièrement des formations Twitter ainsi que des missions de conseils pour l'utilisation de Twitter dans le monde de l'entreprise, de la communication, du marketing et de la publicité.

J'ai répondu récemment aux questions de Bertrand Audrin, étudiant en Sciences de l'Information et de la Communication à l'Université de Neuchâtel (Suisse) qui s'intéresse à l'importance des réseaux de microblogging dans la révélation de l'actualité. Je me suis volontiers plié à l'exercice... Voici le texte envoyé à Bertrand Audrin.

En tant que spécialiste de l'information et de la communication, que pensez-vous de la croissance exponentielle que vit Twitter: phénomène de mode ou naissance d'un nouveau média ?


Twitter est un média (microblogging) dans un média (web). Il inaugure une nouvelle forme d'outils du Web qui consiste à faire de ce qui est privé, des mentions publiques. Par sa plasticité (interface de programmation) et l'écosystème qui l’entoure, la plateforme (interfaces clients, outils annexes, plateformes Web liées) situe son intérêt non pas dans ce qui se fait son essence (la limite des 140 caractères) mais ce qui se joue dans sa périphérie immédiate. Les outils annexes entretiennent un rapport de dépendance par rapport à Twitter dans une distanciation relative.

Je pense que le microblogging en est encore à ses balbutiements, telle que l'était la forme blog dans les années 2001-2002. Le fait que les médias et l'univers marchand s'y intéressent très fortement montre que l'outil Twitter est utile dans différents domaines, façons de l'utiliser : communication, marketing, distribution, diffusion, alertes, créations. Plus la forme est restreinte (là, elle est textuelle) plus elle donne lieu à des champs possibles d'imagination. Twitter est simple car textuel. Il évacue en quelque sorte la complexité du blogging et de l'éditorial tout en recréant un contenu. Twitter est très paradoxal dans son approche. C'est ce qui le rend souvent déconcertant lorsque je débute ma présentation de l'outil de microblogging en Formation Twitter (des sessions que je conduis régulièrement depuis un an et demi, en Belgique notamment). L'usage de Twitter n'est absolument pas prédéterminé. La phrase "What are you doing ?" est un prétexte à "hacker", à "braconner" (au sens de Michel de Certeau) ce qui est demandé pour utiliser Twitter différemment.

Les polarités d'extension au-delà de l'outil via des applications tierces rendent son avenir très malléable et comme base d'utilisations en situation de mobilité à venir. L’outil Twitter va, par ailleurs évoluer ; celui-ci est encore très jeune dans sa forme. La puissance du réseau social Twitter est fortement liée désormais à une expansion très importante du nombre d'utilisateurs ce qui le rend de plus en plus incontournable comme outil grand public... Donc, sollicité directement en corollaire par l'univers publicitaire.

De même, on assiste à des groupes d'utilisateurs qui s'agrègent en grappes de conversations selon les contrées de notre monde : les TwitterMoms américaines, les bibliothécaires en France, des webdesigners francophiles en Roumanie, des étudiants en journalisme au Brésil… Il n'y a pas une seule sphère du microblogging mais réellement plusieurs sphères et une multitude d'ensembles plus ou moins importants en nombre d'utilisateurs et en nombre de messages échangés qui cohabitent souvent, mais qui s'ignorent indépendamment les uns des autres. Il y a déjà des microblogging très empreints de différences culturelles comme il y a des Web.

On a beaucoup parlé de Twitter dans la révélation de l'actualité ces derniers temps, est-ce le retour du journalisme citoyen ?


C'est un leurre que de parler de journalisme citoyen pour Twitter. Le terme "information" tel que je l'emploie signifie une info justement vérifiée/recoupée au sens journalistique. Dire qu'un témoignage est une information ne suffit pas, car il faut en saisir des éléments contextualisants. En Moldavie récemment ou à Mumbai, beaucoup de médias ont (faussement) relayés que Twitter était une source d'informations. Pour Mumbai, l'info a été démentie par la Presse anglo-saxonne. Pour les mouvements de manifestations en Moldavie, la supercherie était aussi de mise d'après des recoupements.

Twitter a sa force dans les alertes (enlèvements, tremblements de terre, incendie, etc.) mais cela ne suffit pas pour faire de chaque utilisateur de Twitter, un journaliste en puissance. La force et la faiblesse de Twitter est de se situer dans l'age de "Oversharing", le partager toujours plus qui lui-même se situe dans une économie du flux, une vie liquide comme le décrit le sociologue Zygmunt Bauman. Dans ce flux, l'information peut difficilement surnager. En revanche, c'est la capillarité des tweets en réaction à un évènement qui est foncièrement intéressante comme un effet boule de neige : positif, négatif... mais surtout émotionnel, une capacité à mobiliser l'esprit et à capter l'attention. Or, nous sommes dans une économie de l'attention qui capte le temps de l'individu et son émotion via des outils Web. C'est cette mobilisation qui peut être employée de différentes manières.

Le risque qu'une information fausse soit répandue existe-t-il, ou celle-ci se trouverait-elle étouffée dans l'océan de tweets ?


C'est difficile à dire, car il n'y a pas eu à ma connaissance d'exemple probant analysé scientifiquement qui puisse faire preuve de quelconque autorité sur ce sujet. La valeur d'un tweet dépend souvent de sa capacité de rediffusion. Or, pour être rediffusé à un nombre important de followers, le tweet se doit de l'être par un compte ayant beaucoup de followers. On peut se dire qu'un compte avec beaucoup de "followers" a ou n'a pas d'autorité ; c'est une fausse question ou assertion. C'est plus la crédibilité qui compte et la crédibilité est encore très fortement liée aux grands médias : CNN, BBC, les quotidiens... Un simple individu hors du champ journalistique a peu de chance de voir une info rediffusée à grande échelle sur Twitter.

Quand il s'agit de parler de microblogging, on envisage plutôt un système nombriliste, dans cette optique, comment se déplace-t-on vers un média sérieux ?


Sérieux est peut-être un terme impropre, car Twitter même participe à cette construction du divertissement (entertainment) à l'aspect médiatique (news and views). Il participe donc grandement à une réplication des médias de masse en associant le pouvoir de la publicité, à celui de la communication, au marketing, à l'émotionnel et à l'information (cf. les écrits du philosophe Bernard Stiegler et d'Ars Industrialis). Il y a un mix de tout cela dans Twitter, une combinaison de positionnements individuels et ou collectifs.

Le nombrilisme est plutôt un égocentrisme très fortement présent dans les blogs, bien que peu avoué. D'ici à dire qu'il en est de même dans Twitter, il n'y a qu'un pas. Twitter est fortement individualisé dans l'expression (effet de "reply") mais chaque message (hors message direct) s'adresse à une multitude : c'est un espace privé révélé au public. En ce sens, c'est ce qu'il y a de réellement nouveau avec Twitter : une capacité d'ouverture qui est maîtrisée dans un monde ouvert (Facebook est l'antithèse de Twitter sur ce plan-là).

Twitter est-il assimilable à un réseau social, ou peut-on le considérer comme un flux d'information continu ?


A un flux, oui. Un flux textuel ordonnancé de façon antéchronologique. Chaque Tweet publié est évanescent par nature. Il s'oublie dans la "timeline" dès lors que prononcé. C'est dire que Twitter est un outil d'engagement, au toujours plus si l'on veut gagner en visibilité. C'est du "personal branding" exacerbé (la marque, c'est moi) et il est d'ailleurs marquant de constater le nombre de consultants et travailleurs individuels qui se trouvent sur Twitter, notamment dans le monde anglo-saxon.

Twitter est un outil d'exposition d'une image de soi recomposée, refaçonnée dans un effort de "vente" de ses services, de mise en avant de ses compétences... C'est une image assez instantanée de Twitter. Elle correspond à un média qui s'affirme statistiquement comme utilisé majoritairement par des personnes entre 30 et 50 ans. Il augure différemment de MySpace (population adolescente) et du raz-de-marée Facebook (l'existence par les autres). Twitter est d'abord un espace personnel maîtrisé et contrôlé qui interagit dans un flux, avec un flux mais dans une capacité de choix avant tout textuel parce que l'outil est textuel avant d'être hypertextuel.

L'internaute lambda peut-il aisément aller pêcher ses informations exclusives sur les systèmes de microblogging ? Comment doit-il s'y prendre ?


Je crois que l'équipe de Twitter se cherche. Elle perçoit difficilement comment l'utilisation de l'outil évolue. Si aujourd'hui, la tendance est au RT ("retweet" pour s'affirmer sur Twitter), rien ne dit qu'il en sera de même dans 6 mois et qu'une utilisation nouvelle et mobile de Twitter s'affirmera davantage. En ce sens, Twitter avait mésestimé la capacité du moteur de recherche TwitterSearch qu'elle a racheté.

Cette fonctionnalité est devenue centrale dans Twitter : se servir de TwitterSearch, c'est donner du sens au pouvoir du consommateur qui conseille, donne avis, précise, indique. Twitter est un annuaire de contenus de témoignages conversationnels : TwitterSearch comme relais indispensable de signifiance, et ce moteur de recherche a une valeur par la consistance de son contenu aussi bien que par son caractère instantané. De ce fait, Google est très éloigné de la vague de Twitter et apparait comme un géant aux pieds d’argile : contenu pléthorique, signifiance brouillée et qualité de restitution de la requête pas toujours, de loin, très pertinente. Google ne se situe pas dans une économie du flux ; la société peine à réagir.

Comme dans tout outil Web, la valeur de l'information recueillie dépend plus de la stratégie humaine mise en place que d'une gadgétisation dans l'utilisation d'une multiplicité d'applications. C'est la composante Temps qui s'affirme avant tout : Combien de temps puis-je consacrer quotidiennement à Twitter ? Quel est mon objectif ? Quelle est la cible ? Quelle méthodologie vais-je mettre en place ? Quelles sont les sources pertinentes sur Twitter et quelles sont celles qui fournissent des "signaux faibles" ?

J’effectue des missions de conseil auprès d'entreprises et d'ONG qui souhaitent être présents sur Twitter avec des résultats significatifs dans le dialogue entamé avec des utilisateurs de Twitter qualifiés et quantifiés. C'est ce dialogue qui importe : inviter chaque personne présente sur Twitter à ne pas se situer dans un espace Web traditionnel. Les Twitter de flux RSS autocentrés sur la rediffusion de liens de leur propre site ou flux de façon uniforme et répétée n'ont aucun intérêt, car il y a là une incompréhension notoire même des possibilités de Twitter… Triste reproduction de Twitter comme le fil RSS d'un site ou le méta- de son propre site.

En revanche, Twitter peut être un média des annexes pour un média traditionnel. Évoquer les dessous, les à côté d'un média, résumer ce qui est prégnant ou l'émotion de vie ou de fonctionnement d'une chaîne TV, d'une station de radio, d'un journal papier... Mettre en forme une ambiance, conter des mini-histoires sont des façons de se différencier pour un média, de créer une expérience avec les lecteurs/contributeurs. Impliquer les lecteurs/contributeurs au sein du média est une préoccupation qui paraît évidente pour qui comprend bien Twitter et son fonctionnement.

Et réciproquement, le citoyen moyen peut faire part d'un fait à n'importe quel instant; quelles sont les chances qu'il soit entendu ?


Encore faible sur Twitter, je le pense sincèrement. Il n'y a pas beaucoup de salut en dehors des médias traditionnels et aussi de plateformes vidéo comme YouTube (le visuel a gagné la partie sur le Web de la rediffusion) ou encore de Facebook pour la réactivité événementielle. Le flux est bien un flot sur Twitter et pour se distinguer, il est nécessaire de se spécialiser, d'habituer une audience, de la fidéliser. Les cercles relationnels communs, bien souvent, se greffent de nouveau tels quels sur Twitter. Utiliser Twitter, ce n'est pas par essence "S'entretenir avec soi-même" ; c'est créer du sens parce que l'autre/les autres font que "nous" existons dans un cadre relationnel. Un pluriel qui a le sens de la multitude. Sans cette multitude, l’écho demeure faible.

Les réseaux de microblogging sont-ils un territoire à enjeux pour les médias traditionnels? Doivent-ils avoir le rôle de suiveur, ou de blogueurs ?


Oui, ils le sont à la condition que les médias traditionnels ne répliquent pas seulement leur info telle quelle sur Twitter. Ils doivent réinventer des utilisations qui les engagent à faire vivre une expérience au lecteur/contributeur/consommateur. Ce sont des enjeux qui sont très liés au marketing car la question médiatique actuelle essentielle concernant Twitter est : Où se trouve le business model de la présence média sur Twitter ? Et au-delà de cette question : Est-ce rentable ? Y-a-t-il un retour sur investissement ? À cette question, est fortement associé l'intérêt éditorial. Comment écrire sur Twitter ? Qu'y dire ? Twitter présente une forme textuelle fluctuante, mais le peu de caractères à mettre en forme invite le rédacteur professionnel à adopter un discours proche de l'argumentation promotionnelle, communicationnelle et publicitaire.

A bien y regarder, il y a peu de médias qui réinventent leur média sur Twitter. Quelques exemples sont toutefois intéressants comme Rue89 avec Twittpiques ou cette expérience d'étudiants de l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, l'an dernier lors des élections municipales en France. Ce dernier exemple montre que le microjournalisme, qui est étudié dans des travaux de recherche au Brésil actuellement, est très naissant avec une forme non aboutie, qui se cherche… une forme passionnante pour qui s’y intéresse.

Comment voyez-vous l'avenir des services du genre de Twitter ? Ont-ils le potentiel nécessaire pour devenir des grands acteurs dans le domaine de l'information ?


Twitter est un outil qui s'inscrit dans une pléiade d'outils qui peuvent donner à voir l'information autrement. C'est la nature même du journalisme Rich Media que de saisir les outils Web, audio et vidéo, cartographies, lignes du temps... Comme facilitateurs de compréhension, de décryptage et d'approfondissement de l'information.

J'apprécie ainsi l'approche du journaliste français Alain Joannès qui est exigeant sur cette question d'une info vraiment pluriforme Rich Media. Twitter peut être une des pièces du dispositif Rich Media mis en place par un média traditionnel. Le Rich Media replace les annexes de l'information dans un schéma global d'explicitation et cela s’avère dans notre monde, indispensable : donner des clés mais ne pas expliquer à la place de… Belle idée, non ?

samedi 16 février 2008

Pratiques Internet en réseau des adolescents et identité numérique, 3 articles scientifiques de Danah Boyd

Les articles scientifiques en Sciences Humaines de chercheurs américains sont peu traduits en français ou bien il faut compter de nombreux mois pour pouvoir les consulter dans la langue de Molière. Doctorante en Science de l'Information à l'Université de Californie (Berkeley), Danah Boyd est l'une des spécialistes des usages en réseau du multimédia par les jeunes et les adolescents et porte actuellement ses travaux sur la notion d'identité numérique.

La chercheuse américaine Danah Boyd vient d'informer sur son blog de la mise à disposition de trois de ces papiers scientifiques récents :

Titre original : "Identity Production in a Networked Culture: Why Youth Heart MySpace" (2006). Traduction de Noël Burch. Paru sous le titre "Pourquoi les jeunes adorent MySpace" dans le numéro 21 de la revue Médiamorphoses (Septembre 2007, Armand Colin) : "2.0 ? Culture numérique, cultures expressives" :

"Je vais parler aujourd’hui de l’utilisation par des adolescents d’un site Internet nommé MySpace.com. Une description d’abord, puis une analyse de l’usage qu’en font les jeunes comme outil de production d’identité et de socialisation dans la société étasunienne contemporaine (...)"

Titre original : "Information Access in a Networked World" (2007). Traduction de Tilly Bayard-Richard :

"Nos jeunes grandissent dans une société qui est fortement structurée en réseaux. Réseaux d'information, réseaux de personnes, réseaux d'équipements. Ce ne sont pas les réseaux en eux-mêmes qui sont nouveaux, c'est le rôle qu'ils jouent qui est aujourd'hui pour tous plus important qu'il ne l'a jamais été par le passé. Et si nous y voyons une révolution technologique, c'est simplement parce que ce sont les nouvelles technologies qui ont permis leur mise au grand jour (...)"

Titre original : "Social Network Sites: Public, Private, or What?" (2007). Traduction de Tilly Bayard-Richard :

"Les réseaux sociaux numériques comme MySpace, Facebook,et Bebo sont omniprésents et les jeunes passent aujourd'hui une grande partie de leur temps à les utiliser pour communiquer avec le monde extérieur. La vie publique est-elle touchée par les nouvelles technologies sociales, et de quelle façon ? Où se situent les différences, si elles existent, entre les sphères sociales qui ne s'appuient pas sur les nouveaux médias, et ces réseaux sociaux numériques ?
Cet article explore les mécanismes et la dynamique sociale de la vie publique numérique avec pour objectif d'aider les enseignants à mieux comprendre le rôle qui est le leur dans l'initiation des jeunes à la vie en société (...)"

dimanche 20 mai 2007

Sites internet d'observation des changements de la nature en matière de réchauffement climatique : citoyens, scientifiques et territoires unis par un même projet

Un champ de nouveaux sites Internet liées à la vigilance citoyenne en matière de réchauffement climatique et d'observation des changements de la nature est en train de poindre le bout de son nez auprès du grand public. Ils unissent des chercheurs, associations, habitants et territoires.

A la base de ces sites, une exploration de la flore sur un territoire donné, de façon méthodique où la contribution est celle de l'internaute qui rapporte ses clichés et ses observations textuelles.

Scolaires, clubs nature, associations et particuliers sont invités à participer à partir de protocoles de suivi en ligne (fiches de protocoles, espèces d'arbres et de plantes à observer en priorité ; fiches de relevés mais aussi calendrier d’observation, guide photo des stades à observer ; des feuilles de suivi terrain). Les enfants contribuent en classe à ces travaux pédagogiques par un relevé où chacun se sent responsable.

Pour contribuer, deux adresses de sites et de projets de ce type : Phénoclim est un programme de recherche sur l'impact du changement climatique sur la végétation dans les Alpes né à l'automne 2004 et qui se poursuit sur plusieurs années. Les observations concernent les départements 73, 74, 38, 01, 26, 04, 05 et 06 entre 200 et 2200 mètres d'altitude. Au niveau national, deux sites du CNRS, l'un pour les adultes (http://www.obs-saisons.fr), l'autre pour les plus jeunes (http://www.obs-saisons.fr/junior), permettent de télécharger des protocoles très simples pour effectuer et saisir en ligne ses propres observations. Consulter cet article pour en savoir plus sur cette initiative sur le territoire français.

Enfin, il est intéressant de constater que devant l'urgence déclarée et désormais médiatisée des problèmes, les expertises se croisent et que les contributions ne sont plus uniquement scientifiques. Les relevés faits par les citoyens sont tout aussi importants.

mercredi 9 mai 2007

Festival des Robots de Mantes-la-Jolie du 23 au 27 mai 2007

Du 23 au 27 mai, la Ville de Mantes-La-Jolie organise au Parc des Expositions le premier Festival des Robots avec des compétitions de robots, des conférences, expos et animations. L'entrée est gratuite. Une excellente initiative pour découvrir quels sont les robots d'aujourd'hui et réfléchir à leur place au quotidien et dans la vie professionnelle dans l'avenir.

Le jeudi 24 mai à 10 heures, un workshop sur la mécatronique appliquée appliquée aux transports et la locomotion avec des chercheurs et universitaires. Le lendemain, toujours à 10 heures, une conférence sur l'implication de la robotique dans le développement durable et la vie quotidienne avec des représentants de l'Etat, d'associations, chercheurs et sociétés spécialisées.

Côté animations : mercredi 23 mai de 14h à 19h : lancement du championnat Devyanin, Coupe du Monde de la Robotique Mobile (championnat regroupant des équipes universitaires du monde entier). Samedi 26 mai de 14h à 19h : lancement de la Coupe de Robotique d'Ile-de-France.

Plus de renseignements sur la page dédiée au Festival sur le site de la Ville de Mantes-la-Jolie et par courrier électronique à lefestivaldesrobots@lepublicsysteme.fr

lundi 7 mai 2007

Communautés virtuelles, penser et agir en réseau, Internet, une présence immanente

Publié fin 2006, l'ouvrage scientifique : "Communautés virtuelles, Penser et agir en réseau" sous la direction de Serge Proulx, Louise Poissant et Michel Sénécal (aux Presses de l'Université Laval, collection Laboratoire de communautique appliquée) est composé d'articles proposant de parcourir le concept de communautés virtuelles (définition, pratiques, fondements historiques, théories, actions de coopération, dispositifs interactifs, implantations de communautés virtuelles) et où sont abordés les différents types de communautés (en ligne ou non) : communauté interprétative, communauté de pratique, réseau d'usagers en ligne, communauté imaginée, communauté médiatisée et communauté épistémique.

"Communautés virtuelles, Penser et agir en réseau" présente trois grandes parties : 1. Communautés virtuelles : promesses et désillusions ; 2. Dispositifs interactifs : l'ère de l'interface ; 3. Cartographie des communautés virtuelles.

Dans cet ouvrage, Barry Wellman et Bernie Hogan (Université de Toronto) indiquent dans leur article "Internet, une présence immanente" (lire leur papier original en .pdf : "The Immanent Internet") qu'Internet est étroitement lié à un changement de paradigme élargi qui touche actuellement le rapport des individus entre eux. Anciennent plutôt homogènes, très généraux et unifiants, les groupes ont pris aujourd'hui la forme de réseaux sociaux plus hétérogènes, spécialisés et faiblement reliés. Extrait :

"Avant même l'avènement du téléphone et de l'avion, déjà on entretenait des relations à distance avec les amis ou la famille. Dans les pays développés, la connectivité a été encouragée, depuis les années 1960 au moins, par des changements sociaux touchant la carrière et les horaires familiaux dédoublés, la libéralisation des lois sur le divorce qui ont réduit les cellules familiales ainsi que les changements technologiques qui ont accru la mobilité individuelle et la communication. Les déplacements aériens et autoroutiers, devenus abordables, ont facilité les fréquentations malgré la distance. Le faible coût des appels locaux et interurbains - et maintenant par Internet - permet un contact rapide, contraint plus par les décalages horaires que par la distance.

Par conséquent, il se pourrait qu'on entretienne plus de relations à distance avec les amis, la famille et les collègues que jamais auparavant. Il est maintenant facile pour l'internaute de trouver une communauté éparse qui partage ses intérêts et de participer activement à celle-ci. Les groupes ont peut-être connu un déclin, mais assurément pas la connectivité.

L'individualisme en réseau a de profonds effets sur la cohésion sociale. Plutôt que de faire partie d'une hiérarchie de groupes toujours plus englobants, à l'image des poupées russes, l'individu appartient maintenant à des communautés multiples et partielles. Ce n'est pas une question d'aller de lieu en lieu, mais de personne en personne. L'individu se préoccupe moins de s'assurer l'appui du groupe que de chacun des membres du réseau.

En dépit des réseaux sociaux moins denses, les liens sociaux ont augmenté. La connectivité Internet s'ajoute au contact physique et téléphonique ; la plupart d'entre nous avions cessé de correspondre par courrier bien avant. La possibilité de conserver ses courriels en attendant de les lire accroît les contacts à distance, sans compter la rapidité d'Internet qui approche la vitesse de la lumière, le seul délai considérable du courriel étant celui du décalage entre l'envoi et la lecture. En outre, le courriel est perçu comme étant moins intrusif que le téléphone ou les rencontres. Il en résulte que nos contacts interpersonnels sont plus nombreux et fréquents que jamais auparavant.

Bien que la spécialisation des goûts et des combinaisons de rôles ne soit pas le produit d'Internet, la conception de ce dernier, culturellement enracinée dans un type spécifique d'individualisme, considère l'individu sans tenir compte du lieu ou de structures imposées socialement telles que la famille. En dépit du nombre accru d'internautes, pourtant, la distribution inégale d'Internet dans nos sociétés de réseau individualisés suscite l'exclusion sociale. Non seulement moins de personnes pauvres, peu instruites, de régions rurales et non anglophones accèdent à Internet, mais cela contribue à les exclure des possibilités que procure Internet : information, socialisation et accès à des ressources utilitaires. Cette disparité s'accroît tant entre les pays qu'au sein de ceux-ci.

Dans la foulée du virage vers l'individualisme du réseau, c'est la nature même de la citoyenneté qui change. Cette transformation s'est amorcée avant l'avènement d'Internet, mais c'est la présence immanente de ce dernier qui l'accélère et la remodèle. Pendant que grimpe la connectivité, la cohésion fléchit. Les journalistes demandent souvent : "Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?" Ce à quoi nous répondons : "C'est ainsi, sans plus." Ce sont les conséquences qui seront bonnes ou mauvaises."

jeudi 8 février 2007

Gérard Blanchard, Typographie à l'ère de l'informatique et de l'Internet

Typographe, responsable pendant de nombreuses années des Rencontres internationales de Lure, Gérard Blanchard fut un brillant sémiologue et chercheur. J'ai eu la chance de l'avoir comme professeur à l'Université de Paris 3 - Sorbonne Nouvelle lors de mes études initiales. C'était une personne passionnée et passionnante qui savait transmettre son goût immodéré pour la typographie et l'analyse de l'image, et m'a beaucoup appris sur l'art de la mise en page alors que la Publication Assistée par Ordinateur se faisait naissante.


Gérard Blanchard était un proche de Roland Barthes qui a dirigé sa thèse en 1980. Je viens de redécouvrir un ouvrage de référence de Gérard Blanchard (décédé en 1998) qui fut sa dernière publication : "Aide au choix de la typo-graphie, Cours supérieur, A l'usage des personnes qui pratiquent la PAO (Mac et PC)" (Alexandre Perrousseaux éditeur). Pour les personnes s'intéressant à la typographie, la consultation de ce livre apporte des bases sur la connotation des caractères et typos à travers l'Histoire et jusqu'aux Années 90. Gérard Blanchard évoque le rôle de l'informatique et de l'Internet sur la transformation de la typographie dans un dialogue :

"Le metteur en page. - Typographie ? Pourquoi utilises-tu cette vieille expression ?

L'auteur. - Il n'y en a pas d'autres. On y est confronté tout de suite en ouvrant son ordinateur. Une des premières questions c'est : Quelle typographie ? C'est-à-dire le choix d'un caractère.

Le metteur en page. - Alors, pourquoi l'utilises-tu en séparant les deux mots : typo et graphie ?

L'auteur - Pour montrer que quelque chose d'irréversible s'est produit avec la micro-informatique ; la typo est devenue graphie et la graphie image. La typo-graphie n'est pas seulement une légende d'image, mais une image à part entière qui émerge de plus en plus à la connaissance de notre regard, à cause de son affichage généralisé sur les murs et de son affichage-écran qui commence à poser des problèmes nouveaux de lecture."


En fin d'ouvrage, Gérard Blanchard évoque les typo-graphies "nomades" sur le Web :

"Avec le XXIe siècle le temps n'est plus ce qu'il était (...) Aujourd'hui, nous sommes dans les marges de la typo-graphie, que Mallarmé aborda il y a un siècle (...) L'image numérique, l'informatique et les télécommunications (Internet) nous invite à une navigation dans un nouvel espace. C'est une nouvelle guerre de course, entre des textes que balisent des mots clefs, des icônes animés, des signaux sonores et des couleurs qu'il est loisible d'arranger selon les lois encore incertaines d'un blason reconsidéré ou selon une palette de peintre. La création des passages (les liens) est la première obligation exigée par les nouveaux médias. (...)

Outre la répartition des paquets de textes dans des "lieux de mémoires", le son, l'animation, la couleur jouent un rôle capital, mais déroutant pour les amateurs de beaux livres et pour les typographes qui n'en finissent pas d'épuiser l'héritage de Gutenberg à travers ses avatars électroniques."

dimanche 28 janvier 2007

Lutte contre la Fracture Numérique : le Libre marque des points !, conférence à Solutions Linux 2007, le 31 janvier

Le Salon Solutions Linux 2007 (CNIT - Paris La Défense, Hall Marie Curie, du 30 janvier au 1er février 2007) propose une conférence gratuite sur le thème : "Lutte contre la fracture numérique : Le Libre marque des points !", le mercredi 31 janvier de 9h30 à 12h, axée sur le développement numérique en Afrique.

Parmi les intervenants de la matinée :

- Frantz Fongang, Chef de projet formations présentielles, Programme "Soutien des TICs à l'enseignement supérieur et à la recherche", "Rectorat-Services Centraux de l'Agence Universitaire de la Francophonie" : "Centre Linux et Logiciels libres pour le Développement (C3LD)et certification internationale (LPI)",

- William Turner, Coordinateur du projet Diaspora Knowledge Network, UNESCO,

- Pierre Bonis, Chef du bureau pour les NTIC, Ministère des Affaires Etrangères : "Lutte contre la fracture numérique : enjeux et perspectives",

- Papa Amadou Konté, Chargé des Nouvelles technologies à la Mairie de Dakar : "Logiciel libre et système d'information de de la Mairie de Dakar. Opportunités et craintes",

- Olakanmi Adewara, formateur ADEN - "Obafemi Awolowo University" Ile-Ife – Nigéria et Nicolas Pejout, projet ADEN (dispositif complet pour la création de points d’accès publics à l’Internet dans des zones numériquement enclavées) du Ministère des Affaires Etrangères : "Le libre au service du développement : l'exemple du projet ADEN",

- et Gonzague Ladmiral, président d'EAH - François Jaffrennou, vice-président et chef du convoi Burkina Faso 2007 - Aurélien Lemoine, chef du Projet Wedus.org avec l'école d'Ingénieurs EFREI. Il s'agit d'un portail éducatif à destination des collégiens et lycéens des pays en voie de développement.

samedi 27 janvier 2007

Lawrence Lessig, L'avenir des idées, Le sort des biens communs à l'heure des réseaux numériques, téléchargeable gratuitement

L'essai de Lawrence Lessig "L'avenir des idées - Le sort des biens communs à l'heure des réseaux numériques" publié il y a quelques mois en français aux Presses Universitaires de Lyon est désormais téléchargeable gratuitement sur le site des PUL à cette adresse en .pdf (306 pages) ; une traduction de l'anglais par Jean-Baptiste Soufron et Alain Bony.


Ouvrage essentiel que le New York Times a qualifié ainsi : "un livre qui vous secoue et vous fait prendre conscience de ce que l'on perd lorsque les idées sont transformées en propriété intellectuelle", "L'avenir des idées" de Lawrence Lessig montre (avec de nombreux exemples) comment les excès de la réglementation et les dérives monoplistiques (notamment le droit d'auteur) dans l'univers de l'Internet ont pour conséquence directe de diminuer les capacités d'innovation et de créativité. L'analyse est abordée sous 3 angles : juridique, politique et philosophique.


Au coeur de ces questions, notre avenir à tous et des questions essentielles : pouvons-nous définir et préserver des biens communs informationnels ? Saurons-nous sauvegarder l'échange de connaissances en ligne ? Quelle place pour le partage de savoirs sur Internet ?


Ce cyberespace, véritable "cité numérique" est un espace de pouvoir, de créativité, d'échange où est établi un jeu d'acteurs industriels qui ont pour dénominateurs communs d'influer mondialement sur nos cultures et sur des projets politiques. A nous de comprendre et d'agir pour que l'innovation et l'expressivité soient aussi au coeur de nos préoccupations. C'est ce à quoi l'essai de Lawrence Lessig nous fait invariablement réfléchir :

"Les innovations que j'ai décrites découlent de l'environnement constitué par le Net. Cet environnement est une association équilibrée entre réglementation et liberté. Il est sensible aux modifications de cet équilibre. Si les contraintes sur la couche des contenus deviennent plus lourdes, l'innovation qui repose sur des contenus libres sera freinée. Si l'accès garanti par le bien commun de la couche du code est soumis à des conditions ou des limitations, alors l'innovation qui en dépend sera menacée. Cet environnement établit un équilibre entre ce qui est libre et ce qui est sous contrôle. Préserver cet environnement implique aussi de préserver cet équilibre."


Lawrence Lessig est Professeur de Droit à la Stanford Law School. Titre original de l'ouvrage : "L'avenir des idées - Le sort des biens communs à l'heure des réseaux numériques" : "The Future of ideas - The Fate Of The Commons In A Connected World".

lundi 15 janvier 2007

100 façons de visualiser l'information, A periodic table of visualization methods

Comment cartographier l'information ? Comment l'explorer ? Les typologies sont diffuses et avec Internet, on a parfois l'impression que le concept d'information se cherche à nouveau.


A ce challenge impossible, Ralph Lengler et Martin J. Eppler (chercheurs à l'Université de Lugano, Suisse qui travaillent sur la Visual literacy) viennent de répondre de façon magistrale sous la forme de la simili-table périodique des éléments de Mendeleïev en présentant une table périodique des méthodes de visualisation ("A periodic table of visualization methods") qui s'affiche sur une page de format A4 en mode portrait.


La présentation de cette table est extrêmement claire : chacun des 100 éléments représente une méthode de visualisation de l'information classée en colonnes de 6 couleurs différentes. On distingue 6 familles de visualisation : données, information, concept, stratégie, métaphore et composé ("data, information, concept, strategy, metaphor et compound").


Une légende dans chaque carré d'élément permet de distinguer : le type de visualisation (procédural ou structurel : process or structure) ; s'il s'agit d'une pensée divergente/divergent (ajout de la complexité) ou convergente/convergent (diminution de la complexité) ou le mode de visualisation (détail ou synthèse ; detail or overview, ou les 2 à la fois).


En survolant chaque élément avec la souris, la méthode de visualisation apparaît afin de se la remémorer plus facilement avec un exemple.


Cette table périodique de 100 méthodes ou façons de visualiser l'information est d'une grande utilité dans la gestion de projets, le domaine de la fomation, le management et les ressources humaines.


En complément, Ralph Lengler et Martin J. Eppler ont écrit un article scientifique pour expliciter cette table périodique de 100 façons de visualiser l'information : "Towards A Periodic Table of Visualization Methods for Management" (6 pages à télécharger ici en .pdf). Via le Center for Teaching and Learning at The University of Georgia.

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