Jean-Luc Raymond

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dimanche 17 décembre 2006

Un blog collectif pour les Espaces Publics Numériques de Wallonie

 

 



A la demande des animateurs multimédias des EPN wallons, le Centre de Ressources des Espaces Publics Numériques de Wallonie (Belgique) vient de mettre en place EPN-Ressources.be, un blog collectif, lieu d'échanges des activités de plus de 40 EPN en région qui peuvent donner à voir leurs ateliers, initiatives et évènements tout au long de l'année en publiant eux même leurs informations. Ce blog se veut aussi un espace de ressources ouvert sur Internet pour les animateurs, les communes et les usagers.


Créé par le centre de compétences TechnofuturTIC qui assure la coordination du réseau des Espaces Publics Numériques de Wallonie, le blog EPN-Ressources.be est motorisé sous le logiciel libre GNU-GPL de blogs Wordpress avec des modules additionnels.


J'en assure la coanimation avec mon confrère Philippe Allard et les animateurs multimédias des EPN. J'interviens également pour le réseau des EPN Wallons sur le volet formation auprès des acteurs de terrain des Espaces Publics Numériques et la capitalisation de savoirs sur l'eGroupware dédié EPN Wallonie.

mardi 12 décembre 2006

InfoMIE.net, un portail utile, centre de ressource en ligne sur les mineurs isolés étrangers

Une initiative très intéressante qui vient d'être lancée : la mise en ligne du portail InfoMIE.net, centre de ressources sur les mineurs isolés étrangers, lieu d'échange d'information d'associations et d'institutions pour mieux comprendre la situation de ces jeunes sur notre territoire et offrir un site d'informations pratiques (textes juridiques, agenda, annuaire des acteurs associatifs et institutionnels, formation, actualité...). Le projet est soutenu par un collectif : le Comité pour les partenariats avec l'Europe continentale (Comité PECO) dont les praticiens interviennent dans le champ professionnel des mineurs isolés étrangers et dont le portail vise à créer une véritable communauté de pratique en ligne. A noter qu'il n'existe pas de centre de ressources non virtuel sur cette préoccupation bien réelle.

mercredi 29 novembre 2006

Martin Roulleaux Dugage, Le prix de la confiance : guide pratique de l'entreprise en réseau, ouvrage téléchargeable gratuitement

Martin Roulleaux Dugage (directeur Knowledge Management Schneider-Electric) vient de publier sur son blog une version alpha (donc non finalisée) de 148 pages de son ouvrage "Le prix de la confiance : guide pratique de l'entreprise en réseau" téléchargeable gratuitement à cette adresse en .pdf (2,9 Mo).


Martin Roulleaux Dugage explore les changements dans le monde post-industriel, le présent de l'entreprise collaborative et décrit comment favoriser, faire émerger, gérer et analyser une communauté de pratique professionnelle active, figure émergeante de l'entreprise en réseau moderne.


L'auteur s'attarde également sur les 7 espaces présents dans une grande entreprise ou un structure importante et donne des clés pour réussir une transformation managériale induite par l'utilisation de plus en plus prégnante des Technologies de l'Information et de la Communication où le leadership devient foncièrement collaboratif.


Ce livre concerne bien au-delà de la cible d'un lectorat de managers attentifs aux changements liés au multimédia dans l'entreprise. Il pose des jalons pour les personnes s'intéressant aux phénomènes de communautés de pratiques et d'échanges de flux de connaissances au sein de l'entreprise. Il délivre des grilles de lecture et, en filigrane, un guide pour agir au sein même de l'organisation dans une approche en réseau.

"Le mouvement de transformation de l'entreprise est bien en marche. Il est porté par les nouvelles technologies du Net, et nous sommes encore loin d'en avoir saisi la portée. La mondialisation associée aux nouvelles technologies de communication, maintenant largement démocratisées, donne naissance à des formes nouvelles d'organisation adaptative. Des groupes de personnes se rassemblent et s'auto organisent en réseaux et en communautés, parfois planétaires, et sans rien demander à personne. Bien plus, ces communautés commencent à établir des connexions entre elles, comme autant de neurones d'un gigantesque cerveau mondial en devenir, se jouant des frontières de la géographie et des organisations. Ce réseau mondial d'intelligence collective en est encore à ses balbutiements, mais sa croissance est explosive, et son impact sur le monde du travail est déjà considérable. Quand on sait que la valeur d'un réseau s'accroît en principe comme le carré du nombre de ses connexions, il y a là quelque chose dont l'impact sur le monde du travail est comparable à celui de la météorite qui a tué les dinosaures. Si l’homme se met à externaliser ses fonctions cognitives, les organisations hiérarchiques et cloisonnées n’y survivront pas.

Il faut donc impérativement apprendre aux managers à reconsidérer l'universalité des pratiques de contrôle héritées de l'âge industriel et en adopter de nouvelles dans le but de développer la connaissance et susciter l'innovation. Il faut rééquilibrer le système traditionnel de management de l'entreprise, centré sur la recherche de productivité des structures, par un système complémentaire centré sur les espaces d'apprentissage et d'innovation. Ainsi, aux deux piliers actuels de l'organisation d'entreprise -les hiérarchies fonctionnelles et les équipes projet-, il faudra ajouter un troisième -les communautés- qui donnera aux entreprises les moyens d'une nouvelle croissance. Les entreprises qui survivront au 21e siècle seront celles qui auront su mettre en oeuvre les systèmes d'apprentissage les plus efficaces sur leur coeur de métier, et qui auront externalisé tout le reste."


En complément, Martin Roulleaux Dugage propose un fichier en .pdf sur le thème : "Dynamiques collaboratives au-delà des frontières : éléments de théorie et de pratique pour le développement de l'entreprise en réseau" issu d'une présentation sur la dynamique collaborative des réseaux sociaux et des communautés.

lundi 27 novembre 2006

Centre for Social Innovation à Toronto, l'innovation sociale collaborative en action

Ovni de l'innovation, lieu qui n'a pas encore d'autre équivalent dans le monde occidental, superbe idée mise en mouvement, le Centre for Social Innovation (Centre pour l'innovation sociale) réunit à Toronto (Canada), dans un même bâtiment, des structures d'innovations qui développent des approches créatives, entrepreneuriales et à des stratégies collaboratives s'intéressant à des thématiques sociales, culturelles, environnementales et économiques.


Sous la forme d'une entreprise sociale, le Centre for Social Innovation aide des porteurs de projets de l'innovation sociale (acteurs associatifs, entrepreneurs sociaux, artistes, animateurs de réseaux et artistes) qui croient à de nouvelles idées pouvant changer le monde. Cette organisation, unique en son genre, catalyse, informe, inspire et fournit son expertise à des initiatives sociales.


Le Centre for Social Innovation est un centre "communautaire" qui accueille des innovateurs sociaux au sens large du terme en leur proposant des espaces de travail, services partagés et une aide à l'incubation de projets en montrant ce qu'est l'innovation sociale (documentation, repérage des meilleures pratiques), en explorant de nouvelles idées, en expérimentant de nouvelles formes de collaboration, en apportant des solutions pratiques, de l'information et de l'aide organisationnelle aux innovateurs.


Le Centre for Social Innovation accueille actuellement plus d'une dizaine d'associations, fondations et entreprises sociales dans ses locaux et 6 structures en mode "virtuel" (hébergement de sites, bureaux virtuels...). Il comprend une bibliothèque et un répertoire de sites Internet sur la thématique du secteur associatif et caritatif.


Tout au long de l'année, le Centre propose un programme de séminaires et de formations à prix très réduit qui mettent en avant l'expertise des structures accueillies et permettent de formaliser des projets avec des acteurs locaux.


Ce "hub" de l'action sociale va s'agrandir dès février 2007 avec la mise à disposition aux innovateurs de 10 000 m2 d'espace pour créer, collaborer, échanger, se réunir et entreprendre. Un projet passionnant en plein développement.

samedi 25 novembre 2006

Logiciel d'administration d'Espace Public Numérique, E-administration au Mali, L'internet sans embrouilles, Fractures dans la société de la connaissance... (brèves citoyennes de clavier)

Nouvelle version du "Guide de l'Internet sans embrouilles" à télécharger édité prochainement pour Sciences et Vie Junior (publics cible : parents et enfants) avec de nouveaux thèmes : les jeux en réseau, l'Internet pédagogique, l'Internet et le téléphone portable, le podcasting et l'utilisation des logiciels libres. Via Mad's blog.


En version bêta, le logiciel ZybaCafe (en GNU-GPL, version anglaise, ex-DireqCafe) permet d'administrer un Espace Public Numérique. À tester.


Infobourg présente une synthèse des travaux du 1er Forum sur la Gouvernance de l'Internet du 30 octobre au 2 novembre 2006 à Athènes : "Un premier pas a été franchi avec le forum sur la gouvernance de l'Internet".


Tout juste paru, le n°45 de la revue scientifique Hermès du CNRS est consacré aux "Fractures dans la société de la connaissance". Cette édition coordonnée par Didier Oillo et Bonaventure Mvé-Ondo fait la part belle à la francophonie et "souhaite contribuer à fonder d'autres paradigmes pour penser la "Société de la connaissance"" avec 4 problématiques "La fracture numérique en recherche de sens. La mise en question des modèles économiques et juridiques. Les limites du virtuel dans les modèles pédagogiques. Les universalismes à l'épreuve de la technique."


Au Mali, l'administration électronique avance avec des pas concrets. Le dernier en date : les citoyens maliens peuvent vérifier leur inscription sur la liste électorale en consultant le site Internet DGE Mali.


A écouter en audio sur le site de la radio BFM, l'enregistrement et podcast de l'émission 01 Business du 23 novembre 2006. Louis Pouzin, l'un des précurseurs de l'Internet et Président du Native Language Internet Consortium, s'y exprime sur l'Histoire de l'Internet et son nouveau projet.


Spécialiste de l'usabilité/ergonomie Web, Jakob Nielsen définit 3 types de la fracture numérique dans l'article : "Digital Divide: The Three Stages" publié le 20 novembre sur son site : la fracture numérique économique ("economic divide"), la fracture numérique d'usabilité ("usability divide") et enfin la fracture numérique de délégation de pouvoir ou d'habilitation ("empowerment divide").


Une réflexion intéressante de vocabulaire du moment par Jacques Le Goff (Professeur de Droit public à Brest) autour de l'évolution de l'emploi et des formes d'emploi, pour y voir plus clair en ce contexte préélectoral : "Flexibilité et précarité n'ont pas forcément le même sens".

lundi 20 novembre 2006

Chercher de l'emploi dans l'Economie Sociale et Solidaire

Le secteur professionnel de l'Economie Sociale et Solidaire attire de plus en plus de candidats. Le succès récent du 1er Forum National de l'Emploi dans l'Economie Sociale et Solidaire qui s'est tenu les 14 et 15 octobre 2006 à l'Usine de La Plaine-Saint-Denis (93), avec plus de 3500 visiteurs, illustre la vitalité et le développement de ce champ en plein développement en France. Au Canada, l'Economie Sociale et Solidaire est un secteur mature et l'on trouvera sur le site Internet du Chantier de l'Economie Sociale de nombreuses ressources, rapports, études, initiatives et projets sur la thématique.


Comment rechercher de l'emploi dans le secteur de l'Economie Sociale et Solidaire (dit ESS) en France ? L'association Ressources Solidaires vient d'inaugurer une nouvelle version de son site Internet. C'est le lieu phare par excellence où défricher de nombreuses offres d'emploi et stages dans l'ESS (classés par régions et à l'étranger) et l'association dispose d'une banque de plus de 5000 CVs de personnes souhaitant travailler dans ce secteur. Le site comptabilise 25 000 visites par mois ce qui constitue une audience importante.


D'autres sites affichent des offres d'emploi et stages dans l'ESS. Le CJDES (Centre des Jeunes Dirigeants et des acteurs de l'Economie Sociale) fait figurer sur son site une rubrique offres d'emploi et une candidathèque. Le portail des finances solidaires Finansol comporte un volet Stages et EmploisCoordination Sud actualise des offres d'emploi et missions d'ONG dans le domaine de l'humanitaire et de la solidarité internationale. Emploi Environnement est spécialisé dans les recrutements de métiers liés à l'environnement et au développement durable. Groupe SOS (groupe d'économie sociale et solidaire) propose des recrutements et une candidathèque. La bourse d'échanges de Place-Publique.fr met à disposition un espace d'offres d'emploi et de stages. Enfin, consulter la rubrique "humanitaire, santé, social" du site Cyber-Emploi-Centre.com peut aussi s'avérer utile.

dimanche 19 novembre 2006

Entrepreneur de la connaissance (tendance 014)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


Dans le "Petit précis d'efficacité collective Tome 01 : Travailler autrement" édité en par Microsoft France en Creative Commons, au 1er semestre 2006 (à commander gracieusement sur cette page), Richard Collin, expert français en Knowledge Management et Président d'ICCE introduit la notion d'entrepreneur de la connaissance en titrant une partie de son article "Travailler, produire et créer autrement" : "Chacun devient un entrepreneur de la connaissance" et en contextualisant son approche :

"Parce que le monde change très vite, chacun peut et doit devenir "chercheur". Chacun peut et devenir professeur, parce qu'il ne suffit pas de produire des informations et des connaissances, il faut aussi les formaliser et les communiquer. Enfin, chacun peut et doit devenir un manager dans sa propre sphère, parce que la coopération et le dialogue entre savoir-faire différents deviennent des exercices indispensables, parce que la décision et la navigation dans un environnement complexe et incertain sont désormais le lot de tous. L'autonomie et l'initiative se déclinent ainsi sous le visage de l'entrepreneur de la connaissance".


L'expression "entrepreneur de la connaissance" est un vocable tiré du Knowledge Management. Il constitue le leitmotiv d'un article du Pôle productique de Rhône-Alpes : "Que chacun devienne un entrepreneur de la connaissance" :

"Les systèmes à base de connaissances, les blogs et wikis, les messageries intelligentes et multimedia, les outils numériques pour la modélisation et la simulation collent à cette nouvelle vision du savoir, à condition, précisément, que nos modes d'organisation et nos mentalités n'y fassent pas obstacle.
Ainsi, l'organisation la mieux armée est celle dont le plus grand nombre de membres sont des agents d'innovations, des "entrepreneurs" au sein de leur structure (Suit la définition déjà inscrite plus haut)".


Sur son site Internet, le penseur canadien Michel Cartier consacre un article au knowledge worker (entrepreneur de la connaissance) qu'il considère en 2003 comme une nouvelle catégorie de travailleurs : "Les travailleurs de l'information" :

"La nouvelle économie fait donc émerger une nouvelle catégorie de travailleurs : ceux de l'information. Ceux-ci doivent créer, capitaliser et partager le capital de connaissances entre les employés de l'entreprise et les partenaires de celle-ci. Une étude américaine a révélé que lorsqu'une entreprise perd un employé, ce sont 30 000 $ en valeur information qui disparaît de son capital savoir. Ce sont des gens dont le métier est en train de muter (RH et veille par exemple), d'autres dont les pratiques sont remplacées par de nouvelles (CRM) ou certaines qui n'existaient pas il y a cinq ans (Web et multimédia)."

mercredi 15 novembre 2006

Chindogu (tendance 010)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile...


Dans son édition papier du mercredi 15 novembre 2006, le quotidien Les Echos évoque le mot japonais Chindogu qui désigne une catégorie bien précise d'objets. L'info est reprise sur le blog Les Echos Innovation dans l'article : L'art difficile d'inventer l'inutile :

"Chindogu vient du japonais "chin" (étrange) et "dogu" (objet). Les chindogus sont des objets utilisables mais inutiles. La complication et la gêne qu'entraînent leur emploi doivent être supérieures au bénéfice qu'ils apportent ­ou sont censés apporter. Exemples : la brosse à dents à double tête pour brosser le haut et le bas, la fourchette à moteur pour enrouler les spaghetti ou les chaussons pour chats en "chiffons à poussière" permettant à minou de faire le ménage rien qu'en se déplaçant. On voudrait pouvoir se laisser aller à une liste exhaustive, tant l'énumération en est réjouissante."


Le blog belge No Bug précisait en 2001 qu'un chindogu (l"art de l'idée non utile") répond à 10 préceptes énoncés parmi lesquelles des idées d'actualités qui rapprochent les chindogu de l'univers des logiciels libres et de la notion de bien commun :

"(...) Un chindogu ne peut être vendu (...) un chindogu ne peut être breveté : offert au monde, il est pour tous et ne peut être protégé par des brevets (...)."


On peut trouver des exemples de chindogu sur cette page en français et aussi sur cette page en anglais. Dans une interview en anglais (2 pages), Kenji Kawakami (créateur japonais du concept de chindogu) précise sa vision de ces objets par rapport au monde actuel et il précise que les chindogu s'inscrivent dans une approche analogique voulant favoriser la communication en opposition du monde numérique :

"Chindogu is analog. There's always some process in analog products, and these processes themselves can be their purpose. We think analog. Humans are originally analog beings. Digital is a way to get human ideas, but your fingers, your food are analog. The entrances and exits (to the human body) are always analog. If you look at digital products, they all isolate people and leave them in their own small world, depriving them of the joy of communicating with others. I can't deny that they make life more exciting and convenient, but they also make human relationships more shallow and superficial."

mardi 14 novembre 2006

Territoires urbains, exclusions, représentations et sphères de vie

En ces temps d'accélération de créations hybrides de plateformes du nouveau Web autour de cartographies annotées par certains utilisateurs internautes et d'une redécouverte du territoire réel au regard du territoire virtuel, quelques relectures s'imposent pour prendre un peu de recul sur la notion de territoire et de ville contemporaine.


En février 2006, le sociologue Jacques Donzelot publie l'article scientifique "La ville à 3 vitesses" dans la collection Arguments du PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture) du Ministère des Transports et de l'Équipement, qui comprend des textes synthétiques sur l'actualité des questionnements relatifs à la recherche urbaine. Jacques Donzelot y décrit 3 phénomènes majeurs du rapport des habitants à la ville moderne : la relégation, la péri-urbanisation et la gentrification. Les classes moyennes et précaires se voient rejeter des villes centres :

"Il y a la mondialisation par le bas qui se traduit par la concentration de ces minorités visibles dans les territoires de la relégation. Et puis la mondialisation par le haut qui correspond à la classe émergente associée à la gentrification. Entre ces deux pôles, aucune commune mesure ne permet l'établissement d'une relation, conflictuelle ou non. Elles vivent dans la même ville. Mais celle-ci ne relie pas l'une et l'autre des extrémités de ses habitants. Elle vit plutôt au rythme des malaises de la population qui s'intercale entre ces deux éléments sans établir une continuité efficace. Car cette population de classes moyennes qui constitue la principale part de la société contribue à la relégation autant qu'elle se sent rejetée par le processus de gentrification. Autant les classes moyennes ont constitué la solution de la ville industrielle, autant elles sont devenues le problème dans la ville mondialisée. Il n'est pas de moyen que la ville puisse à nouveau "faire société" qui ne nécessite d'apporter une solution aux classes moyennes, celles qui s'estiment, à juste titre, "les oubliées" de la nouvelle configuration pour la pure et simple raison qu'elles se trouvent en position de la subir."


Les classes créatives, puissantes financièrement, tiennent le pouvoir économique et se concentrent dans les villes centres, autour de bouillonnements culturels et technologiques, bénéficiant d'accès à des infrastructures techniques à haut, voire très haut débit.


Dans son essai "La société hypermoderne" (Editions de l'Aube, 2000), François Ascher, Professeur d'Urbanisme à l'Université de Paris 8, décrit la société moderne dans l'évolution urbaine et les liens sociaux dans la cité, plus nombreux, mais moins forts, qui font naître une société de la connaissance, un capitalisme cognitif sur lequel les individus pensent peser et ainsi transformer le territoire par les techniques c'est-à-dire les technologies. Les villes changent car la société et l'économie cognitive imprègnent notamment via les technologies ("les nouvelles technologies urbaines"), leurs modes de conception, de production et de gestion :

"Les conceptions et représentations de la métapole seront inévitablement en phase avec la société hypertexte et avec ses représentations multidimensionnelles du monde. Il ne pourra y avoir de séparation radicale entre les manières dont la société se pense et fonctionne, ses paradigmes, et les manières de concevoir les espaces des villes. Le monde du virtuel pénétrera inévitablement les théories et les pratiques de l'urbanisme et de l'architecture urbaine et donnera naissance à des combinaisons nouvelles. Le virtuel augmentera de différentes manières l'actuel. Demain, l'espace des villes n'intégrera pas les TIC seulement comme des métaphores, mais ressemblera davantage, lui aussi, à un hypertexte dans lequel les citadins se fabriqueront des urbanités variées et changeantes. D'ores et déjà, comme le souligne Antoine Picon, les citadins se déplacent souvent dans les villes tels des joueurs de jeux informatiques, sans consulter des modes d'emploi qui n'existent pas ou sont inutilisables, et se dirigeant par "essais, erreurs et reconnaissance".


Plus les technologies se font sensibles dans la reconstruction d'un territoire virtuel pouvant paraître pratique, volontairement organisé, sécurisant, voire utopique, plus elles semblent buter sur la réalité physique tangible du territoire local réel.


Illustration chiffrée, le blog Neighbourhoods, sur le modèle des parcours de vie, rappelle aujourd'hui la sphère territoriale de vie des enfants britanniques, une échelle extrêmement réduite : la notion de pas de porte (à 60 m du domicile en ligne droite, à 100 m en marchant), le voisinage (à 260 m de la maison en ligne droite, à 400 m à pied) et le local (à 600 m de l'habitation en ligne droite et à 1 km en marchant). Soudainement, le territoire se fait plus humain.

dimanche 12 novembre 2006

Accès public à l'Internet en Afrique : 4 mémoires d'étudiants, travaux de recherche au Mali, Sénégal et au Burkina-Faso

L'association des EPNologues publie 4 travaux d'étudiants du Master 2 CGNPT (Université Paris 10 Nanterre) très intéressants sur l'accès public en Afrique ; une perception de la réalité de l'appropriation des technologies via des expériences différentes et enrichissantes du point de vue humain et pédagogique :


Au Mali, un état des lieux des TIC et des usages diversifiés des technologies

Loïc Baron (Septembre 2006), "Etude des TIC au Mali, lors du Forum Social Mondial 2006. Projet : De l'Ilot Bamako en collaboration avec l'association GNTM de Saint-Denis" (à télécharger ici en .pdf, 72 pages). Au coeur de ce projet, un travail avec un Espace Public Numérique de Saint-Denis (93) permettant à des jeunes du quartier de se rendre au Forum Social Mondial à Bamako (Mali). Un voyage d'études illustré fait un état des lieux de l'accès public à l'Internet au Mali, des utilisations de l'Internet par les Maliens. Extrait :

"Utilisation du GSM dans le désert. Mohamed possède quelques chameaux et un troupeau de chèvres. C'est un Touareg nomade. Mais le seul élevage ne permet pas de vivre convenablement. Sa femme et lui réalisent des objets d’artisanat. Ils invitent des touristes en ballade à dos de chameau qui passent quelques nuits dans leur campement. Ces activités touristiques leur permettent d'acheter en ville des produits de première nécessité. Mais l'arrivée du GSM a considérablement modifié leur mode de vie. En effet, depuis
que Mohamed a acheté un téléphone portable, ils peuvent recevoir des coups de téléphones venant de Tombouctou ville. Ces appels sont ceux de partenaires de Tombouctou qui leur indique l'arrivée de touristes qui souhaitent partir en expédition
dans le désert. Mais la couverture GSM est limitée autour de la ville de Tombouctou. Les touaregs impliqués dans l'activité touristique établissent donc leur campement en fonction de ce nouveau paramètre : être à portée du réseau de téléphonie mobile."

A Dakar, citoyenneté numérique et administration en ligne

Abdoul Aziz Wane (Septembre 2005). "Autre Mairie de Dakar : Audit des Espaces Publics d'Accès Internet : Utilisation des TICs pour une qualité de service public et de bonne gouvernance locale" (à télécharger ici en .pdf, 114 pages). Ce mémoire s'intéresse à la réalité de l'accès public à Internet à Dakar avant de dégager les enjeux des TIC de l'administration locale et d'entrevoir un programme d'actions global par la mairie de Dakar d'appropriation de l'internet, auprès des citoyens de la capitale du Sénégal. Abdoul Aziz Wane dresse une typologie des publics menacés d'exclusion numérique :

"D'après les témoignages recueillis auprès des populations aux alentours des CyberCentres et chez les particuliers (pères et mères de familles), il a été constaté que quelques sous-groupes de la population Dakaroise sont significativement en
marge d'Internet :
- la tranche d'âge des 50 ans et plus (90% de non-utilisateurs),
- ceux qui n'ont pas de diplôme du secondaire (79% de non-utilisateurs),
- ceux qui n'ont pas d'activité professionnelle et ne sont pas demandeurs d'emploi (62% de non-utilisateurs),
Dans une moindre mesure :
- les chômeurs (49% de non-utilisateurs),
- les ouvriers (49% de non-utilisateurs)."


Espaces Numériques Scolaires au Sénégal : pluralité d'expériences

Maty Diallo / Dia (Septembre 2005) "Accès au grand public des Espaces Numériques Scolaires au Sénégal : Situation actuelle et perspectives" (à télécharger ici en .pdf, 97 pages). Ce mémoire de fin d'études dresse un panorama des ENS (Espaces Numériques Scolaires) au Sénégal, des lieux qui sont soit le fait d'une initiative interne (projet d'école ou d'établissement ou encore dans le cadre de partenariat Nord-Sud), soit nés sous l'impulsion des Autorités du Ministère de l'Education ou des Collectivités locales dans le cadre de la décentralisation. Par une méthodologie d'enquête quantitative et qualitative, Maty Diallo / Dia présente la pluralité des approches et des usages en ENS. Dans sa conclusion, il propose des axes de développement pragmatiques :

"Dans le même sens, les Pouvoirs locaux pourraient, toujours en relation avec les ONG, les mouvements associatifs, les artisans, pêcheurs, automobilistes, agriculteurs, les commerçants, etc., initier et promouvoir le développement de cyber-écoles. L'idée serait d'utiliser la puissance des TIC dans les ENS au service de la communauté, afin de mettre en commun les expériences et les activités des groupes socioprofessionnels, dans le but d'une mutualisation des moyens. Ces cyber-écoles, relativement bien implantées, pourraient permettre de faire face aux frais financiers qu'occasionnent aujourd'hui la construction tout azimut de cybercafés et dont les coûts sont souvent de portée des possibilités des habitants. Compte tenu de ce facteur limitant, la mutualisation envisagée pourrait se faire dans le cadre de salles multimédias qui regrouperaient
l'essentiel des moyens informatiques et de communication. Afin d'assurer la pérennisation du projet, il peut être prévu un couplage avec des activités de services telles que l'animation d'un cybercafé, la formation, la vente de produits locaux (artisanat, tourisme) en ligne, la réalisation de sites Web pour les PME locales, etc."


E-formation et formation au Burkina-Faso via des Espaces Publics Numériques en réseau

Emmanuel Tassr Sawadogo (Septembre 2005). "Offre de e-formation en milieu rural au Burkina Faso : Etude de faisabilité d'un projet pilote" (à télécharger ici en .pdf, 79 pages). L'objectif principal de ce projet est la construction d'une offre de e-formation et d'information pour le développement aux communautés rurales du territoire du Sanmatenga, une des 45 provinces du Burkina Faso, en partenariat avec InFoDev (structure de formation et d'information au Burkina). Le mémoire est présenté sous la forme d'une gestion de projet technique. A propos des publics concernés :

"Le choix d'InFoDev de s'intéresser au monde rural prédéfinit les publics cible du projet qui prend désormais le nom de Projet Sanem. En effet, les zones rurales sont constituées presque exclusivement de petits agriculteurs et d'éleveurs. Ces deux secteurs d'activités occupent 85% de la population du Burkina Faso et, paradoxalement, il n'y a pas d’offre de formation
structurée pour ces publics ; ce qui donne déjà à ce projet son caractère innovant. Ce caractère innovant du projet justifie d'ailleurs l'enquête menée pour dresser le relevé des besoins en formation et en information spécifiques à ce milieu. La politique d'InFoDev, le porteur du présent projet, est d'utiliser la médiation de l'ordinateur dans une série d'offres de formation en direction de ces publics localisés dans la province du Sanmatenga dans la perspective d'un développement humain durable et d'éviter les supports non interactifs à quotient phatique médiocre (...) En terme de disponibilité, les deux saisons qui s'alternent dans le pays rythment la vie : la saison des pluies ou hivernage, qui s'étend de mi-mai à mi-octobre est la période et pendant laquelle la totalité des populations rurales sont sollicitées à temps plein dans les travaux champêtres. En revanche, la saison sèche, qui va de la mi-octobre à la première moitié du mois de mai est une période sans activités majeures et offre donc une plage temporelle de disponibilité des publics pour s’impliquer dans d'éventuelles formations."

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