Mardi
23 janvier, j'ai participé dans les locaux de TechnofuturTIC à Gosselies
(Belgique) à la première rencontre 2007 du réseau des EPN de Wallonie qui
a réuni plus d'une trentaine de personnes : animateurs multimédias,
responsables d'EPN, personnel communal impliqués dans les lieux d'accès publics
à l'Internet, pour la plupart d'entre eux, récemment ouverts. J'ai publié, il y
a quelques jours, un compte-rendu de cette réunion sur le blog EPN-Ressources.be.
Il y a les EPN qui démarrent et les animateurs confirmés. Tous ont le souci de
bien faire, de se rendre utile et déjà quelques préoccupations pointent le
bout du nez : Comment accueillir un public de séniors ? Avec quels
partenaires locaux puis-je travailler localement ? Comment gérer son temps et
donner du temps pour le réseau ? Des questions non techniques pourtant si
essentielles. J'y ai apporté quelques réponses oralement, collectivement
puis individuellement, et poursuivrai ce travail dans les mois qui
viennent.
Je collabore par mon expertise au centre de Ressources des EPN de
Wallonie sur le volet conseil, animation de réseau, fourniture de contenus sur
le blog collectif et l'Egroupware privé et, aussi, par la préparation
et la conduite de plusieurs sessions de formation spécifiques
pour les EPN de Wallonie dont : "Evaluation et validation de l’information
sur Internet", "Mobilité et
EPN : soyez mobiles!", "Avoir
une démarche de développement durable au sein et dans les activités
d'un EPN", "Connaître son
territoire et travailler en réseau", "Actions de recherche d’emploi dans un
EPN", "Appropriation de
l'informatique et de l'internet par des publics précaires". Ces thèmes
seront explorés dans une démarche participative et avec une
coconstruction de propositions concrètes.
La formation complétant l'animation de réseau est l'un des points forts de la
politique des Espaces Publics Numériques soutenu par la Région Wallonie. On
mesure combien ce programme s'intéresse à fournir aux personnes en charge des
EPN des réponses de terrain à leurs préoccupations, sans langue de
bois et perte de temps, ni effet d'annonce en favorisant aussi l'entraide et
l'échange de savoirs entre les animateurs multimédias. Les multiples rencontres
favorisent la connaissance de ce qui se fait ailleurs. Se lancer dans
l'aventure de l'ouverture et de l'animation d'un Espace Public Numérique est
une grande aventure, un début de possibles...
Tag - travail
mercredi 31 janvier 2007
Animation du réseau des Espaces Publics Numériques de Wallonie
Par Jean-Luc Raymond le mercredi 31 janvier 2007, 09:50 - Mes missions
dimanche 28 janvier 2007
Bernard Stiegler, Internet, télécratie, contributions, participativité et démocratie
Par Jean-Luc Raymond le dimanche 28 janvier 2007, 11:09
Le
philosophe Bernard Stiegler est de plus en plus présent dans
l'émission "Ce soir ou jamais" de France 3. Le mardi 23 janvier, il s'est exprimé sur la puissance de
l'Internet en particulier dans l'importance des contributeurs internautes dans
le débat démocratique. Voici la transcription de ses propos sur les
nouvelles technologies dans le cadre de cette émission :
"Je crois qu'Internet est un phénomène très très important qui ne fait que commencer et qu'il faut garder de juger ce qu'il se passe sur Internet avec le très peu de recul historique dont nous disposons. En revanche, je crois qu'il s’y passe des processus participatifs. Je n'oppose pas participation et représentation. La représentation est un processus de délégation. Si par exemple, on regarde ce qui se passe sur Wikipédia qui est quand même un phénomène très intéressant. C'est une encyclopédie que beaucoup regardent de très haut, universitaires ou professeurs, écrivains et intellectuels ou avec mépris. Beaucoup la regardent de haut, mais beaucoup la pratiquent aussi, l'utilisent. L'encyclopédie Wikipédia est un média extrêmement intéressant qui est en reconfiguration permanente et où chacun peut modifier un article qu'il est en train de lire, avec un contrôle bien entendu puisqu'il y a des responsables de rubriques. Et là, on voit comment quelque chose de très intéressant se produit, qui est arrivé aussi dans une association que je préside qui s'appelle Ars Industrialis, où les internautes veulent contribuer aux choses.
La différence entre le média Internet et les grands médias de masse que nous avons connus comme la radio et la télévision, c'est que dans ces médias de masse, il y a une opposition entre les producteurs d'un côté et les consommateurs de l'autre. Sur Internet, il n'y a pas de consommateurs. Il y a des participants, des contributeurs et c'est un processus d'un type tout à fait nouveau. Ce processus est extrêmement intéressant parce qu'il manifeste que les gens ont besoin d'exister, de pouvoir vivre collectivement, d'échanger et qu'il y a là une possibilité de développement tout à fait nouvelle.
Ici, il est très intéressant de faire un rapport entre ce qui se passe sur Internet par rapport à l'information et d'une façon plus générale, le fait que dans la société industrielle contemporaine, l'opposition entre production et consommation, pas simplement dans le domaine de l'internet, commence à devenir problématique.
Sur Internet, un phénomène s'est développé déjà depuis une quinzaine d'années : la production open source, en particulier le monde de ce qu'on appelle le logiciel libre. C'est un modèle industriel nouveau et un modèle économique nouveau. Un logiciel libre est développé par les utilisateurs du logiciel. Ses sources de développement sont ouvertes à tous. Tout le monde peut contribuer à l'évolution du logiciel et les gens en pratiquant le font évoluer et donc existent aussi à travers le développement de ce logiciel. (...)
Ceci, c'est un nouveau projet industriel, un nouveau projet politique, un nouveau projet économique, un projet technologique. Il faut développer les technologies pour cela (...) C'est un enjeu fondamental des décennies qui viennent. Il faut que la société se mobilise pour obliger les candidats à l'élection présidentielle à développer une politique dans ce domaine.
Il faut bien se rendre compte qu'il y a la convergence des technologies, donc convergence d'Internet (France Télévision a un site Internet ; toutes les chaînes de télévision ont un site Internet).
Sur Internet, on voit apparaître l'autoproduction vidéo. L'écrit a repris une seconde vie et c'est très bien aussi que les gens fassent des images et apprennent à manipuler les caméras. Tout ça est en train de se développer et produit la convergence du numérique, convergence entre les télécommunications, l'informatique et l'audiovisuel. C'est colossal, les transformations qui se produisent là, sans parler de ce qu'on appelle les microtechnologies et, derrière les nanotechnologies. Toutes ces technologies des objets communicants, ce sont d'énormes vagues de transformations qui sont en train de se produire. Il faut regarder cela de très très près et les pratiques des individus.
Il faut voir la vitesse à la quelle s'est socialisé internet. Il faut se souvenir qu'il y a 15 ans, Internet n'existait pas. Aujourd'hui, nous pratiquons pratiquement tous de près ou de loin. J'y passe 7, 8 heures par jour devant Internet. Je travaille avec et des centaines de milliers de gens travaillent avec Internet. C'est quelque chose qui va se développer encore beaucoup plus que tout ce que nous pouvons imaginer et il est fondamental de repenser la société industrielle par rapport à cela.
Je pense qu’Internet va transformer très profondément la vie politique. Je crois que ça va conduire à une participativité, à une implication, à une contribution des gens beaucoup plus grande dans la vie politique et c'est une très bonne nouvelle. Il s’est produit une coupure pendant les dernières décennies du fait des médias de masse qui ont produit des courts-circuits dans l'individuation collective, à travers le fait que la radio et la télévision, les médias se sont substitués aux appareils démocratiques (ce que j'appelle la télécratie). Internet permet d'imaginer une relance de la démocratie. Ce peut être aussi un outil de manipulation beaucoup plus fort aussi."
lundi 15 janvier 2007
100 façons de visualiser l'information, A periodic table of visualization methods
Par Jean-Luc Raymond le lundi 15 janvier 2007, 23:40
Comment
cartographier l'information ? Comment l'explorer ? Les typologies sont diffuses
et avec Internet, on a parfois l'impression que le concept d'information se
cherche à nouveau.
A ce challenge impossible, Ralph Lengler et Martin J. Eppler (chercheurs à
l'Université de Lugano, Suisse qui travaillent sur la Visual literacy) viennent
de répondre de façon magistrale sous la forme de la simili-table périodique des
éléments de Mendeleïev en présentant une table périodique des méthodes de
visualisation ("A periodic table of visualization methods") qui s'affiche sur une page
de format A4 en mode portrait.
La présentation de cette table est extrêmement claire : chacun des 100
éléments représente une méthode de visualisation de l'information classée en
colonnes de 6 couleurs différentes. On distingue 6 familles de visualisation
: données, information, concept, stratégie, métaphore et
composé ("data, information, concept, strategy, metaphor et
compound").
Une légende dans chaque carré d'élément permet de distinguer : le type de
visualisation (procédural ou structurel : process or structure) ;
s'il s'agit d'une pensée divergente/divergent (ajout de la complexité)
ou convergente/convergent (diminution de la complexité) ou le mode de
visualisation (détail ou synthèse ; detail or overview, ou les 2 à la
fois).
En survolant chaque élément avec la souris, la méthode de visualisation
apparaît afin de se la remémorer plus facilement avec un exemple.
Cette table périodique de 100 méthodes ou façons de
visualiser l'information est d'une grande utilité dans la gestion de
projets, le domaine de la fomation, le management et les ressources
humaines.
En complément, Ralph Lengler et Martin J. Eppler ont écrit un article
scientifique pour expliciter cette table périodique de 100 façons de visualiser
l'information : "Towards A Periodic Table of Visualization Methods for
Management" (6 pages à télécharger ici en .pdf). Via le Center for Teaching and
Learning at The University of Georgia.
dimanche 14 janvier 2007
Repenser la solidarité, Serge Paugam
Par Jean-Luc Raymond le dimanche 14 janvier 2007, 23:16 - Evénement
"Repenser
la solidarité, l'apport des sciences sociales" de Serge Paugam est un ouvrage
différent sur la solidarité. Il comprend 992 pages et a réuni 50 contributeurs
(49 Euros aux Presses Universitaires de France, collection Le Lien social).
Imposant, ce livre est une élaboration collective de chercheurs et de penseurs
suite à un séminaire pluridisciplinaire du CNRS et de l'Ecole des Hautes Etudes
en Sciences Sociales : "Repenser la solidarité au 21e siècle" qui s'est
déroulé en 2005 et 2006 à l'Ecole Normale Supérieure de Paris.
Serge Paugam est sociologue (directeur de recherche au CNRS et directeur
d'études à l'EHESS). C'est l'un des chercheurs qui fait référence sur
la pauvreté et la précarité depuis de nombreuses années. Cette publication
collective est donc un évènement qui s'attache à comprendre les phénomènes de
ségrégation urbaines et scolaires, la crise du salariat, les inégalités de
genre, les discriminations multiples, les inégalités entre générations... C'est
aussi un ensemble de pages avec des propositions concrètes pour lutter contre
la pauvreté, l'exclusion et favoriser les solidarités.
Voici un extrait d'une interview de Serge Paugam pour CCAS Infos (janvier
2007, n°275) à propos de "Repenser la solidarité, l'apport des sciences
sociales" :
"Il est impossible de rappeler ici l'ensemble des propositions avancées par les cinquante chercheurs qui ont participé à cet ouvrage. Les auteurs ont cherché les moyens de renouveler l'éthique de la solidarité à la fois au sens des principes généraux de justice sociale et au sens de l'application concrète de ces derniers dans les modes de l'intervention sociale. Ils ont aussi fait l'inventaire des solutions visant à concilier efficacité économique et solidarité sociale dans un environnement marqué par la concurrence internationale. Ils ont évalué les moyens de mieux articuler les solidarités privée et publique. Ils ont enfin fait des propositions pour créer des synergies entre les différentes échelles de la solidarité, du local au national et du national ou supranational. C'est sans arrière-pensées politiques ou morales, en ayant uniquement pour dessein de clarifier le débat et de dissiper les fréquentes confusions entourant les questions de solidarité que les auteurs de cet ouvrage s'adressent aux responsables politiques, aux syndicats, au patronat, aux associations, bref à tous les citoyens attentifs aux enjeux des réformes en cours ou à venir."
Les auteurs de l'ouvrage "Repenser la solidarité au XXIe siècle" organisent un
débat "Repenser la solidarité, un enjeu pour la France", le 17 janvier à 19
heures, à la Maison de la Mutualité (24 rue Saint-Victor, Paris 5e), à
l'occasion de la publication du livre, en présence de personnalités du monde
universitaire, syndical et politique. Seront notamment présents : Martin
Hirsch, François Chérèque... Renseignements par téléphone au 01 58 10 31 10 ou
par courrier électronique à solidarite@puf.com.
mercredi 10 janvier 2007
L'Internet et les réseaux de solidarités, une étude sur les solidarités numériques en réseau
Par Jean-Luc Raymond le mercredi 10 janvier 2007, 17:16
En février
2005, l'Eurotechnopolis Institut a publié un document remarquable sur
l'Internet et des initiatives liées aux solidarités et à l'Economie Solidaire :
"L'Internet et les Réseaux de Solidarités" (31 pages en .pdf, à télécharger ici). Intéressant car cette étude rapporte des dizaines
de projets, montre leur implantation dans une dynamique territoriale locale ou
plus sectorielle et les classe de manière pertinente dans des champs
participatifs divers et variés.
Ce document met en lumière la solidarité numérique comme un fait ancien
sur Internet souvent lié à un activisme politique et à des préoccupations d'une
vision différente de la société en matière d'environnement,
d'économie sociale et solidaire et de réseaux non monétaires.
Souvent, les réseaux de solidarités sur le Web sont l'écho ou
précurseurs de mobilisations citoyennes, ont un aspect extrêmement pratiques et
cherchent à recréer du "lien social" ; Internet n'étant qu'un outil pour des
objectifs concrets.
L'étude "L'Internet et les Réseaux de Solidarités" souligne l'importance des
animateurs des réseaux ("les médiateurs du lien social") et livre
quelques enseignements pour l'avenir. Il est notamment proposé de favoriser la
création de services d'épargnes solidarité (par système de points, de temps
troqué), de soutenir les écoles qui veulent lancer des projets de solidarités
entre jeunes et d'aider plus avant les actions de solidarités
numériques des collectivités territoriales.
mercredi 3 janvier 2007
Technologies de l'Information et de la Communication et productivité des entreprises industrielles
Par Jean-Luc Raymond le mercredi 3 janvier 2007, 11:10
La lettre du SESSI
(Service des Etudes et des Statistiques Industrielles, Ministère de l'Economie
et des Finances) du mois de novembre 2006 (n°223) consacre ses 4 pages aux
"Technologies de l'Information et de la Communication et la productivité
des entreprises" avec le sous-titre "Des liens forts" (édition à télécharger ici en .pdf).
L'analyse microéconomique conduite vise à établir un rapport entre
l'utilisation des nouvelles technologies et la productivité des entreprises de
l'industrie. Plus les sociétés utilisaient déjà les technologies en 2002,
plus les gains ont été importants sur la période 2002-2004 mais ceux-ci restent
relativement faibles : une productivité supérieure de 4 % est mesurée dans
les entreprises fonctionnant avec un progiciel ou d'autres outils logiciels
avancés.
Il semble que l'accompagnement humain est un facteur clé dans la productivité
car ce "différentiel atteint 11 % lorsque les sociétés disposent d'un
extranet, d'un call-center ou d'un outil de visioconférence." On voit là
que le facteur d'assistance à la personne et d'aide en ligne fait quadrupler la
productivité. C'est donc la formation dans son aspect formel et informel qui
joue un rôle majeur dans l'amélioration des performances des entreprises.
Fait important : "les entreprises dont plus de la moitié des salariés
utilisent le courrier électronique en 2002 ont eu une productivité supérieure
de 17 % en 2004." Cela signifie clairement que l'utilisation régulière de
l'Internet dans ses fonctions basiques (dans l'entreprise ou à l'extérieur de
celle-ci) signifient une "montée" en compétence significative pour les
employés. Il serait intéressant de quantifier et de qualifier comment ces
personnes ont appris à se servir d'un ordinateur et de fonctions/outils liés à
l'Internet : Est-ce dans un cadre familial ou amical ? Est-ce dans un Espace
Public Numérique ? Est-ce au sein de l'entreprise lors d'une formation ou via
l'entraide entre collègues ?
Ces statistiques sont toutefois à prendre avec prudence car la
productivité est sujette au jeu et à la conjoncture des marchés. Enfin, cette
question du lien entre productivité et Technologies de l'Information et de la
Communication (TIC) a été invalidée par l'économiste américain Robert Solow en
1987 avec son "paradoxe de la productivité" qui a montré que l'effet TIC dans les
entreprises touche tous les aspects d'une entreprise à l'exception de
la productivité.
mercredi 27 décembre 2006
Danilo Martucelli, les revers de la mobilité généralisée
Par Jean-Luc Raymond le mercredi 27 décembre 2006, 18:01
En 2004, l'Institut pour la Ville en Mouvement a publié un recueil de
textes aux Editions Belin dans l'ouvrage "Le sens du mouvement, modernités
et mobilités dans les sociétés urbaines contemporaines" (sous la direction de
Sylvain Allemand, François Ascher et Jacques Lévy) suite au Colloque du même
nom en juin 2003 au Centre Culturel inernational de Cerisy-la-Salle.
Dans la deuxième partie de ce recueil "Individu et lien social", Danilo
Martucelli (sociologue au CNRS, CLERSE - Centre Lillois d'Etudes et de Recherches Sociologiques et
Economiques - Université de Lille 1) met en évidence le fait que la
mobilité s'impose, avec la suractivité et l'immatériel, comme un des
indicateurs du prestige social. Pour Danilo Martucelli, ce ne sont plus
seulement les modes et les goûts de consommation des classes aisées qui servent
à définir le réel mais la globalité de leur existence. Son article "Les revers
de la mobilité généralisée" montre que cette existence se caractérise a priori
par la suractivité professionnelle, le primat de l'immatériel (gage
d'esthétisme) sur le matériel, enfin la mobilité, concrètement la fréquence des
voyages et autres déplacements.
"Le réel par excellence est fortement associé, au sens précis du terme, à la mobilité. Elle devient un indicateur du prestige social (faut-il rappeler que la "valeur" d'un cadre se mesure aussi par le nombre de voyages qu'il effectue par mois ?) ; une manière de se représenter les capacités individuelles de vaincre l'espace et le temps, de réaliser un fantasme d'ubiquité, d'agir, en même temps, à différents endroits. En dépit de certaines exagérations, Bauman a justement insisté sur une des significations majeures de la mobilité aujourd'hui en soulignant à quel point la mobilité de l'espace "est devenue le facteur de stratification sociale le plus puissant et aussi le plus recherché" (Bauman Z., Globalization. The human consequences, New York, Columbia University Press, 1998 paru en français sous le titre : Le coût humain de la mondialisation, Paris, Hachette, 1999).
Dans un univers où l'espace cesse en quelque sorte d'être une limite incontournable à l'action et à la communication, le signe majeur de reconnaissance, sous l'emprise de la "mobilité généralisée", devient la co-présence physique. Dans la mesure où les individus peuvent davantage agir ou se manifester à distance, à l'aide de nouvelles technologies de communication, la présence physique directe, et donc la possibilite de la mobilité, devient le critère suprême permettant de mesurer la valeur réelle octroyée à l'activité ou à la rencontre. Walter Benjamin l'a bien entrevu jadis, lorsqu'il s'est penché sur la reproductibilité de l'art : la possibilité de la multiplication des copies ne fait qu'augmenter l'aura de l'original. De même, le fait de pouvoir multiplier votre présence grâce à l'action à distance donne à l'interaction en face à face une valeur, normative et marchande, toute nouvelle.
Néanmoins, pour importante que soit la mobilité, elle ne saurait pas, à elle seule définir ce qu'est le "réel" aujourd'hui. C'est la réunion de ces trois facteurs, plus ou moins imaginaires ou fantasmatiques, qui finissent par condenser, dans la représentation sociale, le sens du réel.
Bien entendu, il faudrait encore ajouter bien d'autres éléments afin d'avoir une représentation plus exacte du "réel", et pourtant ces trois-là en constituent bel et bien le triangle de base. En s'aimantant entre eux, ils dessinent la définition légitime du réel. Certes, il est vrai que dans ses formulations les plus fantasmées, cette zone d'expérience, cette vie-là, ne concerne qu'une toute petite minorité d'individus. Davantage même : ceux qui l'éprouvent vraiment n'en sont pas moins, même si c'est autrement, assaillis également par le sentiment que la "vraie vie" est ailleurs. Mais il n'en est pas moins vrai que c'est au travers de cette zone d'expérience que se définissent en cascade toute une série d'autres expériences sociales, dans le vertige, plus ou moins achevé, de la déréliction. Il s'agit bien de deux zones parallèles d'expériences (mi-vraies, mi-imaginaires mais ayant des conséquences toujours effectives), qui ne cessent de s'entre-regarder : l'une, de manière oblique et épisodique afin de mieux asseoir sa distance ; l'autre, de manière constante et agonique, afin de mieux se rappeler son infortune. Et lorsque, par hasard, ceux qui sont dans cet "autre monde" s'aventurent dans le premier, comme le personnage de Proust dans le salon des Guermantes, on ne peut que faire l'étrange constat de l' "irréalité" du lieu que l'on "souille" : la "vraie vie" est par définition même celle dont on est à jamais exclu."
dimanche 24 décembre 2006
Agence de Valorisation des Initiatives Socio-Economiques, acteurs de la filière Déchets d'Equipements Electriques et Electroniques, Coopératives d'Activités et d'Emploi
Par Jean-Luc Raymond le dimanche 24 décembre 2006, 18:59
L'Agence de Valorisation des Initiatives
Socio-Economiques (AVISE) édite un site Internet ressource en
matière d'innovation sociale. L'AVISE agit pour une meilleure connaissance et
la consolidation des initiatives entrepreneuriales existantes et pour favoriser
l'émergence de nouvelles initiatives créatrices d'emploi et porteuses de
cohésion sociale. Elle base son action sur la valorisation de projets plaçant
l'homme au coeur de l'entreprise et de son développement.
L'AVISE s'adresse aux promoteurs d'initiatives au carrefour du social et de
l'économique, ainsi qu'à leurs réseaux ; son action bénéficie également aux
services de l'Etat, aux collectivités locales, aux organismes publics ainsi
qu'au milieux économiques. Son site fourmille d'idées et de bonnes pratiques de
l'Economie Sociale et Solidaire. Elle publie aussi des guides à
télécharger gratuitement dont deux ressources utiles pour le secteur des
Technologies de l'Information et de la Communication :
- "Annuaire 2007 DEEE : Choisir les entreprises de l’économie sociale et
solidaire" : Qui informe les acteurs de la filière "DEEE" (Déchets
d'Equipements Electriques et Electroniques) sur les ressources que constituent
les entreprises de l'économie sociale et solidaire. On y trouve des
cartographies rendant compte de leurs implantations sur le territoire national
(279 établissements) et des fiches par entreprise sociale qui précisent leurs
domaines privilégiés d'intervention,
- "Coopératives d'Activités et d'Emploi - L'entreprise partagée" : Mieux
faire comprendre le concept de CAE à partir de témoignages d'acteurs... Dans la
collection "Choisir d'entreprendre autrement", la publication "Coopératives
d'Activités et d'Emploi - L'entreprise partagée" propose un ensemble de
repères, de témoignages et de ressources qui permettent de mieux
comprendre la réalité et l'intérêt de cette forme novatrice d'entreprise
sociale. Ce mini-guide comprend un carnet d'adresses et une carte de France des
Coopératives d'Activités et d'Emploi (CAE) du réseau Coopérer pour
entreprendre.
Offrir un zébu à Madagascar, un cadeau solidaire... Internet crée du lien
Par Jean-Luc Raymond le dimanche 24 décembre 2006, 12:03
L'entreprise Zebu Overseas Board vous propose d'investir à Madagascar dans un
zébu. Pour 300 Euros, le zébu est mis à disposition d'une famille
malgache, en location-vente, qui l'utilise au quotidien comme animal d'élevage
("pour produire du lait, labourer sa terre, engendrer des veaux ou tirer
une charrette et produire du fumier naturel").
Au terme de deux ou trois années de remboursements mensuels, le
paysan devient à son tour le propriétaire de l'animal et votre
capital est alors réinvesti dans d'autres projets de développement
agricole à Madagascar. Le Zebu Overseas Board applique le principe du
micro-crédit. Internet joue un vrai rôle dans cette aventure solidaire : chaque
investisseur peut voir son animal en photo sur l'espace privé de Zebu
Overseas Board et avoir des nouvelles de la famille qui s'en occupe. Une
action solidaire d'investissement local qui destinée directement à une
population qui en a besoin. Plus de renseignements sur le site Internet
Zebu Overseas
Board.
lundi 18 décembre 2006
Patrick Dieuaide, Avec les technologies de l'information et de la communication, le travail se complexifie et change de nature sous l'effet de déterminations nouvelles
Par Jean-Luc Raymond le lundi 18 décembre 2006, 21:58
Le nouveau numéro de la revue scientifique Terminal (Technologie de l'information, culture &
société) (n°97-98, Editions L'Harmattan, novembre 2006) consacre un dossier
complet sur le thème "Communautés et nouveaux modes de (télé)communication"
découpé en 3 parties : les communautés faibles, les communautés fortes et les
communautés sous contrainte. Dans ce dernier volet, Patrick Dieuaide
(économiste, chercheur à l'Université de Paris I qui travaille notamment sur le
capitalisme cognitif) consacre un article qui décrit combien les
Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication dissolvent les
cadres du travail. L'émergence de nouvelles modalités d'organisation du travail
adossées aux réseaux rendent propice la mise sous tension de l'agir. Titre du
papier de Patrick Dieuaide : "Entre précarité et révolution de l'agir" ;
extrait :
"Déterritorialisation" ou virtualisation du travail d'un côté ; affaiblissement ou perte de cohérence interne de l'autre... Tout se passe donc comme si les TIC participaient d'une recomposition des modes d'organisation des entreprises au sein desquelles le travail, revenu tout ou partie sous l'autorité et la direction des travailleurs, se présentait comme un moment productif contingent, structuré à partir de relations et de comportements non hiérarchiques. D'autre part, le travail se complexifie et change de nature sous l'effet de déterminations nouvelles, linguistiques, relationnelles voire affectives requises par des situations de travail incertaines et non programmables. Ainsi, de plus en plus, s'apparente-t-il à une activité cognitive (jugement, conversation, évaluation), consommant de l'information, mobilisant des moyens discursifs et langagiers.
D'autre part, le travail s'élabore de plus en plus sur un mode réflexif, c'est-à-dire par une série d'allers et retours entre les connaissances et autres ressources dont les individus sont dépositaires et les nouvelles connaissances à construire pour identifier et résoudre les problèmes qui se posent. Les fonctionnalités des TIC peuvent accompagner voire soutenir le développement de ces différentes facettes du travail. Mais cet accompagnement ou ce soutien est ambigu. En effet, si d'un côté l'usage des TIC peut contribuer au développement d'un travail coopératif et réticulaire, de l'autre celles-ci peuvent être porteuses d'un principe de désocialisation du travailleur lui-même. Trois phénomènes sont particulièrement en cause à ce niveau.
En premier lieu, le recours aux TIC dans les domaines de la codification et de la capitalisation des connaissances peut être un facteur de précarisation du travailleur intellectuel. (...) En second lieu, en soutenant les apprentissages, individuel et collectif, les TIC tendent à favoriser une dynamique cumulative de production de capacités et de savoirs faire totalement ouverte sur l'extérieur ; dynamique qui, au plan juridique, peut soulever des problèmes de propriété (protection des brevets) et aussi de paternité (droits d'auteur). (...) Enfin, les TIC contribuent à un remodelage en profondeur de la base de compétence des organisations, soit en poussant au recrutement de travailleurs qualifiés (hypothèse du biais skills), soit en redessinant le tracé des frontières entre métiers."
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