Jean-Luc Raymond

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Tag - solidarite

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samedi 25 novembre 2006

Logiciel d'administration d'Espace Public Numérique, E-administration au Mali, L'internet sans embrouilles, Fractures dans la société de la connaissance... (brèves citoyennes de clavier)

Nouvelle version du "Guide de l'Internet sans embrouilles" à télécharger édité prochainement pour Sciences et Vie Junior (publics cible : parents et enfants) avec de nouveaux thèmes : les jeux en réseau, l'Internet pédagogique, l'Internet et le téléphone portable, le podcasting et l'utilisation des logiciels libres. Via Mad's blog.


En version bêta, le logiciel ZybaCafe (en GNU-GPL, version anglaise, ex-DireqCafe) permet d'administrer un Espace Public Numérique. À tester.


Infobourg présente une synthèse des travaux du 1er Forum sur la Gouvernance de l'Internet du 30 octobre au 2 novembre 2006 à Athènes : "Un premier pas a été franchi avec le forum sur la gouvernance de l'Internet".


Tout juste paru, le n°45 de la revue scientifique Hermès du CNRS est consacré aux "Fractures dans la société de la connaissance". Cette édition coordonnée par Didier Oillo et Bonaventure Mvé-Ondo fait la part belle à la francophonie et "souhaite contribuer à fonder d'autres paradigmes pour penser la "Société de la connaissance"" avec 4 problématiques "La fracture numérique en recherche de sens. La mise en question des modèles économiques et juridiques. Les limites du virtuel dans les modèles pédagogiques. Les universalismes à l'épreuve de la technique."


Au Mali, l'administration électronique avance avec des pas concrets. Le dernier en date : les citoyens maliens peuvent vérifier leur inscription sur la liste électorale en consultant le site Internet DGE Mali.


A écouter en audio sur le site de la radio BFM, l'enregistrement et podcast de l'émission 01 Business du 23 novembre 2006. Louis Pouzin, l'un des précurseurs de l'Internet et Président du Native Language Internet Consortium, s'y exprime sur l'Histoire de l'Internet et son nouveau projet.


Spécialiste de l'usabilité/ergonomie Web, Jakob Nielsen définit 3 types de la fracture numérique dans l'article : "Digital Divide: The Three Stages" publié le 20 novembre sur son site : la fracture numérique économique ("economic divide"), la fracture numérique d'usabilité ("usability divide") et enfin la fracture numérique de délégation de pouvoir ou d'habilitation ("empowerment divide").


Une réflexion intéressante de vocabulaire du moment par Jacques Le Goff (Professeur de Droit public à Brest) autour de l'évolution de l'emploi et des formes d'emploi, pour y voir plus clair en ce contexte préélectoral : "Flexibilité et précarité n'ont pas forcément le même sens".

lundi 20 novembre 2006

Chercher de l'emploi dans l'Economie Sociale et Solidaire

Le secteur professionnel de l'Economie Sociale et Solidaire attire de plus en plus de candidats. Le succès récent du 1er Forum National de l'Emploi dans l'Economie Sociale et Solidaire qui s'est tenu les 14 et 15 octobre 2006 à l'Usine de La Plaine-Saint-Denis (93), avec plus de 3500 visiteurs, illustre la vitalité et le développement de ce champ en plein développement en France. Au Canada, l'Economie Sociale et Solidaire est un secteur mature et l'on trouvera sur le site Internet du Chantier de l'Economie Sociale de nombreuses ressources, rapports, études, initiatives et projets sur la thématique.


Comment rechercher de l'emploi dans le secteur de l'Economie Sociale et Solidaire (dit ESS) en France ? L'association Ressources Solidaires vient d'inaugurer une nouvelle version de son site Internet. C'est le lieu phare par excellence où défricher de nombreuses offres d'emploi et stages dans l'ESS (classés par régions et à l'étranger) et l'association dispose d'une banque de plus de 5000 CVs de personnes souhaitant travailler dans ce secteur. Le site comptabilise 25 000 visites par mois ce qui constitue une audience importante.


D'autres sites affichent des offres d'emploi et stages dans l'ESS. Le CJDES (Centre des Jeunes Dirigeants et des acteurs de l'Economie Sociale) fait figurer sur son site une rubrique offres d'emploi et une candidathèque. Le portail des finances solidaires Finansol comporte un volet Stages et EmploisCoordination Sud actualise des offres d'emploi et missions d'ONG dans le domaine de l'humanitaire et de la solidarité internationale. Emploi Environnement est spécialisé dans les recrutements de métiers liés à l'environnement et au développement durable. Groupe SOS (groupe d'économie sociale et solidaire) propose des recrutements et une candidathèque. La bourse d'échanges de Place-Publique.fr met à disposition un espace d'offres d'emploi et de stages. Enfin, consulter la rubrique "humanitaire, santé, social" du site Cyber-Emploi-Centre.com peut aussi s'avérer utile.

samedi 18 novembre 2006

Innovation sociale pédagogique, des projets scolaires concrets porteurs de sens : prix de l'innovation éducative et Taxibrousse

L'innovation sociale peut se passer de la formalisation des Technologies de l'Information et de la Communication dans bien des projets qui visent à favoriser davantage de compréhension et de respect de l'autre.


Taxibrousse relie les pratiques Nord-Sud


L'agence de Presse pédagogique canadienne Infobourg rapporte sur son site la belle initiative de Taxibrousse, une ASBL belge (association) qui propose des stages d'entraide au Sénégal, auxquels des élèves et des enseignants de la Belgique, de la France et du Québec participent : "Taxibrousse : "Je veux aider", "je veux apprendre", "je veux partager"". Ces stages d'entraide et de formation (de 15 jours à 3 mois) pour les enseignants et les élèves font renaître chez ceux qui y participent la notion d'entraide et de partage avec des projets pédagogiques humanitaires. Ce sont 400 personnes qui sont parties depuis 2002 au Sénégal, année où le projet Taxibrousse est né de l'idée Jean-Marc Quinet. Les vécus de ces stages rapportés sur le site Internet de l'ASBL Taxibrousse témoignent de la richesse sociale des échanges.


Claude Leblanc, enseignant au Collège Beaubois de Pierrefonds (au Québec) a participé à Taxibrousse :

"Pendant cinq jours, durant leur semaine de relâche, 16 élèves de 4e et 5e secondaire et leurs deux accompagnateurs se sont envolés pour le Sénégal pour y faire de la remédiation avec les jeunes sénégalais. (...) Selon monsieur Leblanc, le plus difficile pour ses élèves a été "de revenir dans une société matérialiste où ce sont les possessions matérielles qui déterminent la valeur d'une personne, et non la personne elle-même"."


Un des prochains projets de Taxibrousse prévu en août 2007 : "Nous souhaitons mettre sur pied une petite équipe d'enseignants férus d'informatique pour former leurs homologues sénégalais".


Prix de l'innovation éducative 2006 : des actions "trans-"


Le Café pédadogique consacre un reportage au Prix de l'innovation éducative 2006 remis cette année par Philippe Meirieu à deux collèges, une école, un lycée professionnel en France. La Ligue de l'enseignement et l'association "Pour l'école" parrainent cette opération qui valorise des actions innovantes dans les domaines pédagogique et éducatif conduites dans des établissements du premier et du second degré.


Les Lauréats 2006 : l'école maternelle Pablo Picasso de Perpignan a fabriqué des jeux scientifiques pour des enfants aveugles en associant les parents d'élèves. Le collège Jean-Vilar de Grigny (Essonne) s'est illustré en montant une exposition autour du "Pendule de Foucault" avec des élèves en grande difficulté, transformant ainsi leur attitude vis-à-vis des disciplines scientifiques. Le collège Laplace à Créteil (Val-de-Marne) a construit tout un travail avec une maison de retraite : "les élèves ont écrit des textes à partir des récits de vie des personnes âgées" et d'autres collégiens en Zone d'Éducation Prioritaire ont travaillé avec des artistes de l'Opéra pour façonner un spectacle. Enfin, le lycée professionnel Croix Cordier de Tinqueux (Marne) a constitué un recueil sur les poilus reposant dans les cimetières communaux, chaque élève parrainant une tombe.


Ces projets sont porteurs de partage de savoir, de reconstitution de la mémoire et de partage entre des groupes de vie bien différents. Philippe Meirieu a décrit ces projets comme "trans-" : "transgénérationnels, transdisciplinaires, transculturels. En effet, les 4 projets lancent des ponts entre les hommes."


L'UNAF indique sur son site l'ensemble des 11 projets primés. La ligue de l'enseignement présente les lauréats 2006 et invite les écoles et les collèges à participer au Prix de l'innovation éducative 2007.

mardi 14 novembre 2006

Semaine de la solidarité internationale, 9e édition

Du 11 au 19 novembre 2006, se tient la 9e édition de la Semaine de la solidarité internationale (avec le soutien du Ministère des Affaires étrangères, du Ministère de l'Éducation Nationale de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, de la Région Ile-de-France, du Conseil Général de l'Essonne, et de la Mairie de Paris).

"En France, tous les jours, des bénévoles, des salariés, s'impliquent dans des projets et des initiatives de solidarité internationale au niveau local, national ou international. Des citoyens, par des gestes concrets (en achetant ou voyageant solidaire, en épargnant éthique, en interpellant les décideurs...) tentent, très simplement, de promouvoir des relations Nord-Sud plus justes et plus équitables. Mais avez-vous entendu parler de ces bénévoles, ces salariés, ces citoyens aux 20 heures ? La solidarité internationale est souvent absente des médias nationaux. Peu de télévisions, de radios ou de journaux nationaux la relaient. C'est pour valoriser ces engagements, dans leur diversité, que la Semaine a été créée. Pour DIRE à voix haute la solidarité internationale et offrir à ses acteurs, une semaine par an, un espace-temps pour faire connaître au grand public les actions menées tout au long de l'année et proposer des pistes d’actions concrètes à la portée de tout un chacun."

Le site Internet de la Semaine de la solidarité internationale répertorie les actions solidaires (recherche multicritères), donne des pistes de gestes solidaires et invite chacun à participer aux animations de ces 8 jours pour un monde plus juste.

mardi 17 octobre 2006

Pauvreté en France

Aujourd'hui, 17 octobre, la 19e Journée Mondiale du Refus de la Misère, un événement récurrent chaque année organisé chaque année par un groupement d'associations parmi lesquelles ATD Quart Monde et le Secours Catholique. Parmi les manifestations de ce rendez-vous 2006, un appel afin que "l'accès aux droits fondamentaux devienne la priorité des politiques publiques, et que l'État n'abandonne pas sa responsabilité de garant du droit".


Dans son hors-série "Les Chiffres de l'économie 2007" qui vient de paraître, Alternatives économique dresse un panorama statistique éloquent de la pauvreté, complexe, car aux populations marginalisées, s'ajoutent les travailleurs pauvres : "6 % de personnes pauvres en 2003, contre 12 % en 1970. La tendance est nette : la pauvreté a été sérieusement réduite dans notre pays, mais elle ne diminue quasiment plus depuis 1990, alimentée par un niveau de chômage qui se maintient à un niveau élevé." De nos jours, la pauvreté a plusieurs visages : plus d'un million de salariés perçoivent des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Fin 2005, on comptait 1,3 million de bénéficiaires du Revenu Minimun d'Insertion (R.M.I.); soit deux fois plus qu'en décembre 1992. En France, 6 millions de personnes vivent des allocations de minima sociaux plus de 10 % de la population.


Ce jour, les articles sur la pauvreté pleuvent dans les médias qui donnent écho à cette journée et à des conditions de vie précaires (logement, travail, santé, moyens de subsistance, de se cultiver...). Petite revue de Presse sur le sujet :


"La misère, au bas de notre porte" (France 3 Ouest) :

"L'eau courante est arrivée il y a huit jours, alors qu'ils sont installés là depuis plus de trois mois. Pas d'électricité, des bougies éclairent la nuit. Pas de gaz, si ce n'est une poignée de bouteilles pour la cuisine. Pas de chauffage sinon des braseros quand arrivent les premiers froids."

"Exclus, l'inaccessible santé" (Libération) :

""En 2005, 22 % des personnes rencontrées dans nos centres de soins ne pouvaient bénéficier d'aucune couverture maladie." Ce taux a doublé depuis quatre ans. "Quant à ceux qui pourraient relever d'une couverture maladie, 82 % n'avaient pas encore pu obtenir son ouverture lorsqu'ils sont venus à Médecins du monde [MDM]." En d'autres termes, les précaires en situation régulière ou non ­sont de plus en plus exclus des soins. Et, au final, de plus en plus malades, souffrant de pathologies lourdes et chroniques."

"Dire non à la misère" (France 3 Alsace) :

"On estime qu'en France, 4 à 7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, c'est à dire avec moins de 650 € par mois. Selon le Président d'Emmaüs France, Martin Hirsch, il y a de plus en plus de travailleurs pauvres, et de jeunes laissés-pour-compte."

"La Fondation Abbé Pierre s'inquiète" (Le Nouvel Observateur) :

"La Fondation Abbé Pierre dénonce la difficulté croissante pour les plus modestes de payer leur logement. Qu'on soit un étudiant logé dans le privé, ou un ménage à revenu modeste vivant en habitation à loyer modéré (HLM), il est de plus en plus difficile de faire face aux dépenses du logement chaque mois."

"34 % des généralistes refusent des patients relevant de l'aide médicale d'État, selon Médecins du monde" (Le Monde) :

"Près de quatre médecins sur dix refusent les soins aux bénéficiaires de l'aide médicale d'Etat (AME) ou tentent de les dissuader de venir les consulter, et près d'un médecin sur dix refuse ces soins aux patients relevant de la couverture maladie universelle (CMU), affirme Médecins du monde après un "testing" auprès de médecins généralistes. Il s'agit de la quatrième enquête depuis 2002 sur ce sujet "tabou" du refus de soins, rappelle Médecins du monde, et de la plus large par le nombre de médecins testés (725) et de régions concernées (10 villes)."

"Interview de Jacques Cotta, auteur du livre : 7 millions de travailleurs pauvres" (ActuChomage) :

"La pauvreté concentrée créé en général des tensions importantes que j'ai pu vérifier au cours de mon enquête, notamment dans les foyers la nuit, mais aussi sur les marchés lorsque les "glaneurs" convoitent parfois les mêmes prises : ici un cageot de salades défraîchies, là quelques fruits abandonnés par leur vendeur... Cette tension est bien compréhensible et d'autant plus exacerbée que s'opposent des travailleurs pauvres encore impliqués dans des relations sociales et liées à la notion de travail à des pauvres en perdition totale, plus clochardisés et souvent alcoolisés. Mais lorsque des travailleurs pauvres sont confrontés les uns aux autres de façon durable, par exemple dans quelques logements de fortune ou encore dans les tentes fournies par MDM, c'est la solidarité qui joue à plein. Ils ne font ni la différence d'origine, ni de langue, ni de nationalité. Ils sont dans la même galère et ensemble veulent en sortir."

À noter qu'en ce 17 octobre, l'Observatoire des Inégalités produit un dossier statistique sur la Pauvreté en France. Le même observatoire publie l'ouvrage "L'état des inégalités en France 2007" coordonné par Louis Maurin, aux Éditions Belin :

"Pourquoi les fils et les filles d’ouvriers ne sont-ils que 6 % des élèves de grandes écoles alors qu'ils représentent un tiers des enfants ? Comment expliquer que les hommes perçoivent - tous temps de travail confondus - des revenus supérieurs de 40 % à ceux des femmes ? Pourquoi le taux de chômage dépasse-t-il les 30 % pour certaines minorités d'origine étrangère, du Maghreb notamment ? Sait-on qu'il y a aujourd’hui en France 7 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté, dont un million d’enfants pauvres ?"

dimanche 8 octobre 2006

Ubuntu, le mot et ses significations

Ubuntu est le nom d'une distribution Linux (système d'exploitation) mais pas seulement. BBC Afrique explique la pluralité de la signification de ce terme en Afrique via l'article : "Ubuntu : un mot qu'on entend de plus en plus". Ubuntu est un mot à la mode dans les discours des grands de ce monde, le terme revêtant à cette échelle une notion de responsabilité collective.

"Le mot vient d'Afrique australe et des langues bantoues parlées dans cette région. Il est apparenté à un concept zoulou, "umuntu ngumuntu ngabantu" qui veut dire qu'une personne n'existe en tant que personne que par ses relations avec autrui."


Si le mot Ubuntu a pris une dimension internationale avec la distribution Linux Ubuntu le terme reste fortement ancré au local en Afrique :

"Il existe déjà des projets ubuntu dans le domaine de l'éducation, des villages ubuntu, même une université qui porte ce nom."


Source :

Coughlan, Sean et Kreiss, Xavier (6 octobre 2006). "Ubuntu : un mot qu'on entend de plus en plus" (En ligne), BBC Afrique, Londres, 1 p. (Page consultée le 8 octobre 2006)

samedi 30 septembre 2006

Savoirs et connaissances dans un monde global et local : enjeux sociaux, culturels et économiques de notre temps et sans doute de notre futur

Lors du dernier entretien du XXIe siècle en date, organisé par l'U.N.E.S.C.O. qui s'est tenu lundi 25 septembre à Paris sur le thème "Le partage du savoir : Toujours pour demain ?", Jacques Attali a resitué la notion de savoir dans un contexte globalisant et localisant, en s'interrogeant sur la question de la transmission du savoir. Demain, avec les technologies, on constatera de plus grands niveaux d'inégalités dans la transmission du savoir. Le pouvoir appartient de plus en plus à ceux qui savent et la fonction de pouvoir sera de savoir sur les autres (une société d'hypersurveillance, en quelque sorte). Or, les technologies sont décentralisatrices et le coût de la distribution du savoir a énormément diminué dans un monde où le savoir n'est pas rare, mais où le temps l'est : je peux échanger du savoir, mais je ne peux pas échanger du temps, mon temps.

Des nouvelles valeurs sont en train d'émerger parmi lesquelles apprendre comme une activité socialement utile. Je suis utile aux autres dans une interdépendance des savoirs. Jacque Attali propose de rémunérer le savoir pour le favoriser car se former (tout au long de la vie) est socialement utile.

En écho, l'économiste Daniel Cohen qui a fait paraître il y a quelques jours l'ouvrage "Trois leçons sur la société post-industrielle" (La Républiques des idées, Seuil) recentre le discours sur les connaissances sur le plan économique. Dans un entretien avec Sabine Delanglade pour L'Express du 28 septembre 2006, il montre combien les enjeux du monde globalisé sont orientés par les connaissances ; extrait :

"L'élite s'est protégée de la démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur en menant une guerre scolaire de plus en plus précoce pour que ses enfants gardent leur place dans les meilleures écoles. La France souffre d'autant plus de cette situation que la société postindustrielle est une société de connaissances. Pour produire cette connaissance qui débouche sur la création de logiciels ou de molécules, il faut des institutions capables de le faire. L'université joue dans la société postindustrielle le rôle qui était celui de l'usine dans la société industrielle. Elle doit être à la fois un lieu de production de savoirs et un lieu d'intégration. C'est pour cela que la France souffre particulièrement, enfermée dans un système qui ne permet ni le brassage social ni la production efficace de savoirs.

L'Europe n'a-t-elle pas permis d'apporter des solutions ?
Non, parce que, à la différence des États-Unis, elle n'a pas su organiser cette production de la connaissance. Retrouver aujourd'hui une Europe des universités comme on l'a connue au Moyen Age est de première importance. Aux États-Unis, la production du savoir est très concentrée géographiquement autour de Boston et de San Francisco et structurée d'une manière qui est à la fois concurrentielle et coopérative. C'est la beauté du système américain d'être à la fois compétitif et coopératif : dès qu'une découverte est réalisée, tout le monde est au courant, et peut en profiter. Le fait que l'Europe ne se soit pas préoccupée du multilinguisme des enfants est d'ailleurs très significatif."

Daniel Cohen n'érige pas la société américaine en exemple, mais s'intéresse plutôt à la France, en expliquant pourquoi la France est mal armée pour la société de connaissances. (Photo : Martin Bobié).

Source :

Delanglade, Sabine (28 septembre 2006). "Le monde sans l'usine. Entretien avec Daniel Cohen" (En ligne), L'Express n°2882, Paris, pp.108-109 (Page consultée le 29 septembre 2006)

Utilisation du wiki dans un contexte coopératif et collaboratif d'organisation de taille importante

Via le blog Collaboratif, très intéressante présentation de la bibliothécaire et auteur américaine Meredith Farkas, très active au sein de l'American Library Association (A.L.A.)  sur l'utilisation des Wikis dans un contexte coopératif d'organisation de taille importante : Wiki The Ultimate Tool For Online Collaboration qui donne une définition du wiki, qui explique ce pour quoi il est intéressant d'utiliser des wiki et comment leur utilisation dans un contexte de conférence, d'organisation ou d'association peut s'avérer judicieuse. Meredith Farkas clôt sa présentation par quelques conseils pour un wiki participatif et coopératif qui fonctionne techniquement et utilisé par des personnes. À compléter par une seconde présentation de Meredith Farkas sur l'édition d'un wiki, la question du spam et du vandalisme sur un wiki et enfin un point sur la gestion d'un wiki : Wikis : Getting to the Nitty Gritty.

Source :

Farkas, Meredith (2006). Information Wants To Be Free (En ligne), Meredith Gorran Farkas, Vermont, Blog (Page consultée le 29 septembre 2006)

jeudi 28 septembre 2006

La bibliothèque du 911 avenue Prestes Maia, squat de Sao Paulo au Brésil, née à partir de livres récupérés dans les ordures

911squat

Le 20 septembre, l'émission hebdomadaire ARTE Reportage a présenté un reportage étonnant qui a pour cadre Sao Paulo, plus importante ville d'Amérique Latine (Brésil) et le squat du 911 avenue Prestes Maia, où habitent près de 2000 personnes, dans un immeuble de 25 étages considéré comme le plus grand squat d'Amérique Latine.

Le reportage présente un portrait de Severino de Sousa, 56 ans "cartoneiro" (il trie les poubelles et revend les déchets aux usines de recyclage) qui a sauvé en 6 ans plus de 10 000 livres dans les ordures pour créer une bibliothèque dans ce bâtiment de 25 étages. Ce qui rend cette expérience merveilleuse, ce sont les paroles d'un homme avide de culture malgré les difficultés de la vie quotidienne. Il poétise sur la culture :

"Notre vie est un livre ouvert. Chaque jour est une nouvelle page. Mon rêve, c'est de développer au maximum la littérature et la culture dans le squat. Montrer qu'un sans-abri a aussi de la culture."

Parmi 20 frères et soeurs, Brasiliano da Silva, autre habitant du 911, vend des boissons fraîches sur les voies rapides de São Paulo au péril de sa vie et ne manque pas de conseiller ses livres préférés à l'automobiliste pressé. Lui aussi a une pensée sur le rôle des livres .

"Pour moi, la littérature est la lumière au bout du tunnel, comme si on vivait totalement dans le noir. Mais la littérature nous aide à oublier les problèmes de tous les jours. Grace à la littérature, je me sens l'égal de tous ces gens qui passent à bord de leurs voitures de marque et même supérieurs à eux, car moi, je suis le personnage d'un livre. J'ai le pouvoir de transformer le monde à chaque instant. Il suffit de tourner la page pour changer d'histoire."

Les habitants du 911 s'organisent et proposent des activités pour les 500 familles. Le sous-sol est un lieu de vie et de culture avec des cours d'alphabétisation, des expos... La bibliothèque du 911 est un lieu de refuge où l'écrit aide à poser des mots sur des vies, à partager avec d'autres, avec souvent de la politique au centre des débats. Une bibliothèque d'une prise de conscience en devenir, lieu d'espoir d'un monde où l'on parle de possibles en évoquant la destinée du Président brésilien Lula.

Source :

Monteiro, Melissa (20 septembre 2006). La bibliothèque du squat (En ligne), Arte Geie, Melting Pot Productions, Paris, Reportage vidéo, 12 minutes (Page consultée le 28 septembre 2006)

Jacques Cotta, 7 millions de travailleurs pauvres, la face cachée des temps modernes

Le journaliste Jacques Cotta a publié chez Fayard, le 27 septembre, un récit-essai sur une population française oubliée : les 7 millions de travailleurs pauvres : "7 millions de travailleurs pauvres. La face cachée des temps modernes".


Il y décrit de façon magistrale la vie au quotidien d'hommes et de femmes sans logis qui, la plupart du temps, errent chaque soir pour trouver un logement digne de ce nom, cherchent de quoi manger et désirent se laver ; ces mêmes personnes qui travaillent chaque jour pour un salaire dérisoire.


Crise du logement oblige, ces travailleurs pauvres sont victimes de la gentrification, terme barbare mais urbain, leur faible niveau de revenus les excluant de la ville mais aussi de la périphérie des villes. De plus en plus rejetées dans le rural, ces personnes se voient rejeter de la possibilité d'avoir un travail stable du fait de la difficulté à se déplacer par les modes de transports en commun, leur accès à la culture demeure limité, ne parlons même pas d'un accès à Internet digne de ce nom. Le livre de Jacques Cotta évoque ces gens-là, ceux qui n'ont pas d'organisations représentatives, ceux qui se taisent, dans la société française, qui n'existent pas sauf dans des statistiques liées à des revenus :

"Depuis que j'ai quitté l'homme au costume, je reste en butte à quelques questions qui se bousculent. Qui sont vraiment ces nouveaux pauvres, ces "poor workers" à la française ? La clocharde vautrée est détectable, mais eux ? Y a-t-il une trajectoire bien identifiée qui mène à cette nouvelle pauvreté, ou chaque cas est-il particulier ? Comment ces nouveaux pauvres ont-ils basculé ? Comment vivent-ils au quotidien ? Pour quelle raison l'homme qui vient de me parler a-t-il tout d'un coup sombré ? Il est environ 20h30, la pluie a cessé, et l'agitation habituelledu quartier a repris le dessus. Sous les appareils de chauffage extérieurs, les terrasses sont pleines, la musique resonge, couvrant le bruit des voitures qui passent à toute allure.

Malgré les apparences, statistiquement, il y a là des hommes et des femmes directement concernés que je ne peux repérer. Ils sont en effet 7 millions de France à connaître cette pauvreté, à ne pouvoir se nourrir, subvenir à leurs besoins élémentaires, se loger. Plus de 3 sans domicile fixe sur 10 ont un boulot et pourtant, comme l'homme que j'ai quitté à l'instant, cherchent soir après soir où dormir. Comment les reconnaître alors qu'ils sont comme vous, comme tout le monde, comme moi ?"


Statistiquement en France, plus de 7 millions de salariés perçoivent un salaire inférieur à 722 euros par mois et se trouvent dans l'incapacité de se nourrir, de se loger ou de s'habiller décemment, de même que leur famille. Plus de 12 millions ont moins de 843 euros de revenu mensuel. Entre la moitié et les deux tiers des femmes qui travaillent ont un contrat d'intégration (CES, CIE, CES...) et touchent moins de 750 euros par mois, ont un enfant, vivent seules ou avec un conjoint au chômage et forment 90 % des familles monoparentales.


Alors que la France n'a jamais été aussi riche - le Produit Intérieur Brut est en progression constante depuis le début des années 1990 - la précarité s'est développée sur un mode exponentiel. En 10 ans, l'intérim a augmenté de 130 %, le nombre de CDD de 60 %, les CDI de seulement 2 %. Plus d'un million de personnes bénéficient du RMI, plus de 500 000 de l'allocation solidarité.


Daniel Mermet (France-Inter) a consacré son émission "Là-bas si j'y suis" du 27 septembre à un entretien avec le journaliste Jaques Cotta à l'occasion de la sortie de son livre 7 millions de pauvres. Vous pouvez écouter cette émission à cette adresse.


Source :

Cotta, Jacques (27 septembre 2006). 7 millions de travailleurs pauvres, la face cachée des temps modernes, Fayard, Paris, 308 p.

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