Jean-Luc Raymond

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mercredi 14 octobre 2009

Moyennisation de la société, Gratuité à revers, Idée qu'on s'en fait, Petites oeuvres, Lanceur d'alerte

La rubrique Tendances, c'est un abstract de ce temps qui se résume au présent avec un goût de devenir. Mots en correspondance ou métaphores d'aujourd'hui, pincées de sens sur notre temps, concepts de l'instant... Les mots soulignés signifient des traits de Tendances. Notre planète est en demande non futile de sens. Bonne lecture!

Moyennisation
de la société


"La mutation inachevée de la société française (A partir du livre "Déchiffrer la Société Française de Louis Maurin", Editions La Découverte) : Sommes-nous plus libres qu'hier ? Le processus d'émancipation individuel demeure ambigu. De nouveaux modes d'influence et de contrôle social se mettent en place dans une société de communication de masse. En particulier via la télévision. Pour mieux cibler le consommateur, ses comportements dont fichés de façon de plus en plus détaillée et intrusive. Nous sommes poussés à accepter de livrer une partie de nous-mêmes en contrepartie du bénéfice de l'usage de nouveaux biens. Du côté des pouvoirs publics, la tentation est aussi de plus en plus grande d'utiliser les nouvelles technologies de l'information pour contrôler de façon étroite les comportements des citoyens. En même temps, ces nouvelles libertés, dans un contexte d'accès plus généralisé à la consommation, ont alimenté un discours sur la "moyennisation" de la société. La salarisation de l'emploi a rendu caduque une représentation binaire, fondée sur la domination des détenteurs du capital sur les autres, les prolétaires. Et le déclin du monde ouvrier a réduit la visibilité des milieux populaires. Mais de l'école à la santé, en passant par le mariage et la consommation, les univers sociaux continuent largement à modeler les pratiques et les mécanismes de domination demeurent. Une partie du déficit de compréhension de la société actuelle vient justement d'une confusion entre transformation et disparition des groupes sociaux."

(Alternatives Economiques, Octobre 2009)

La gratuité à revers

"Extrait des Mirages de la Gratuité, un article du journaliste Malcolm Gladwell, journaliste au New Yorker, critiquant l'ouvrage "Free" de Chris Anderson : "De nombreuses autres formes informations ont décidé de prendre la Gratuité à revers. On peut consulter le Times gratuitement sur son site Internet. Mais le Wall Street Journal a découvert que plus d'un million d'abonnés se réjouissaient de payer pour avoir le privilège de le lire en ligne. (...) Et la vente par téléphone des applications pour l'iPhone (des idées) rapportera peut-être bientôt davantage à Apple que la vente de l'appareil lui-même (la matière). Un jour, l'entreprise pourrait faire cadeau de l'iPhone pour développer les téléchargements ; elle pourrait faire cadeau des téléchargements pour stimuler les ventes de l'iPhone ; ou bien elle pourrait continuer de faire payer les deux, comme aujourd'hui. Qui sait ? La seule loi d'Airain qui vaille est trop évidente pour mérite un livre : l'ère numérique a tant transformé la manière dont on fabrique et on vend qu'il n'existe pas de loi d'airain"."

(Booksmag, Octobre 2009)


L'idée qu'on s'en fait

"L'une des clés du succès n'est pas tant le talent, inné ou non, que l'on possède, mais l'idée que l'on se fait du talent et de la manière de l'exercer, estime Carol Dweck, chercheur en psychologie à l'Université de Stanford, en Californie. Ses travaux l'ont conduite à identifier deux attitudes très différentes selon les individus, y compris chez ceux qui ont fait les plus brillantes études. Certains ont tendance à penser, en ce qui les concerne, que les jeux sont faits. Leur intelligence et leur talent ont été déterminés une fois pour toutes, leurs brillantes études en témoignent. Les autres ont tendance à penser que, quels que soient leurs résultats passés, leur intelligence et leur talent sont en construction et le resteront. Les premiers ont une vision "fixée" de leurs facultés, les seconds une vision "de croissance". Ce sont eux qui ont les meilleures chances de réussir".

(Booksmag, Septembre 2009)

Petites oeuvres

"Lorsque les coûts d'accès à la culture sont élevés, nous préférons les oeuvres majeures pour amortir ce coût d'accès. Lorsque l'information est gratuite, nous préférons la multiplication d'éléments qui nous permet de bâtir notre propre histoire. C'est ainsi que se comprend le titre du livre de Tyler Cowen "Create Your Own Economy: The Path to Prosperity in a Disordered World" : la prospérité qu'il évoque ne se mesure pas en unités monétaires mais est créé par la multiplication d'économies individuelles faites d'interactions brèves avec des gens partageant nos centres d'intérêt, de réorganisations d'informations. Dans la culture qui en résulte, chacun produit son oeuvre à partir de multiples matériaux, à la fois consommateur et producteur. Cela implique moins de grandes oeuvres universelles et plus de petites oeuvres personnelles. Ce que montre Tyler Cowen, c'est qu'une culture faite d'un grand nombre de petites oeuvres n'est pas moins riche qu'une culture faite de quelques grandes."

(Enjeux Les Echos, Octobre 2009)

Lanceur d'alerte

"Les lanceurs d'alerte, vous connaissez ? Dans des laboratoires, des universités, des entreprises... des femmes et des hommes, prenant conscience que notre société court un risque majeur, se lèvent et tentent de nous en avertir (...) Cette expression, nous la devons à deux sociologues, Francis Chateaureynaud et Didier Torny. "L'alerte, précisent-ils, prend dans le sens où nous l'entendons, la forme d'une démarche, personnelle ou collective, visant à mobiliser des instances supposées capables d'agir et, pour le moins, d'informer le public d'un danger, de l'imminence d'une catastrophe, du caractère incertain d'une entreprise ou d'un choix technologique." Nous n'avons pas ou pas seulement affaire ici à la dénonciation d'une situation passée, mais bien à un appel tourné vers le futur, à propos d'un risque actuel et à venir, et qui parie donc sur une résolution."

(Imagine Demain Le Monde, Septembre-Octobre 2009)

Crédit photo : Jean-Luc Raymond. Mur d'entrée d'immeuble. Paris 3e. Septembre 2009.

lundi 24 août 2009

Michel Serres, crise dans l'éducation et droit d'auteur sur Internet

Le quotidien Les Echos poursuit ses entrevues "Grands témoins" en interrogeant des personnalités sur la Crise du Siècle. Quel est leur regard et leur point de vue sur cet évènement majeur. Dans son édition du jour, le philosophe Michel Serres présente son approche de la Crise et plus largement de la conjonction des crises récentes. Il considère notamment que l'éducation subit des bouleversements majeurs sous-estimés et s'intéresse aux questions de régulation avec la question du Droit d'auteur sur Internet ; extraits :

Crise majeure dans l'éducation

"Est-ce que l'ampleur de la tempête de l'automne a modifié un peu votre vision ?

Si nous nous étions vus n'importe quand au cours des 25 dernières années j'aurais pu vous décrire l'ampleur de la tempête que subissent les instituteurs, les professeurs du secondaire et du supérieur. La génération a changé, le savoir a changé, la transmission a changé... Ce que nous avons subi dans l'enseignement est un tsunami de la même importance que ce que vous avez vécu dans la finance. La vôtre de crise a fait plus de bruit, mais la société n'a pas prêté au tsunami vécu par ses enfants une attention à la mesure de l'évènement. Elle préfère son argent à ses enfants. Je me dis souvent que les gens ne se rendent pas compte de ce que vont être les prochaines générations adultes. Je vois l'importance de votre crise, les milliards en jeu, l'effondrement de certaines fortunes. Mais avez-vous conscience de l'effondrement des savoirs ? Il n'y a plus de latin, il n'y a plus de grec, il n'y a plus de poésie, il n'y a plus d'enseignement littéraire. L'enseignement des sciences est en train de s'effondrer partout."


"Toutes les lois qu'on veut faire sur les droits d'auteur et la propriété sur Internet, c'est de la rigolade"

"Vous accordez beaucoup d'importance au droit. Notre monde a beaucoup de problèmes de régulation : finance, droits d'auteur sur Internet...

Dans une société, il y a des zones de droit et des zones de non-droit. La forêt était jadis une zone de non-droit infestée de malandrins et de voleurs. Un jour, pourtant, un voyageur traversant la forêt de Sherwood constata que tous les voleurs portaient une sorte d'uniforme ; ils portaient tous un chapeau vert et ils étaient sous le commandement de Robin Hood. Robin, qu'est-ce que ça veut dire ? Celui qui porte la robe du juge. Robin incarne le droit qui est en train de naître dans un lieu où il n'y avait pas de droit. Toutes les lois qu'on veut faire sur les droits d'auteur et la propriété sur Internet, c'est de la rigolade. Internet est un lieu de non-droit comme la forêt dont nous parlions. Or un droit qui existe dans un lieu de droit n'est jamais valable dans un lieu de non-droit. Il faut que dans ce lieu de non-droit émerge un nouveau droit. Dans le monde de demain doit émerger un nouveau droit. Si vous voulez réguler le monde d'aujourd'hui avec le vieux droit, vous allez échouer, exactement comme on a fait sur Internet. Il faut attendre que dans la forêt d'Internet on puisse inventer un droit nouveau sur ce lieu de non-droit. Plus généralement, dans cette crise qui fait entrevoir un nouveau monde, ce n'est pas le droit ancien qui va prévaloir."

dimanche 26 avril 2009

Joël de Rosnay, Internet s'auto-organise en un méta-ordinateur mondial



Dans le nouveau numéro de Research.eu - Magazine de l'espace européen de la Recherche (n°59, Mars 2009),  parole est donnée au scientifique français Joël de Rosnay qui s'exprime sur l'avenir de la civilisation numérique et d'un Internet "vivant" avec des risques inhérent à son développement ; extrait :

"(…) La civilisation numérique dans laquelle nous entrons progressivement ne se résume pas à Internet, mais elle englobe également les télécommunications (téléphone, télévision), les satellites, les environnements intelligents… Il reste que l’Internet de demain, avec ses blogs, emails, vidéo, messageries, systèmes mobiles, favorisera une encore plus grande interaction entre les utilisateurs. Internet s’est développé comme un système darwinien, de manière buissonnante comme la vie elle-même, à l’image de l’arbre de l’évolution du vivant. Il y a peu de planification d’ensemble dans l’évolution du réseau mondial, mais des myriades d’initiatives individuelles ou de petits groupes. On assiste à l’auto-organisation d’une intelligence "collaborative" ou "connective" - termes que je préfère à "collectives" (...)

Les potentiels sont très grands : par exemple, en repensant les rapports entre les politiques et les cybercitoyens, ce qu’il faudra de toute façon faire, on pourrait inventer une véritable cyberdémocratie, bien plus participative, qui viendrait compléter la démocratie représentative traditionnelle. Cela suppose évidemment d’œuvrer pour que cette intelligence émergente conduise à ce que James Surowiecki appelle "The Wisdom of Crowd" (la Sagesse des foules). Mais rien ne dit que cette sagesse se manifestera toujours dans la bonne direction. Les foules peuvent aussi devenir folles, amplifier des effets minimes, réagir de manière épidermique ou se retourner contre ceux qui posent des questions (…)

Le risque principal (au développement de la civilisation numérique) est celui d’une société duale, qui cumulerait un individualisme forcené (tel qu’on le voit souvent chez les jeunes) et un tribalisme croissant, un communautarisme de plus en plus fort, ce qui me fait craindre des mouvements grégaires emmenant des gens ensemble vers des directions auxquelles ils n’ont pas assez réfléchi. J’ai déjà écrit que plus le monde se mondialise, plus il se tribalise. C’est à la fois positif et négatif : les gens tiennent à leur pays, à leur culture, à leur langue, à leurs racines, à leur territoire, tout cela est un plus. Mais poussé à l’extrême, cela débouche sur un nationalisme exacerbé qui devient dangereux."


vendredi 15 février 2008

Geert Lovink, rencontre au Centre Pompidou (Paris) le 17 février 2008 sur le thème : Faut-il avoir peur du Web 2.0 ?

L'évènement autour du Web de ce mois de février à Paris est la rencontre Internet Mon Amour, le dimanche 17 février 2008 de 18h à 20h au Centre Pompidou (Petite Salle) ; l'entrée est libre. Thème de ce rendez-vous : "Faut-il avoir peur du Web 2.0 ?" avec un invité qui compte dans l'univers des réseaux et de l'Internet : Geert Lovink, activiste, critique d'art et créateur de l'un des médias contributifs les plus anciens de l'Internet (1995) : la liste de diffusion NetTime, accessible en plusieurs langues et considérée comme l'un des ferments du Net.Art et d'une culture critique du Web. John Perry Barlow, Bruce Sterling ou Hakim Bey y ont souvent contribué.

Dialogueront avec Geert Lovink : Agnès de Cayeux, artiste, Géraldine Gomez, curatrice au Centre Pompidou, David Guez, artiste hacktiviste, Valentin Lacambre, figure historique de l'Internet indépendant français, fondateur d'Altern et de Gandi, Nathalie Magnan, tacticienne des médias et cyberféministe, Annick Rivoire, créatrice du site poptronics.fr, Anne Roquigny, curatrice nouveaux médias.

Informations sur ce rendez-vous sur le site du Centre Pompidou et sur la page Internet Mon Amour.

Geert Lovink a permis de théoriser sur la notion de média tactique (ABC des médias tactiques, 1997), une notion d'actualité : "C'est ce qui se passe quand les médias bon marché issus de la révolution de l’électronique domestique et permettant une diffusion étendue (que ce soit les chaînes d’accès public ou l’Internet), sont exploités par des groupes ou des individus qui se sentent lésés ou même rejetés par l’environnement culturel existant. Les Médias Tactiques ne se contentent pas de rendre compte des événements ; n’étant jamais impartiaux, ils y prennent toujours part, et c’est cela, plus que toute autre chose, qui les distingue des médias dominants."

Geert Lovink n'est pas seulement un témoin des activités du réseau ; il en est un acteur et ses positions éclairent les utilisations en cours de l'Internet tout comme ses perspectives en termes d'échanges, de coopération, d'économie, de pratiques sociales et culturelles. Son éclairage sur le Web 2.0 et nouveau Web apporte une dimension de réflexion et de recul critique manquant singulièrement à la vague d'outils et de services se positionnant sur un marché local ou mondial.

En 2006, Geert Lovink a fait paraître Zero Comments: Blogging and Critical Internet Culture (Routledge, mai 2006), un ouvrage de 344 pages qui développe une théorie générale du blogging foncièrement critique. Il est directeur de l'Institute of Network Cultures à Amsterdam.

Pour aller plus loin sur les réflexions passées et présentes de Geert Lovink, quelques documents à consulter :

  • Entretien, propos recueillis le 4 juillet 1997 à Kassel ;
  • Interview pour le magazine Transfert (28 septembre 2000) au sein du dossier "L'autre mondialisation en marche" ;
  • Plusieurs articles de Geert Lovink (publiés en 2003 et 2004) pour la revue Multitudes : "Notes on the State of Networking", "Un monde virtuel est possible : des médias tactiques aux multitudes numériques", "Virtual world is possible : from tactical media to digital multitudes", "Après le boom de la Net-économie", "After the Dotcom Crash" ;
  • Interview pour le dossier Transversales du quotidien Libération (12 janvier 2008) : "Web 2.0 : "L'anonymat n'est plus qu'une notion nostalgique"" ;
  • Interview pour Eurotopics (28 janvier 2008) : "Survivre à l'ère de l'information" ;
  • Interview pour le mensuel Chronic'Art (4 février 2008) : "Netocrate #2 : Geert Lovink, le datadandy" ;
  • et bien entendu le site officiel de Geert Lovink.

lundi 12 février 2007

Sommes-nous des passeurs de mémoires ? Intervention à Brest pour la 2e édition d'Ecrits Ecrans Publics

J'interviendrai durant la 2e édition d'Ecrits Ecrans Publics qui se déroule les 23 et 24 mars 2007 à Brest. Cette année, les deux jours de rencontres porteront sur le thème : Collectes de mémoires multimédias et lien social.


Seront réunis des acteurs brestois et de Bretagne de l'expression multimédia (institutions, associations, habitants) en les reliant aux multiples initiatives autour de l'histoire et des collectes de mémoires. Le pré-programme de cette rencontre ouverte est en ligne sur un wiki dédié.


Je présenterai à cette occasion un panorama d'initiatives collectives (France, Belgique et monde) reliant des mémoires d'habitants les unes aux autres via les nouvelles technologies pour recréer du sens : "Sommes-nous des passeurs de mémoires ?" dont voici l'explicitation :

"Internet est le creuset de nouvelles solidarités qui s'expriment, de personnes qui coopérent, donnent à voir, partagent leur culture et leur patrimoine local par des textes, des images, des animations et de la vidéo. Ces traces recomposées du passé qui trouvent des liens dans le présent générent des projets culturels participatifs passionnants où l'appropriation des technologies est ressentie comme une aide pour faciliter la prise de parole et l'expressivité des citoyens, nouer des relations intergénérationnelles et construire des ponts entre les cultures.

Prenons le temps d'un voyage sur Internet pour partir à la découverte d'initiatives collectives en France, Belgique et à travers le monde, où des habitants deviennent des passeurs de mémoires en utilisant les technologies (ordinateurs, téléphones mobiles, internet...), donnant du sens à leur participation citoyenne et façonnant une Histoire faite de petits bouts de vies reliés les uns aux autres pour recréer des savoirs."

mardi 6 février 2007

DixiemeFamille.com, la solidarité de proximité multipliée par dix

A dix, sommes-nous plus solidaires ? Oui, on est certainement plus forts et mieux à même de porter des initiatives solidaires. Dans l'innovation sociale, le principe de tutorat est adapté pour partager des compétences, épauler, motiver.


Gary Généreux, simple citoyen, a réussi à adapter un principe d'entraide efficace : l'association qu'il a créée en 2003, DixièmeFamille.com met en relation via un site Internet une famille en grande difficulté aidée par 9 autres familles, résidant tous dans la même ville ou à proximité. Les 9 familles interviennent selon leurs disponibilités et compétences dans un partage de savoirs. Ce sont donc entre 30 et 40 personnes qui forment autour du foyer en difficulté une galaxie où chacun apprend à se connaître, à résoudre au jour le jour des problèmes, en élaborant des solutions concrètes à partir d'idées par le relationnel et la rencontre de gens qui ne se connaissent pas en amont. L'association Dixième Famille crée du lien social avec cette façon nouvelle de parrainer et d'aider ceux qui en ont besoin en favorisant les échanges intergénérationnels et de différents milieux sociaux.


Le site Internet DixièmeFamille.com permet de s'inscrire en tant que famille ressource ou d'obtenir l'aide d'une famille. Le réseau de partage est organisé en compétences que l'on déclare maîtriser (figurant dans une Banque Universelle des Savoirs) afin de créer de échanges solidaires.


Enfin, dernier projet en date, l'association Dixième Famille souhaite gracieusement mettre à disposition du milieu associatif solidaire, le Solidariciel : "son application logicielle disponible en ligne et permettant  de rassembler la multitude d'initiatives mise en oeuvre sur le terrain dans une banque des actes solidaires, de mutualiser l'expérience de terrain et les ressources en s'appropriant ces idées et d'offrir aux acteurs du tissu associatif une plate-forme permettant de faire connaître et reconnaître le travail réalisé localement".

L'entrepreneur social, un innovateur ?

Grand succès de l'Espace Entrepreneuriat Social au Salon des Entrepreneurs (Palais des Congrès des Congrès) du 31 janvier au 2 février 2007. C'était une première pour ce salon ; un espace mis en place par l'AVISE (Agence de valorisation des initiatives socio-économiques) et la Caisse des Dépôts et Consignations.


Jeudi 1er février, se tenait sur le stand Entrepreneuriat Social, un atelier pratique "Nouveaux besoins, nouvelles coopératives : des opportunités pour entreprendre autrement" présentant un panorama d'initiatives coopératives innovantes et positionnées sur de nouveaux besoins : Bearstech (Société Coopérative de services et de conseil en logiciel libre), Scop Services 76 (Scop spécialisée dans les services à la personne) et Enercoop (fournisseur d'électricité verte). Quelques propos de Patrick Behm, gérant de la SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif) Enercoop à Paris, s'exprimant sur l'entreprise sociale au coeur de l'innovation :

"Pourquoi une entreprise sociale n'irait-elle pas vers les secteurs high tech ? Face à des problèmes d'intérêt général, comme la crise de l'énergie et le réchauffement climatique, les réponses citoyennes peuvent être aussi pertinentes. Dans ces domaines complexes et innovants, on se heurte à des poids lourds industriels. Mais quand on a la volonté de bien s'informer sur le sujet, de rester en vieille face à des paramètres qui bougent très vite et de construire son projet collectivement, l'entreprise sociale a toute sa place."

lundi 22 janvier 2007

L'Abbé Pierre : appel du 1er février 1954, Abbé Pierre (1912 - 2007)

L'Abbé Pierre a marqué le siècle et les esprits. Prêtre, résistant et fondateur d'Emmaüs, organisation destinée à aider les pauvres et les réfugiés, l'Abbé Pierre est décédé à l'âge de 94 ans.


Hiver 54, on meurt dans les rues des villes de France. Le 1er février 1954, à midi, Henri Grouès dit l'Abbé Pierre lance un appel sur les ondes de Radio Luxembourg. Cet appel citoyen fait exploser le standard de la station de radio où le dons affluent. Il n'existe pas d'enregistrement original de cet appel. Au début des années 90, l'Abbé Pierre l'a réenregistré ; en voici le texte :

"Mes amis, au secours… Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée… Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !

Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre CENTRE FRATERNEL DE DEPANNAGE, ces simples mots : « TOI QUI SOUFFRES, QUI QUE TU SOIS, ENTRE, DORS, MANGE, REPREND ESPOIR, ICI ON T’AIME »

La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure.

Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France. Merci !

Chacun de nous peut venir en aide aux “sans abri”. Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain :
• 5000 couvertures,
• 300 grandes tentes américaines,
• 200 poêles catalytiques

Déposez les vite à l’hôtel Rochester, 92 rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève.

Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris.

Merci !"

dimanche 21 janvier 2007

Eric Maurin, la ségrégation urbaine et la gentrification

Economiste, directeur de recherche à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris), Eric Maurin est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Le Ghetto français" où il met en avant le phénomène urbain de la gentrification qui exclut les populations paupérisées et classes moyennes des villes centres.


Dans l'ouvrage collectif "Repenser la solidarité. L'apport des sciences sociales" sous la direction de Serge Paugam qui vient de paraître (PUF, collection Le Lien Social), Eric Maurin évoque de nouveau la gentrification et le séparatisme social de l'habitation et des lieux de vie dans un brillant article : "La ségrégation urbaine, son intensité et ses causes". Au regard des connexions aux technologies et des infrastructures dans les villes, cette ségrégation urbaine trouve en écho particulier. Extrait de l'article d'Eric Maurin :

"L'une des formes marquantes de la ségrégation territoriale est aujourd'hui celle qui éloigne les personnes les plus riches de la société - matériellement comme culturellement - de toutes les autres. Selon l'Enquête Emploi de l'INSEE, lorsqu'on divise le territoire en petits voisinages d'une trentaine de logements adjacents, on constate que les 10 % de personnes ayant les salaires les plus élevés se concentrent dans leur très grande majorité dans une petite majorité de voisinages. Inversement on ne trouve aucune personne à salaire élevé dans près de la moitié des voisinages, ceux-là même où se concentrent par ailleurs les 10 % de salariés les plus pauvres. Au total, les 10 % de salariés les plus riches et les 10 % les plus pauvres ne résident quasi jamais dans les mêmes voisinages. (...)

La concentration de la richesse dans quelques voisinages seulement est l'expression d'un choix, celui des personnes les plus aisées et les mieux informées de s'installer dans les environnements les plus stables et les plus protégés possible. La focalisation de la demande de logement des personnes les plus riches sur quelques voisinages seulement contribue à y maintenir le prix des logements à des niveaux élevés. Mécaniquement les personnes les plus pauvres sont condamnées à habiter ailleurs. Il en résulte une concentration territoriale des personnes les plus pauvres, mais il s'agit beaucoup plus d'un phénomène par défaut que le résultat d'une stratégie active de leur part (de type communautaire par exemple). C'est sans doute la raison pour laquelle, contrairement à une idée reçue, les personnes les plus pauvres et les plus démunies de diplômes sont aujourd'hui plutôt moins concentrées sur le territoire que les personnes les plus riches. Tandis que celles-ci mobilisent désormais toutes leurs ressources pour s'isoler, celles là subissent les dynamiques de la ségrégation. La richesse - notamment celle que confère un diplôme prestigieux - est moins visible à l'oeil nu que la pauvreté et c'est peut-être ce qui explique la relative transparence des enclaves chic."

samedi 20 janvier 2007

L'ordinateur à 100 Dollars, présentation en vidéo et en français de l'OLPC (One Laptop per Child)

Clément Laberge pointe vers une vidéo extraite du carnet du Renard Roux qui présente en exclusivité, en vidéo et en français ce que sera l'OLPC (One Laptop Per Child) ou XO, l'ordinateur à 100 Dollars US pour les enfants des pays en voie de développement.


Né de l'idée de Nicholas Negroponte, directeur du MIT Media Laboratory, l'OLPC est présenté ici par Nathanaël Lécaudé (Université de Montréal, Faculté de Musique) qui développe une application de composition et de lecture musical : TamTam, à découvrir plus amplement avec des démos vidéo sur le blog dédié TamTam: Music and sound for the OLPC.


On voit dans ce banc d'essai vidéo de l'ordinateur à 100 Dollars US, la compacité de l'appareil et son descriptif technique (microprocesseur, mémoire, résolution de l'écran, ports, entrées, sorties...). La machine est dotée d'un internet sans fil de type meshworking (portée annoncée de 1 km pour l'antenne). Cela permet de connecter plusieurs ordinateurs ensemble sans point d'accès central. Les enfants peuvent collaborer sur des travaux en commun sans connexion filaire.


Quelques applications disponibles en standard sur l'OLPC : un navigateur basé sur Mozilla, Etoys (pour construire du contenu interactif), un logiciel de clavardage, une application de traitement de texte et TamTam précédemment évoqué.

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