Jean-Luc Raymond

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dimanche 6 mai 2007

Petit Précis d'Efficacité Collective : Travailler autrement en téléchargement

En 2006, Microsoft France (en partenariat avec l'AFNET, le CIGREF, l'ENSAM, La Tribune...) publiait à l'occasion des Rencontres ICC 2006 (Innovation, Compétitivité, Connaissance) le "Petit Précis d'Efficacité Collective : Tome 01 : Travailler autrement" disponible uniquement lors de cet évènement ou par correspondance sur demande à partir de cette adresse.

Cet ouvrage destiné aux organisations formelles et informelles envisage l'efficacité collective sous l'angle du développement des compétences, des modes de travail renouvelés, de la contribution de chacun à produire, réorganiser et animer des réseaux de connaissances.

Sont notamment abordées des notions-clés comme les conditions pour le bon usage des outils d'efficacité collective et de travail collaboratif, la mise en place d'un responsable de l'efficacité collective dans les organisations, l'efficacité collective et l'organisation apprenante, la convergence des intérêts individuels et collectifs...

NextModernity qui a participé à l'élaboration du Petit Précis d'Efficacité Collective, le rend disponible en téléchargement gracieux (fichier .pdf, 128 pages) et en intégralité à cet URL.

A noter que les Rencontres ICC 2007 auront lieu les 2 et 3 octobre 2007 au Palais des Congrès de Paris.

Stéphane Paoli, journaliste, Internet est un espace pour se réapproprier le temps

La chaîne TV propose mardi 8 mai à 20h45, une soirée spéciale d'analyse de la campagne 2007 pour l'élection du Président de la République en portant un regard sur l'impact du média Internet sur ces élections : Présidentielles.com.

Au programme, deux documentaires "2007 : la campagne du Net" et "Le Monde dans l'Arène" qui tenteront d'apporter un éclairage neuf sur les productions et structurations médiatiques lors de cette campagne.

En amont de cette soirée thématique Présidentielles.com, ARTE a mis en place le Blog de la campagne présidentielle sur le Net. Sur celui-ci, viennent d'être publiés des rush du reportage "2007 : la campagne du net", interviews de journalistes, membres des équipes de campagne et universitaires qui donnent leur point de vue sur l'apport d'Internet dans la campagne.

L'analyse du journaliste Stéphane Paoli sur l'Internet comme espace pour se réapproprier le temps est très intéressante. Voici la transcription de deux passages de cette entrevue pour ARTE :

"Il y a un fait intéressant parce qu'il est paradoxal. Le problème de notre métier aujourd'hui, c'est sa confrontation avec la vitesse c'est-à-dire que tout va beaucoup trop vite. On a longtemps et à tort à mon avis, dans les interviews par exemple politiques, été en tête de la petite phrase.

J'ai tendance à penser que le défaut de la petite phrase, c'est justement d'être petite et donc souvent de ne pas porter beaucoup de sens. Mais la petite phrase, on courait après elle. Cette petite phrase, a force d'avoir été quasi-obsessionnelle chez beaucoup d'intervieweurs, s'est contractée de plus en plus pour n'être plus qu'un mot. Alors, il y en a deux aujoud'hui qui occupent l'espace politique de la campagne, c'est "racaille" d'un côté et "bravitude" de l'autre.
C'est un peu juste tout de même pour développer un sens politique.

Et à mon avis, le défaut de nos médias radio, télé et on commence aussi à le voir en Presse écrite où les articles raccourcissent, où la titraille est plus épaisse mais le corps du texte un petit peu moins, le gros défaut que l'on rencontre dans la Presse aujourd'hui, c'est cette espèce de contraction du raisonnement et du temps. Et paradoxalement, le lieu où désormais des papiers, des raisonnements, des entretiens se développent dans la durée, c'est le lieu de la vitesse : c'est l'espace d'Internet.

Il y a une espèce de renversement des systèmes qui fait que là où on imaginait que ça irait encore plus vite sur Internet parce que sont les réseaux, parce que le transfert d'informations se fait de plus en plus vite, c'est là qu'on découvre que ceux qui ouvrent des sites, des blogs, qui créent de nouveaux médias mettent d'abord en place le concept "espace" pour la durée et çà, c'est quelque chose que je trouve non seulement important mais je crois, nécessaire pour notre métier aujourd'hui. La régénerescence du métier de journaliste peut se faire dans ce nouvel espace. (...)

L'un des mots les plus dangereux pour notre profession aujourd'hui, c'est cette espèce de contraction, cette disparition du sens. On met les choses en perspective à toute vitesse.

Quand on sait aujourd'hui que pour des raisons qu'on sait qui sont aussi économiques, il ne faut jamais l'oublier, que c'est un algorithme qui fait la une du Monde électronique. Cet algorithme va interroger tous les grands titres de la Presse mondiale et va en fonction des occurences, 3 fois un titre sur la Presse Mondiale sur la situation au Proche-Orient, 2 fois un titre sur Airbus et une fois un titre sur le réchauffement climatique... En fonction du nombre d'occurrences, on décline la une du Monde électronique.

La conférence des rédacteurs a disparu. La réflexion collective a disparu. La réflexion sur l'événement, le fait lui-même, si on ne le met pas dans un continuum, il ne peut pas prendre son sens surtout dans un système qui s'est mondialisé et qui est en interaction permanente.

Si c'est une machine à algorithmes qui commence à faire la Une du Monde pour des raisons qui sont peut-être aussi des raisons d'efficacité et de rapidité et en tout cas des raisons économiques, attention ; vraiment attention.

Donc, la réintroduction du temps, l'implication du journaliste par rapport au temps... Prenons le temps de parler, de réfléchir ensemble ("vous n'avez pas vraiment répondu à ma question, je la reprends différemment..."). Si cette génération (Internet) réintroduit cet enjeu, encore une fois, dans l'expression de votre métier, je dis parfait."

samedi 5 mai 2007

Quartier numérique à Paris, le 2e arrondissement vit à l'heure du multimédia et des services internet à partir du 22 mai pendant 18 mois

A partir du 22 mai, le 2e arrondissement de Paris devient Quartier Numérique avec le slogan "Le quartier se connecte, la vie s'embellit". Pendant 18 mois, ce quartier va être dédié aux nouvelles technologies au service des habitants, commerçants et entreprises.

Quartier Numérique complémentera les services Internet et Wi-Fi dont chacun dispose via un abonnement à un opérateur, par une mise à disposition de connexions gratuites à l'extérieur, et ce pendant 18 mois. Quartier Numérique proposera en outre des services et outils mobiles, de nouvelles technologies permettant de nouveaux usages de votre téléphone mobile et de votre ordinateur.

Dès le 22 mai, le site Quartier Numérique devient un portail Internet mentionnant les initiatives dans le cadre de cette opération et fournissant un agenda d'ateliers et de rencontres. L'initative souhaite faire émerger des initiatives locales : "Le projet vivra grâce à vos initiatives, au retour que vous apporterez sur les technologies et les services qui seront mis à votre disposition. Le Quartier Numérique c’est avant tout une ambition partagée : apporter à la vie de quartier la qualité, la facilité et l'intensité de vie des technologies numériques."

Le 22 mai à 18h30 au Centre Cerise, 46 rue Montorgueil, sera fêté le lancement de Quartier Numérique. Des informations utiles et pratiques, ainsi que l'équipement du nouveau membre de la communauté Quartier Numérique seront présentés et mis à disposition lors de cet évènement.

Ce projet est porté par un groupe d'acteurs urbains et des nouvelles technologies, engagés dans un esprit de collaboration et de soutien : Silicon Sentier, la Mairie du 2ème arrondissement de la Ville de paris, la Région Ile de France et es acteurs privés (Orange, 9 Telecom, Fon, Adael, Wistro, Ozone, Mobiluck, Peer2Phone, Airlist, EMI, Abricoo, Dailymotion, Peuplade, Vpod TV...).

Plus de renseignements sur Quartier Numérique dans ce communiqué de Presse en .pdf qui précise les objectifs de l'initiative tout comme cette page du site Internet de Silicon Sentier.

Contact : Silicon Sentier - Quartier Numerique, Marie-Vorgan Le Barzic, Tél.: +33 1 42 72 19 70
marie@siliconsentier.org - 42, boulevard Sébastopol, 75003 Paris, France.

mercredi 2 mai 2007

Le principe d'hystérie de l'immédiat de Bernard Stiegler par Jean-Claude Guillebaud

Dans le supplément TéléObs du Nouvel Observateur du 3 mai 2007, le journaliste Jean-Claude Guillebaud évoque les propos du philosophe Bernard Stiegler pour qui le triomphe de l'immédiateté est incompatible avec la vie humaine en général et la vie démocratique en particulier.

Tout se passe comme si le court terme, le tout "tout de suite", l'urgence organisaient désormais nos vies ; extrait de cette chronique :

"C'est encore les brisures du temps - notre temps! - qu'il était question l'autre lundi sur France-Inter. Dans l'émission "la Bande à Bonnaud", l'excellent Bernard Stiegler évoquait l'étrange maladie qui gouverne désormais nos rapports avec la temporalité. Cette variante de l'hystérie obéit aux sautes d'humeur, au principe d'impatience, au "tout de suite". Elle nous voit sauter sans arrêt d'un engouement à l'autre, d'un état d'esprit à son contraire. (...)

Tout se passe comme si, dorénavant, le court terme, l'immédiateté, l'urgence, la saute d'humeur, le tout ou rien, l'instabilité récurrente organisaient nos vies. Les discours que nous tenons sur nous-mêmes - par médias interposés - portent trace de ce sautillement. Un peu comme si le rythme du temps social se calquait de plus en plus sur celui de la Bourse ou, pire encore, de l'informatique qui découpe la temporalité en segments brefs. (...)

D'accord pour dire avec Stiegler qu'une telle instabilité "principielle" est plus pernicieuse qu'on ne l'imagine. Ce triomphe de l'immatériel est incompatible avec ce minimum de cohérence, de suivi, de sérénité qu'exige la vie humaine en général, et la vie démocratique en particulier. Le bonheur lui-même n'est-il pas inséparable d'une paix minimale de l'esprit, d'une relative permanence des choses et des points de vue sur le monde ."

Web 2.0, nouvel âge du net ? Dossier d'Aquitaine Numérique

Dans sa publication bimestrielle "L'Aquitaine Numérique" (n°5, mai 2007), Aquitaine Europe Communication consacre un dossier de 8 pages sur le nouveau Web : "Web 2.0, nouvel âge (du net) ?" (en .pdf, à télécharger à cette adresse) complet en terme de pratiques, d'enjeux, de modèles d'affaires, du rôle central de l'internaute. Au sommaire :

1. Massification des accès, démocratisation des outils : Toujours plus d'internautes à haut débit ; des usages qui se diversifient ; équipement numérique à grande vitesse ; capacité individuelle accrue d'édition ; publication pour (presque) tou ; vers un internaute Web 2.0 ?

2. Web communautaire et web lego : Créations de contenus par l'internaute ; création de valeur par les internautes ; le "virage social" du Web ; gratification "sociale" de la participation ; toujours plus de transversalité ; la force de la syndication ;  le Web "Lego".

3. Vers un nouvel âge : Les "widgets" débarquent sur le bureau ; "Webisation" des applicatifs ; entreprise 2.0 ; bénéfice 2.0 ? ; Régulation 2.0 ; foisonnement à la marge, concentration au centre.


Ce long article comprend également un lexique de l'usager 2.0, un point juridique sur le Web 2.0 et 2 mini-interviews : Benjamin Rosoor (gérant de Web Report) sur la question de la qualité des contenus et Claire Decroix (animatrice à l'Echangeur Bordeaux Aquitaine) sur le thème des outils de travail collaboratifs (blogs, wikis) pour les PME et TPE. Des références complémentaires au dossier Web 2.0 figurent en ligne à cet URL.

"L’expression «Web 2.0» a commencé à circuler sur internet il y a bientôt deux ans; elle formalise le sentiment qu’après la période initiale de la bulle internet et des désillusions engendrées par son éclatement, une deuxième période aurait commencé, fondée sur des bases à la fois technologiques, sociales et économiques différentes. Le concept comme l’étiquette ont désormais largement débordé de la sphère spécialisée, y compris dans le monde «réel» où apparaissent des services estampillés 2.0, pour peu qu’ils aient une dimension communautaire ou participative – certains y voient une révolution encore plus profonde, de nature à transformer nos sociétés : n’a-t-on pas récemment organisé une conférence «Politique 2.0»? Le présent dossier s’attache à remettre cette évolution en contexte, à en cerner les composantes techniques et sociétales, en un mot : à faire le point avant que ne s’ouvre la prochaine étape, que certains se sont empressés de baptiser… web 3."

mardi 1 mai 2007

Ecrire pour le web : conseils pratiques

C'est l'un des blogs les plus pratiques du moment, lancé par la consultante belge Muriel Vandermeulen : Ecrire pour le Web est un carnet Web qui délivre des conseils avisés sur la thématique précitée qui se décline en lisibilité, en acessibilité, à réfléchir aussi bien à la forme qu'au fond, au contenu.

Un vademecum sur l'écriture Web pratico-pratique qui ne se perd pas en circonvolutions avec des articles développant une méthodologie claire basée sur des exemples et des ressources francophones et anglo-saxonnes sortant quelque peu des sentiers battus, qui vous aideront pour mener à bien des projets Web.

lundi 30 avril 2007

T'es où? Internet, téléphonie, jeu vidéo. Pratiques des enfants et adolescents

C'est un petit livre qui tient dans la poche avec des mots d'enfants et d'adolescents d'aujourd'hui sur l'Internet, la téléphonie portable et les jeux vidéo ; des phrases issues d'entretiens, de forums sur la santé, prononcées dans des Espaces Publics Numériques (EPN) ou dans des discussions de familles... Des mots qui font réfléchir, naître la discussion comme le décrit l'avant-propos :

"Quelle place les technologies de l'information, de la communication et des loisirs numériques occupent-elles dans notre vie quotidienne ? Qu'en faisons-nous ? Quelle influence ont-elles sur notre pensée, nos façons d'être, nos relations ? En particulier entre générations ? Quelles réponses apportent-elles à nos désirs, à nos peurs ? Comment modifient-elles nos représentations du monde ? Quelles nouvelles questions font-elles émerger ?..."

C'est un petit bouquin qui met à côté de ces témoignages d'adolescents, des phrases en écho de jeunes adultes, animateurs et animatrices d'EPN, enseignants, salariés de l'Information Jeunesse d'Ile-de-France et du CIDJ.

Comme un effet de miroir, Maxence Rifflet, talentueux photographe récemment récompensé aux Rencontres d'Arles fait prendre la pose à ces jeunes dont les expressions sur les nouvelles technologies font sens.

C'est un bel ouvrage. Il est intitulé "T'es Où ?", un recueil supervisé par le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative qui vient de paraître, après un an de travail, et diffusé à 10 000 exemplaires en France dans le Réseau d'Information Jeunesse. Un livre d'Art qui n'est pas vendu mais qui se garde précieusement comme mille et un mots et des milliers de pixels apposés sur ces outils technologiques que les jeunes apprivoisent.

Quelques témoignages tirés de ce livre :

"L'informatique ? On n'a pas appris, on a essayé."
Romain, 14 ans

"Internet, c'est tellement grand que j'ai toujours peur de trouver des choses horribles."
lenaig_ewilan, 14 ans

"La difficulté avec Internet, c'est qu'il faut savoir ce que l'on cherche pour savoir ce que l'on veut."
Alex, 17 ans

"Les parents disent souvent : "Internet, je ne comprends pas bien, mais je l'ai pris pour que mes enfants réussissent à l'école."
Fabrice, 26 ans

"Je fais tout comme avant, sauf que je fais Internet en plus."
Clément, 14 ans

"Je ne me suis jamais engueulée autant qu'avec MSN!"
Hélène, 15 ans

"Pour les accros, des fois, la fille passe après la console ou l'ordi. Et ça, ça craint sérieux."
Dark sly, 18 ans

"Je l'ai inscrit dans un espace numérique labellisé par l'Etat pour qu'il soit protégé par l'Etat."
Sayda, 55 ans

"J'ai peur que quelqu'un sache ce que je cherche sur le Net."
California, 16 ans

"J'aime pas kan lordi beugg."
Boudchou57, 12 ans

"Avec Internet, je suis dans une certaine solitude tout en n'étant pas seule!"
Fiona, 16 ans

Renseignements sur ce livre : Pierre Bressan (pierre.bressan@jeunesse-sports.gouv.fr) ou Pascale Monrozier (pascale.monrozier@jeunesse-sports.gouv.fr).

Michel Serres et les enjeux scientifiques des prochaines années

Il y a chez Michel Serres cet accent inimitable, cette volonté d'expliquer, de dire et d'argumenter, d'expliquer les possibles et les évolutions de notre monde. 

Michel Serres est interviewé par Xavier Lacavalerie dans l'édition du 28 avril de l'hebdomadaire Télérama avec un regard posé sur les savoirs et les sciences ; extrait sur les enjeux scientifiques des années à venir :

"Avec l’atome, la pénicilline, la pilule, Internet, les grands enjeux de ces cinquante dernières années furent de l’ordre du savoir. Peut-on aujourd’hui répondre enfin aux deux questions fondamentales que nous nous posons depuis toujours : qui sommes-nous ? et d’où venons-nous ? Oui : grâce à la biochimie, à la physique, à la paléoanthropologie. Mais je ne peux prévoir dans quelles directions les découvertes à venir vont s’orienter. Ce que je sais, c’est qu’aucune institution, aucun politique ne tient compte de l’immense savoir que nous avons acquis. Au point que je reformulerais votre question, en demandant : savez-vous qui sont aujourd’hui les décideurs ? Sans doute ne sont-ils pas ceux que l’on croit, sans doute ne sont-ils pas ce que la société du spectacle donne à voir, à grande lumière et bruit étourdissant. La nouveauté arrive toujours sur des pattes de colombe..."

lundi 9 avril 2007

Machine omnipotente et polymorphe

David Kuhn, dans son éditorial de l'édition d'Avril 2007 du magazine Carrefour Savoirs, de la chaîne de magasins Carrefour, montre une vision globalisante du multi-média ; "un pour tout" en quelque sorte :

"La révolution numérique que nous sommes en train de vivre, celle qui regarde en "haut" (vers la haute définition et le haut débit) est avant tout une révolution des moeurs. Elle tend à améliorer votre quotidien via un concept simple : le tout en un. En 2007, l'ordinateur est devenu l'assistant personnel de nos existences, le téléphone est devenu son pendant nomade et, pour assurer le divertissement domestique (télévision et Internet), une simple "box" suffit. La machine est devenue omnipotente, polymorphe..."

mardi 3 avril 2007

Google par Jacques-Alain Miller, Mythologie 2007

Dans son édition du 15 au 21 mars 2007 (n°2210), Le Nouvel Observateur fête les 50 ans du livre culte de Roland Barthes : Mythologies. Le magazine a demandé a des personnalités de faire une liste des mythologies d'aujourd'hui et de les expliciter. Le philosophe et psychanalyste Jacques-Alain Miller, auteur du "Neveu de Lacan" (Verdier) y dresse un portrait au vitriol de Google.

"Google est l'araignée de la Toile. Il y assure une métafonction : celle de savoir où est le savoir. Dieu ne répond pas ; Google, toujours, et tout de suite. On lui adresse un signal sans syntaxe, d'une parcimonie extrême ; un clic, et... bingo! C'est la cataracte : le blanc ostentatoire de la page se noircit soudain, le vide se renverse en profusion, la concision en logorrhée. A tous les coups l'on gagne.

Organisant la Très Grande Quantité, Google obéit à un tropisme totalitaire, glouton et digestif. D'où le projet de scanner tous les livres ; d'où les raids sur toutes les archives : cinéma, télévision, presse ; au-delà, la cible logique de la googleïsation, c'est l'univers entier : le regard omnivoyant parcourt le globe, tout en convoitant les petites unités d'information de tout un chacun. Confie-lui ton fatras documentaire, et il mettra chaque chose à sa place - et toi-même par-dessus le marché, qui ne seras plus, et pour l'éternité, que la somme de tes clics. Google "Big Brother" ? Comment ne pas y penser ? D'où la nécessité pour lui de poser en axiome sa bonté foncière.

Est-il méchant ? Ce qui est sûr, c'est qu'il est bête. Si les réponses foisonnent à l'écran, c'est qu'il comprend de travers. Le signal initial est fait de mots, et un mot n'a pas qu'un seul sens. Or le sens échappe à Google, qui chiffre, mais ne déchiffre pas. C'est le mot dans sa matérialité stupide qu'il mémorise. C'est donc toujours à toi de trouver dans le foin des résultats l'aiguille de ce qui fait sens pour toi.

Google serait intelligent si l'on pouvait computer les significations. Mais on ne peut pas. Tel Samson tondu, c'est en aveugle que Google tournera sa meule jusqu'à la fin des temps."

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