Jean-Luc Raymond

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vendredi 23 avril 2010

Cours au CELSA en Sociologie des Médias informatisés, Twitter et Facebook comme objets

Je suis nouvellement chargé de cours au CELSA (Ecole des Hautes études en Sciences de l'Information et de la Communication rattachée à l'Université Paris-Sorbonne - Paris IV) en Master 1 Métiers de la communication et également en Master 2 Communication des entreprises et des institutions. Pour ce dernier parcours diplômant, je dispense un cours de Sociologie des Médias informatisés. Mes remerciements à Valérie Jeanne-Perrier, Maître de conférences CELSA Paris-Sorbonne.

Deux séances ont été consacrés à l'analyse d' "objets" média présélectionnés du point de vue du récepteur afin d'envisager une description critique de ceux-ci via des dispositifs/grilles permettant de proposer une approche décelant les mutations actuelles à l'oeuvre dans les médias.

Chaque séance a alterné une présentation de l'objet média dans son caractère pluriforme et un travail à partir d'exemples d'objets, avec capitalisation permettant d'en distinguer des traits d'analyses du point de vue du récepteur ou de l' "imaginaire" du récepteur : caractéristiques / contextualisations / capitalisations / discours / effets / modes de rediffusion et de re-création / modèle économique en jeu / structuration de la publicité... Ci-après, le plan de cours des deux séances

La Fanpage Facebook : de "l'ami de mon ami" à la figure du "fan"

Contexte

A distinguer de la page individuelle Facebook construite autour du profil et du Mur, le Fanpage Facebook (cf. http://www.facebook.com/pages/create.php ) s'invite comme une exposition d'une entreprise, d'une administration, d'un groupe (communauté, entité), personnalité et comme l'un des objets de communication "tendance" visant à communiquer au sens large (produit, marque, positionnement social et/ou politique...) via un mouvement d'adhésion : "Devenir fan".

Il y a désormais une exploitation communicationnelle majeure de la Fanpage construite comme un dispositif de communication "marketé". Les fameux "community managers" (en agence ou en entreprise) en font un des focus essentiels de leur mission d'animation de "communauté(s)". Le récepteur est au coeur du dispositif dans ce qu'il y a de bâti tout comme l'aspect publicitaire directement associé ; l'entreprise Facebook incitant fortement à promouvoir sa page sur Facebook via un apport publicitaire (régie interne Facebook).

Plan


1. De la relation de pair à pair individuelle à la relation "one to many"

Sur Facebook, le récepteur-acteur se construit comme un individu professionnalisé et utilitaire. La fanpage tend-t-elle à exacerber cette double fonction ? Quel est la place du récepteur en tant que "fan" et que signifie être "fan" ?

2. Le "hacking" ou piratage Web désiré par Facebook du récepteur-contributeur

La structure de la fanpage est assemblée via des applications différentes reconstituant un Web dans le Web : le FBML remplace le HTML, les systèmes de votes/sondages/avis sont possibles, l'agrégation via RSS peut y figurer de toute part, les possibilités d'analyses de l'audience y sont présentes et renforcées avec le temps.

La page ne « fait plus acte de » page mais peut être envisagée comme un jeu d'acteurs où un piratage « conventionnel » fait l'objet d'une forte invitation. Le récepteur "alimente" la fanpage, la rendant davantage attractive (contenu / applications / interactions / commentaires / jeu des onglets) et il se crée une méta-conversation comme variante de Facebook vs. Web.

3. La Fanpage Facebook s'imposant comme page Web : notion de "hub" identitaire

Noeud d'un réseau de récepteurs-contributeurs consommateurs, la fanpage se caractérise également comme un "dazibao" discursif et communicationnel d'interactions mêlant l'annotation, le statut comme témoignage-humeur instantané, l'aspect asynchrone conversationnel et une méta-discussion commentée ("j'aime", "je partage", "je commente").

S'y ajoutent la capitalisation d'éléments visant à constituer chez le récepteur une "identité-réseau" en ligne à la croisée d'affinités avec une stratégie plus ou moins affirmée (selon le positionnement de l’individu).

Bibliographie

ALLARD Laurence, "Blogs, Podcast, Tag, Locative media : le tournant expressiviste du web" in 2.0 ? Culture Numérique, Cultures Expressives, MédiaMorphoses n°21, Paris, INA, Armand Colin, 2007

BAUMAN Zygmunt, "S'acheter une vie", Paris, Actes Sud, 2008

GIFFARD Alain "Des lectures industrielles" in STIEGLER Bernard (dir.), Pour en finir avec la mécroissance, Flammarion, Paris, 2009

ILLOUZ Eva, Les Sentiments du capitalisme, Paris, Seuil, 2006

LEVY Pierre, "Le Jeu de l'intelligence collective" in Technocommunications, Réseaux n°79, Bruxelles, De Broeck, 2003

McKENZIE WARK Kenneth, Un Manifeste hacker, Paris, CriticalSecret, 2006

PETIT Pascal, "TIC et Nouvelle économie : Entre mirages et miracles" in Hermès n°44, Paris, CNRS Editions, 2006

PROULX Serge, "Les Communautés virtuelles : Ce qui fait lien" in PROULX Serge (dir.), Penser et Agir en réseau, Lévis, Québec, Presses de l'Université Laval, 2006

SCHOPFEL Joachim, "Animer le web 2.0 : Community manager" in Veille et recherche de l'information sur le Web, Archimag Guide Pratique, Paris, 2009 (Web)

VOIROL Olivier, "Les Luttes pour la visibilité", Réseaux n°129-130, Paris, Hermès, 2005
Coll., "Sémiotique et visualisation de l'identité numérique: une étude comparée de Facebook et Myspace", Working paper, Montpellier, 2009 (Web)


Le ReTweet chez Twitter : une nouvelle forme de la culture du commentaire ?

Contexte

Twitter est un objet média Web bien particulier, hybride dans sa forme, pluriel dans ses utilisations et au coeur d'un écosystème d'applications (via le dispositif technique partagé des API - Interface de Programmation). Dans le champ des échanges via Twitter, la pratique du ReTweet (republier un message de 140 caractères antérieurement publié par un autre utilisateur) s'est largement diffusée.

Quelle est la place du récepteur lors du ReTweet et que "vaut" le RT (ReTweet) : connivence, approbation, confiance, acceptation du message émis, de l'individu dans son champ relationnel ? Peut-on dire que le RT est une nouvelle forme de commentaire (vs. commentaire des blogs) ?

Plan

1. Le ReTweet scruté, analysé, catégorisé : de l'audience à la stratégie de communication

Aux RT, sont attachés des services tiers de Twitter permettant d'analyser les liens cliqués dans les messages rediffusés. Ces mêmes messages rediffusés sont agrégés, catégorisés et audités au sein de plateformes de popularité.

Le récepteur qui ReTweete est donc aussi un rediffuseur pouvant potentiellement ajouter à son discours une marque d'intérêt, une valeur et assure donc une capillarité du message redistribué vers d'autres récepteurs potentiellement redistributeurs.

Cette rediffusion peut tout à fait s'inscrire dans une stratégie de communication avec des données quantifiées et qualifiées. S'agit-il là d'une nouvelle mesure d'audience en ligne ? D’une syndication « masquée » ?

2. ReTweet et popularité : Sens, concurrence et publics symboliques

Aujourd'hui, popularité faisant, les acteurs de Twitter les plus RT sont souvent considérés comme des "influenceurs" par les marques et les acteurs économiques. Les publics qui RT sont des publics acteurs et leurs RT valent une forme d'approbation et de confiance.

Plus que cela, ces locuteurs « ReTweetés » et « ReTweetant » cherchent à affirmer une position dans la communauté des utilisateurs de Twitter et au-delà dans une perspective liée à un écosystème d’une présence en ligne (blog, réseaux sociaux tels Facebook, LinkedIn...) définie par des acteurs économiques comme « identité numérique », « gestion de la e-réputation », « personal branding » (stratégie de marque personnelle).

L'acte du ReTweet s'affirme-t-il comme un vote, un consentement, un encouragement... ou autre de la part du récepteur ? Essayons de caractériser ce que ReTweeter symbolise. Les publics des ReTweets sont loin d'être uniformes et les récepteurs ne rediffusent-ils pas vers des "figures" de l'internaute-consommateur imaginaire ou imaginé ?

3. Le ReTweet comme commentaire

L’acte du ReTweet met en valeur le message et son univers (contexte, émetteur, lieu de l'énonciation, organisation, représentation). En outre, le ReTweet publié joue sur un espace-temps délimité, et par un aspect éphémère du message diffusé (140 caractères noyés dans une ligne du temps où la diffusion de messages est "réactualisée" techniquement de façon permanente).

Le RT et sa rediffusion valent-ils force de commentaire ? S'agit-il d'une production différenciée et d'un trait de la "culture remix" comme nouvelle « figure de l’amateur » ?

Bibliographie

ASCHER François, "L'Ambition moderne de maîtrise individuelle des espaces-temps : outils et enjeux" in L'Age des métapoles, Paris, L'Aube, 2009

BOYD Danah, GOLDER Scott, and LOTAN Gilad (2010), "Tweet Tweet Retweet: Conversational Aspects of Retweeting on Twitter" - Proceedings of HICSS-42, Persistent Conversation Track. Kauai, HI: IEEE Computer Society. January 5-8, 2010, (Web)

BROUDOUX Evelyne,"L'exercice autoritatif du blogueur et le genre éditorial : un exemple avec le microblogging de Tumblr", Working paper, 2009, (Web)

CASTEL Robert, "Le Défi de devenir individu" in La Montée des incertitudes, Paris, Seuil, 2009

CRAIPEAU, "Le Collectif dans les mailles du réseau" in Communautés et Nouveaux modes de (Télé)communication, Terminal n°97-98, Paris, L'Harmattan, 2006

DOUEIHI Milad, La Grande conversion numérique, Paris, Seuil, 2008

JOANNES Alain, Le Journalisme à l'Ere électronique, Paris, Vuibert, 2007

GALAN Jean-Philippe, VIGNOLLES Alexandra, Twetnographie: Utilisation de Twitter pour la recherche en marketing, 14èmes Journées de Recherche en Marketing de Bourgogne, Dijon, 2009 (Web)

GALAN Jean-Philippe, VIGNOLLES Alexandra, Identification des leaders d'opinion sur internet : utilisation des données secondaires issues de Twitter, International Marketing Trends Conference, ESCP Paris, 2010 (Web)

KLECK Véronique, "L'Internet... et sa disparition" in Numérique et Compagnie, Paris, Ed. Charles Léopold Meyer, 2007

MAHAN Alexander, "De la Société de contrôle au désir de contrôle" in Google et au-delà, Multitudes n°36, Paris, Difpop, 2009

REBILLARD Franck, Le Web 2.0 en perspective, Paris, L'Harmattan, 2008

RHEINGOLD Howard, Smart Mobs, Cambridge, MA, Etats-Unis, Perseus, 2002

STIEGLER Bernard, Réenchanter le monde, Paris, Flammarion, 2006

Crédit photo : Ebauche du projet de logiciel Twitter par Jack Dorsey. Cliché sous Licence Creative Commons.

lundi 28 décembre 2009

Facebook, royaume du narcissisme et de l'exhibitionnisme selon le philosophe Robert Redeker


Dans le nouveau numéro du magazine Médias (Hiver 2009), le philosophe Robert Redeker publie une carte blanche très incisive et critique sur le réseau social Facebook. Titre de cet article "Facebook, narcissisme et exhibitionnisme" ; extraits :
 
"Facebook est surtout un média d'exhibition à laquelle la socialisation sert de masque (...) L'exigence stylistique est elle aussi absente, car, sur Facebook, on n'écrit pas, on communique. L'écriture - qui culmine chez les classiques de la littérature - repose sur un travail d'élaboration. Elle est indirecte. L'impératif du réseau social prône le contraire : dire directement, en quelques mots, sans élaboration. Brut de décoffrage - le contraire de la pensée, le déni de la littérature. Sur Facebook, la communication a tué l'écriture (...) La limitation du nombre de signes laissés aux commentaires est conçue pour empêcher le dialogue. Le fil des discussions en témoigne : sur Facebook, on ne se rencontre pas, on se croise. Les humains y sont des bulles autocentrées dont le lien social se réduit à une forme nouvelle de communication sans rencontre ni dialogue. (...)
 
Rien n'est plus frappant que les photos des pages Facebookiennes. Nos internautes y impriment d'innombrables représentations d'eux-mêmes. La plupart singent, plus ou moins consciemment, l'univers "people". Sur Facebook, l'exhibitionnisme, frontalement tourné vers les voyeurs, épouse le narcisisme, aspiré par une intériorité disparue. Jadis, le narcissisme se repliait sur le moi, la profondeur ; ici, il se replie sur le corps, la surface, l'épiderme, le pixel. Finalement, Facebook désinhibe le narcissisme et l'exhibitionnisme tout en les transformant."

dimanche 1 novembre 2009

La jetabilité au sein de la société, Bernard Stiegler

Le 25 octobre, dans l’émission Le Temps de le dire sur Europe 1, le journaliste Pierre Louis-Basse a dialogué avec « Un philosophe, un homme rare et précieux, Bernard Stiegler qui donne les clés du passage à la philosophie. Il nous donne le désir d'aimer ce monde pourtant si violent, de le comprendre aussi, de l'affronter et c’est passionnant. » Voici un large extrait de ce mini-entretien :

Pierre-Louis Basse : Le métier de philosophe, c'est vivre avec les idées, la pensée et la société. C'est un acte compliqué de contraintes, un grand effort, le fait d'aller vers la philosophie ?

Bernard Stiegler : Il y a deux façons d'aller vers la philosophie. La philosophie telle que la connaissent la plupart des gens, c'est un cours qui se passe en dernière année du lycée, ce qu’on appelle la terminale et c'est une activité scolaire. Il y a une autre façon de faire de la philosophie qui est plutôt un mode existentiel. Tout à l'heure Jacques Weber parlait du théâtre comme une façon de prendre soin de soi-même et des autres ; la philosophie, c'est du même acabit. La philosophie, cela dit, est née en Grèce dans un contexte de conflit, de combat. On ne le dit pas assez. Les philosophes se sont des gens qui se sont élevés contre une dégradation de la vie collective, de la cité Grecque et donc, dans ma conception, la philosophie c'est d'abord une lutte que l'on mène dans l'espace public.

Pierre-Louis Basse : Vous nous dites : Attention, n'évacuez pas la philosophie, ne vous contentez pas des bavardages savants, souvenez-vous de Socrate qui en est mort. La philosophie doit être au centre de la société. Finalement, de nos préoccupations y compris politiques ?

Bernard Stiegler : Surtout en ce moment. Tout le monde a bien pris conscience depuis un an, depuis la crise de 2008 que nous sommes dans une situation mondiale, planétaire où le destin de l'humanité est entre ses mains. Donc, il est absolument essentiel si on veut que les choses s'arrangent, ce qui n'est absolument pas du tout gagné évidemment, qu'une nouvelle intelligence collective se développe au niveau international et cela, ça suppose de lutter contre ce que j'ai appelé, dans un petit livre récemment, la bêtise systémique.

Qu'est-ce qui s'est passé l'année dernière, précisément au mois d'octobre 2008 lorsque General Motors a décroché, lorsque Ford a décroché, etc. C'est un modèle industriel qui a un siècle qui s'appelle le consumérisme qui s'est effondré pour des raisons qu'il faudrait analyser très en détails. Il s'est effondré en grande partie parce qu'il a reposé sur un contrôle des comportements qui a amené les gens de plus en plus à être soumis à la pression du marketing et à ne plus avoir leur propre existence en main. Par exemple, les parents savent très bien qu'aujourd'hui le marketing est beaucoup influent sur leurs enfants qu'eux ne le sont eux même.

Ceci est une situation dont maintenant nous sentons qu'elle ne peut pas durer. D'abord parce qu'elle produit de la toxicité, du CO2. Elle pollue la planète. C'est ce que les économistes appellent des externalités négatives c'est-à-dire des phénomènes d'empoisonnement qui ne sont pas supportés par les acteurs économiques qui les produisent mais qui sont supportés par tout le monde. D'autre part, elles induisent des phénomènes comme la perte d'attention chez les enfants, des situations qui sont extrêmement dangereuses.

Pierre-Louis Basse : Est-ce que c'est une partie visible de l'iceberg, de la souffrance qui existe au travail ?

Bernard Stiegler : Absolument, il y a un phénomène de destruction de toutes les motivations. Qu'est-ce qui s'est passé ? Le consumérisme qui repose sur une obsolescence toujours plus grande des produits, une jetabilité toujours plus grande des objets.

On consomme quelque chose, on achète, je ne sais pas un Blackberry et un an plus tard, on s’aperçoit qu'on est dépassé, qu'on devrait être à l'iPhone qui lui-même, etc. Il y a une espèce de fuite en avant dans la consommation qui se traduit aussi sur les entreprises par une jetabilité accrue et des entreprises - parce que maintenant ce qu'on appelle le management actionnarial fait que les actionnaires arrivent ; ils passent 2 ans à prendre le maximum de plus-value et ils s'en vont et laissent comme des pirates, on dirait en quelque sorte, une entreprise exsangue - et ils font pareils avec les salariés.

lundi 19 octobre 2009

5 tendances Twitter du moment : hashtag bombing, mesurer une opinion, avatar comme soutien à une cause, la mosaïque de followers


Les pratiques de Twitter sont mouvantes. Certaines se développent de façon éphémères, d'autres gagnent en intensité. Voici une revue sommaire de quelques tendances émergentes qui cherchent à s'imposer dans l'écosystème Twitter.

Hashtag bombing

Trop peu souligné, Twitter s'affirme également comme un "média" d'opinion. Si les hashtags permettent de tweeter en direct en commun lors d'évènements (conférences, émissions télévisées...), de marquer un témoignage qui compte lors d'une information à grande résonnance (actualité), le Hashtag bombing permet de générer un flux de messages d'opinion à partir d'un fait ou d'une situation donnée. C'est le cas depuis le vendredi 9 octobre avec l'impressionnant flot de tweets en français portant le hashtag ("#") #jeansarkozypartout (voir les tweets publiés mentionnant ce hashtag via le moteur de recherche de Twitter, TwitterSearch) mêlant un Google bombing à la sauce Twitter (Twitter bombing ?) partageant des tweets qui font part d'humour, d'analyses personnelles et d'une créativité débordante. L'initiative de ce hashtag est née du journaliste Florent Latrive et l'effet boule de neige est vraiment conséquent.

Mesurer l'opinion sur Twitter

TwtPoll
est un outil de sondage bien connu utilisant Twitter. A chacun de créer son sondage, diffusé ensuite à ses followers ; une application en ligne pratique et simple à utiliser. D'autres outils de l'écosystème Twitter se sont spécialisés dans la mesure d'opinion d'un nombre important de tweets publics en essayant de dégager des tendances. Ce communiqué de Presse laisse par exemple entrevoir que, sur un panel de 25 000 tweets, l'obtention du Prix Nobel de la Paix par Barack Obama est perçue positivement. Le traitement des données a été effectué à partir d'une solution professionnelle payante baptisée Attensity Cloud. Mesurer l'opinion publique est sans doute l'un des usages professionnels en devenir les plus prometteurs lié à Twitter.

L'avatar Twitter comme soutien à une cause

La dernière élection présidentielle aux Etats-Unis, les manifestations à Téhéran (Iran), le refus d'utiliser tel ou tel navigateur Internet... Ont ceci en commun qu'ils donnent lieu à une pratique Twitter qui consiste à transformer son avatar pour mettre en avant son adhésion à un mouvement d'opinion. Aujourd'hui, avec un outil tel que Twcauses, il est possible de monter des campagnes de marketing spécialisées cherchant à générer l'adoption à une cause de charité ou humanitaire et aussi à favoriser des donations sonnantes et trébuchantes pour des associations, organisations non gouvernementales... Un exemple de l'utilisation de TwCauses : la campagne de la Fondation One Drop ("Ajoutez une goutte à votre avatar Twitter") qui dédie une page complète à ce moyen de mise en avant par le Twitterer de son "oui" pour promouvoir une initiative de cette Fondation avec un avatar identifiant la cause.

Twitter cherche à réintégrer des fonctionnalités de pratiques popularisées

L'application en ligne Twitter est relativement sommaire dans ses fonctionnalités. Jusqu'à maintenant, Twitter a laissé l'écosystème des applications tierces fournir des fonctionnalités annexes. Le changement de cap est évident avec la nouvelle fonctionnalité de listes préselectionnées d'utilisateurs s'affichant sur son compte (actuellement en bêta) et la fonctionnalité ReTweet en développement qui permettra de faire apparaître aussi bien une liste non exhaustive des twitterers ayant retweeté une URL que d'identifier le twitterer ayant posté pour la première fois l'article sur Twitter. Ne pas laisser filer des fonctionnalités clés de Twitter en dehors de son propre giron, est-ce une nouvelle stratégie imposée par la réalité économique et les investisseurs de Twitter ?


Afficher ses "followers" en arrière-plan

Parmi les applications tierces liées à Twitter les plus en vogue actuellement, soulignons un fort engouement pour Twilk, un outil qui, après identification, vous propose d'afficher en arrière-plan une mosaïque de l'ensemble des avatars de vos "followers". Twilk est une caisse de résonnance de son identité Twitter ; il montre aussi le mille-feuilles relationnel qui s'établit sur la plateforme et entre les interlocuteurs ; ce puzzle de petits carrés forme un cliché instantané d'un faisceau tissé de connaissances ou de reconnaissance. Twilk n'hésite d'ailleurs pas à parler de "friends" et non de "followers" ; un simple glissement sémantique ?

mercredi 14 octobre 2009

Moyennisation de la société, Gratuité à revers, Idée qu'on s'en fait, Petites oeuvres, Lanceur d'alerte

La rubrique Tendances, c'est un abstract de ce temps qui se résume au présent avec un goût de devenir. Mots en correspondance ou métaphores d'aujourd'hui, pincées de sens sur notre temps, concepts de l'instant... Les mots soulignés signifient des traits de Tendances. Notre planète est en demande non futile de sens. Bonne lecture!

Moyennisation
de la société


"La mutation inachevée de la société française (A partir du livre "Déchiffrer la Société Française de Louis Maurin", Editions La Découverte) : Sommes-nous plus libres qu'hier ? Le processus d'émancipation individuel demeure ambigu. De nouveaux modes d'influence et de contrôle social se mettent en place dans une société de communication de masse. En particulier via la télévision. Pour mieux cibler le consommateur, ses comportements dont fichés de façon de plus en plus détaillée et intrusive. Nous sommes poussés à accepter de livrer une partie de nous-mêmes en contrepartie du bénéfice de l'usage de nouveaux biens. Du côté des pouvoirs publics, la tentation est aussi de plus en plus grande d'utiliser les nouvelles technologies de l'information pour contrôler de façon étroite les comportements des citoyens. En même temps, ces nouvelles libertés, dans un contexte d'accès plus généralisé à la consommation, ont alimenté un discours sur la "moyennisation" de la société. La salarisation de l'emploi a rendu caduque une représentation binaire, fondée sur la domination des détenteurs du capital sur les autres, les prolétaires. Et le déclin du monde ouvrier a réduit la visibilité des milieux populaires. Mais de l'école à la santé, en passant par le mariage et la consommation, les univers sociaux continuent largement à modeler les pratiques et les mécanismes de domination demeurent. Une partie du déficit de compréhension de la société actuelle vient justement d'une confusion entre transformation et disparition des groupes sociaux."

(Alternatives Economiques, Octobre 2009)

La gratuité à revers

"Extrait des Mirages de la Gratuité, un article du journaliste Malcolm Gladwell, journaliste au New Yorker, critiquant l'ouvrage "Free" de Chris Anderson : "De nombreuses autres formes informations ont décidé de prendre la Gratuité à revers. On peut consulter le Times gratuitement sur son site Internet. Mais le Wall Street Journal a découvert que plus d'un million d'abonnés se réjouissaient de payer pour avoir le privilège de le lire en ligne. (...) Et la vente par téléphone des applications pour l'iPhone (des idées) rapportera peut-être bientôt davantage à Apple que la vente de l'appareil lui-même (la matière). Un jour, l'entreprise pourrait faire cadeau de l'iPhone pour développer les téléchargements ; elle pourrait faire cadeau des téléchargements pour stimuler les ventes de l'iPhone ; ou bien elle pourrait continuer de faire payer les deux, comme aujourd'hui. Qui sait ? La seule loi d'Airain qui vaille est trop évidente pour mérite un livre : l'ère numérique a tant transformé la manière dont on fabrique et on vend qu'il n'existe pas de loi d'airain"."

(Booksmag, Octobre 2009)


L'idée qu'on s'en fait

"L'une des clés du succès n'est pas tant le talent, inné ou non, que l'on possède, mais l'idée que l'on se fait du talent et de la manière de l'exercer, estime Carol Dweck, chercheur en psychologie à l'Université de Stanford, en Californie. Ses travaux l'ont conduite à identifier deux attitudes très différentes selon les individus, y compris chez ceux qui ont fait les plus brillantes études. Certains ont tendance à penser, en ce qui les concerne, que les jeux sont faits. Leur intelligence et leur talent ont été déterminés une fois pour toutes, leurs brillantes études en témoignent. Les autres ont tendance à penser que, quels que soient leurs résultats passés, leur intelligence et leur talent sont en construction et le resteront. Les premiers ont une vision "fixée" de leurs facultés, les seconds une vision "de croissance". Ce sont eux qui ont les meilleures chances de réussir".

(Booksmag, Septembre 2009)

Petites oeuvres

"Lorsque les coûts d'accès à la culture sont élevés, nous préférons les oeuvres majeures pour amortir ce coût d'accès. Lorsque l'information est gratuite, nous préférons la multiplication d'éléments qui nous permet de bâtir notre propre histoire. C'est ainsi que se comprend le titre du livre de Tyler Cowen "Create Your Own Economy: The Path to Prosperity in a Disordered World" : la prospérité qu'il évoque ne se mesure pas en unités monétaires mais est créé par la multiplication d'économies individuelles faites d'interactions brèves avec des gens partageant nos centres d'intérêt, de réorganisations d'informations. Dans la culture qui en résulte, chacun produit son oeuvre à partir de multiples matériaux, à la fois consommateur et producteur. Cela implique moins de grandes oeuvres universelles et plus de petites oeuvres personnelles. Ce que montre Tyler Cowen, c'est qu'une culture faite d'un grand nombre de petites oeuvres n'est pas moins riche qu'une culture faite de quelques grandes."

(Enjeux Les Echos, Octobre 2009)

Lanceur d'alerte

"Les lanceurs d'alerte, vous connaissez ? Dans des laboratoires, des universités, des entreprises... des femmes et des hommes, prenant conscience que notre société court un risque majeur, se lèvent et tentent de nous en avertir (...) Cette expression, nous la devons à deux sociologues, Francis Chateaureynaud et Didier Torny. "L'alerte, précisent-ils, prend dans le sens où nous l'entendons, la forme d'une démarche, personnelle ou collective, visant à mobiliser des instances supposées capables d'agir et, pour le moins, d'informer le public d'un danger, de l'imminence d'une catastrophe, du caractère incertain d'une entreprise ou d'un choix technologique." Nous n'avons pas ou pas seulement affaire ici à la dénonciation d'une situation passée, mais bien à un appel tourné vers le futur, à propos d'un risque actuel et à venir, et qui parie donc sur une résolution."

(Imagine Demain Le Monde, Septembre-Octobre 2009)

Crédit photo : Jean-Luc Raymond. Mur d'entrée d'immeuble. Paris 3e. Septembre 2009.

mardi 6 octobre 2009

Digitainable, Monde transparent, Consubstantielle fragilité démocratique, Ciblage comportemental

La rubrique Tendances, c'est un condensé de ce temps qui s'hume au présent avec un goût d'avenir. Expressions figurées et imagées d'aujourd'hui, bribes de sens sur notre temps, concepts du moment... Les mots soulignés correspondent à des traits de Tendances. Notre monde est en invitation permanente de signifiance. Bonne lecture!

Digitainable : l'open space intelligent

"L'open space avait montré la voie à la rationalisation des m2. Sa version 2009, étendue, pourrait sceller l'union de la rentabilité financière et du bénéfice environnemental par réduction de l'empreinte écologique des entreprises, sur fond de "Clean Tech" alliant numérique et développement durable. "Digitainable" (digital + substainable), c'est justement la formule choisie par François Denieul pour prolonger son défunt "Laboratoire des espaces intelligents" de l'université Paris XIII. Ce gourou, qui conseille banques et multinationales, n'oublie pas la question humaine. "Si les entreprises ont besoin de souplesse dans la gestion de l'espace, l'individu, lui, a toujours besoin de s'approprier un territoire", explique-t-il. Solution du futur (à l'état de prototype) : un poste de travail sensible, capable grâce à ses capteurs, de distiller l'éclairage (LED, bien sûr) approprié, tel un "cocon" lumineux".

(Thalyscope, Septembre-Octobre 2009)

Un monde transparent

"Raphaël Enthoven, philosophe : "Vous avez aimé 1984 ? Vous adorerez les années 2000, c'est-à-dire l'époque où le danger ne vient pas d'en haut, mais d'à côté. Méfiez-vous les uns les uns des autres : désormais, ce n'est plus Big Brother qui vous regarde, c'est votre voisin de portable, que son téléphone transforme en mini-Fouché. Nous avons moins à craindre un retour de la dictature ou de l'ordre moral que le despotisme sournois de la transparence, la transformation de l'espace public en une cage de verre où, devant le tribunal sans appel de l'opinion publique, l'indiscrétion tient lieu de délation, l'information disparaît sous le buzz, Internet et la presse trash font office de police secrète, où la rumeur succède à la calomnie et où l'oeil de Moscou cède la place à l'oeil de boeuf d'un appareil numérique"."

(L'Express, 1er octobre 2009)

La consubstantielle fragilité démocratique

"Jean-Claude Guillebaud : "Comment sauverons-nous la démocratie sans l'élixir de la croissance ? Nul ne le sait. C'est d'ailleurs vers cette Asie mirobolante, cette Chine affolée d'enrichissement et d'Orient industrieux que la croissance s'est expatriée. Ainsi, un fantasme nouveau hante-t-il désormais l'Europe, celui de la consubstantielle fragilité démocratique. Voyez déjà comme nos démocraties se durcissent, se raidissent tandis que réapparaissent, après démaquillage, les corporatismes, les frivolités people, les individualismes obstinés, les égoïsmes nus et cette "avidité des riches" que - bien avant le Christianisme - condamnait Aristote. Danserons-nous encore longtemps sur le Pont d'Avignon ?""

(TéléObs, 1er octobre 2009)

Ciblage comportemental des internautes

"Voilà plus d'un an que les grandes régies publicitaires sur Internet mettent en oeuvre, en catimini, ce "ciblage comportemental". (...) A en croire leurs promoteurs, une campagne ainsi conçue serait 2 à 3 fois plus efficace qu'une publicité classique. Plus besoin de se cantonner aux sites proches de son secteur d'activité pour acheter de l'espace (ciblage contextuel). (...) Tous les grands ténors du Web - Microsoft, Yahoo, AOL... - ont concocté leur offre. Google teste une solution qui devrait être commercialisée avant la fin de l'année (...) Dans son principe, le ciblage comportemental repose sur 2 procédures : le traçage de l'internaute, puis son profilage. La première opération s'effectue à l'aide d'un cookie. Ce fichier informatique envoyé par le site visité sur le disque dur de l'internaute permet de tracer l'historique de sa navigation à chaque connexion. La phase de profilage est plus délicate. Pour être efficace, une régie doit pouvoir s'appuyer sur une audience importante (10 à 15 millions de visiteurs uniques) et suffisamment diversifiée pour constituer un large panel de profils (...) A partir de quand un internaute est-il suffisamment "cerné" pour être rangé dans une famille donnée (cluster) ? L'expertise des opérateurs est encore empirique. Chacun utilise ses propres algorithmes."

(Enjeux Les Echos, Octobre 2009)

Crédit photo : Jean-Luc Raymond. Oeuvre de Street Art. Galerie Agnès B. Paris 4e. Octobre 2009.

lundi 24 août 2009

Michel Serres, crise dans l'éducation et droit d'auteur sur Internet

Le quotidien Les Echos poursuit ses entrevues "Grands témoins" en interrogeant des personnalités sur la Crise du Siècle. Quel est leur regard et leur point de vue sur cet évènement majeur. Dans son édition du jour, le philosophe Michel Serres présente son approche de la Crise et plus largement de la conjonction des crises récentes. Il considère notamment que l'éducation subit des bouleversements majeurs sous-estimés et s'intéresse aux questions de régulation avec la question du Droit d'auteur sur Internet ; extraits :

Crise majeure dans l'éducation

"Est-ce que l'ampleur de la tempête de l'automne a modifié un peu votre vision ?

Si nous nous étions vus n'importe quand au cours des 25 dernières années j'aurais pu vous décrire l'ampleur de la tempête que subissent les instituteurs, les professeurs du secondaire et du supérieur. La génération a changé, le savoir a changé, la transmission a changé... Ce que nous avons subi dans l'enseignement est un tsunami de la même importance que ce que vous avez vécu dans la finance. La vôtre de crise a fait plus de bruit, mais la société n'a pas prêté au tsunami vécu par ses enfants une attention à la mesure de l'évènement. Elle préfère son argent à ses enfants. Je me dis souvent que les gens ne se rendent pas compte de ce que vont être les prochaines générations adultes. Je vois l'importance de votre crise, les milliards en jeu, l'effondrement de certaines fortunes. Mais avez-vous conscience de l'effondrement des savoirs ? Il n'y a plus de latin, il n'y a plus de grec, il n'y a plus de poésie, il n'y a plus d'enseignement littéraire. L'enseignement des sciences est en train de s'effondrer partout."


"Toutes les lois qu'on veut faire sur les droits d'auteur et la propriété sur Internet, c'est de la rigolade"

"Vous accordez beaucoup d'importance au droit. Notre monde a beaucoup de problèmes de régulation : finance, droits d'auteur sur Internet...

Dans une société, il y a des zones de droit et des zones de non-droit. La forêt était jadis une zone de non-droit infestée de malandrins et de voleurs. Un jour, pourtant, un voyageur traversant la forêt de Sherwood constata que tous les voleurs portaient une sorte d'uniforme ; ils portaient tous un chapeau vert et ils étaient sous le commandement de Robin Hood. Robin, qu'est-ce que ça veut dire ? Celui qui porte la robe du juge. Robin incarne le droit qui est en train de naître dans un lieu où il n'y avait pas de droit. Toutes les lois qu'on veut faire sur les droits d'auteur et la propriété sur Internet, c'est de la rigolade. Internet est un lieu de non-droit comme la forêt dont nous parlions. Or un droit qui existe dans un lieu de droit n'est jamais valable dans un lieu de non-droit. Il faut que dans ce lieu de non-droit émerge un nouveau droit. Dans le monde de demain doit émerger un nouveau droit. Si vous voulez réguler le monde d'aujourd'hui avec le vieux droit, vous allez échouer, exactement comme on a fait sur Internet. Il faut attendre que dans la forêt d'Internet on puisse inventer un droit nouveau sur ce lieu de non-droit. Plus généralement, dans cette crise qui fait entrevoir un nouveau monde, ce n'est pas le droit ancien qui va prévaloir."

lundi 18 mai 2009

La vie en ligne et en flux



Dans l'espace-temps contemporain, la vie se confond en la gestion de flux de différentes natures. Ces flux tendent à disputer la place au mode relationnel classique. Dans les univers technologiques, les flux s'adoptent, se maîtrisent, se corrèlent, se rapprochent et jouent de leur multi-diffusion, de la multiplicité de leur captation, d'un accaparement éphémère de la part de l'utilisateur qui a des difficultés à en épouser le sens. Les informations se fanent dans des annexes documentées ou non, archives classées souvent dans des modes empiriques.

Les "channels" comme signaux de monstration

Dans le corps de l'existence du flux, se retrouvent les "channels", ces canaux qui telle la Citizen Band dans les années 1970-1980 célèbrent le pseudonyme, la personnalité (plus que la personne), un avatar de soi plus ou moins disposé à interagir avec d'autres. Le flux oblige à la constance du média, à une stabilité de la présentation, à des habitudes qui s'appuient plus sur la monstration (paraître) que la démonstration (parcours réflexif).

Des individus renseignés

L'économie des flux prédomine aujourd'hui dans une effervescence dont les modèles économiques demeurent incertains car le flux connaît un coût récurrent de fonctionnament considérable (bande passante des vidéos chez YouTube et DailyMotion) bien que se substituant de plus en plus au téléchargement (cf. le succès de Deezer, service d'écoute de musique en ligne). L'économie du flux s'appuie sur une économie de l'attention en offrant une hyper-personnalisation des flux (sélection des sources, des thèmes, des variations musicales ou des vidéos). Cette nouvelle programmatique s'affiche abondamment dans les médias comme variable de remplacement des mass media traditionnels. La monétisation des flux est consubstantielle à la notion de profil et donc de qualification de l'individu, une représentation en ligne renseignée (avec précision) dans ses flux d’interactions avec d’autres flux. Facebook et surtout Twitter s'inscrivent dans ce cadre de flux d'interactions perturbés par le bruit de la massification de l'utilisation d'une plateforme à la recherche permanente de signifiances.

L'acte de présence

Dans ces agglomérats organisés en flux, chaque personnalité joue d’une stratégie habile, malhabile ou d’une naïveté (socio-cognitive) pour attraper ce temps si précieusement disponible. La présence vaut acte de constance, d’installation d’un pouvoir qui occupe le terrain des mots, des échanges dans les espaces médiatiques. L’absence est aussi pouvoir sur Internet ; on l’oublie trop souvent. Occuper le terrain de l’expressivité, c’est proposer du contenu de flux, du contenu redistribuable… Le devoir de présence devient une obsession communicationnelle de notre temps ("à la demande"), bien plus que la problématisation du contenu produit… Drôle d’invariance sublimée et évaporée, un oubli...

Crédit illustration : Geek And Poke "
Social duties", 21 janvier 2008 sous Licence Creative Commons.

dimanche 26 avril 2009

Joël de Rosnay, Internet s'auto-organise en un méta-ordinateur mondial



Dans le nouveau numéro de Research.eu - Magazine de l'espace européen de la Recherche (n°59, Mars 2009),  parole est donnée au scientifique français Joël de Rosnay qui s'exprime sur l'avenir de la civilisation numérique et d'un Internet "vivant" avec des risques inhérent à son développement ; extrait :

"(…) La civilisation numérique dans laquelle nous entrons progressivement ne se résume pas à Internet, mais elle englobe également les télécommunications (téléphone, télévision), les satellites, les environnements intelligents… Il reste que l’Internet de demain, avec ses blogs, emails, vidéo, messageries, systèmes mobiles, favorisera une encore plus grande interaction entre les utilisateurs. Internet s’est développé comme un système darwinien, de manière buissonnante comme la vie elle-même, à l’image de l’arbre de l’évolution du vivant. Il y a peu de planification d’ensemble dans l’évolution du réseau mondial, mais des myriades d’initiatives individuelles ou de petits groupes. On assiste à l’auto-organisation d’une intelligence "collaborative" ou "connective" - termes que je préfère à "collectives" (...)

Les potentiels sont très grands : par exemple, en repensant les rapports entre les politiques et les cybercitoyens, ce qu’il faudra de toute façon faire, on pourrait inventer une véritable cyberdémocratie, bien plus participative, qui viendrait compléter la démocratie représentative traditionnelle. Cela suppose évidemment d’œuvrer pour que cette intelligence émergente conduise à ce que James Surowiecki appelle "The Wisdom of Crowd" (la Sagesse des foules). Mais rien ne dit que cette sagesse se manifestera toujours dans la bonne direction. Les foules peuvent aussi devenir folles, amplifier des effets minimes, réagir de manière épidermique ou se retourner contre ceux qui posent des questions (…)

Le risque principal (au développement de la civilisation numérique) est celui d’une société duale, qui cumulerait un individualisme forcené (tel qu’on le voit souvent chez les jeunes) et un tribalisme croissant, un communautarisme de plus en plus fort, ce qui me fait craindre des mouvements grégaires emmenant des gens ensemble vers des directions auxquelles ils n’ont pas assez réfléchi. J’ai déjà écrit que plus le monde se mondialise, plus il se tribalise. C’est à la fois positif et négatif : les gens tiennent à leur pays, à leur culture, à leur langue, à leurs racines, à leur territoire, tout cela est un plus. Mais poussé à l’extrême, cela débouche sur un nationalisme exacerbé qui devient dangereux."


samedi 25 avril 2009

Usages de Twitter par les stars, communication et marketing



Le Nouvel Observateur (n°2320, du 23 au 29 avril 2009) s'attarde au phénomène Twitter et à son appropriation dans un cadre communicationnel et promotionnel par les stars.

Ce groupe d'utilisateurs est largement mis en avant par Twitter, favorisé par le service. Rien de plus évident : ces stars permettent, avec facilité, de publi-informer le grand public sur Twitter, de les inviter à rejoindre la plateforme pour faire nourrir le "rêve" d'une connivence de proximité avec le fan : ce fut le cas la semaine dernière avec une séquence Twitter dans le show américain d'Oprah Winfrey (1,2 million de nouveaux utilisateurs de Twitter en une journée!) ou encore l'acteur et humoriste anglais Stephen Fry (qui a aidé à faire connaître Twitter en Grande-Bretagne) et dont l'audience sur Twitter est très importante (cf. l'effet marketing Frying Point).

Le Nouvel Observateur s'interroge donc sur Twitter comme média utilisé par les stars avec cet article : "Le phénomène Twitter : Stars, Web et ragots" (couplé à un encadré "Quand les politiques "twittent"..." : "Ce site de «microblogging» sur lequel chacun peut diffuser ses petits commentaires fait fureur, notamment parmi les célébrités, qui l'utilisent pour tenir leurs fans en haleine. Décryptage".

On retiendra les propos intéressants et critiques de Stéphane Hugon, sociologue au CEAQ (Centre d'Etudes sur l'Actuel et le Quotidien, Université René Descartes - Sorbonne, Paris 5) sur le service Twitter et ses utilisations :

"Une expérience sociale hypnotique (...) C'est ce qui fait le côté fascinant de tous ces réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. Le contenu en tant que tel est proche de zéro. Ce qui compte, c'est l'interaction, le flux d'informations... (...) Contrairement à ce qui passe dans les médias traditionnels, sur internet l'information n'a de valeur que si elle est validée par le public (...) Il n'y a plus de modèle charismatique. L'espace utopique, c'est désormais celui du quotidien".

Virginie Spies
, sémiologue (Maître de Conférences à l'Université d'Avignon et chef du Département des Sciences de l’Information et de la Communication), usagère de Twitter, décrypte, quant à elle, l'intérêt de Twitter pour les stars :

"Le people, c'est le VIP de proximité, quelqu'un à qui le public peut s'identifier Demi Moore, elle, joue sur les deux tableaux, un peu comme Angelina Jolie. Ce sont des icônes glamour, mais aussi des people, bref, elles habitent à la fois dans Gala et dans Voici (...) Comme des marques, elles se doivent d'être présentes sur tous les supports."


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