Jean-Luc Raymond

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dimanche 21 décembre 2008

Facebook, vide d'absence et différenciations générationnelles

Dans la nouvelle édition de la revue Médias (n°19 - Hiver 2008), Bruno Marlière signe un article sur sa découverte de Facebook (en trois jours chrono), de la création de son compte à l'exploration de l'utilisation de  la plateforme "relationnelle", un papier plein d'étonnements, d'humour et de questions : "Comment Facebook est devenu ma cour de récré".

Extrait de cette aventure, le 3e jour :

"Après quatre heures de vertige, je ferme à regret la fenêtre de récréation Facebook et fais ressurgir ma salle de classe, ma page Word. Un léger vide m'envahit, un vide de séparation, de celui que chacun ressent quand il raccroche au téléphone et quand le "bon ben, salut!" semble dérisoire, faible, mal assuré. C'est un vide d'impossibilité de faire, de celui que chacun a ressenti lorsque, dispensé de piscine car enrhumé, il restait assis au bord du bassin à regarder ses copains de classe faire des longueurs. C'est un vide d'absence.

Dire que Facebook est une drogue est faux. Ou alors l'amour est une drogue, l'amitié aussi. Aimer se marrer, manger avec des potes, se raconter des histoires, jouer, aimer tout court, c'est seulement aimer la vie. Dès lors, comment ne pas comprendre l'attraction pour un réseau perpétuellement connecté, où séparation et disparition ne sont qu'actes volontairement et individuellement consentis ?

Entre la page Bruno Marlière et celle de Léa, ma fille de 17 ans, il y a un monde, il y a des siècles. Pourtant, c'est le même outil. Mon Facebook semble statique, littéraire, confiné, organisé, comparé à celui de Léa, si mouvant, rapide, synthétique, expansionniste et surprenant."


Bruno Marlière indique là que l'utilisation de Facebook varie selon les générations avec des différences marquées dans la rapidité des interactions, les textes courts qui y sont présents (micro-publication) et les notes éditées. Les différenciations d'utilisations générationnelles de Facebook sont peu mises en avant dans les médias.

samedi 28 avril 2007

Internet, un rendez-vous pour les personnes en difficulté par Dominique Lang, quotidien La Croix, 23 avril 2007

Le journaliste Dominique Lang a signé un article dans le quotidien La Croix du 23 avril 2007 : "Internet, un rendez-vous pour les personnes en difficulté", papier publié sur internet le dimanche 22 avril au soir. J'ai été interrogé par Dominique Lang sur l'apport de l'Internet pour les publics précaires ; vaste et complexe sujet. Voici l'article dans son intégralité :


INTERNET, UN RENDEZ-VOUS POUR LES PERSONNES EN DIFFICULTE

De nombreuses associations permettent l'accès à l'informatique des personnes exclues afin de faciliter leur insertion sociale


Sadok a le sourire. Ce retraité d’origine tunisienne se rend plusieurs fois par semaine au « cyberespace » de l’Agora-Emmaüs. Dans ce centre d’accueil parisien, un local discret jouxtant la laverie abrite depuis quatre ans une série d’ordinateurs connectés à Internet.

« J’envoie des messages à ma fille et à ma famille, en Tunisie », explique l’ancien travailleur immigré, en France depuis 1956. « Je laisse des messages et quelques jours plus tard, je viens consulter les réponses », dit-il.

Comme lui, chaque jour, une cinquantaine de personnes, pour beaucoup sans domicile fixe, passent quelques instants ici. Une population en marge de la société, mais qui a bien compris la chance que peut constituer l’informatique.

D’ailleurs, avec ses neuf postes, le cyberespace n’arrive pas à suivre la demande. « Bien sûr, l’informatique n’est pas un besoin vital pour des personnes qui sont à la rue ou qui ont faim », concède Ricardo Parrilla, responsable et fondateur du lieu. « Mais l’usage montre qu’elle peut devenir un outil essentiel pour l’insertion sociale. »

"Dans ces lieux, on oublie ses soucis"

Depuis 2003, l’association Emmaüs a ainsi créé neuf cyberespaces en région parisienne. Plus de 4.000 personnes ont profité des consultations en libre-service en 2006 et plus de 2.000 autres ont bénéficié d’une formation en informatique, dispensée par des bénévoles. Ainsi, ce que les collectivités locales avaient lancé depuis une dizaine d’années, en créant des médiathèques et des « Espaces numériques publics », rejoint désormais, par le biais des associations, les populations les plus exclues.

Jean-Luc Raymond, « vieux routard des espaces multimédia », comme il le dit lui-même, estime à plus de 4.000 les lieux d’accès gratuit à Internet référencés en France. « Ils facilitent l’accès au service public et jouent souvent un rôle d’éducation citoyenne », s’enthousiasme celui qui a notamment participé à la mission interministérielle lancée en 1998 sur la question.

« Dans ces lieux, on vient non seulement pour consulter des offres d’emploi, mais aussi pour naviguer sur des sites culturels ou se former. Pendant ce temps, on oublie ses soucis. » Pour Marion Desrumeaux, une étudiante en sociologie qui a travaillé sur la question, l’accès direct à l’actualité est aussi essentiel. « La connexion à Internet permet de ne pas être exclu de l’information », soutient-elle.

Lieux prétextes pour nouer des liens

Ces espaces d’information constituent également des lieux prétextes pour nouer des liens avec d’autres. Avec les bénévoles bien sûr, mais aussi, du fait de la neutralité de l’ordinateur, avec des inconnus rencontrés sur Internet. Beaucoup utilisent les messageries instantanées, parfois même les webcams, ces petites caméras numériques qui permettent aux interlocuteurs de se voir en direct.

« Quand une personne reçoit une réponse à son premier message Internet, c’est comme si une nouvelle place dans la société lui était reconnue : “On me parle” », commente Jean-Luc Raymond.

Après avoir connu l’anonymat des rues et des files d’attente, l’interactivité d’Internet devient alors une vraie chance. Les administrations l’ont d’ailleurs bien compris : les caisses d’allocations familiales, par exemple, ont mis en place un site et des bornes d’accès pour les personnes bénéficiant de diverses aides sociales.

Certains sites restent trop complexes à manipuler

Mais tout n’est pas réglé pour autant. Certains sites restent trop complexes à manipuler et nécessitent encore un accompagnement personnalisé. D’autant que les personnes à la rue ont leurs propres limites que l’ordinateur peut révéler cruellement : analphabétisme, maîtrise limitée du français, déficits visuels ou manuels, voire pertes de mémoire ou de concentration.

Pour autant, les personnes qui franchissent le pas progressent nécessairement. Bruno Oudet, qui a lancé le projet « Internet de rue » destiné aux SDF du quartier de Belleville, à Paris, l’a expérimenté à maintes reprises sur le coin d’un trottoir, avec des personnes à la rue.

Plus étonnant encore, la fréquentation d’un cyberespace pousse souvent l’usager à numériser les éléments essentiels de son identité : courriers électroniques, copies scannées de documents importants, voire photos de famille. Un espace d’intimité et de mémoire préservé sur un petit support informatique individuel, de type clé USB.

L’adresse électronique remplace alors les boîtes à lettres en poste restante que proposent certaines associations. Une manière de donner du sens au virtuel, au profit de ceux qui vivent une exclusion bien réelle."

Dominique LANG