Jean-Luc Raymond

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samedi 18 novembre 2006

Disruptif (tendance 013)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


L'adjectif disruptif est d'abord employé dans le champ sémantique de l'électricité comme l'indique Patrimoine de France dans son dictionnaire :

"Adj. XVIe siècle, au sens de "qui sert à rompre". Dérivé savant du latin disruptum, supin de disrumpere, "briser en morceaux, faire éclater". ÉLECTR. En parlant d'un courant électrique. Qui transperce un isolant en désorganisant sa structure mécanique et chimique, momentanément ou définitivement. Décharge disruptive, claquage disruptif. Champ électrique disruptif."


En septembre 2004, le journaliste Luc Fayard (01 Informatique) voit une nouvelle utilisation du mot dans le contexte publicitaire (voir la page Web de disruption) et son utilisation dans un contexte technologique : ""Disruption" de la technologie" :

"A l'origine, l'adjectif "disruptif" - étymologiquement : "qui éclate" - a été astucieusement appliqué par un publicitaire français à ses projets pour persuader ses clients qu'ils étaient meilleurs que ceux de ses concurrents. Depuis, le mot a fait florès, et tout le monde l'exploite à tort et à travers. Notamment les fournisseurs, pour qui toute nouvelle technologie est forcément un levier de changement, voire de "disruption". Linux ? Disruptif, bien sûr, car il éclate les modes traditionnels de conception et de commercialisation du logiciel. Le grid ? Disruptif par sa révolution de l'architecture matérielle. UMTS ? Disruptif encore, parce qu'il change radicalement les modes de travail en facilitant la mobilité non-stop."


L'emploi de "disruption" se généralise et Francis Pisani précise son emploi dans le Monde de l'Entreprise (16 février 2006) : "Vous dites "disruptif" ?" :

"Les entrepreneurs de Silicon Valley adorent les "disruptive technologies" ou technologies de rupture (on dit aussi "perturbatrices"). Elles changent le panorama existant et permettent de faire des affaires fulgurantes. Quand tout se passe bien, s'entend. Il y a toute une théorie là-dessus (voir Wikipedia en anglais et en français)."


L'innovation disruptive est un modèle élaboré par Clayton M. Christensen et explicité sur cette page de 12Manage : "Disruptive Innovation (Innovation disruptive) (Christensen)". Le chercheur breton en Économie Raphaël Suire (Université de Rennes 1) emploie le terme disruptif en introduction d'un papier scientifique d'octobre 2003 (en .pdf, 29 pages) : "Des réseaux de l'entrepreneur aux ressorts du créatif : quelles stratégies pour les territoires ?" :

"Nous soutenons l'idée que le comportement disruptif est le produit d'un encastrement socio-technico-économique et d'une inscription territoriale de ces réseaux. Dès lors, les territoires doivent redessiner les contours de leur stratégie dans le sens d'une attractivité et d'une rétention mieux définies."


Avec le nouveau Web (ou Web dit "2.0") et l'évolution du marché de l'Internet, le terme est revient soudainement d'actualité dans son emploi. Par exemple, dans les propos du sociologue Jean-Louis Missika, dans une interview pour le Monde 2 de ce week-end sur l'avenir de la télévision :

"Nous vivons une période comparable à celle de la révolution industrielle, au début du XIXe siècle. Nous sommes confrontés à ce qu'on appelle une "technologie disruptive", c'est-à-dire qui bouleverse les règles du jeu et les positions de force des principaux acteurs sur le marché (de la télévision). À l'heure d'aujourd'hui, personne ne sait si des médias aussi puissants que TF1 ou Canal+ seront encore indépendants dans les prochaines années..."

Protection des mineurs sur Internet, B2i, DEEE, Agence Wallonne des Télécoms TV... (brèves citoyennes de clavier)

L'Agence Wallonne des Télécommunications regroupe ses vidéos en une rubrique AWT TV sur son site Internet. On y retrouve les spots informatifs de découverte du Web de Juliette Reine du Net (à quoi sert internet, le courrier électronique, trouver des informations sur internet, faire vos achats sur Internet) et les propos de Marie-Dominique Simonet, Ministre des Technologies nouvelles de la Région Wallonne, sur la lutte contre l'e-exclusion.


La documentaliste Flore Bonhomme, en charge du blog des Espaces Publics Numériques de Haute-Normandie, cherche à développer un article/dossier avec des ressources en ligne sur la protection des mineurs et internet. L'Association du Multimédia Jeunesse propose sur une page, une sélection de sites internet et ouvrages sur ce même thème : Protection des mineurs sur Internet.


Éric Delcroix teste le B2i et a du mal à comprendre le choix des compétences dans le référentiel : "Je n'ai pas le niveau B2i école". Les modalités de mise en oeuvre de l'Arrêté du 14 juin 2006 relatif aux connaissances et capacités exigibles pour le brevet informatique et internet (B2i), qui remplacent celles qui avaient été définies par la Note de service n2000206 du 16 novembre 2000 (BO n°42 du 23 novembre 2000) ont été publiées par la Circulaire n° 2006-169 du 7 novembre 2006 de l'Éducation Nationale.


TIC Aquitaine publie un article de synthèse sur le recyclage des DEEE (Déchets d'Équipements électriques et Électroniques) avec 2 cibles : les consommateurs et les collectivités locales. Le Ministère de l'Économie et des Finances propose un Guide pratique en 40 questions réponses pour être conforme à la réglementation européenne sur les Déchets Electriques et Electroniques.


44 associations marocaines sont déclarées éligibles en 2006 pour pouvoir bénéficier d'un pack gratuit d'ordinateurs visant à lutter localement contre l'exclusion numérique, un projet multipartenarial baptisé : "Assoclic, pour une chaîne de solidarité numérique".


Patrick Vuitton de l'AVICCA (Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel) en interview pour le Journal du Net : "La fibre annonce une nouvelle fracture numérique".

jeudi 16 novembre 2006

Café social (tendance 011)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


Ayyem Zamen (7 rue de Pali-Kao, 75020 Paris) est un drôle de lieu. Ayyem Zamen est un café social (ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 18 h et de 10 h à 17 h) implanté dans le quartier de Belleville qui accueille des migrants retraités depuis janvier 2003. L'association en donne cette définition :

"Le café social est un lieu de convivialité, de rencontre, d’échange et de solidarité. C'est un espace ouvert sur l’intégration et la citoyenneté. Il est animé par des professionnels de l'accueil, de l'écoute et de l'accès aux droits. Le café social est aussi un lieu laïc et de mixité sociale, destiné à recevoir les vieux migrants et leur tend la main, pour apaiser leur détresse, les faire sortir de la solitude et de l'oubli."


À Marseille, le Centre Social Belsunce précise le but du projet d'un café social (et également ses objectifs généraux) :

"Répondre aux attentes de ces migrants qui aspirent aujourd'hui à vieillir dans la dignité en France. Apporter une solution aux problèmes de solitude, d'isolement, de précarité, d'absence de reconnaissance et d'appui (démarches administratives, droits) des migrants."


Un café social est en projet à Grenoble. Créer un café social, c'est aussi de l'innovation sociale. A préciser que le café social  Ayyem Zamen est "un espace équipé en informatique et Internet".

mardi 14 novembre 2006

Territoires urbains, exclusions, représentations et sphères de vie

En ces temps d'accélération de créations hybrides de plateformes du nouveau Web autour de cartographies annotées par certains utilisateurs internautes et d'une redécouverte du territoire réel au regard du territoire virtuel, quelques relectures s'imposent pour prendre un peu de recul sur la notion de territoire et de ville contemporaine.


En février 2006, le sociologue Jacques Donzelot publie l'article scientifique "La ville à 3 vitesses" dans la collection Arguments du PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture) du Ministère des Transports et de l'Équipement, qui comprend des textes synthétiques sur l'actualité des questionnements relatifs à la recherche urbaine. Jacques Donzelot y décrit 3 phénomènes majeurs du rapport des habitants à la ville moderne : la relégation, la péri-urbanisation et la gentrification. Les classes moyennes et précaires se voient rejeter des villes centres :

"Il y a la mondialisation par le bas qui se traduit par la concentration de ces minorités visibles dans les territoires de la relégation. Et puis la mondialisation par le haut qui correspond à la classe émergente associée à la gentrification. Entre ces deux pôles, aucune commune mesure ne permet l'établissement d'une relation, conflictuelle ou non. Elles vivent dans la même ville. Mais celle-ci ne relie pas l'une et l'autre des extrémités de ses habitants. Elle vit plutôt au rythme des malaises de la population qui s'intercale entre ces deux éléments sans établir une continuité efficace. Car cette population de classes moyennes qui constitue la principale part de la société contribue à la relégation autant qu'elle se sent rejetée par le processus de gentrification. Autant les classes moyennes ont constitué la solution de la ville industrielle, autant elles sont devenues le problème dans la ville mondialisée. Il n'est pas de moyen que la ville puisse à nouveau "faire société" qui ne nécessite d'apporter une solution aux classes moyennes, celles qui s'estiment, à juste titre, "les oubliées" de la nouvelle configuration pour la pure et simple raison qu'elles se trouvent en position de la subir."


Les classes créatives, puissantes financièrement, tiennent le pouvoir économique et se concentrent dans les villes centres, autour de bouillonnements culturels et technologiques, bénéficiant d'accès à des infrastructures techniques à haut, voire très haut débit.


Dans son essai "La société hypermoderne" (Editions de l'Aube, 2000), François Ascher, Professeur d'Urbanisme à l'Université de Paris 8, décrit la société moderne dans l'évolution urbaine et les liens sociaux dans la cité, plus nombreux, mais moins forts, qui font naître une société de la connaissance, un capitalisme cognitif sur lequel les individus pensent peser et ainsi transformer le territoire par les techniques c'est-à-dire les technologies. Les villes changent car la société et l'économie cognitive imprègnent notamment via les technologies ("les nouvelles technologies urbaines"), leurs modes de conception, de production et de gestion :

"Les conceptions et représentations de la métapole seront inévitablement en phase avec la société hypertexte et avec ses représentations multidimensionnelles du monde. Il ne pourra y avoir de séparation radicale entre les manières dont la société se pense et fonctionne, ses paradigmes, et les manières de concevoir les espaces des villes. Le monde du virtuel pénétrera inévitablement les théories et les pratiques de l'urbanisme et de l'architecture urbaine et donnera naissance à des combinaisons nouvelles. Le virtuel augmentera de différentes manières l'actuel. Demain, l'espace des villes n'intégrera pas les TIC seulement comme des métaphores, mais ressemblera davantage, lui aussi, à un hypertexte dans lequel les citadins se fabriqueront des urbanités variées et changeantes. D'ores et déjà, comme le souligne Antoine Picon, les citadins se déplacent souvent dans les villes tels des joueurs de jeux informatiques, sans consulter des modes d'emploi qui n'existent pas ou sont inutilisables, et se dirigeant par "essais, erreurs et reconnaissance".


Plus les technologies se font sensibles dans la reconstruction d'un territoire virtuel pouvant paraître pratique, volontairement organisé, sécurisant, voire utopique, plus elles semblent buter sur la réalité physique tangible du territoire local réel.


Illustration chiffrée, le blog Neighbourhoods, sur le modèle des parcours de vie, rappelle aujourd'hui la sphère territoriale de vie des enfants britanniques, une échelle extrêmement réduite : la notion de pas de porte (à 60 m du domicile en ligne droite, à 100 m en marchant), le voisinage (à 260 m de la maison en ligne droite, à 400 m à pied) et le local (à 600 m de l'habitation en ligne droite et à 1 km en marchant). Soudainement, le territoire se fait plus humain.

Semaine de la solidarité internationale, 9e édition

Du 11 au 19 novembre 2006, se tient la 9e édition de la Semaine de la solidarité internationale (avec le soutien du Ministère des Affaires étrangères, du Ministère de l'Éducation Nationale de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, de la Région Ile-de-France, du Conseil Général de l'Essonne, et de la Mairie de Paris).

"En France, tous les jours, des bénévoles, des salariés, s'impliquent dans des projets et des initiatives de solidarité internationale au niveau local, national ou international. Des citoyens, par des gestes concrets (en achetant ou voyageant solidaire, en épargnant éthique, en interpellant les décideurs...) tentent, très simplement, de promouvoir des relations Nord-Sud plus justes et plus équitables. Mais avez-vous entendu parler de ces bénévoles, ces salariés, ces citoyens aux 20 heures ? La solidarité internationale est souvent absente des médias nationaux. Peu de télévisions, de radios ou de journaux nationaux la relaient. C'est pour valoriser ces engagements, dans leur diversité, que la Semaine a été créée. Pour DIRE à voix haute la solidarité internationale et offrir à ses acteurs, une semaine par an, un espace-temps pour faire connaître au grand public les actions menées tout au long de l'année et proposer des pistes d’actions concrètes à la portée de tout un chacun."

Le site Internet de la Semaine de la solidarité internationale répertorie les actions solidaires (recherche multicritères), donne des pistes de gestes solidaires et invite chacun à participer aux animations de ces 8 jours pour un monde plus juste.

dimanche 12 novembre 2006

Accès public à l'Internet en Afrique : 4 mémoires d'étudiants, travaux de recherche au Mali, Sénégal et au Burkina-Faso

L'association des EPNologues publie 4 travaux d'étudiants du Master 2 CGNPT (Université Paris 10 Nanterre) très intéressants sur l'accès public en Afrique ; une perception de la réalité de l'appropriation des technologies via des expériences différentes et enrichissantes du point de vue humain et pédagogique :


Au Mali, un état des lieux des TIC et des usages diversifiés des technologies

Loïc Baron (Septembre 2006), "Etude des TIC au Mali, lors du Forum Social Mondial 2006. Projet : De l'Ilot Bamako en collaboration avec l'association GNTM de Saint-Denis" (à télécharger ici en .pdf, 72 pages). Au coeur de ce projet, un travail avec un Espace Public Numérique de Saint-Denis (93) permettant à des jeunes du quartier de se rendre au Forum Social Mondial à Bamako (Mali). Un voyage d'études illustré fait un état des lieux de l'accès public à l'Internet au Mali, des utilisations de l'Internet par les Maliens. Extrait :

"Utilisation du GSM dans le désert. Mohamed possède quelques chameaux et un troupeau de chèvres. C'est un Touareg nomade. Mais le seul élevage ne permet pas de vivre convenablement. Sa femme et lui réalisent des objets d’artisanat. Ils invitent des touristes en ballade à dos de chameau qui passent quelques nuits dans leur campement. Ces activités touristiques leur permettent d'acheter en ville des produits de première nécessité. Mais l'arrivée du GSM a considérablement modifié leur mode de vie. En effet, depuis
que Mohamed a acheté un téléphone portable, ils peuvent recevoir des coups de téléphones venant de Tombouctou ville. Ces appels sont ceux de partenaires de Tombouctou qui leur indique l'arrivée de touristes qui souhaitent partir en expédition
dans le désert. Mais la couverture GSM est limitée autour de la ville de Tombouctou. Les touaregs impliqués dans l'activité touristique établissent donc leur campement en fonction de ce nouveau paramètre : être à portée du réseau de téléphonie mobile."

A Dakar, citoyenneté numérique et administration en ligne

Abdoul Aziz Wane (Septembre 2005). "Autre Mairie de Dakar : Audit des Espaces Publics d'Accès Internet : Utilisation des TICs pour une qualité de service public et de bonne gouvernance locale" (à télécharger ici en .pdf, 114 pages). Ce mémoire s'intéresse à la réalité de l'accès public à Internet à Dakar avant de dégager les enjeux des TIC de l'administration locale et d'entrevoir un programme d'actions global par la mairie de Dakar d'appropriation de l'internet, auprès des citoyens de la capitale du Sénégal. Abdoul Aziz Wane dresse une typologie des publics menacés d'exclusion numérique :

"D'après les témoignages recueillis auprès des populations aux alentours des CyberCentres et chez les particuliers (pères et mères de familles), il a été constaté que quelques sous-groupes de la population Dakaroise sont significativement en
marge d'Internet :
- la tranche d'âge des 50 ans et plus (90% de non-utilisateurs),
- ceux qui n'ont pas de diplôme du secondaire (79% de non-utilisateurs),
- ceux qui n'ont pas d'activité professionnelle et ne sont pas demandeurs d'emploi (62% de non-utilisateurs),
Dans une moindre mesure :
- les chômeurs (49% de non-utilisateurs),
- les ouvriers (49% de non-utilisateurs)."


Espaces Numériques Scolaires au Sénégal : pluralité d'expériences

Maty Diallo / Dia (Septembre 2005) "Accès au grand public des Espaces Numériques Scolaires au Sénégal : Situation actuelle et perspectives" (à télécharger ici en .pdf, 97 pages). Ce mémoire de fin d'études dresse un panorama des ENS (Espaces Numériques Scolaires) au Sénégal, des lieux qui sont soit le fait d'une initiative interne (projet d'école ou d'établissement ou encore dans le cadre de partenariat Nord-Sud), soit nés sous l'impulsion des Autorités du Ministère de l'Education ou des Collectivités locales dans le cadre de la décentralisation. Par une méthodologie d'enquête quantitative et qualitative, Maty Diallo / Dia présente la pluralité des approches et des usages en ENS. Dans sa conclusion, il propose des axes de développement pragmatiques :

"Dans le même sens, les Pouvoirs locaux pourraient, toujours en relation avec les ONG, les mouvements associatifs, les artisans, pêcheurs, automobilistes, agriculteurs, les commerçants, etc., initier et promouvoir le développement de cyber-écoles. L'idée serait d'utiliser la puissance des TIC dans les ENS au service de la communauté, afin de mettre en commun les expériences et les activités des groupes socioprofessionnels, dans le but d'une mutualisation des moyens. Ces cyber-écoles, relativement bien implantées, pourraient permettre de faire face aux frais financiers qu'occasionnent aujourd'hui la construction tout azimut de cybercafés et dont les coûts sont souvent de portée des possibilités des habitants. Compte tenu de ce facteur limitant, la mutualisation envisagée pourrait se faire dans le cadre de salles multimédias qui regrouperaient
l'essentiel des moyens informatiques et de communication. Afin d'assurer la pérennisation du projet, il peut être prévu un couplage avec des activités de services telles que l'animation d'un cybercafé, la formation, la vente de produits locaux (artisanat, tourisme) en ligne, la réalisation de sites Web pour les PME locales, etc."


E-formation et formation au Burkina-Faso via des Espaces Publics Numériques en réseau

Emmanuel Tassr Sawadogo (Septembre 2005). "Offre de e-formation en milieu rural au Burkina Faso : Etude de faisabilité d'un projet pilote" (à télécharger ici en .pdf, 79 pages). L'objectif principal de ce projet est la construction d'une offre de e-formation et d'information pour le développement aux communautés rurales du territoire du Sanmatenga, une des 45 provinces du Burkina Faso, en partenariat avec InFoDev (structure de formation et d'information au Burkina). Le mémoire est présenté sous la forme d'une gestion de projet technique. A propos des publics concernés :

"Le choix d'InFoDev de s'intéresser au monde rural prédéfinit les publics cible du projet qui prend désormais le nom de Projet Sanem. En effet, les zones rurales sont constituées presque exclusivement de petits agriculteurs et d'éleveurs. Ces deux secteurs d'activités occupent 85% de la population du Burkina Faso et, paradoxalement, il n'y a pas d’offre de formation
structurée pour ces publics ; ce qui donne déjà à ce projet son caractère innovant. Ce caractère innovant du projet justifie d'ailleurs l'enquête menée pour dresser le relevé des besoins en formation et en information spécifiques à ce milieu. La politique d'InFoDev, le porteur du présent projet, est d'utiliser la médiation de l'ordinateur dans une série d'offres de formation en direction de ces publics localisés dans la province du Sanmatenga dans la perspective d'un développement humain durable et d'éviter les supports non interactifs à quotient phatique médiocre (...) En terme de disponibilité, les deux saisons qui s'alternent dans le pays rythment la vie : la saison des pluies ou hivernage, qui s'étend de mi-mai à mi-octobre est la période et pendant laquelle la totalité des populations rurales sont sollicitées à temps plein dans les travaux champêtres. En revanche, la saison sèche, qui va de la mi-octobre à la première moitié du mois de mai est une période sans activités majeures et offre donc une plage temporelle de disponibilité des publics pour s’impliquer dans d'éventuelles formations."

samedi 11 novembre 2006

Jean-Jacques Servan-Schreiber, prospectiviste des usages des technologies et précurseur des Espaces Publics Numériques

Comme L'Express et Les Echos ("JJSS et la modernité", 8 novembre 2006) le rappellent cette semaine dans un dossier consacré à sa vie, Jean-Jaques Servan-Schreiber, décédé la semaine dernière à l'âge de 82 ans, fut un visionnaire des technologies. En 1967, il publie "Le Défi Américain", un essai avec un énorme succès qui se vendra à 600 000 exemplaires, où il souligne que l'Europe est dépassée tant au niveau des méthodes de management que de l'équipement technologique et dans sa capacité de mobilisation de la recherche. C'est un livre visionnaire, traduit en 15 langues qui marqua cette époque.


Son second livre à succès, "Le Défi Mondial" sorti en 1980 s'intéressera à la puissance économique du Japon grâce au levier technologique à l'informatisation. En 1981, Jean-Jacques Servan-Schreiber convainc François Mitterrand de créer le Centre pour l'Informatisation de la France (dit "Centre Mondial Informatique et Ressource Humaine") dirigé par Nicolas Negroponte et Seymour Papert. (Photo : Jean-Jacques Servan-Schreiber et des enfants au Centre Mondial de l'Informatique en 1984). Ce centre est en avance sur son temps, il se veut...

"Instiller aux sphères politiciennes le virus micro-processorien et a pour objectifs de mettre au point un nouvel ordinateur individuel ainsi que de servir de base aux programmes pilotes dans les pays en voie de développement, une expérience sociale au profit des jeunes, des chômeurs et des personnes âgées."


Jean-Jacques Servan-Schreiber eut l'idée des Espaces Publics Numériques et d'un réseau des animateurs multimédias plus de 10 ans avant leur existence : "Un réseau national de 50 000 ateliers équipés de micro-ordinateurs professionnels" (document du Centre mondial pour l'informatique et les ressources humaines, novembre 1984), "Coordination entre les responsables de centres et les animateurs" (Note technique, 27 novembre 1984), "L'ordinateur au village : le projet français fait des vagues" (par Daniel Garric, Le Point n° 640, 24 décembre 1984), "Les chantiers populaires de la micro" (Le Matin, 23 janvier 1985).


Le Centre Mondial Informatique ferme en 1985 et on dénonce dans les médias français le gouffre financier (frais de réception et de voyage).


Il demeure de Jean-Jacques Servan-Schreiber une vision de prospectiviste indiscutable dont voici quelques citations qui font sens et qui sont toujours d'actualité plus que jamais :

"Rien n'est donc plus urgent que de tout mettre en œuvre pour brancher la puissance informatique sur le développement, avant tout, des facultés de chaque homme et de chaque femme, dans sa région, dans sa culture , dans sa langue, selon sa vocation, pour faire surgir sa propre ressource, sa propre capacité à créer. C'est vrai au nord comme au sud. Car devant la nouvelle ère qui commence nous sommes tous sous-dévelopés. ". (Le Défi Mondial, 1980)

"En 1980, et probablement avant, l'ensemble des écoles et universités américaines seront reliées avec des consoles aux ordinateurs géants dans les différentes branches des connaissances. Et les programmes d'éducation par classe, peut-être même par élève, seront adaptés et coordonnés directement par les ordinateurs." (Le Défi Mondial, 1980)

"C'est au cours de mes séjours de travail, de plus en plus fréquents, en Amérique et au Japon, que j'ai découvert cet univers tout neuf, pour nous, Français, de l'informatisation. J'ai alors perçu qu'il va tout pénétrer, tout changer - industries, agriculture, services, éducation. Convaincu qu'il était nécessaire d'en savoir rapidement plus long, j'ai participé, pendant trois mois, à des séminaires en Californie, pour mieux m'imprégner de cette nouvelle "révolution" dans les modes de liaisons entre les individus et communautés, cherchant à définir la meilleure ouverture pour une "voie française". Je me suis même fixé, pour un temps, dans la plus avancée des universités américaines en informatique, celle de Carnegie-Mellon, à Pittsburgh. Chaque bureau, chaque chambre, chaque poste de travail, y est doté d'un ordinateur personnel, directement branché sur l'ensemble des banques de données de l'Université et aussi du pays. (Un seul exemple : un étudiant, en fin de cursus, peut, de son ordinateur même, solliciter un poste dans l'ensemble du pays !) Immense progrès, encore inconcevable chez nous." (Le Fossoyeur, 1993).

vendredi 10 novembre 2006

Jean-Pierre Corniou, la connaissance n'est pas un stock mais un flux

Jean-Pierre Corniou (haut-fonctionnaire, ex-Directeur des Systèmes d'Information de grandes entreprises dont Renault) s'est exprimé lors des Rencontres ICC 2006, (Anticiper, Décider et Innover dans l'économie de la connaissance) au Palais Brongniart, le 19 octobre, lors de la plénière Décider, Innover et Agir dans l'Economie de la connaissance. Luc Legay a enregistré en vidéo une partie de l'intervention de Jean-Pierre Corniou sur le thème "Information et connaissances" dont voici la transcription écrite :

"Dans un monde bruissant d'informations et de connaissances, on ne peut pas s'en tenir à un savoir statique. La connaissance n'est pas un stock mais un flux. Ce n'est pas parce que vous avez fait Polytechnique à 22 ans, qu'à 50 ans, vous êtes toujours compétitif. Et ça, c'est extrêmement important de remettre en question notre processus d'élaboration du modèle élitiste et donc du pouvoir en le réinjectant, en le repositionnant de façon dynamique par rapport à l'émergence de ces formes nouvelles.


Plus que jamais, l'éducation au discernement, la réflexion critique, l'intelligence cognitive vont être des facteurs de différenciation. Et à cet égard, la manière dont marchent les outils staliniens que sont les appareils de formation initiaux m'inquiètent considérablement parce qu'au lieu d'avoir des machines productivistes dont le taux de rendement est catastrophiquement faible comme l'enseignement français (on forme 25 000 ingénieurs par an sur une classe d'âge de 750 000 jeunes avec un taux de non-productivité considérable), il faut absolument et de façon immédiate repenser ce qu'on apprend à l'école parce qu'on apprend à l'école, ce n'est pas du tout à utiliser les moteurs de recherche, c'est un savoir mort, statique, écrit dans des livres par des inspecteurs généraux qui n'ont pas ouvert leur ordinateur de leur vie parce qu'ils ne savent pas ce que c'est. Et donc, il faut repenser le processus éducatif. Et des pays comme la Finlande, la Corée du Sud, ont complètement revu leur méthode d'éducation et fabriquent des gens dont le discernement, la capacité d'analyse, la compréhension fine de l'information sont le vecteur de la connaissance.


C'est le process d'acquisition et de restitution de connaissances qui va aujourd'hui être discriminant dans la société et dans le monde de l'entreprise. Ce n'est plus l'information acquise à l'instant T qui, de toute façon, est morte. Nous sommes en dynamique et nous ne sommes plus dans un monde statique. Voilà la manière dont je perçois ce management de la complexité. Apprendre en entreprise, apprendre à l'école, apprendre en tant que citoyen, apprendre dans l'ensemble de la société civile à décrypter la complexité de ce monde ; ne plus en avoir peur, la maîtriser et se lancer dans une vision extrêmement dynamique de la société de la connaissance qui n'est pas la gestion d'un stock accaparé par une minorité de gens et qui est une production collective. (...)


La recherche d'informations, c'est absolument consubstantiel à l'intelligence humaine. Nous avons des capteurs d'informations qui sont permanents et qui sont constants. On est fabriqué comme cela. On capte la température. On capte le mouvement. On capte la lumière. Aujourd'hui, on capte avec des outils, de l'information de toute nature et notre processus cérébral est de transformer cette information, ces "data", ces données en information et ces informations en connaissances. C'est ça l'intelligence humaine. On est équipé d'une CPU ultrapuissante pour faire cela et évidemment tout ça nous permet de prendre des décisions, de faire comme disent les Québécois "de poser des gestes".


Je trouve absolument génial qu'on soit dans une ère d'excès d'information. Tant mieux. On est passé dans l'ère de la rareté, dans l'air du pouvoir qui nous interdisait d'échanger de l'information, et attention, attention, il y a des gens qui veulent nous ramener à ça, tous les jours, parce que l'information fait peur. Elle dérange. Elle est contradictoire. Elle est bruissante. Toute l'expérience humaine, toute la richesse collective est née sur la capitalisation et l'échange d'informations transformées en connaissances. Donc, je n'ai pas peur d'avoir trop d'informations, je me réjouis.


Par contre, il faut accroître notre bande passante. Il faut savoir mieux lire. J'écris dans 
mon blog qu'Internet réhabilitait l'écrit. Bien sûr. Je pense aussi qu'il faut savoir lire les images. Je regrette que Dominique Wolton ne soit pas là parce que c'est extrêmement intéressant ce qu'il dit, son propos sur la lecture de l'image. Je trouve qu'apprendre aux enfants - il se trouve que ma femme est enseignante dans le primaire, elle a 18 élèves - et je déplore qu'il n'y ait pas 18 ordinateurs personnels dans sa classe lui permettant d'apprendre la géographie avec Google Earth.


Je crois qu'il faut qu'on apprenne à travailler dans un monde multimédia où nos sens sont sollicités de façon très complexe... Mais allez visiter une cathédrale à l'époque où les gens ne savaient pas lire. La richesse sémantique d'une cathédrale est quelque chose de fabuleux. La lecture d'un paysage, la lecture d'une ville, la lecture de la nature, ce sont des choses remarquables. Il y a énormément d'informations. Donc, je crois qu'il faut se réjouir de l'abondance d'informations. Il faut déplorer que nos process et nos algorithmes de traitement de l'information soient encore si pauvres et si mal préparés par les systèmes éducatifs."

jeudi 9 novembre 2006

Jacques Attali, Une brève histoire de l'avenir

Dans son nouvel ouvrage de prospective, Une brève histoire de l'avenir, Jacques Attali dessine le futur de l'homme et de la société "hyper". Il prédit que les progrès techniques vont bouleverser le travail, le loisir, l'éducation, la santé, les cultures et les systèmes politiques. La seule rareté de notre monde sera le temps. Dans un point consacré aux technologies, Jacques Attali y décrit le phénomène d'ubiquité nomade, à l'horizon 2030, chacun étant connecté dans l'espace et dans le temps. Extrait :

"Avant 2030, chacun, sauf les plus pauvres, sera connecté en tous lieux à tous les réseaux d'information par des infrastructures à haut débit, mobiles (HSPDA, WiBro, WiFi, WiMax) et fixes (fibre optique). Chacun sera ainsi en situation d'ubiquité nomade. Cela a déjà commencé : Google vient de mettre à disposition des habitants de la ville californienne où est situé son siège, Mountain View, et de ceux de San Francisco, un accès gratuit et universel à Internet sans fil à haut débit. En Corée, des villes entières sont maintenant équipées de réseaux de téléphonie mobile HSDPA, dix fois plus performants que la 3G, et d'accès à Internet mobile (WiBro). Ces infrastructures numériques permettront aussi aux collectivités de mieux gérer la sécurité urbaine, les encombrements dans les transports et la prévention des catastrophes.

Cette mise en réseau des membres de la classe créative dispersés en plusieurs lieux favorisera la création en commun à distance, sans avoir à se réunir dans un même "coeur", de logiciels, de services, de produits, de productions. Des langages permettront d'écrire des programmes accessibles au plus grand nombre et de structurer l'information pour donner accès simultanément aux données et au sens."

(...)

"On assistera à l'ultrapersonnalisation des contenus en fonction des besoins et centres d'intérêt de chaque individu : combinaison de textes, fichiers audio et vidéo sélectionnés selon ses centres d'intérêt. Les distinctions entre presse, radio, télévision et "nouveaux médias" seront de moins en moins pertinentes. Les médias devront, pour survivre, accepter cette marche inéluctable vers des médias gratuits, participatifs et ultra-personnalisés.

Les livres deviendront aussi accessibles sur des écrans bon marché et aussi fins que du papier e-paper et e-ink : nouvel objet nomade en forme de rouleau, donnant ainsi une réalité commerciale aux livres électroniques. Ils ne remplaceront pas les livres, mais auront d'autres usages, pour des oeuvres éphémères, sans cesse actualisées, et écrites spécialement pour ces nouveaux supports."

Sur l'ouvrage de Jacques Attali, Une brève histoire de l'avenir, à consulter : Jacques Attali interviewé par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 (25 octobre 2006) et Un entretien avec Christophe Barbier pour l'Express (26 octobre 2006), 


Source :

Attali, Jacques (octobre 2006). Une brève histoire de l'avenir, Fayard, Paris, pp.188-192.

jeudi 2 novembre 2006

Livres sur le Web 2.0 et les médias sociaux, la glocalisation en question

Le journaliste anglais Ian Delaney prépare un ouvrage sur le Web 2.0 et les médias sociaux ("social media"). Dans sa capitalisation de connaissances sur le sujet, il vient de publier un article sur son blog indiquant des eBooks sur ces 2 thèmes, des livres électroniques téléchargeables gratuitement en .pdf : 10 free ebooks about Web 2.0.


Parmi cette sélection de 12 ouvrages, qui augmente au fur et à mesure des contributions des internautes, on peut signaler 2 ouvrages en gestation pour lesquels les auteurs ont délivré leur texte préparatoire en ligne et invitent les visiteurs à complémenter leurs propos afin d'améliorer leur contenu :

- We-think: the power of mass creativity de Charles Leadbetter s'intéresse par des exemples concrets à montrer comment le nouveau Web bouleverse des pans entiers de notre société dans les fondements organisationnels de notre temps : univers de l'entreprise et du travail, monde scolaire, sphère du jeu vidéo, vie de la cité, modes d'innovations... Au coeur de ces changements, ce que Charles Leadbetter appelle la créativité de masse.

- New Influencers par Paul Gillin, prévu pour 2007. Ce journaliste américain, auteur et consultant Internet et nouvelles technologies s'intéresse au phénomène des blogs et à leur influence grandissante dans l'entreprise. Paul Gillin dresse aussi des portraits de blogueurs influenceurs anglo-saxons.


Lecture recommandée par Ian Delaney, une intervention de Danah Boyd (chercheuse doctorante sur les réseaux sociaux en ligne et qui travaille pour Yahoo) en mars 2006 sur une caractéristique très importante des technologies de l'information et de la communication : "G/localization: When Global Information and Local Interaction Collide".


Le sociologue Blaise Galland définit ainsi le processus de glocalisation :

"processus double par lequel la ville se décharge de sa fonction de production, d'échange et de traitement de l'information en la déplaçant dans le cyberespace, tout en développant, conséquemment, de nouvelles formes d'organisations sociospatiales au niveau local."


... à compléter par l'article du Courrier, quotidien suisse, dans un entretien avec le sociologue Roland Robertson : "Nous vivons dans un monde glocalisé" :

"La "glocalisation" est une globalisation qui se donne des limites, qui doit s'adapter aux réalités locales, plutôt que de les ignorer ou les écraser. Par ailleurs, en provoquant une résistance à elle-même – suscitant un mouvement mondial de contestation – la globalisation contribue, ironiquement et paradoxalement, à concentrer l'attention sur les réalités locales. Il est vrai que protester contre la globalisation a parfois eu l'effet contraire, produisant plus de globalisation. Mais l'on a compris que, pour faire avancer la cause du "local", il faut agir au niveau global, en sillonnant la planète, en communiquant à travers les nouvelles technologies, etc."


Source :

Delaney, Ian (October 31, 2006). "10 free ebooks about Web 2.0" (En ligne), TwoPointTouch, Londres, 1 p. (Page consultée le 1er novembre 2006)

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