Jean-Luc Raymond

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dimanche 30 juillet 2006

DismoiTIC : site ressource de méthodologie de projets Web en ingénierie de formation

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Pierre Benech, enseignant formateur à l’Université de Lyon 1, est l’auteur du site Internet collaboratif exemplaire DismoiTIC.net (voir site) qui présente des outils pratiques de gestion de projets Web (cahiers de charge type), d’ingénierie de compétences et de formation et plus largement d’ingénierie pédagogique. Le site DismoiTIC.net, dans sa nouvelle mouture, propose donc conseils, liens et exemples pédagogiques utiles et concrets dans un contexte de formation ou d’accompagnement de projet Internet.


Source :

Benech, Pierre (juillet 2006) Dis-moi TIC [En ligne], Pierre Benech, Lyon, Site (Page consultée le 30 juillet 2006)

jeudi 27 juillet 2006

Sortir du fossé numérique : nouveau blog de Communautique qui relie les pratiques dans les CAC (Espaces Publics Numériques au Canada)

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Monique Chartrand, directrice générale de Communautique au Québec (“organisme [très actif] à but non lucratif visant l’appropriation collective des Technologies de l’Information et la Communication œuvrant pour les organismes communautaires et les populations à risque d’exclusion des technologies”, voir le tout nouveau site) a annoncé le 24 juillet que son organisme Communautique, avec l’équipe d’animation du Programme d’accès communautaire d’Industrie Canada, Initiative-Jeunesse (PAC-IJ), met en place en collaboration avec Parole Citoyenne un carnet web/blog pour l’été intitulé Sortir du fossé numérique.


13 articles ont déjà été publiés par les animatrices et animateurs de différents groupes communautaires à travers le Québec, des jeunes qui encouragent la population à s’initier à Internet et à la micro-informatique par le biais de formation et d’animation dans les Centres d’Accès Communautaire Internet (CACI). Des billets qui montrent des initiatives de lieux d’appropriation des nouvelles technologies comme :

- Le Chic Resto Pop du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal (restaurant communautaire offrant des repas à prix modique et entreprise d’insertion portant un souci particulier à la conciliation de ses objectifs de rentabilité économique et de lien social),

- Le Collectif des femmes immigrantes du Québec à Montréal qui offre “des formations sur Internet, Word Excel, Windows XP, Microsoft Outlook, mais aussi des ateliers pour la préparation de CV, pour la recherche de travail et la préparation pour une entrevue d’embauche”


Au cours de l’été 2006, plus d’une centaine d’animatrices et d’animateurs offrent plus de 35 000 heures d’animation gratuite à la population.Le Programme d’accès communautaire d’Industrie Canada, Initiative-Jeunesse (PAC-IJ), favorise l’appropriation des nouvelles technologies par les populations potentiellement exclues dans une perspective d’inclusion numérique. En outre, il permet à des jeunes d’acquérir une expérience unique dans le domaine des technologies de l’information et des communications (TIC).


Source :

Collectif (juillet 2006). Sortir du fossé numérique [En ligne], Parole Citoyenne, Organisme National du Film du Canada, Montréal, Blog (Page consultée le 27 juillet 2006)

mardi 25 juillet 2006

Espace Bénévolat : un site Internet pour agir

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Le centre du Volontariat de Paris, eSolidarnet (spécialiste du recrutement de bénévoles sur Internet) et l’association de lutte contre l’illettrisme Coeurs à Lire ont créé Espace Bénévolat, un site Internet pour aider les associations à recruter des bénévoles et permettre aux bénévoles de trouver une action correspondant à leurs aspirations et à leurs compétences.


Pour cela, Espace Bénévolat joue à plein la synergie Web et présence physique. L’équipe d’accueillants reçoit des “candidats” bénévoles dans 12 permanences à Paris lors d’entretiens permettant d’affiner la demande du futur bénévole et de l’orienter vers des associations correspondant à ses affinités, ses compétences et sa disponibilité.


Le site Internet EspaceBenevolat.org recense les propositions de 600 associations adhérentes, soit 3000 actions en France et permet aux bénévoles de rentrer en contact avec elles. Chaque association possède une page de présentation sur le site.


Espace Bénévolat propose en outre, via ses experts bénévoles, un service de management aux petites et moyennes associations qui n’ont pas toujours le temps de gérer leur croissance ou d’accroître leur efficacité dans des actions.


Source :

Collectif (juillet 2006). Espace bénévolat [En ligne], Association Espace bénévolat, Paris, Site (Page consultée le 25 juillet 2006)

mardi 18 juillet 2006

Note de travail. Le point après 2 années de fonctionnement du cyber (par Yves Bucas-Français)

1 - Le sac à dos, le carnet et le mot de passe 

Activité permanente proposée dans le cadre de l’Agora, le cyberespace est devenu au fil des mois un lieu de passage et de rassemblement important qui a pignon sur rue. Il stabilise quelques heures par-ci, par-là des nomades qui viennent le temps d’une consultation ou d’un cours, poser leurs sacs à dos ou de plastique. Ils deviennent les utilisateurs. Ils se repèrent rapidement au “trésor” qu’ils extraient de leurs poches ou sac à dos. Papier ou un carnet, ce trésor nouveau est bien protégé sur lequel sont patiemment notées les coordonnées et les mots de passe. Ils représentent les différents accès au réseau et à leur boîte émail. Le cyberespace à travers son existence et sa mise en scène engendre une série d’usages. Les utilisateurs appartiennent, à des titres divers, à la galaxie de la précarité.

Le cyberespace est devenu, dans les faits, le lieu de convergence des désirs, d’un “peuple d’exclus”. Plusieurs fois par semaine, ils, elles se trouvent à l’Agora. Au fond de la salle d’accueil, derrière les piliers, les candidats se rangent en file devant la porte. Ils attendent l’heure de leur rendez-vous ou espèrent qu’une place se libère. Souvent heurtée, cette porte ne s’ouvre qu’avec un sésame, le code connu des bénévoles et les animateurs. Un nombre important de personnes défile au cyberespace. Pour les responsables l’action au cyberespace commence par la gestion de la file d’attente et d’essayer de traiter toutes les demandes. Il revient aux bénévoles de planifier en rapport avec les besoins et les urgences. Les personnes attendent, ils sont attentifs aux différents mouvements. Les places libres sont chères. En attendant qu’un poste se libère, chacun prend son tour et s’arme de patiente. Toute personne présente au cyberespace a le sentiment d’être au sein d’une ruche en activité. En s’armant de patience, il sera toujours possible d’accéder à sa boîte émail ou d’effectuer des travaux informatiques.

Par définition, le cyberespace est un lieu d’expérimentation d’apprentissage. Le passage à l’acte s’effectue à travers les transmissions de consignes. L’expérimentation est comme dans tous les centres de formation conçue comme nécessaire. La mise en pratique de démarches essais, erreurs enregistrera la nature des progrès effectués. Le cyberespace à travers son existence permet à toute personne désirant développer ses compétences de les mettre en œuvre. Il s’agit d’une courte séquence de vie passée devant l’écran.

À travers cette activité en plein développement que se joue une autre histoire que celle d’une relation forte à un outil technique : l’informatique. De manière paradoxale, une question de recherche est à explorer. Le cyberespace, à travers la mise en œuvre de programmes informatiques, est confronté à la résolution de la délicate question des liens sociaux, et ce, à travers les divers réseaux locaux, régionaux et mondiaux.

À travers l’action des bénévoles, qui participent à l’existence de ce processus, les gestionnaires Emmaüs de cette activité novatrice entendent maîtriser la mise en place d’une nouvelle proposition liée à l’innovation technique. Il appartient à la dimension projet. les démarches mises en place avancent et sont affinées. La règle est stricte. Tout candidat à l’utilisation de l’informatique doit faire l’objet d’une inscription (une base de données est opérationnelle). Il doit être identifié quant à sa démarche. Les animateurs doivent pour permettre l’accès au plateau technique réguler la demande d’usage qui augmente fortement. Dans une démarche qui entend être globale, il faut trier, évaluer, inscrire les candidats en rapport avec des usages et des activités proposées.

Concrètement, le parcours de l’utilisateur est simple. Pour utiliser les différentes activités proposées, il doit s’inscrire et se livrer un peu, comme au temps des compagnons. À travers les tests, il lui faut montrer ce qu’il sait faire et ce qu’il souhaite. La batterie des tests imaginés pour trier les candidats, aux formations comme à l’usage du matériel s’apparente aux essais qu’un bon ouvrier professionnel devait faire avant d’être embauché.

Au cyberespace, il est possible d’utiliser l’informatique pour de multiples raisons : traitement de texte, messagerie, recherche sur Internet, conception d’images, etc. Les propositions de formations tendent à réduire le fossé qui existe entre les personnes et le matériel ce que certains appellent la fracture informatique. Tout simplement, il suffira de mettre à jour les connaissances. Tout naturellement, le cyberespace joue un rôle important dans ce qui est la constitution d’un lieu particulier où se pose la construction d’insertions sociales. Il existe une rencontre entre, des individus qui sont de potentiels usagers et des propositions de formations, de transmissions de connaissances se rapportant aux logiciels et aux matériels. Il est ainsi un lieu où se formule des désirs d’insertion. Les hommes et les femmes confrontés aux innovations techniques tentent leur chance pour participer au système mondial. Ils tissent des liens spécifiques.

Le Cyberespace assure deux fonctions : il transmet des connaissances et assure un service. Les jours réservés, il se transforme, en salle de cours avec son rétroprojecteur. À d’autres moments, il assure le self service. L’offre technique supporte et assure une réponse partielle à une dimension sociale. Elle restitue la nécessité et l’importance du travail en réseau. Le cyberespace dans sa pratique quotidienne confirme son importance et ajoute une possibilité supplémentaire pour tenter de sortir d’un état lié à la précarité sociale. L’offre proposée à l’Agora donne les lettres de noblesse au système lui-même. Les démarches qui concernent la vie peuvent parfois se résoudre et se poser y compris grâce à l’informatique. L’utilisation d’Internet accompagne et peut transformer des espoirs. Dans la salle se conjugue à tous les temps une réalité virtuelle. L’utilisation du matériel et consacre l’importance et sa dimension vitale de l’usage du micro-ordinateur et ce qu’il permet.

Une pratique de guichet

Le cyberespace permet à tous l’accès à Internet. L’activité elle-même s’inscrit dans une dimension de pratique du guichet qui existe à Emmaüs et spécialement au sein de l’Agora. Les travailleurs sociaux viennent régulièrement compléter les informations qu’ils ont à communiquer aux personnes. À proximité de l’offre d’accueils, d’assistanats, des consultations en tout genre le cyberespace ouvre de manière complémentaire une offre de formation et de pratique informatique.

Le cyberespace appartient à la catégorie des outils utiles. Il ne donne ni à manger, ni un toit, mais de son usage peut résulter la résolution d’éléments de la situation de précarité. La technique instruit la différence, elle est fille de son temps, elle engage les individus dans une confrontation et une rencontre avec l’innovation technique. Dans cette immersion, peut se construire du sens.

Au contact des matériels, les participants apprennent, exercent et entretiennent leurs savoir-faire. Ils développent leurs compétences. Devant l’écran plat, ils s’entraînent, ne perdent pas la main. Dans la pratique quotidienne, ils s’entraident même. La chaîne de la transmission est en oeuvre, celui qui sait un peu, transmet à celle ou celui qui en sait peu. Lorsqu’il y a difficultés, la cascade des demandes aboutit à une demande d’aide adressée aux bénévoles. Ils sont présents et assurent la permanence et la réparation. Du point de vue des utilisateurs les besoins de contacts ou de nouvelles sur la toile sont immenses. Ils participent à un domaine qui finalement, même pour des sans domiciles fixes, s’inscrit dans le réseau mondial et permet de combler une soif de nouvelles, d‘informations. À sa manière la précarité est présente sur le réseau mondial. Les utilisateurs sont, une fois n’est pas coutume, à égalité avec les autres pratiquants. Ils abordent de la même manière que quiconque la confrontation à l’innovation technique et sociale et ses systèmes. L’informatique ne fait pas de différences sociales. Elle ne fait pas de commentaires et ne dit pas à quelles catégories sociales les utilisateurs appartiennent. Elle ne permet pas d’assigner un utilisateur à un domaine social ni de les stigmatiser.

Le nombre important des inscriptions et de candidats présents aux différentes activités confirme, s’il y en était besoin, l’importance de la mise en place de formations et ses divers niveaux. Il existe un réel besoin de transmission de connaissances. L’appropriation, la maîtrise des installations en état de marche et tous les usages qui en découlent revêtent des enjeux importants. Les utilisateurs perçoivent concrètement à quoi correspond le fonctionnement d’une structure de service. Celle qui existe au sein de l’Agora appartient à une approche originale. La médiation par l’informatique sert une pratique sociale particulière, innovante où la précarité s’envisage autrement.

2 - La précarité, la connaissance et l’informatique

Un premier constat s’impose quant au cyberespace, depuis la mise en place de l’activité, l’analyse repose sur l’observation des acteurs. Elle nécessite un parti pris : la précarité n’est pas synonyme d’absence de connaissances. Il est absolument indispensable de remettre en cause le lot d’images d’Épinal et de représentations accolées souvent de manière erronée à la pauvreté. Les personnes utilisatrices du cyberespace appartiennent pour différentes raisons à la galaxie des pauvres, mais en même temps au sein de cette galaxie, il existe différents profils. Venir à l’Agora puis être inscrit au cyberespace n’est pas nécessairement être illettré. Bien que la plupart des utilisateurs du cyberespace soient des personnes sans domiciles fixes, ils n’en sont pas moins là présents avec leurs parcours individuels et leurs connaissances. La précarité n’est pas nécessairement l’ignorance.

Certes, il est courant de repérer que parmi les sans domiciles fixes, un certain nombre sont illettrés. Il s’agit même d’une dimension des préoccupations de l’association Emmaüs qui agit pour ceux qui le veulent bien et tente de corriger. Elle a monté tout un circuit qui tente de lutter contre l’illettrisme. La détention de connaissances n’est pas, en ces temps de trouble économique, un rempart suffisant contre la précarité.

L’usage d’Internet, le désir d’identité et la typologie

Dans ce qui peut nous aider à comprendre de ce que nous pouvons appeler un succès en terme de fréquentation. Il est indispensable d’inclure les utilisateurs du cyberespace dans un essai de grille d’analyse. Ce qui revient à prendre le risque en tentant de bâtir une typologie. Elle n’est pas définitive. La démarche que nous engageons doit nous permettre autant que possible de saisir le sens de l’action. Nous devons saisir de la même façon les dimensions du mouvement qui s’effectue à travers l’existence du cyberespace. Il nous revient de tenter de répondre à la question : qu’est-ce que le cyberespace fait bouger ?

Bien que la mise en place de l’activité soit récente, à peine une année, la période de rodage, en cours, nous donne quelques indications. Nous prenons le risque d’établir une telle typologie, avec ce que cela suppose comme arbitraire. Nous faisons l’hypothèse que le système est stabilisé avec ses points de repère identifiés et des usages délimités. Pour entamer cette réflexion, nous avons remarqué des identités significatives. Par définition, les utilisateurs du cyberespace appartiennent aux différentes catégories du manque : de travail, d’argent, de logement, de papiers, etc. Ils fréquentent l’Agora, ils sont tous, à un titre ou à un autre, inscrits dans les processus liés à la précarité. Lorsqu’ils se présentent, pour instruire leur demande, ils ont toujours sur eux les traces administratives de leur appartenance à la précarité, un récépissé, une photo, une photocopie, etc. Le chômage est un marqueur important, déterminant pour tout candidat au cyberespace. Ils sont souvent détenteurs d’une allocation de type RMI. Lors des entretiens réalisés nécessaires au moment des inscriptions, ils déclinent les différentes prestations qu’ils perçoivent et qui assignent leurs détenteurs à un mode de vie particulier, précaire. Parmi les publics présents au cyberespace, certains appartiennent à la catégorie des sans-papiers en instance de régularisation ou des demandeurs d’asile.

En correspondance, la pratique du cyberespace est la mise à disposition de matériels et d’accès à Internet dans le cadre de plages horaires partagées entre le libre-service et la formation. Les activités, les cours et les échanges entre participants s’effectuent en français. Affirmation souvent contredite dans la réalité. Derrière les tables, sur les écrans les langues présentes et utilisées sont multiples à l’usage des populations qui fréquentent l’Agora. Il revient comme tâche aux formateurs et aux animateurs de permettre la construction minimale d’un lien social entre tous les acteurs : stagiaires ou bénévoles. Il leur faut définir des règles d’usages minimales pour faire en sorte que le matériel et les individus soient respectés.

Nous pouvons faire en même temps le constat que la pratique de l’informatique est aussi un excellent outil permettant d’accompagner et d’approfondir l’apprentissage de la langue française. L’activité pratique de mise en œuvre de connaissances, comme toute formation, revêt, du point de vue des acteurs qui utilisent ses services, un enjeu important. Elle engage la compétence des animateurs bénévoles. Ils doivent participer à la construction de parcours de trajectoires individuelles. Ils permettent la rencontre entre les acteurs du système individuel avec les complexités d’une structure sociale qui par définition exclut. Dans cette confrontation avec leur propre pratique, les acteurs sont naturellement confrontés à la fois à l’estime de soi et à la nécessaire inscription minimale dans une configuration sociétale où la question du lien social s’impose.

L’individu stratège, le réseau

L’usage de formations et la consommation d’informations correspondent à la volonté appartenant à chacun de se construire. Chaque personne qui vient au cyberespace s’engage à recueillir pour son propre usage des connaissances nouvelles. Il n’y a pas d’âge requis. Nous constatons que les stagiaires s’acharnent souvent pour être de parfaits utilisateurs. Le lien social via le réseau mondial est à portée d’écran. Toute personne qui vient à l’Agora peut contacter les amis, la famille, même à des milliers de kilomètres ! Les employeurs potentiels sont destinataires, de CV ou de lettres de motivations. La distance n’est plus un obstacle. Le cyberespace rend possible la mise en place d’une boîte email gratuite et accroît le contact et la consultation des nouvelles de par le monde. Dans cette volonté de se situer comme usagers, nous pouvons observer combien beaucoup sont de « bons élèves ». Assidus, ils tentent avec beaucoup d’opiniâtreté de maîtriser le clavier ou de connaître Word Excel, Internet comme les logiques de pratiques photos écritures. Ce qu’il est indispensable de reconnaître c’est au contact du cyberespace, tous les participants développent des stratégies qui leur appartiennent. Sans forcément l’avouer, le reconnaître. La formulation de la demande revêt des enjeux importants pour chaque individu. Elle permet de lire ce qu’ils affichent comme objectifs, pour des usages qui ne sont pas standardisés.

3 - Stratégies [1]

À moins d’y travailler, le fait de venir à l’Agora, rue des Bourdonnais est en soi une manière de se trouver sur un territoire où s’affichent bon nombre de situations individuelles précaires aux degrés divers. L’Agora, comme lieu de passage, d’orientation, assure le rôle de filtre pour accéder au cyberespace. C’est une caisse de reconnaissance, le bouche à oreille fonctionne et s’amplifie. La différence des seuls accueils des gens de la rue, derrière la porte maintenue fermée, il n’y a pas d’autres petits cris que ceux poussés lorsqu’une démarche engagée ne marche pas ou, au contraire, lorsque, content de lui le stagiaire constate que cela marche. En temps normal, seuls se font entendre les bruits des doigts tombant sur les claviers et souvent ponctués par la touche entrée, parfois heurtée rageusement, ou d’une manière libératrice.

Les animateurs, les bénévoles qui assurent l’accompagnement ne peuvent que discuter doucement pour ne pas déranger la salle au silence éloquent. Les casques sur les têtes engendrent les cadences, les têtes se dodelinent en rythme. Il y a de la musique à l’autre bout, les têtes se dandinent certainement sous influence. Les différentes personnes « abonnées » à la pratique du libre-service ou des cours informatiques sont des personnages touchés par la précarité. Ils rencontrent à l’Agora au guichet cyberespace les différents services résultant d’un usage de l’ordinateur.

Avant toute chose et lorsque les candidats suivent les différentes étapes de l’inscription, ils témoignent d’une certaine capacité à agir de manière stratégique. Ils formulent, de manière explicite, des désirs. Ils se positionnent dans la perspective d’un avenir qui peut advenir peut-être un jour. Ils démontrent, aux animateurs, leurs intérêts et leurs souhaits de maîtriser, à terme, l’outil informatique. Les animateurs et les bénévoles attentifs repèrent aisément les volontés affichées par les stagiaires. Bien qu’il ne soit pas explicite, les stagiaires entendent atteindre le but, au premier contact. Aux différentes questions nécessaires à leurs inscriptions, les réponses fournies rendent compte des engagements auxquels ils sont prêts à se soumettre pour aboutir à la pratique informatique. Leurs attentes et leurs compétences exprimées correspondent de fait à un contrat, celui qui lie le stagiaire au cyberespace.

La dimension formation permanente

À travers ce construit social particulier, les stagiaires entendent continuer à suivre le fil rouge qui leur permettra de satisfaire à leurs objectifs qui parfois ne sont pas immédiatement atteignables. Il est nécessaire de reconnaître les stratégies mises en place par les stagiaires. Elles s’inscrivent dans le cadre d’un parcours ou la précarité occupe une place importante. Le bouche à oreille fonctionne à merveille les propositions faites par le cyberespace sont rapidement connues. L’afflux des candidats au cyberespace en témoigne. Les candidats se déterminent au regard de leurs intérêts du moment. Bien qu’ils soient souvent des éclopés de la vie, ils entendent malgré tout se servir du système dans sa dimension formation permanente. Le lieu a su rapidement mettre en place des propositions d’aide aux internautes et assurer le fonctionnement de ce qui est devenu un véritable centre de formation et d’initiation à la pratique informatique. Les candidats face à la proposition ont joué le jeu, ils ont consommé des heures de formation et entendent en faire bon usage. Nous percevons, à travers l’action du cyberespace comment, à partir des propositions d’actions les individus s’en approprient les fondations à leur profit. Ils se construisent des trajectoires et des parcours, l’altérité n’est pas loin. En empruntant des chemins de traverse et leurs opportunités là où ils se trouvent.

Au moment de l’inscription, l’entretien initial est déclaratif. Il n’est pas vérifié le diplôme seul le niveau est énoncé. Il est facile de mesurer qu’en terme de positionnement intellectuel, ce qui fait, aujourd’hui, sens pour les futurs inscrits. Lorsqu’ils se présentent ce n’est plus le bac qui compte, mais bac plus deux. Cette déclaration agit comme un véritable passe partout une formule magique pour ceux qui déclarent déjà avoir eu un quelconque rapport à l’enseignement. Les clés, fantasmées, de la cité du travail déteignent sur la cité Agora. Les candidats se définissent, ils s’inscrivent dans une posture et se conforment à cette image, celle dont ils pensent qu’elle puisse avoir une certaine légitimité. Elle est, parfois, difficile à tenir. Les candidats nous fournissent ainsi des éléments de compréhension sur la manière avec laquelle il faut se positionner dans le domaine social. Pour s’inscrire à la formation, il est indispensable de se déclarer en référence avec les paramètres de cette position. Il est vrai que la mise en pratique détermine et régule ensuite les différences.

Les nouveaux “gri-gris”

Au moment de l’entretien, la stratégie développée est induite par le parcours scolaire et les différentes sensibilités. Une fois dans la place, les stagiaires tentent malgré tout de chercher et de glaner tout ce qui leur est indispensable pour assouvir ce qu’ils estiment avoir comme besoin. Sans trop se tromper, il est facile de constater que la création et la consultation de sa boîte de courrier email recueillent tous les suffrages. C’est pour elle que l’on déclare venir au cyberespace en première intention. C’est le fameux « juste cinq minutes s’il vous plaît » entendu souvent comme une supplique pour accéder uniquement à ses messages au moment de la fermeture de la salle. Lors des cours, devant l’écran tout observateur pourra repérer le décrochage du cours pour contact discret, en catimini, avec la boîte email. Bien que le cours ne porte pas nécessairement sur l’apprentissage des avantages de la boîte email. L’enseignement ne s’effectue pas sur ce sujet, la boîte sera ouverte malgré tout. Il y a du lien social, même si sa virtualité n’est plus à démonter, dans cet objet boîte émail avec ce qu’elle contient et représente comme sentiments, raisons et racines mondiales. Il est touchant de voir apparaître sur le visage d’une stagiaire des larmes en même temps qu’un message comportant une photo d’un neveu qui vient de naître à des milliers de kilomètres de là et qui ne sera pas forcément rencontré bientôt.

Candidates aux différentes formations, les personnes n’ayant pas de parcours scolaires bien identifiés adoptent un profil différent. Sans a priori, elles se laissent guider, par les bénévoles. Elles s’inscrivent dans les propositions et les arcanes des formations du cyberespace. Elles ne se déclarent intéressées par telle ou telle dimension de la pratique informatique qu’en cours de route. En connaissant les possibilités de l’outil informatique. De nouvelles perspectives s’offrent à eux. Les nouveaux « pratiquants » sont partie prenante de la démarche. Ils tentent, à ce moment, de définir les pistes qu’ils peuvent exploiter et qui soit, pour eux, une ouverture sur le monde. Malgré leur situation précaire, ils pourront communiquer. L’ouverture sur le monde s’apprécie à sa juste valeur. Elle s’observe facilement et peut faciliter la construction d’indicateurs de satisfaction portant sur l’usage du cyberespace. Ils reviennent régulièrement et se lancent. Pour les stagiaires, les éléments bougent, les nouvelles bibliothèques deviennent portables. Les disquettes protégées et enveloppées dans un magma de pochettes plastiques sont au fond du sac. Elles les accompagnent partout et ne quittent pas leurs titulaires. Ils les sortent, souvent, de sacs largement usés. Sur ces supports, ils ont vite compris l’intérêt qu’ils pouvaient en tirer. Au lieu de craindre pour la pérennité de leurs documents, ils savent qu’ils peuvent aussi stocker leurs fichiers et les différents papiers vitaux sur disquettes. Les documents administratifs, les diplômes sont scannés, les photos de famille aussi. Certains, sont même porteurs, autour du cou, de nouveaux « gri-gris » que sont les clés USB (elles contiennent tout ce qui se rapporte à leurs situations).

Le lieu cyberespace est à ce point de vue un domaine paradoxal. À la fois il se situe comme une offre de propositions d’usages en matière informatique et un lieu d’aide pour des hommes et des femmes frappés par la précarité au quotidien. Situation qui ne s’exprime qu’en des termes discriminants. Il est clair que lorsque la fiche d’inscription est remplie la case « sans » apparaît immédiatement. Par définition, les participants sont démunis. Ils sont sans papiers, sans emploi, sans logement, etc. En même temps le lieu cyberespace, est un lieu où peut se résoudre, par la pratique d’une innovation technique, la réalisation d’une pratique individuelle qui a du sens. Celle qui renvoie à son utilisateur une certaine estime de lui-même. Il est capable d’agir sur la technique pour modifier ses rapports à l’information notamment. Le lien social considéré comme distendu par la mondialisation économique et politique cède la place à une manifestation plus individuelle. D’un point de vue général, ce même lien est considéré comme plus individualisé dans la mesure où il repose en partie sur un rapport particulier à la technologie. La question de la réinsertion des personnes exclues trouve là une réponse nouvelle et des problématiques différentes quant à ce qui fait société. La précarité et son traitement trouvent là une résolution différente. Une personne au chômage peut et doit communiquer avec l’ANPE. De la même façon, un contact peut s’établir avec son employeur par les voies du réseau internet. À la sortie de l’épisode de formation, ils pourront se servir d’un outil qui ignore leur inscription sociale.

4 - La formation permanente constitutive du cyberespace

Ce qui est vérifiable depuis l’existence du cyberespace, c’est sa santé florissante. Le nombre de passages ne cesse d’augmenter. Les candidats aux formations se bousculent. Dès le 6 septembre, les places étaient déjà retenues. En très peu de temps, les modules proposés se sont trouvés complets. Il devient indispensable de lancer une réflexion sur le fonctionnement de ce qui devient un véritable service de formation pour les exclus. Les bénévoles ont joué un rôle indispensable dans sa constitution. Il est clair qu’ils ont dupliqué les apprentissages organisationnels qu’ils avaient fait les uns et autres au sein des entreprises dans lesquelles ils ont séjourné. La philosophie qui préside au développement de la formation du cyberespace ressemble plus à la conception utilisée dans les centres de formation gérés par des consultants. Il s’agit de permettre l’apprentissage tout au long de la vie. Cette mesure est intégrée dans le fonctionnement même. Il suffit de percevoir le panachage des âges dans les sessions de formation. Le geste informatique est considéré comme indispensable. Alors, il faut faire ce qu’il faut pour se mettre à jour. Quel que soit l’âge et le statut.

L’orientation et le besoin

Le premier contact avec le cyberespace pour un utilisateur est un entretien qui se termine par une inscription. Il y a la volonté des promoteurs du projet de ne pas permettre l’accès aux matériels sans un minimum de garanties sur la capacité du candidat à manœuvrer l’ordinateur à peu près correctement. Il y a un minimum. L’inscription obligatoire suppose un contrôle et la constitution d’un fichier d’adhérents à la démarche informatique. On ne mange pas au cyberespace. Les ordinateurs, les claviers n’aiment guère les miettes, ni les liquides. Cette loi est respectée, comme est respectée la détermination de rendez-vous de listes d’accès, de convocations aux séances de formation. Les candidats en se massant devant la porte savent qu’il leur sera donné un rendez-vous avec une convocation. Cette régulation fonctionne de la même façon lorsqu’il y a inscription pour une formation.

L’inscription consiste en une série de questions permettant de remplir une fiche des renseignements nécessaires à l’identification des stagiaires. Elle constitue les prémices d’un parcours individuel de formation. Après différents tâtonnements la fiche élaborée est au point. Elle débouche sur la gestion d’une base de données. Ainsi, les renseignements sont connus sur les provenances, les identités, les langues maternelles, le statut social, le niveau scolaire de base, etc. La photo d’identité scannée permet de reconnaître le candidat et en même temps de lui délivrer une carte qui mentionne son appartenance au monde du cyberespace.

Une fois résolue la question administrative, il reste à déterminer le niveau de connaissance du candidat. La mise en place d’un filtre permet la régulation. Il autorise ou pas l’accès aux postes. Les gestionnaires du cyberespace ne donnent pas accès au matériel sans un minimum de connaissances informatiques. Les inscriptions durent environ une heure par personne. Il s’agit d’obtenir des impressions sur les connaissances des candidats et leurs objectifs. Trois questionnaires, élaborés dès le départ de l’activité, permettent de se faire une idée sur le niveau de connaissance et d’orienter sur les formations dispensées par le cyberespace et d’accès aux postes.

Une fois le niveau déterminé, il reste à trouver une place dans les propositions offertes par le cyberespace formation. La dynamique est enclenchée. La moitié du temps de fonctionnement est réservé aux formations y compris aux personnels Emmaüs qui avec un consultant extérieur s’entraînent à suivre des formations. Le reste du temps est en self service. Il y a de ce fait un équilibre qui se trouve réalisé. Le cyberespace n’est pas un lieu où l’on passe son temps par la seule consultation de sites. C’est aussi un domaine qui affiche une dynamique de travail, en application des éléments travaillés en cours. C’est peut-être là le sens du succès du cyberespace qui échappe à de potentielles dérives. La régulation s’effectue par la mobilisation des énergies autour de l’ordinateur et ce qu’il permet.

Dans les faits, il existe un catalogue proposé aux stagiaires. À la fois des modules généraux qui présentent les démarches globales. Elles sont intitulées initiations à Internet, à l’ordinateur ou formation initiale. Dans lesquelles les démarches globales sont présentées. Il existe en même temps des formations spécialisées sur des apprentissages de pratiques de logiciels spécifiques et avec progression pour l’instant Word, Excel, l’année dernière Photopro.

Lors des inscriptions, l’enjeu principal pour les bénévoles est de détecter le niveau du candidat et de l’affecter aux formations qui pourront lui être utiles. Dans ce qui est le centre de formation du cyberespace, la ventilation des stagiaires devient un enjeu majeur pour garantir le parcours de l’individu et ses progressions. Un certificat est remis en fin de parcours. Il témoigne de la mobilisation importante de son titulaire.

La difficulté qu’éprouve le cyberespace dans son fonctionnement réside dans la gestion des compétences des bénévoles. Une fois l’année 2003 passée, les bénévoles qui étaient dans des situations d’attentes d’emploi sont pour la plupart partis. Ils ont trouvé du travail ou ont changé de lieu. L’équipe a été largement renouvelée. Une certaine continuité doit être maintenue. Concrètement les contenus des modules ont été arrêtés fin juillet 2004. Ils tiennent compte des observations qui avaient été faites lors de leurs mises en pratique. Pour l’année 2004-2005, les supports de cours sont opérationnels. Les animateurs s’y réfèrent et les suivent, c’est une construction pas à pas de différentes opérations nécessitées par la mise en pratique. Cet apprentissage est facilité par la qualité du matériel et l’existence de manière fixe d’un Barco qui affiche en temps réel les procédures à suivre, les touches sur lesquelles il faut agir. Les stagiaires reçoivent eux aussi le livret et pourront ainsi suivre les procédures suivies.

Un modèle d’évaluation à construire

Il reste que cette situation qui est apparemment bien rodée. Les présences aux cours semblent se stabiliser. Les stagiaires dans leur grande majorité respectent ce qui leur est présenté comme un contrat auquel ils s’astreignent. Ils s’inscrivent ensuite aux heures en libre-service. Un modèle d’évaluation s’impose de ce qui est devenu par la force un centre de formation avec un public qui par définition est socialement dédié et spécifique. Le traitement des fiches d’inscriptions dans la base de données devant permettre un tri quantitatif sur un certain nombre d’indicateurs définis d’un commun accord entre les bénévoles et les responsables du cyberespace. Il est indispensable de mesurer l’efficacité du cyberespace en des termes quantitatifs et qualitatifs. Il est indispensable de connaître les dysfonctionnements. Ce qui aura pour mérite pour les gestionnaires de mieux connaître la vie du cyberespace, son centre de formation, mais aussi de participer à la définition des objectifs et la confrontation avec les résultats. En réalité il s’agit de connaître à quoi sert le cyberespace ou plutôt dans quels domaines permet-il de peser et d’être comme le dit son responsable l’accès à Internet c’est une nécessité vitale.

5 - Dans la catégorie des sans-emploi : essai de typologie

Le cyberespace est un guichet de plus dans la proposition que fait l’Agora. L’innovation technologique fait son œuvre. Les stagiaires se servent à la fois des formations proposées et des matériels mis à leur disposition. Ce qui motive leur démarche et qui est invoqué comme justification “sans l’informatique on ne peut rien faire maintenant alors allons-y”. Cette phrase revient sans arrêt elle confirme leurs intérêts pour ce qui se passe au cyberespace.

À la question pourquoi venir au cyberespace les réponses sont souvent :
-  sortir de chez soi,
-  mettre son CV en ligne,
-  contacter des employeurs,
-  contacter des amis,
-  chercher des informations sur son pays,
-  apprendre le maniement du traitement de texte,
-  maîtriser les logiciels Excel, Photopro…
-  se reconstruire et être fier de soi.

Pour essayer de comprendre les motivations des participants, nous tentons la constitution d’un essai de typologie avec ce que cela peut avoir d’arbitraire, d’autant que cette typologie a évoluée tenant compte de la vie au cyberespace d’une petite communauté de pratiquants. En même temps, cet essai de typologie est indispensable pour approcher au plus prêt ce que fait bouger la pratique quotidienne du cyberespace.

Les mères de familles

Les mères de familles qui participent aux activités de formations proposées par le cyberespace se reconnaissent à leurs cabas ou leur caddie voire aux jeunes enfants qui les accompagnent. Ce qui oblige parfois les bénévoles à garder dans les bras les enfants le temps d’une formation ou d’une manipulation devant l’écran. Lorsqu’elles sont jeunes elles sont à la recherche d’emplois, elles présentent la particularité d’avoir un métier, mais ne possèdent pas, chez elles, l’outil informatique qui leur permettrait de trouver un travail. Elles viennent au cyberespace et mettent leurs CV en ligne. Très souvent, elles sont en fin de droit ou au RMI. Magali est de celles-là, elle a trente ans, et vient très souvent aux cours d’initiation Internet. Elle était secrétaire (ce qui se voit, elle tape rapidement, le clavier n’est pas une énigme pour elle). Sa difficulté, elle ne connaissait pas, dans son ancien emploi, la pratique de l’Internet. C’est ce qu’elle vient chercher au cyberespace. Elle espère trouver en plus comme exercice pratique du travail via le net. Elle utilise le temps au libre-service pour résoudre comme tout le monde son inscription dans les différentes logiques de suivi du chômage. Elle tape en même temps. En ayant recours aux bénévoles, et s’engage à, sous l’œil de sa fille jeter les bases d’une lettre de motivation et naturellement de CV, le tout diffusé sur le réseau. Souvent elles répètent comme une litanie « Si je n’avais pas le cyberespace comment je ferais ».

Les femmes un peu plus anciennes considèrent que le rapport à l’outil informatique devient pour elles l’enjeu principal : « je voudrais bien comprendre comment ça marche ». Bien qu’elles ne soient pas de la génération informatique, elles entendent profiter de la proposition qui leur est faite pour maîtriser l’ordinateur. Lors des entretiens ce qui est souvent énoncé comme un objectif. « Je suis peut-être d’un âge certain, mais je vais y arriver ». Après une telle phrase, le rire est garanti. Pour elles, la démarche se situe moins dans la recherche d’emploi (d’ailleurs, certaines sont dispensées de rechercher un emploi) mais plus dans l’envie d’être comme tout le monde capable de conduire une démarche sur l’ordinateur en répondant elles-mêmes aux démarches auxquelles elles ont à faire face. Et pourquoi pas d’assurer des recherches grâce à l’ordinateur et se tenir au courant de l’évolution du monde et qui sait trouver du travail.

Au cyberespace, curieuses, joyeuses, elles ponctuent souvent de commentaires, réflexions ou bruits en tout genre les moments ou elles arrivent à manipuler et obtenir le résultat souhaité par la formatrice. C’est le cas de Fatima qui est née en 1953 qui est une ancienne mécanicienne (textile) en recherche d’emploi. Son caddie rempli, symbole de son appartenance de mère de famille, est à côté de sa place. Elle ne s’en sépare pas comme cela. Elle veut bien le laisser dans un coin de la salle pour suivre la formation ou s’entraîner lors du libre-service. Elle ne cache pas sa difficulté, cela ne ressemble pas à son environnement, sa machine. Tout en avouant sa difficulté de manier la souris « j’ai du mal avec elle », fière, elle avoue venir au cyberespace pour apprendre le maniement de l’ordinateur «  toute seule  ». Elle répète trois fois toute seule. Avec véhémence, elle affirme qu’elle ne souhaite pas être formée ni aidée par ses enfants. En même temps qu’elle tente de rentrer dans un autre univers, elle se sert de cette fierté pour bâtir un dialogue qu’elle souhaite équitable, avec les générations pour qui la pratique est déjà l’habitude. Cette démarche ne manque pas de nous rappeler ce qui avait été observé dans les processus d’alphabétisation où les parents issus d’immigration suivaient des cours d’apprentissage de la langue pour être en mesure de communiquer avec leurs enfants.

Les chômeurs ou les chômeuses dont les métiers sont en déclins

C’est le choc qui existe pour ces différents candidats au cyberespace. Ils sortent de métiers en cours de disparition. Ils ont été de bons ouvriers, ou des cadres sérieux. Ils ont engagé leurs responsabilités d’hommes ou de femmes dans le cadre d’un métier, un vrai, celui qui mérite le respect. Ils étaient mécaniciens sur tracteur diesel, comptables, fraiseurs, tourneurs. Ils étaient titulaires de diplômes en rapport : CAP, Brevet Professionnel… Leurs métiers sont déclarés en déclin. La transformation des modes de production s’effectue à travers de nouvelles postures, de nouveaux savoirs. Les postes de travail nécessitent une mobilisation de connaissances différentes. Ils, elles ont été exclues, les plans de restructurations de la production les ont laissés sur le carreau comme ils disent. Ils n’en restent pas là. Ils viennent apprendre de nouveaux langages, de nouvelles grammaires, de nouveaux gestes. La souris ne ressemble en rien à un outil. Ils sont assidus et appliquent avec la même constance et régularité, que lorsqu’ils étaient titulaires de leurs différents métiers, les notions d’apprentissages. Leurs modèles de références ont été dominants sous l’ère industrielle précédente. Mohamed qui a 59 ans est dans ce cas, il a été licencié. Fraiseur titulaire d’un Cap et d’un BP, il vient suivre l’ensemble du parcours de formation et est présent tous les jours où il y a libre-service. Avec sérieux et régularité, il applique les règles et s’entraîne pour faire comme il faut, pareil à une pièce usinée. « j’aime bien le travail bien fait » confie-t-il « mais on n’a plus besoin de moi, alors je viens ici pour apprendre de nouvelles choses ».

Quelques compagnons Emmaüs se sont présentés au cyberespace se déclarent acquis à l’informatique « car sans elle il n’y a pas de salut ». Ils appartiennent à cette même galaxie des apprentis sérieux et conquis. Ils attendent beaucoup de ces formations, ils estiment qu’elle leur mettra le pied sur une autre marche.

Quelques cadres rejoignent les formations, ils semblent avoir perdu la main sur le clavier et les programmes. En tout état de cause dans cette catégorie les femmes sont les plus accrochées aux formations.

Nous ne pourrions pas clore cette description qui malgré tout risque d’évoluer sans mentionner quelques jeunes hommes SDF n’ayant jamais travaillé. Signalés pour certains par les animateurs sociaux, ils viennent. Ils sont sérieux et suivent les enseignements et tentent de nouer un lien à travers les réseaux en essayant de nouvelles démarches. Leurs premières intentions se rapportent à eux-mêmes : « je viens, car il paraît que l’on peut écouter de la musique en travaillant, le reste on verra après ». Ils souhaitent une boîte aux lettres électronique, écouter de la musique. Les perspectives de connexions avec la famille ou les sites de loisirs sont plus importantes. Mais peut-être qui sait un jour ?

Étudiants étrangers navigateurs nés

Lorsqu’ils arrivent, ils sont déjà en pays de connaissance. Ils ont pour la plupart déjà « surfé » sur le Web. Ils n’ont aucun problème d’acclimatation. Seules inquiétudes, les niveaux que permettent les matériels. Pourront-ils envoyer des messages grâce à la Webcam ? Ils ont le profil de tous les étudiants. Ils sont de la patrie des réseaux, ils appartiennent au monde. En transit, en demande d’asile, ils maintiennent la pression sur les domaines et les matières universitaires qui les concernent. Ils sont régulièrement sur les sites Internet de leurs différents pays avec la recherche d’informations sur la vie politique ou sportive. Leurs familles sont au courant de leurs évolutions avec les photos scannées et envoyées en pièces attachées à travers le monde et par voie de réciprocité les nouvelles affluent. Il suffit de quelques secondes et nous sommes à Minsk ou Douala comme à Toronto ou Varsovie. Ils viennent aussi au libre-service lorsqu’ils ont réussi à s’intégrer dans le cadre d’une formation universitaire. Ils demandent une dérogation à l’Agora pour partage du temps à des fins de frappe des mémoires universitaires. Il reste que la première démarche qu’ils entreprennent au cyberespace, c’est la consultation de leurs boîtes email. Ils ne dédaignent pas non plus tenter leurs chances sur les petites annonces de rencontres on ne sait jamais. Les bénévoles ont à intervenir souvent auprès d’eux pour affirmer la nature des frustrations et réguler l’usage du temps. C’est un cyberespace, il ne peut pas tout faire.

Les nomades internationaux

Ils se définissent parfois comme apatrides, sont souvent sans papiers en tout cas sont de passage en France. Une bonne partie d’entre eux sont hébergés dans les centres d’accueil. Beaucoup sont intellectuels comme Craig, américain, de formation scientifique (ancien professeur de mathématiques) passe tous les jours consulter soit sa boîte email (il est assurément le plus rapide : cinq minutes montre en main) soit les sites se rapportant à ses connaissances scientifiques. Il n’est nullement nécessaire de proposer à de tels candidats une formation informatique. Ils sont largement au niveau. Leurs choix de vie les amènent à envisager les lieux qui permettent « au peuple de la précarité » d’être en relation avec le monde, mais dans un rapport différent. Julian qui lorsqu’il vient avec son sac qu’il range dans le coin de la salle. Il est toujours suspendu au site de Solidarnosc se fait seulement comprendre en espagnol, mais cherche toutes les possibilités pour suivre visiblement les débats dans son pays la Pologne. Ilyan demandeur d’asile tente lui de trouver grâce aux outils de traductions en ligne les informations nécessaires pour étayer sa demande d’asile politique. Il était en Biélorussie juriste. Il profite du cyberespace pour se bâtir une sérieuse défense argumentée juridiquement. Il faut simplement ne pas faire totalement confiance aux outils de traductions en ligne. Il y a des surprises. Les bénévoles trouvent leur place et interviennent. Ils sont là au bon moment.

Les créatifs

Voyageurs tentant de poser leurs sacs en France pour certains, victimes d’accidents de parcours pour d’autre essayant de stabiliser une situation précaire. Les créatifs sont assurément les participants au cyberespace qui ont déjà un passé de réflexion sur une pratique de création et l’usage des outils informatiques. Ils sont les « intellectuels » du cyberespace. Compte tenu de leur parcours antérieur réalisé pour certains dans leurs pays d’origine, ils, elles tentent de ne pas se laisser submerger par leur situation du moment qui est précaire. Ils s’engagent dans des activités diverses. L’écriture de manuscrits sur une disquette pieusement conservée au fond d’un sac entourée de toutes les attentions et de tous les sacs plastiques possibles. Il en va de même pour les photos travaillées dans le cadre de l’atelier photo. Elles permettent de garder le cap initial et de tenter sa chance pour intégrer des écoles d’art ou de photo Dianela ou Olga qui toutes deux ont pu déposer leurs œuvres sur le web de Télérama témoignent et illustrent ainsi les travaux au quotidien du cyberespace de grande qualité esthétique. L’acte photo est déjà un gage de création, il est en même temps un acte de langage permettant de trouver une place, une identité. Les chemins de sortie de la précarité ne sont pas rectilignes. Pour en sortir, les démarches créatives doivent être travaillées en permanence. Le cyberespace accueille ces démarches pour qu’elles soient honorées. Les stratégies individuelles pour en sortir passent aussi par là.

Les nouveaux navigateurs, les apprentis internautes

Ce sont les stagiaires formés par les différentes formations proposées par le cyberespace. Après les entretiens d’orientation qu’ils ont eus au moment de l’inscription, ils rejoignent les formations. La proposition fait le larron. Il n’y a pas d’a priori sur ce qu’il compte faire. Le stagiaire se laisse faire, il accepte vaguement l’idée informatique « tout le monde en parle ». Alors pourquoi pas lui ou elle. Captés par les formations ils deviennent les plus assidus des élèves. Apprentis en action ils se définissent comme les nouveaux passeurs du système. Convaincus, ils assurent la promotion de l’espace. Il n’est pas rare de les voir revenir avec un ami, une amie. Ils rejoignent le club des pratiquants. Leur présence régulière aux cours puis leur assiduité au moment du libre-service milite en faveur des cours et des bénéfices qu’ils en tirent. C’est au contact de cette nouvelle réalité informatique qu’ils définissent par la suite les stratégies qu’ils voudraient bien pouvoir engager. Il s’essayent à conjuguer le verbe naviguer à tous les temps. Ils se lancent à la pratique du traitement de texte au kilomètre pour ensuite mettre en forme. De nouvelles vocations en dépendent.

6 - Les usages et les besoins

Il n’est pas difficile de détecter quelles sont les pratiques en usage au sein du cyberespace. Nous pourrions dire que l’ensemble des possibilités offertes par l’informatique ont été une fois au moins mises en œuvre par un stagiaire utilisant les matériels à sa disposition. Néanmoins, il serait plus sérieux de dresser un panorama des usages les plus pratiqués, et ce, en rapport avec la situation des cybernautes de l’Agora. Nous retiendrons deux grands chapitres qui se rejoignent manifestement souvent. Il s’agit de l’usage d’Internet et des perspectives qu’il offre, d’une part et d’autre part des possibilités qu’offre l’ordinateur à savoir, les différents logiciels et ce qu’ils permettent comme utilisations (traitement de texte, photos, scanners, etc.)

Internet et ses perspectives

La pratique d’Internet pour les participants revêt un enjeu majeur. À en croire l’indicateur de fréquentation. C’est de manière vitale qu’apparaît en première proposition la mise en place d’une boîte email sur les sites gratuits de type Hotmail, Yahoo, Caramail, La Poste. À partir du moment où cette boîte est créée, il ne se passe pas de jours ou de semaine où le titulaire vient « juste cinq minutes » pour voir s’il a du courrier sur sa boîte. Pratiquement très souvent un ordinateur est réservé à cette avalanche de demandes. On consulte sa boîte en attente des nouvelles de sa famille, souvent restée au pays, de ses amis, mais aussi des différents suivis administratifs, comme les ASSEDIC, les ambassades, etc. La boîte email devient le siège social, la maison virtuelle. Les propositions ou les réponses concernent des demandes d’emploi en vue d’éventuelles embauches. De manière importante, elles transitent par ce moyen. On vient souvent au cyberespace que pour sa boîte email. À travers les entretiens, les représentations formulées à propos d’Internet ne se résument qu’à la détention de la seule boîte, ce qu’elle permet.

L’accès à Internet c’est naturellement au cyberespace, la proposition annexe qui amène souvent les stagiaires à se pencher sur les différentes procédures à suivre et se lancer eux aussi dans des consultations. Là, le temps ne se compte plus, il est difficile d’arracher de la fascination de l’écran, ceux, celles qui consultent. Ils doivent laisser la place à ceux qui attendent. Le libre-service s’organise autour de listes d’attentes. Les rendez vous sont fixés et tenus. La consultation est assurée par vagues successives pour une heure de présence devant l’écran. Les bénévoles présents régulent les tours et les places et sont garants du traitement égalitaire qui existe à l’Agora. Au fur et à mesure, à travers la pratique, les utilisateurs prennent conscience, s’ils ne le connaissaient pas avant, de l’étendue des possibilités qu’offre Internet. Concrètement, l’observation des usages durant les périodes en libre-service permet de donner quelques indications quant à ceux qui sont les plus effectués. Pour la plus grande partie des utilisateurs étrangers après la sacro-sainte consultation du courrier, le navigateur va ostensiblement se positionner sur des sites des journaux du monde entier. Ils sont en même temps très mobilisés par les outils de traduction en ligne. Les bénévoles considérés comme dépositaires de la langue française doivent aider et valider les traductions automatiques. Là parfois les versions laissent à désirer. Fébrilement, on saisit le casque audio pour immédiatement se lancer dans la recherche des radios. Ainsi avec facilité on peut se brancher sur radio Cameroun ou Minsk ou Ottawa.

Les demandes plus ciblées apparaissent ensuite. Il s’agit par exemple de retrouver dans les archives militaires la trace d’un grand-père tirailleur algérien décédé au front au moment de la Grande Guerre. Il revient aux bénévoles d’aider à formuler les recherches à l’aide des moteurs de recherche. Les requêtes doivent être efficaces. Les sujets sont aussi hétérogènes que les suivis médicaux. Que faire en cas de maladie, comment interpréter tel résultat ? Qui a gagné le match Maroc contre le Sénégal ou comment s’est comporté tel champion local ? Ou de suivre l’évolution des connaissances dans un domaine scientifique ?

Il est aussi observé dans les demandes formulées au cyberespace qu’une part importante de requêtes portent sur des demandes de connaissances se rapportant à des sujets universitaires. Parfois l’accès aux sites audiovisuels permet à certains de venir regarder ce qu’ils n’ont pu regarder à la télévision. Ils n’ont pas de télévision chez eux. Un ancien employé du commerce au chômage se plaisait à venir tous les lundis pour consulter le site de TF1 et apercevoir les quelques minutes des strasses d’une émission qu’il n’avait pu voir. Il avait été obligé pour survivre de vendre ses mobiliers. Dans cette liste non exhaustive, depuis quelque temps, les sites de rencontres comme les « chats » en direct sont aussi pratiqués d’une manière importante.

L’accès à Internet se définit pour les participants au cyberespace en terme de réponses administratives celles permises par la toile. Un important mouvement s’effectue. Très souvent, il est nécessaire de demander que quelqu’un laisse sa place. Il faut rapidement remplir via le net les démarches administratives pour ne pas perdre les droits. Les ASSEDIC, l’ANPE sont les sites les plus renseignés au cyberespace. Les documents sont consultables en ligne et peuvent recueillir des informations complémentaires quant aux situations des prestataires. Vécu par ceux qui en sont destinataires comme une amélioration ils viennent munis de leurs papiers. Ils expriment souvent l’idée qu’ils se sentent moins stigmatisés en réalisant ces opérations grâce à Internet.

Les titulaires de comptes suivent les procédures, avec les mots de passe. Lorsqu’ils sont en difficulté avec l’outil informatique, les bénévoles répondent à la demande et accompagnent les inscriptions sur la toile. C’est en quelque sorte moderniser le rôle de ce qui se pratiquait autour de l’écrivain public au sein des associations caritatives. Elles remplissaient et remplissent toujours les différents documents qui sont autant de traces indispensables de la gestion de la précarité. Pour le cyberespace, la figure moderne de l’écrivain public retenue se construit autour des courriers électroniques, des renseignements administratifs, et des textes tapés de type CV ou lettres de motivation. Le cyberespace voit se réaliser des démarches administratives qui peuvent aussi concerner la vie associative à laquelle certains essayent de participer. Sur un site, les matchs de football inter foyer se sont enrichis des commentaires, de photos comme des résultats.

La toile Internet c’est aussi le réseau et ses logiques. Les utilisateurs du cyberespace n’échappent pas à la règle. Ils joignent leurs propositions à celles qui existent sur le net. Par exemple ils ou elles viennent au self service et consultent les offres de lieux de résidences et se tenir au courant des évolutions en matière d’hébergements possibles. Ils surveillent de près les places disponibles lors de départ et de place vacante.

Il ne faut pas oublier que dans l’usage de l’ordinateur au cyberespace les webcams sont accrochées et permettent de constituer en direction de la famille au pays des messages audiovisuels. L’enregistrement est réalisé quelques fois et peut être joint comme pièce attachée aux émails.
Quelques participants déjà très au fait de ce qui se fait sur le net se lancent dans la constitution d’un site personnel aidés souvent en cela par les bénévoles compétents.

L’usage de l’ordinateur

S’il y avait une activité qui mobilise de manière importante les énergies, c’est, sans contestation aucune, la possibilité offerte par le logiciel de traitement de texte. Les CV, les lettres de motivations envahissent les écrans, et ce, quel que soit le niveau de connaissance de la pratique du logiciel. Souvent le texte est tapé comme les choses viennent. Il revient aux bénévoles d’être là pour mettre en forme et d’assurer la cohérence avec les règles habituelles. Parfois, la demande de traitement de texte concerne la production de documents universitaires. Cette demande aboutit forcément, pour réaliser la saisie des différentes pages, à des demandes de dérogations de temps de présence. Le cyberespace accueille de la même façon des « écrivains de la rue ». Ils se déplacent toujours avec leurs disquettes. Ils sortent de leurs sacs leurs manuscrits écrits dans et sur leur trajectoire de la rue. Ils viennent ainsi recopier à l’aide du traitement de texte les observations qu’ils se font. Touche après touche, ils inscrivent leurs idées, leurs vécus de la galère. Ils entendent écrire le roman de la précarité. L’activité de traitements de texte qui voit la production de documents associatifs de tout ordre est très importante au cyberespace.

L’activité photo numérique autour de l’apprentissage d’un logiciel traitement de la photo qui a été le langage de la création engagé au sein du cyberespace n’a pas été relancée à cette rentrée néanmoins, elle a mobilisé de nombreuses énergies et fédéré des compétences qui ont pu orienter certaines personnes en direction des carrières se rapportant à la création.

Il reste qu’au sein du cyberespace, scanner est un acte important. Il est possible de copier sur disquette les différents documents voire même des photos de famille (les envoyer en mail). En cas de vol du sac, ils peuvent être ainsi reconstitués.

Conclusion

Les bénévoles, la compétence et la précarité

Cette approche du cyberespace ne peut être faite sans évoquer le rapport qu’entretiennent les bénévoles avec la précarité, leur place dans le processus économique général. Il y a une foule de raisons pour devenir bénévole. Par définition, ils sont compétents et ne se situent pas comme vivant dans la rue. Bien que se situant malgré tout dans une précarité provisoire, ils entendent participer à la restitution de ce dont ils se sentent détenteur, et ce, même s’ils ne situent pas pour le moment comme insérés dans un travail. Eux aussi, ils sont à la recherche d’un emploi. Ce qui du point de vue de la stabilité de l’équipe de bénévoles installe une certaine incertitude des lendemains. Les propositions d’emplois n’attendent pas. Lorsqu’ils s’impliquent comme bénévoles, bien qu’au chômage, ils déclarent vouloir occuper le temps de la recherche intelligemment. D’autres assurent une présence régulière tout en ayant des métiers fortement positionnés. Ils se prennent au jeu et donnent du temps, de l’énergie. L’informatique est leur passion l’enjeu est digne d’intérêt à leurs yeux parfois un point de vue moral sur les sans-abri organise l’argumentaire.

Certains ont des activités professionnelles qui ne sont pas nécessairement à leurs yeux valorisantes et ne renvoient pas nécessairement une vision positive d’eux-mêmes. Ils trouvent dans la pratique du bénévolat un certain plaisir. Les retraités assurent la continuité des activités. Ils se trouvent positionnés après leurs emplois qui parfois ont été subis. Conclure une vie de travail par des activités valorisantes.

La construction d’une certaine typologie permettra de comprendre dans son ensemble le processus.
En tout état de cause, la question du lien social et son corrélat individuel l’estime de soi sont au cœur de la démarche de compréhension et de l’interrogation concernant l’activité du cyberespace positionné dans un océan de précarité et les portes qu’il peut permettre d’ouvrir.

Yves Bucas-Français
(sociologue et bénévole à l’Espace Public Numérique CyberAgora de l’Association Emmaüs, 32 rue des Bourdonnais, 75001 Paris)

[1] Ensemble d’actions coordonnées, de manœuvres en vue d’une victoire. « Le Petit Robert ».

lundi 17 juillet 2006

CouchSurfing : échanger de l’hospitalité gratuitement avec 90 000 habitants dans 202 pays

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“Bienvenue sur CouchSurfing.com, une organisation à but non lucratif. Nous ne sommes pas uniquement des membres, nous sommes des participants”.


C’est le message de bienvenue sur la page d’accueil de CouchSurfing, un site Internet qui permet de trouver un lit pour une nuit voire plus dans le monde entier. En Français, on peut parler de tourisme sur canapé ou touristes sur canapé.


Plus de 90 000 internautes baroudeurs (femmes et hommes avec une grande majorité de jeunes) échangent de l’hospitalité pour un budget hôtelier zéro avec le plaisir de vivre chez l’habitant. Chaque membre de CouchSurfing possède une fiche descriptive de présentation et les routards qui se sont déjà arrêtés chez ce membre bienveillant donnent leur avis sur l’accueil délivré.


L’idée revient à un jeune américain à court d’argent qui a monté ce portail, il y a 2 ans. Chez les CouchSurfers, pas de transaction financière, mais le simple plaisir de découvrir une vie, une culture et de partager des moments d’amitié.


Le site portail de CouchSurfing propose de s’inscrire gratuitement à ce réseau mondial, aussi de créer des groupes par affinité et même de monter des projets en commun. Le portail est le ferment et le catalyseur du réseau mondial des CouchSurfers.


38 000 rencontres entre des CouchSurfers ont déjà eu lieu. 44 000 relations amicales se sont créées dans le réseau… Avec des baroudeurs dans 202 pays. Qui dit mieux ?


Mise à jour : à noter qu’il existe un article de Wikipédia francophone sur le CouchSurfing et un blog collectif du “centre d’information des membres francophones du CouchSurfing” : Touristes sur canapé, né au Québec.


Source :

Fenton, Casey (juillet 2006). CouchSurfing.com : The CouchSurfing Project, version 2.0 [En ligne], Casey Fenton Consulting, Conway, New Hampshire, Site (Page consultée le 17 juillet 2006)

dimanche 16 juillet 2006

Le grand don à Paris : créer, nourrir ou recréer le lien social entre les personnes

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Le grand don est né à Paris, il y a 3 ans, d’une idée simple : une femme habitante qui habitait près de Pont Marie et qui déménageait a demandé à ses amis de se servir parmi les objets qu’elle n’emportait pas. Les bibelots restants ont été disposés sur le pont afin que les passants se servent.

Depuis lors, le grand don se déroule à Paris environ tous les 2 mois le samedi, notamment sur le Pont Marie. Son principe : un rendez-vous de don collectif effectué par des inconnus à d’autres inconnus. Les donneurs volontaires sont avertis à l’avance via Internet pour qu’ils puissent réunir des objets qu’ils souhaitent offrir (livres, disques, vêtements, bibelots, bijoux, jeux, divers…), avec pour seule condition qu’ils puissent être transportés sans encombre par des personnes circulant à pied.

“L’ensemble des dons est disposé sur le rebord du pont, sans entraver le déplacement des personnes. Chacun des donneurs aborde aimablement les passants inconnus et leur propose de prendre un des objets, et d’en devenir immédiatement et sans condition le légitime propriétaire. Le grand don se termine quand tous les objets collectés ont été offerts.”

L’organisation du grand don de Paris encourage d’autres personnes à créer leur Grand Don car l’idée n’appartient à personne. Il existe aujourd’hui des grands dons à Toulouse, en Italie à Palerme et à Colazza. Vous pouvez retrouver en ligne quelques conseils avisés pour organiser un grand don.

On retrouve là les idées de Marcel Mauss, auteur d’ “Essai sur le don” (en 1923) et du mouvement M.A.U.S.S. (Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales, voir le site). Le don est caractérisé dans ce sens comme “toute prestation de bien ou de service effectuée sans garantie de retour, en vue de créer, nourrir ou recréer le lien social entre les personnes”.

Le site Internet du Grand Don joue un vrai rôle d’information sur l’initiative : il permet d’annoncer les rendez-vous du Pont Marie, relaie les projets locaux de grands dons, pose les principes éthiques du grand don, donne à voir des ressources sur le don.

Dernier grand don parisien en date, le samedi 1er juillet 2006 : un grand don nomade :

“Les dernières éditions ont vu l’apparition de personnes (brocanteurs, profiteurs, etc.) décidées à prendre plutôt qu’à offrir, ce qui a attristé beaucoup de gens. Le Grand Don ne se laissera pas parasiter et continuera à démontrer par l’exemple et le symbole que le don gratuit et désintéressé peut et doit se développer dans le monde marchant [et marchand ?] qui nous entoure.

Nous vous appelons donc à nous retrouver le samedi 1er juillet à 15 heures précises, sur le Pont Marie, avec des sacs à dos, cabas et caddies de marché (tous contenants vous permettant de vous déplacer à pied sans fatigue avec vos dons) remplis de tous les objets que vous souhaitez offrir aux inconnus.

A 15h30, nous entamerons une lente marche à pied dans le centre de Paris, un “Grand Don nomade” à la rencontre des passants et des Parisiens auxquels nous proposerons de prendre un de nos dons, sans aucune contrepartie, bien sûr. Cette randonnée du don, qui durera jusqu’à 18h30, sera ponctuée d’étapes dans des lieux publics, ouverts et calmes, dans lesquels nous “déballerons” les objets pour les offrir à ceux qui croiseront le chemin de notre “stand” nomade.”

Source :
Collectif (juillet 2006). Le Grand Don [En ligne], Enzo, Paris, Site (Page consultée le 16 juillet 2006)

samedi 15 juillet 2006

Wiki comme mémoire collective de territoires : à Brest, à Tournefeuille et à Paris

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Le Wiki est-il un outil en ligne adapté de sauvegarde de la mémoire, de traces de cultures, de souvenirs individuels ou collectifs ou du patrimoine d’un lieu ou d’un territoire ? Plusieurs initiatives liées à des territoires montrent qu’une solidarité numérique au service de la mémoire s’agrègent en des wikis. Le wiki est un outil pour constituer une base de connaissances annoncée comme collective mais agrégée autour de textes d’individus.

Wiki-Brest : mémoire d’un territoire, de ses habitants et des associations

Mis en place fin janvier par la ville de Brest, Wiki-Brest est un projet de base de connaissances, d’atlas, de carnets sur Brest et le pays de Brest où chacun(e) peut donner à voir des textes, des images, du son qui évoquent ce territoire. Histoires de lieux, de personnes, de travail, géographie, tranches de vie, cartes postales, chansons… y ont leur place. C’est l’envie d’écriture ensemble (habitants, enseignants, artistes, bibliothécaires, acteurs associatifs, rédacteurs de journaux de quartiers…) qui en croisant les médias relie leur mémoire les unes aux autres pour un projet collectif.

Les articles de Wiki-Brest sont publiés sous la licence GFDL (GNU Free Documentation License) dont l’objet est de rendre tout manuel, livre ou autre document écrit “libre” au sens de la liberté d’utilisation, à savoir : assurer à chacun la liberté effective de le copier ou de le redistribuer, avec ou sans modifications, commercialement ou non.

Wiki-Brest compte déjà plusieurs dizaines d’articles et de contributeurs. C’est plus qu’un espace expérimental d’expression, il s’agit de donner vie avec ce projet à une mémoire locale et de montrer la diversité de la vie à Brest.

Tournewiki : un site Internet local : Tournefeuille par les tournefeuillais

Tournewiki est un projet qui est né en partenariat avec la médiathèque de Tournefeuille (et son Espace Culture Multimédia). Ce projet consiste à créer un véritable site Internet basé sur la technologie Wiki sur la ville de Tournefeuille, une commune de plus de 22 000 habitants du département de la Haute-Garonne au Sud-Ouest de Toulouse.

Tournewiki se veut “à la fois reflet internet de l’identité de la ville et espace d’échanges, d’expression, d’information [et offrant] aux habitants de Tournefeuille devenus “cyber-citoyens’” une application concrète, quotidienne et humaine de l’outil internet.”

Tournewiki est largement ouvert aux particuliers, associations, entreprises, établissements scolaires pour mettre en ligne et échanger des informations. L’internaute n’est pas un consommateur passif de l’Internet mais se situe comme acteur de son territoire.

Lancé le 23 mars 2005 à l’occasion de la fête de l’internet, e projet continue à se développer et est régulièrement présenté à la population dans le cadre de manifestions culturelles (forum des associations…). Les Internautes sont invités à ajouter ou modifier des articles depuis leurs ordinateurs personnels ou ceux de l’ECM de la Médiathèque où les animateurs multimédias sont à leur disposition pour les informer et les aider. Tout comme Wiki-Brest, Tournewiki compte plusieurs dizaines d’articles thématisés à partir de la page d’accueil du Wiki.

A Paris, les initiatives sont multiples : ParisWiki, contributeurs de Wikipédia et WikiTravel

Il existe tout d’abord ParisWiki qui se veut avant tout un site collaboratif pratique : “Informations utiles quand on vit à Paris…”. Des Parisiens ou non l’alimentent. Il se présente comme un annuaire pointant vers d’autres ressources Internet ou d’autres sites que comme un Wiki textuel, base de connaissances extensive dans le même site.

La base de connaissances Wikipédia est régulièrement alimentée par des Parisiens bénévoles qui mettent en ligne leurs connaissances sur la capitale. Début mai, à la Cité des Sciences et de l’Industrie, la Wikipédia Party avait comme l’un des objectifs de recruter de nouveaux contributeurs parisiens.

Ainsi, Pierre, étudiant, consacre trois heures par jour à écrire sur Wikipédia. Il a cosigné un article sur le boulevard des Maréchaux. Thierry est contributeur sur l’ “Histoire de l’Urbanisme” dans la capitale et sur le “13e arrondissement”. Les pages sur Paris sont très consultées par les touristes, les amateurs d’Histoire, les étudiants en mal de références. Certaines pages de Wikipédia consacrées à Paris tiennent d’une mémoire vivante comme les Chansons sur Paris (plus de 400 titres).

Enfin, pour les amoureux des voyages, WikiTravel vous aide à découvrir Paris sous l’angle du guide de voyage.

Sources :
Collectif (juillet 2006). ParisWiki [En ligne], Inconnu, Site (Page consultée le 15 juillet 2006)
Collectif (juillet 2006). TourneWiki [En ligne], Médiathèque de Tournefeuille, Site (Page consultée le 15 juillet 2006)
Collectif (juillet 2006). Wiki-Brest [En ligne], Ville de Brest, Site (Page consultée le 15 juillet 2006)
Collectif (juillet 2006). Wikipédia Fr [En ligne], Wikimedia Foundation, Saint-Petersburg, Floride, Site (Page consultée le 15 juillet 2006)
Collectif (juillet 2006). WikiTravel Fr [En ligne], Nova Scotia Company, Québec, Canada, Site (Page consultée le 15 juillet 2006)

lundi 26 juin 2006

Le développement d’Internet et des TIC est-il compatible avec l’école ? (Bruno Devauchelle)

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Responsable de formation au C.E.P.E.C. (Centre d'Etudes Pédagogiques pour l'Expérimentation et le Conseil), Bruno Devauchelle signe pour le Café Pédagogique, un éditorial incisif sur l'univers scolaire et les TIC, à savoir la concurrence de plus en plus évidente en l'utilisation des TIC et l'apprentissage scolaire : "Le développement d'Internet et des TIC est-il compatible avec l'école ?" ; extrait :

"Depuis le début de l'informatique, l'école a été progressivement mise à l'écart ; à l'opposé de l'audiovisuel qui a été largement ignoré et d'abord absent de l'école au début puis progressivement (mais très partiellement) intégré.

(…) Or on observe que, malgré les efforts constants des responsables et des acteurs, les usages sociaux se sont développés beaucoup plus vite dans les familles et l'école ne parvient pas à suivre.

(…) Or il me semble que les technologies qui se développent sont à l'opposé du modèle scolaire : la réussite scolaire est vécue comme individuelle, l'enseignant exerce souvent sa profession dans une certaine solitude (pas ou peu de temps de concertation au collège et au lycée), le modèle dissymétrique maître élève est dominant, etc. Or l'interactivité, la communication interindividuelle, la collaboration sont des valeurs portées par le "web social" qui vont à l'encontre de la "forme scolaire" canonique. La fonction sociale de l'école est plus souvent vécue comme une fonction de tri plutôt que d'intégration. Or la socialisation et la sociabilité se développent désormais de plus en plus en s'appuyant sur les services offerts par les technologies. Soucieuse de contrôle et de sécurité, et à juste titre compte tenu du contexte politique, l'école est progressivement mise "hors jeu" (la métaphore est opportune ici) de ce mouvement qui propose de prendre des risques dans les relations, de dépasser les murs des établissements et des maisons, de s'ouvrir au monde, aux informations et aux savoirs sans médiation.

L'école, lieu de médiation par excellence, est concurrencée par l'intermédiation que proposent les possibilités technologiques accessibles. Peut-elle, doit-elle accepter de prendre en compte cette différence ? Les usagers des technologies et les jeunes en particulier signalent volontiers cet écart aussi bien dans leurs pratiques que dans leurs propos. Il n'est pas sûr qu'ils le déplorent réellement tant, désormais, l'écart s'accroît et cantonne le système éducatif à une fonction annexe, la familiarisation technique pour les plus démunis. On peut penser que les enseignants par leur attitude ne sont que le reflet de cet état de fait qui les touche eux aussi en tant qu'acteur social qui vivent eux aussi ce décalage au quotidien.

A moins que le système scolaire n'opère un changement radical, il y a peu de chances que la tendance s'inverse."


Source :

Bruno Devauchelle (25 juin 2006). "Le développement d'Internet et des TIC est-il compatible avec l'école ?" [En ligne], Association coopérative pour l'information et l'innovation Pédagogique, n°74, Paris, pp. 6-7 (Page consultée le 26 juin 2006)

dimanche 18 juin 2006

Morts de la rue : pour la mémoire, pour ne pas oublier

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Journaliste spécialisé nouvelles technologies depuis bien des années (il a fait partie de l'aventure de feu le génialissime Transfert en version papier et électronique), Jean-Marc Manach vient de publier sur son blog une nouvelle information sur le collectif Morts de la rue, une initiative qui rompt l'indifférence en publiant l'identité des personnes décédées dans la rue à partir de cette page (personnes isolées accompagnées au cimetière parisien de Thiais depuis 2004) :

"Ils ou elles avaient des amis, des familles, des parents ou des enfants.
Certain(e)s ont pu être accompagné(e)s jusqu'à leur mort.
Dans de nombreux cas, famille, amis, associations, ont organisé les funérailles ou y ont participé.
Bien d'autres restent dans l’ombre, à Paris ou en province.
Que ceux qui les connaissent nous le disent.

Le faire-part ne comprend que les Morts de la rue identifiés comme tels par le Collectif Les Morts de la Rue. La liste des morts accompagnés par le Collectif au Cimetière de Thiais grâce à la convention passée avec la Ville de Paris est désormais disponible sur le site Paris.fr".

Suite à la publication par Jean-March Manach d'une première liste des Morts de la Rue en décembre 2005, 4 personnes se sont signalées, ayant reconnu un proche ou un ami. Internet peut aussi être un outil au service de la dignité et de la mémoire. A noter qu'il existe un Collectif Morts de la rue à Bruxelles.

Source :

Collectif "Les Morts de la Rue"
Bureau : 25 rue Bouret 75019 PARIS
Tél. :  01 42 45 08 01 - Fax : 01.42.40.51.43 - Port. : 06.82.86.28.94
Courriel : mortsdelarue@free.fr
Siège : 19, rue Jean-Jacques Rousseau 75001 Paris

lundi 5 juin 2006

“Le téléphone gratuit pour les sans-abri à San Francisco” (Les Echos)

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Le quotidien économique Les Echos du 5 juin relève cette initiative à San Francisco en faveur des sans-abris

"Doit-on être privé de téléphone quand on est déjà pauvre et sans abri ? Non, répond Grand Central. Cette start-up de la Silicon Valley vient de s'associer avec la municipalité de San Francisco pour connecter des centaines de SDF parmi les 7.000 que compterait la ville. Depuis plusieurs semaines, ils ont à leur disposition un numéro de téléphone relié à une messagerie vocale. Ils peuvent écouter gratuitement leurs messages à partir de n'importe quel téléphone public de la ville, grâce à un code d'identification personnel. « Un numéro de téléphone peut être un élément essentiel pour un retour vers l'emploi », explique Alex Tourk, directeur adjoint du programme.

L'initiative de Grand Central ne relève pas seulement de la philanthropie ou du coup de pub. Son fondateur, Craig Walker, qui a déjà fait fortune dans des aventures entrepreneuriales liées à Internet, confie que le service à vie offert aux sans-abri de la ville précède une offre plus complète, payante cette fois, qui sera lancée cet été dans la Silicon Valley. Les services de communications gratuits, car sponsorisés par des grandes firmes ou de la publicité classique, sont de plus en plus à l'ordre du jour dans les modèles économiques de la nouvelle génération de firmes Internet qui se relancent actuellement aux Etats-Unis."

Le service a déjà bénéficié à 237 personnes. L'initiative n'est pas sans rappeler Community Voice Mail, un service américain à but non lucratif qui fournit gratuitement l'accès à des boîtes aux lettres vocales pour des personnes exclues.

Sources :
Anonymous (June 2006). Project Homeless Connect [En ligne], City of San Francisco, Site (Page consultée le 5 juin 2006) 
Ktitareff, Michel (5 juin 2006). "Le téléphone gratuit pour les sans-abri à San Francisco" [En ligne], Les Echos, En marge, Paris, 1 p. (Page consultée le 5 juin 2006)
Lazarus, David (April 12, 2006). "Startup will help homeless" [En ligne], San Francisc Chronicle, San Francisco, 1 p. (Page consultée le 5 juin 2006)
Raymond, Jean-Luc (12 décembre 2005). "Community Voice Mail aux Etats-Unis : lutter contre l'exclusion grâce à des boites aux lettres vocales" [En ligne], Jean-Luc Raymond, Paris, Blog (Page consultée le 5 juin 2006)
Roesch, Andrea (June 2006). "GrandCentral - Project C.A.R.E." [En ligne], GrandCentral Communications, San Francisco, Rubrique (Page consultée le 5 juin 2006)

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