Jean-Luc Raymond

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mercredi 11 octobre 2006

Bernard Stiegler, La Télécratie contre la démocratie : le Web 2.0 défini par Vincent Puig, un nouveau milieu de transindividuation

Dans son nouvel ouvrage "La Télécratie contre la démocratie", le philosophe Bernard Stiegler cite une définition documentaire et technique du Web 2.0 de Vincent Puig (Institut de Recherche et d'Innovation du Centre Pompidou à Paris) (document de travail) :

"L'appellation Web 2.0 (...) s'appuie sur (une) approche en termes de modélisation et de manipulation des structures documentaires (instrumentées par les schémas en ingénierie documentaire) et sur la modélisation et la manipulation des représentations du contenu (instrumentées par les ontologies en ingénierie des connaissances) pour se contenter sur les activités relationnelles et l'organisation des communautés. Le Web 2.0 est relationnel dans la perspective où il s'agit donc de repenser l'utilisateur et ses relations avec les autres, plutôt qu'à des contenus ou des machines. L'unité d'information n'est plus le site ou la page mais le service et ses objets, flux ou sources de données qui sont publiées (RSS). L'unité de recherche n'est plus le mot-clé mais le "tag" (marqueur) qui décrit un contenu. L'ensemble des tags apposés par les utilisateurs crée du sens, un néologisme existe pour définir l'utilisation de ce système de classification collaboratif : folksonomy (folk + taxonomy). À l'inverse des systèmes hiérarchiques de classification, les contributeurs d'une folksonomy ne sont pas contraints à une terminologie prédéfinie mais peuvent adopter les termes qu'ils souhaitent pour classifier leurs ressources. Ainsi, pour une ressource donnée, sa classification est l'union des classifications de cette ressource par les différents contributeurs.

(...)

Les tags sont personnels, partageables et permettent des outils de recherche et de représentation adaptés (nuages de mots, cartographie sémantique, etc.). Le web devient le lieu de la participation car il n'est plus seulement un espace de collecte d'informations mais développe les outils d'un retour de connaissances dans lesquels les utilisateurs sont à la fois lecteurs et auteurs : ils sont écrivants. Ils possèdent des blogs, publient et partagent des photos, podcasts et liens, postent des commentaires sur d'autres sites, etc. Les actions cumulées des utilisateurs et les données qu'ils produisent ajoutent de la valeur au système global.

(...)

Ainsi ce n'est plus seulement la qualité du service qui définit sa valeur mais la qualité et la fréquence des contributions apportées par ses utilisateurs qui ne sont donc plus des utilisateurs mais des praticiens."


En outre, Bernard Stiegler évoque le Web 2.0 comme "nouveau milieu de transindividuation, qui concrétise le potentiel du réseau Internet constituant par lui-même un nouveau type de milieu associé en tant que milieu technique".


Le concept de transindividuation (ou transduction) est exposé notamment par Gilbert Simondon et reexplicité par Bernard Stiegler dans plusieurs de ces écrits. On définit ainsi la transduction de façon imagée :

"Opération, physique, biologique, mentale, sociale, par laquelle une activité se propage de proche en proche à l'intérieur d'un domaine, en fondant cette propagation sur une structuration du domaine opérée de place en place : chaque région de structure constituée sert à la région suivante de principe de constitution."



Source :

Stiegler, Bernard (4 octobre 2006). La Télécratie contre la démocratie. Lettre ouverte aux représentants politiques, Flammarion, Paris, pp.229-231

mardi 10 octobre 2006

Rechercher sur Internet, une méthodologie

L'Entreprise.com a mis en ligne un dossier méthodologique de recherche sur Internet en 4 étapes avec des astuces et une approche point par point : "Recherches sur Internet, il n'y a pas que Google dans la vie".

"On peut tout trouver sur internet, à condition de formuler correctement sa requête. Voici les règles, et des outils plus performants que les moteurs de recherche de base. Ils vous donneront accès aux pages invisibles du web."

Les 4 points :

Première étape : apprendre à chercher avec les moteurs généralistes (Google.com, MSN.com, Yahoo.com et Ask.com),

Deuxième étape : élargir son champ d'investigation avec les métamoteurs (Dogpile, Mamma et le payant Copernic Agent Pro),

Troisième étape : fonctionner à l'instinct avec les portails (Enfin.fr, Beaucoup.com, Dmoz.com, Goshme.com, About.com, Indexa.fr, Objectifgrandesecoles.com),

- Quatrième étape : approfondir sa recherche avec les bases de données payantes.


Une lecture à enrichir par ces deux papiers :

- Cinq astuces pour mieux utiliser un moteur de recherche,

Une astuce de pro : "Utilisez des portails sectoriels pour repérer des sources spécialisées" (Véronique Mesguich, directrice adjointe de l'infothèque du pôle universitaire Léonard-de-Vinci).


Source :

Mestre de Laroque, Amaury (10 octobre 2006). " Recherches sur Internet : il n'y a pas que Google dans la vie " (En ligne), L'Entreprise.com, Groupe Express-Expansion, Paris, Dossier (Page consultée le 10 octobre 2006)

lundi 9 octobre 2006

Manuel Castells, émergence des médias de masse individuels, mass self communication

Paru en août 2006 dans Le Monde Diplomatique, l'article de Manuel Castells (Professeur de Communication et chercheur spécialiste des réseaux et de la galaxie Internet) intitulé "Émergence des "médias de masse individuels" " figure désormais en intégralité dans les archives du site Internet du mensuel.

Dans ce papier, Manuel Castells évoque comment s'est constitué ces dernières années, via l'utilisation des technologies, "une nouvelle forme sociale de communication, certes massive, mais produite, reçue et ressentie individuellement" qu'il définit comme "la Mass Self Communication (la communication de masse individuelle)" :

"Techniquement, cette communication de masse individuelle participe d'Internet, mais aussi du développement des téléphones portables. Il y aurait à ce jour plus d'un milliard d'utilisateurs de la Toile et près de deux milliards d'abonnés au téléphone mobile. Les deux tiers des habitants de la planète peuvent communiquer grâce à un portable, y compris là où il n'y a ni électricité ni lignes de téléphone fixe. En très peu de temps, les nouvelles formes de communication ont explosé. Les gens ont développé leurs propres systèmes : SMS, blogs, skype... Le peer-to-peer (en français,"poste à poste") ou P2P rend possible le transfert de n'importe quelle donnée numérisée."

(...)

"Ce phénomène constitue ainsi une nouvelle forme sociale de communication certes massive, mais pourtant produite, reçue et ressentie individuellement. Partout dans le monde, elle a été récupérée par les mouvements sociaux. Mais ils ne sont en aucun cas les seuls à utiliser ce nouvel outil de mobilisation et d'organisation. À leur tour, les médias traditionnels tentent de s'arrimer à ce mouvement, et, en utilisant leur puissance commerciale et médiatique, ils sont en train de créer un maximum de blogs possible autour d'eux. Il n'en reste pas moins que, à travers la communication de masse individuelle, les mouvements sociaux comme les individus en rébellion sont en mesure d'agir sur les grands médias, de contrôler les informations, de les démentir le cas échéant, ou même d'en produire."


Dans une conclusion dans le champ des possibles, Manuel Castells voit dans ces phénomènes, une ressemblance avec la reconstruction de nouvelles formes politiques, dont on ne connaît pas le futur :

"L'existence et le développement des réseaux électroniques offrent à la société une plus grande faculté de contrôle, d'intervention. Et une capacité supérieure d'organisation politique à ceux qui se tiennent en dehors du système traditionnel."


L'article du Monde Diplomatique est tiré de l'intervention de Manuel Castells au séminaire "Media Between Citizens and Power" qui s'est tenu les 23 et 24 juin 2006 à San Servolo, Italie.


Source :

Castells, Manuel (août 2006). "Émergence des "médias de masse individuels"" (En ligne), Le Monde Diplomatique, Paris, n°629, pp.16-17

Web2Bretagne : une initiative régionale sur le Web 2.0

A l'initiative de Michel Briand, maire adjoint de Brest en charge de la démocratie locale, de la citoyenneté et des nouvelles technologies, et d'acteurs bretons (Ecole Normale Supérieure des Telecoms, France Telecom Recherche & Développement, pôle de recherche M.A.R.S.O.U.I.N, associations, collectivités locales...), vient de naître l'initiative Web2Bretagne qui vise à donner à voir les initiatives locales Web 2.0 (répertorier les actions existantes), à faire naître des projets collaboratifs dans une dynamique coopérative et à mettre en lumière régionalement le Web 2.0 et ses enjeux :

"L'initiative web2bretagne mêle innovation horizontale, informatique en réseau, logiciel libre et espace commun de création collective. Elle s'inscrit dans le mouvement du Web 2.0 et s'appuie sur les territoires. Elle est née de l'initiative plus large Overcrowded".



L'initiative Web2Bretagne s'appuie sur un Wiki et une liste de diffusion Groupe de travail sur le Web 2.0 en Bretagne. Un calendrier d'actions et de rendez-vous en Bretagne est déjà en ligne. Merci à Michel Briand pour ces infos.


Source :


Collectif (9 octobre 2006). Web2Bretagne (En ligne), Association Infini, Brest, Wiki (Page consultée le 9 octobre 2006).

mardi 3 octobre 2006

Dominique Pasquier : pratiques culturelles des jeunes et technologies au sein du foyer

Dans le numéro n°4 des Grands Dossiers de Sciences Humaines (septembre 2006) consacré à la jeunesse, le journaliste Xavier Molénat interroge la sociologue Dominique Pasquier (directrice de recherche au C.N.R.S., membre du Centre d'Études des mouvements sociaux à l'E.H.E.S.S.), spécialiste des cultures adolescentes, sur une crise des transmissions de la culture. Il y est question d'autonomie relationnelle et de technologies au sein de l'habitation :

"Désormais les foyers sont des territoires clivés selon les générations, où l'on ne trouve plus d'objet culturel commun. La chambre des enfants est ainsi devenue un espace personnel (les parents frappent avant d'entrer en demandant s'ils ne dérangent pas), avec souvent tout l'éventail des nouveaux médias qui permettent d'entretenir leurs pratiques culturelles : la télévision, l'ordinateur, les jeux vidéo, Internet, sans compter évidemment le téléphone portable.
Je pense que cette individualisation, cette privatisation de la culture pour les jeunes, autorisée par les parents, financée par eux sans aucune conflictualité, est un phénomène franchement nouveau, qui contribue massivement à renforcer le poids de la culture générationnelle au détriment de celle des parents."

Source :

Molénat, Xavier (septembre 2006). Dominique Pasquier, sociologue, Culture ; une crise des transmissions (En ligne), in Les Grands Dossiers des Sciences Humaines n°4, Sciences Humaines, Paris, pp.42-43

jeudi 28 septembre 2006

Jacques Cotta, 7 millions de travailleurs pauvres, la face cachée des temps modernes

Le journaliste Jacques Cotta a publié chez Fayard, le 27 septembre, un récit-essai sur une population française oubliée : les 7 millions de travailleurs pauvres : "7 millions de travailleurs pauvres. La face cachée des temps modernes".


Il y décrit de façon magistrale la vie au quotidien d'hommes et de femmes sans logis qui, la plupart du temps, errent chaque soir pour trouver un logement digne de ce nom, cherchent de quoi manger et désirent se laver ; ces mêmes personnes qui travaillent chaque jour pour un salaire dérisoire.


Crise du logement oblige, ces travailleurs pauvres sont victimes de la gentrification, terme barbare mais urbain, leur faible niveau de revenus les excluant de la ville mais aussi de la périphérie des villes. De plus en plus rejetées dans le rural, ces personnes se voient rejeter de la possibilité d'avoir un travail stable du fait de la difficulté à se déplacer par les modes de transports en commun, leur accès à la culture demeure limité, ne parlons même pas d'un accès à Internet digne de ce nom. Le livre de Jacques Cotta évoque ces gens-là, ceux qui n'ont pas d'organisations représentatives, ceux qui se taisent, dans la société française, qui n'existent pas sauf dans des statistiques liées à des revenus :

"Depuis que j'ai quitté l'homme au costume, je reste en butte à quelques questions qui se bousculent. Qui sont vraiment ces nouveaux pauvres, ces "poor workers" à la française ? La clocharde vautrée est détectable, mais eux ? Y a-t-il une trajectoire bien identifiée qui mène à cette nouvelle pauvreté, ou chaque cas est-il particulier ? Comment ces nouveaux pauvres ont-ils basculé ? Comment vivent-ils au quotidien ? Pour quelle raison l'homme qui vient de me parler a-t-il tout d'un coup sombré ? Il est environ 20h30, la pluie a cessé, et l'agitation habituelledu quartier a repris le dessus. Sous les appareils de chauffage extérieurs, les terrasses sont pleines, la musique resonge, couvrant le bruit des voitures qui passent à toute allure.

Malgré les apparences, statistiquement, il y a là des hommes et des femmes directement concernés que je ne peux repérer. Ils sont en effet 7 millions de France à connaître cette pauvreté, à ne pouvoir se nourrir, subvenir à leurs besoins élémentaires, se loger. Plus de 3 sans domicile fixe sur 10 ont un boulot et pourtant, comme l'homme que j'ai quitté à l'instant, cherchent soir après soir où dormir. Comment les reconnaître alors qu'ils sont comme vous, comme tout le monde, comme moi ?"


Statistiquement en France, plus de 7 millions de salariés perçoivent un salaire inférieur à 722 euros par mois et se trouvent dans l'incapacité de se nourrir, de se loger ou de s'habiller décemment, de même que leur famille. Plus de 12 millions ont moins de 843 euros de revenu mensuel. Entre la moitié et les deux tiers des femmes qui travaillent ont un contrat d'intégration (CES, CIE, CES...) et touchent moins de 750 euros par mois, ont un enfant, vivent seules ou avec un conjoint au chômage et forment 90 % des familles monoparentales.


Alors que la France n'a jamais été aussi riche - le Produit Intérieur Brut est en progression constante depuis le début des années 1990 - la précarité s'est développée sur un mode exponentiel. En 10 ans, l'intérim a augmenté de 130 %, le nombre de CDD de 60 %, les CDI de seulement 2 %. Plus d'un million de personnes bénéficient du RMI, plus de 500 000 de l'allocation solidarité.


Daniel Mermet (France-Inter) a consacré son émission "Là-bas si j'y suis" du 27 septembre à un entretien avec le journaliste Jaques Cotta à l'occasion de la sortie de son livre 7 millions de pauvres. Vous pouvez écouter cette émission à cette adresse.


Source :

Cotta, Jacques (27 septembre 2006). 7 millions de travailleurs pauvres, la face cachée des temps modernes, Fayard, Paris, 308 p.

mardi 5 septembre 2006

William J. Mitchell, la ville du XXIe siècle

William J. Mitchell est professeur au MIT (Massachusetts Institute of Technology, voir son site) et à la tête du MIT's Program in Media Arts and Sciences qui comprend le MIT media Lab.


Dans le numéro 91 de la revue scientifique en sciences humaines et sociales Sociétés, il s'interroge via l'article "L'espace entre les mots : Symboles, espace et ville" sur l'organisation de l'espace urbain comme constitutive de la relation de la communication dans une dimension narrative ; l'espace comme comme environnement qui se dote technologiquement d'éléments, de symboles et d'informations importés et valorisés in situ ; extrait :

"Ces déplacements, dislocations, insertions et combinaisons d'information numérique en rapport avec les environnements architecturaux et urbains ont toujours été lourds de conséquences, et le seront encore davantage à l'avenir. Un acheteur jadis était cantonné au monde clos d'un magasin ; on peut maintenant passer un coup de fil de son portable pour savoir quoi acheter pour le dîner, ou surfer sur Internet pour comparer les prix. Au moment de payer, un appareil sans fil lira les codes barres sur les produits achetés, les encaissera tout en mettant à jour le système d'inventaire des stocks. Un responsable politique peut désormais rester en contact au moyen de son Blackberry et donner des instructions, le tout sans quitter la salle de réunion, ni interrompre le débat qui s'y tient. L'étudiant dans son amphithéâtre n'interagissait auparavant qu'avec les éléments fournis par le professeur ; il peut désormais taper sur Google le sujet de l'intervention depuis son ordinateur portable, et rassembler des ressources accumulées autour du sujet du cours. (...) 

Contrairement à ce qu'on imaginait couramment il y a quelque temps pourtant, l'ubiquité qui caractérise les réseaux numériques n'a pas tout simplement gommé les différences entre les lieux, permettant à n'importe quoi de se produire n'importe où, à n'importe quel moment. Au contraire, cela s'est mué en mécanisme d'injection permanente d'informations au sein de contextes autrefois inaccessibles, ajoutant une nouvelle couche de sens. 

À mesure que ces différents modes et moyens de communication ont fait leur apparition les uns après les autres, ils se sont partiellement substitués à leurs prédécesseurs ; on peut, par exemple, choisir de décrocher le téléphone ou d'envoyer un e-mail au lieu de donner rendez-vous quelque part à un ami pour une conversation en tête à tête. La plupart du temps cependant, les nouvelles formes d'information se surajoutent et viennent compléter ce qui existait auparavant. Le mot écrit n'a pas mis un terme aux échanges parlés, et le mot électronique n'a pas tué l'imprimerie.

Toutes les pratiques de communication que j'ai décrites ici - de la discussion entre personnes rassemblées à portée de voix à propos de choses à portée de main à l'inscription et la lecture d'étiquettes, la construction et le téléchargement de pages web accessibles à l'échelle planétaire, l'envoi et à la réception d'e-mails jusqu'aux réunions en ligne depuis son ordinateur - travaillent ensemble à la fois dans le but de donner sens aux édifices et aux villes et d'en tirer du sens. Les fonctions sociales et culturelles des espaces construits sont devenues indissociables de l'opération simultanée de multiples systèmes de communication à l'oeuvre autour et à l'intérieur d'eux. On ne peut plus (n’a-t-on jamais pu ?) comprendre l'architecture en tant que médium autonome fait de masses, d'espaces et de lumière ; elle sert de nos jours de base construite à la rencontre et à l'extraction de sens à partir de flots d'information auditive, textuelle, graphique et numérique se recoupant au travers de réseaux planétaires."


Source :

Mitchell, William J. (2006). Trad. Bosqué, Clément. "L'espace entre les mots : Symboles, espace et ville" in Sociétés n°91, De Boeck, Bruxelles, pp.20-21

jeudi 31 août 2006

Le partage du savoir, toujours pour demain, Entretien du 21e siècle à l'UNESCO le 25 septembre 2006

Dans le cadre du cycle des "Entretiens du XXIe siècle", la Division de la prospective de l'UNESCO, organise dans ses locaux  (7 place de Fontenoy, Paris 7e), une rencontre-événement le lundi 25 septembre 2006 de 18h30 à 20h30 sur le thème "Le Partage du savoir" qui s'annonce passionnante.


Jacques Attali (Président fondateur de Planet Finance, organisation oeuvrant pour le développement de la microfinance), Boutros Boutros-Ghali (Ex-Secrétaire Général de l'ONU) et et Nouzha Guessous Idrissi (Présidente du Comité International de Bioéthique) dialogueront autour du thème :

"Le partage du savoir : toujours pour demain ?"


Inscription obligatoire et renseignements : Maison de l'UNESCO, 7 Place de Fontenoy, Paris 7e
Courriel : as.de-goy@unesco.org
Téléphone : 01 45 68 46 67

jeudi 10 août 2006

Fabien Girardin, “Ubicity”, la connexion permanente en réseau dans les villes

Dans le premier cahier de tendances sur le thème “Mobilités, la clé des villes” de Jean-Claude Decaux, publié en édition limitée en mai 2006, des chercheurs et penseurs de notre temps s’expriment les villes d’aujourd’hui et de demain.


Dans le chapitre, “La Ville digitale”, Fabien Girardin (ingénieur en informatique, qui prépare une thèse sur le travail collaboratif dans un contexte d’environnements mobiles et ubiquistes) évoque la connexion permanente en réseau et les risques d’exclusion liés aux technologies mobiles dans un article intitulé “Ubicity” ; extrait :

“La technologie, dans sa dimension pervasive, participe d’une reconfiguration de l’espace et des liens sociaux comme elle l’a fait de tout temps. Nous nous dirigeons résolument vers une connectivité généralisée, omniprésente, interconnectée certes et qui devrait servir l’hétérogénéité de nos demandes de citadins dans le mouvement. Admettons les limites d’une “intelligence” qui ne peut encore réellement servir une expérience riche dans la continuité à laquelle elle prétend. Admettons un niveau de complexité sur l’ensemble qui dépasse de très loin la somme de ces composants. Admettons qu’il faudra cheminer sur la ligne étroite qui sépare le pervasif de l’intrusif. Admettons que les modèles économiques sont encore peu clairs.

Dans une vision techno-optimiste, on a tendance à conférer à la technologie des valeurs humanistes, comme si elles étaient source de l’ordre et de la maîtrise, en oubliant que le désordre fait partie intrinsèque du paysage. Nous nous situons dans une phase pré-productive de l’intégration harmonieuse de nos mondes digitaux à notre vie physique. La mise en place de scénarios d’usages massifiés appelle à comprendre les impacts sociaux, humains et environnementaux. Dans ce sens, ne pas offrir au citoyens des moyens d’appropriation et d’accommodation de ces technologies prégnantes et invisibles risque de miner les bénéfices de la cité numérique.”


Source :

Girardin, Fabien (mai 2006). “Ubicity”, in “Mobilités, la clé des villes”, Cahier de tendances, Jean-Claude Decaux, Neuilly-sur-Seine, p.89

lundi 7 août 2006

Serge Proulx et Johanne Saint-Charles : “L’appropriation personnelle d’une innovation : le cas d’Internet” et l’appropriation de la culture technique chez les usagers débutants

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Dans un article passionnant et synthétique de 2004 pour un numéro de la revue scientifique Informations Sociales sur le Destin des innovations, intitulé “L’appropriation personnelle d’une innovation : le cas d’Internet” (6 pages téléchargeables en .pdf), les chercheurs québécois Serge Proulx et Johanne Saint-Charles décrivent à partir d’un échantillon qualitatif stratifié de 48 usagers adultes de l’Internet (exposés ou non à la culture informatique) des trajectoires d’appropriation de l’innovation Internet de manière à bien l’intégrer dans leurs pratiques quotidiennes. Ils s’attachent “au rôle des réseaux personnels (constituant l’entourage des usagers) dans l’appropriation d’Internet : amis, famille, collègues à l’école ou au travail, appuis fournis par la fréquentation des réseaux en ligne”.


Dans une dernière partie, Serge Proulx et Johanne Saint-Charles s’intéressent à l’appropriation de la culture technique, en particulier chez les usagers débutants ; extrait :

“Nous avions décidé de distinguer a priori entre le groupe des “usagers débutants”, des “usagers intermédiaires” et le groupe des “usagers avancés” : au fil de l’enquête, nous avons éprouvé une certaine difficulté avec cette catégorisation. En effet, la plupart des répondants avaient tendance à se situer eux-mêmes dans la catégorie des “usagers intermédiaires”. Cette catégorisation ne permettait peut-être pas suffisamment de discriminer entre les pratiques consistant à simplement faire usage de logiciels (c’est le cas le plus souvent en bureautique, par exemple) et les pratiques liées à la programmation (l’informatique proprement dite). Il s’agit en fait de deux types distincts d’expertise : par exemple, un usager peut être un expert dans l’usage d’un logiciel spécialisé tout en étant en même temps ignare en programmation informatique. Et la proposition symétrique est tout aussi vraie.

D’autres usagers – à plusieurs reprises, il s’agissait de personnes moins scolarisées quoique ce genre de récits s’est retrouvé aussi dans toutes les catégories de répondants – marquaient unfort intérêt pour la quincaillerie informatique (exemples : comparaison des possibilités de performance technique de tel ordinateur vis-à-vis de tel autre ; plaisir éprouvé à monter et démonter un ordinateur personnel) sans pour autant s’intéresser vraiment à des logiciels particuliers et à l’usage effectif de ces logiciels dans leurs pratiques quotidiennes. Comme si, pour plusieurs personnes, l’ordinateur exerçait un intérêt mais, en même temps, ils ne savaient pas trop comment ils pouvaient l’utiliser (dans leur pratique quotidienne, ils n’écrivent pas; ils ne ressentent pas le besoin de faire des recherches avec Internet, etc.). Le plaisir que ce type d’usagers éprouvent serait lié au monde de l’informatique et des logiciels comme un monde à découvrir en soi, indépendamment des usages effectifs que l’on pourrait développer. Parmi ces usagers, nous retrouvons ceux et celles qui développent une attitude exploratoire et ludique face au monde de l’informatique (par opposition à un usage de l’ordinateur comme outil) : ainsi, certains désirent avoir accès à tel nouveau logiciel de manière à pouvoir l’explorer de toutes les manières. Suite à cette exploration relativement rapide, ils chercheront de nouveaux logiciels à découvrir, simplement pour le plaisir de la découverte. Dans une recherche précédente, nous avions désigné cette catégorie d’utilisateurs comme les usagers ludiques en opposition à la catégorie des usagers utilitaires qui se servent de l’ordinateur comme un outil à l’intérieur d’une pratique (…). Ces derniers auront tendance à utiliser le même logiciel pendant plusieurs années sans éprouver le désir d’en changer. Nous avons retrouvé plus fréquemment des usagers ludiques parmi les hommes et parmi les répondants les moins scolarisés. Il serait intéressant d’approfondir cette hypothèse dans une perspective diachronique : alors que les usagers plus jeunes ont vécu l’informatique comme un “donné” rapidement banalisé – un peu comme le téléphone pour la génération précédente – les usagers de plus de 30 ans ont appréhendé progressivement l’univers de l’informatique comme un nouveau monde à découvrir et à explorer, parfois par le jeu, parfois sur les lieux du travail.”


Source :

Proulx, Serge et Saint-Charles, Johanne (2004). “L’appropriation personnelle d’une innovation : le cas d’Internet” [En ligne], in Informations Sociales, n°116, Le Destin des innovations, Caisse Nationale des Allocations Familiales, Paris, 6 p. (Page consultée le 8 août 2006)

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