Jean-Luc Raymond

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mercredi 8 novembre 2006

Définition de la philosophie et du capitalisme, l'ère du numérique par Bernard Stiegler

Dans un remarquable reportage sonore (fichier podcast) de 3 minutes : "La philosophie, c'est d'abord de la politique", Monsieur Tympan donne la parole au philosophe Bernard Stiegler qui définit la philosophie et le capitalisme de notre temps, un capitalisme hyperindustriel, selon ses termes. Un condensé de la pensée de Bernard Stiegler ainsi mis en onde est plutôt rare.


Dans son édition du 16 décembre 2005, le quotidien La Croix, sous la plume de la journaliste Aude Carasco, revenait sur le parcours atypique de Bernard Stiegler : Stiegler, philosophe de l'ère numérique. Dans ce portrait, le philosophie s'exprime sur la consommation des outils technologiques actuels et le temps personnel qui y est consacré chaque jour par nombre de personnes :

"Comment expliquer cette perte d'identité, cette sensation de n'être rien ni personne ? D'après Bernard Stiegler, nos sociétés de consommation, dans lesquelles le marketing et les industries culturelles prescrivent ce qu'il faut avoir et être, ôteraient aux individus leur "singularité". "Je" s'effacerait ainsi au profit d'un "on" moutonnier.

"L'objet de consommation, le portable, les e-mails… captent notre libido, nos temps disponibles, ce qui nous rend indisponibles pour nos enfants, nos parents, la vie de la cité… Dès lors, il y a une démotivation, un désinvestissement social, qui peut aller jusqu'à un phénomène de destruction. Si bien que lorsqu'il y a passage à l'acte, il n'y a plus de limite. Les gens agissent sans vergogne", explique-t-il.

L'urgence consisterait donc à redonner du sens au "nous". Au collectif. Au vivre ensemble. Entre gens singuliers. "D'accord avec le diagnostic. Mais, qu'allez-vous faire maintenant ?" La sempiternelle question est revenue à l'issue d'une conférence, à Berlin, en avril dernier. Bernard Stiegler a alors décidé, "sur-le-champ", de créer une association (
Ars Industrialis)."

Haptique (tendance 003)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot ou expression à suivre...

En informatique, les technologies d'interface entre l'utilisateur et la machine permettent d'établir une communication. Les logiciels de reconnaissance vocale sont déjà diffusés dans de nombreuses applications. Autre développement à venir : l'interface haptique (du grec haptein "toucher", le terme haptique désigne la science du toucher, par analogie avec acoustique ou optique). Le projet européen de recherche GRAB (Computer GRaphics Access fo Blind People through a haptic virtual environment) veut offrir aux non-voyants un accès au monde graphique des ordinateurs :

"L'utilisateur glisse ses deux index dans des réceptacles portés par des bras montés sur vérins qui vont simuler la résistance qu'offrirait une image en trois dimensions si elle était parcourue du bout des doigts. L'équipement consiste en ce couple de bras articulés - interface haptique -, une unité de reconnaissance et de synthèse vocale permettant la communication entre l'homme et la machine et un logiciel de modélisation de géométrie tactile qui pilote l'interface. Ce logiciel est générique, c'est-à-dire qu'il peut s'adapter à différents types d'interfaces haptiques et utiliser toute image tridimensionnelle encodée selon la norme standard d'échange entre systèmes CAD (conception assistée par ordinateur). Des non-voyants ont pu tester cette innovation, notamment en expérimentant une chasse au trésor dans un bâtiment parsemé de pièges et en découvrant la structure d'une ville à partir d'une carte reconstituée."

Doctorant en réalité virtuelle et infohaptie, Aurélien Pocheville définit ainsi l'haptique :

"L'haptique concerne l'étude du sens du toucher, au sens large. On peut décomposer notre interaction avec des objets par le biais de notre main par exemple, de la façon suivante:

- Le sens kinesthésique : c'est la sensation des forces. Notre système moteur nous informe en permanence de la position de notre bras, ainsi que des efforts que nous effectuons pour le mouvoir. Lorsque nous effectuons un effort, mais que notre bras ne bouge pas, nous avons une sensation de force. C'est par exemple le cas lorsque nous appuyons notre bras sur une table.

- Le sens tactile : c'est la sensation des textures. Au bout de nos doigts (et plus largement sur notre peau), nous possédons des capteurs de pression qui nous donne une information sur le relief de l'objet. C'est ce qui nous permet de différencier facilement un objet lisse d'un objet rugueux, par exemple.

- Le sens thermique : c'est la sensation de froid ou de chaleur. Cette sensation nous renseigne sur deux points: tout d'abord, la température de l'objet par rapport à notre doigt (quand notre doigt est froid, les objets nous paraissent plus chauds). Ensuite, la nature de l'objet. Même si un morceau de bois et un morceau de métal sont à la même température, nous les percevons différemment. Pour nous, le métal est plus "froid" que le bois."

mardi 31 octobre 2006

Pratiques culturelles et numériques inégalitaires en France, Olivier Donnat

Dans le remarquable ouvrage coordonné par Louis Maurin et Patrick Savidan : "L'Etat des inégalités en France" (Editions Belin, 2006), Olivier Donnat (sociologue, auteur de plusieurs études du Ministère de la Culture et de la Communication), s'interroge sur les pratiques et consommations culturelles sous l'angle de la trajectoire sociale des individus. Il en dresse un constat via l'article "Culture : diversification et logique du cumul" éclairant sur les écarts toujours importants entre milieux sociaux, les classes d'âge ; renforçant les pratiques culturelles pour les personnes déjà sensibilisés à la participation à la vie culturelle (fait lié au niveau de diplôme et de revenus et à une familiarité précoce avec l'Art sans oublier une proximité de l'offre culturelle) :

"Les résultats des enquêtes montrent que les catégories de population les moins favorisées continuent à très peu fréquenter les équipements culturels et que le "désir" de culture demeure étroitement corrélé au capital culturel : la confrontation directe et régulière avec les oeuvres demeure l'apanage d'une minorité de Français et les réticences à l'égard de la création contemporaine demeurent fortes. En un mot, il n'y a pas eu de réel élargissement des publics au-delà des classes moyennes, pas de "rattrapage" des milieux sociaux les moins bien dotés au plan socio-économique".



Les technologies sont inégalitaires en terme d'accès et d'utilisation. Les inégalités de revenu et de diplômes demeurent fortes et prégnantes dans les usages liés aux logiciels courants dits "grand public" (bureautique) et d'accès à Internet. En parallèle, la culture se consomme plus qu'elle ne se pratique ; elle est appropriation de biens dans le mode de "posséder le bien culturel" et de le redistribuer :

"À l'heure du numérique, la participation à la vie culturelle ne peut plus se mesurer à la seule aune de la fréquentation des équipements. En effet, le développement des médias domestiques combiné à la diversification des programmes a permis de "transporter" l'art et la culture dans les foyers et favorisé l'émergence de nouveaux modes de consommation et d'appropriation des oeuvres. Il en a résulté de profondes transformations des rapports à la musique, aux films et plus récemment aux textes, sans toutefois que la loi du cumul qui est souvent dominante dans le domaine culturel - la culture va à la culture, comme l'argent va à l'argent - ne soit remise en question : de même que les amateurs d'Arte ou des émissions culturelles sont souvent des habitués des théâtres et des musées, ceux qui louent ou achètent des DVD vont plus souvent au cinéma que la moyenne et ceux qui téléchargent de la musique fréquentent plus les concerts que ceux qui ne le font pas. La diversité des modes d'accès à la culture a certes permis une augmentation des consommations culturelles, mais elle a jusqu'à présent surtout permis aux personnes ayant un intérêt pour l'art et la culture d'enrichir la palette de leurs comportements et de leurs goûts."



Source :

Donnat, Olivier (septembre 2006). "Culture : diversification et logique du cumul", in L'État des Inégalités en France 2007, Observatoire des inégalités, Belin, Paris, pp.169-173

lundi 30 octobre 2006

Que sont devenus les emplois jeunes des collectivités locales ?

A une époque, on a pu facilement gloser sur les emplois jeunes et leur utilité, voire sur la sortie du dispositif pour nombre de ces employés qui ont fait partie du dispositif du Ministère du Travail "nouveaux services, nouveaux emplois" dès la fin des années 90. Aujourd'hui, on reconnaît peu l'apport de ces salariés au sein des collectivités territoriales qui ont pourtant rempli des missions de service public. Ils sont le creuset de l'animation multimédia dans les Espaces Publics Numériques, des lieux naissants où ils ont souvent inventé, créé avec des moyens raisonnables dans un contexte de découverte des nouvelles technologies pour la majorité des Français. On oublie souvent de dire que plus de 10 % des Français, selon les statistiques, ont découvert les utilisations possibles de l'ordinateur et de l'internet dans des espaces multimédias à but non lucratif. Que sont devenus ces emploi jeunes ? Comment se sont-ils intégrés dans la vie professionnelle à l'issue de ce contrat de 5 ans ?


Une étude de la DARES (Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques, Ministère de l'Emploi, de la cohésion sociale et du logement) publiée ce jour s'est intéressée au devenir des emplois jeunes : "Que sont devenus les "emplois-jeunes" des collectivités locales, établissements publics et associations ?" (téléchargeable en pdf avec des tableaux au format Excel).


La conclusion montre l'efficacité du dispositif dans son ensemble comme le souligne ce résumé :

"Trois quarts des jeunes embauchés début 1999 en emploi-jeune dans une collectivité locale, un établissement public ou une association et restés au moins deux années en poste ont occupé un emploi immédiatement après leur sortie du dispositif. Parmi eux, 61 % sont restés chez leur employeur sur un contrat de droit commun ou en stage et 23 % ont été maintenus sur leur poste emploi-jeune grâce à une aide supplémentaire de trois ans en vue de sa pérennisation, les autres trouvant un emploi chez un autre employeur.

L'insertion professionnelle a été rapide quand le jeune a choisi de rompre son contrat avant le terme des cinq ans d'aide de l'État : près des deux tiers avaient déjà trouvé un emploi au moment où ils ont rompu leur contrat. L'insertion a été en revanche plus difficile quand le contrat est arrivé à son terme et que le jeune n'a pas pu rester chez son employeur.

Pendant leur emploi-jeune, six jeunes sur dix ont préparé un diplôme ou un concours d'entrée dans la fonction publique et quatre sur dix l'ont obtenu. Si la réussite au concours a été le gage d'une insertion professionnelle rapide et stable, l'obtention d'un diplôme ou d'un titre a eu peu d'impact sur l'insertion des jeunes à 18 mois."


Source :

Rotman, Gilles (30 octobre 2006). "Que sont devenus les "emplois-jeunes" des collectivités locales, établissements publics et associations ?" (En ligne), in Premières Synthèses, n°44.1, Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques, Ministère de l'Emploi, de la cohésion sociale et du logement, Paris, 6 p. et annexes (Page consultée le 30 octobre 2006)

vendredi 20 octobre 2006

TICE et Développement, revue scientifique publiée par l'Université de Yaoundé sur les problématiques numériques et d'enseignements

TICE et Développement est le nom d'une jeune revue scientifique publiée en ligne par l'Université de Yaoundé 1 (Cameroun) en partenariat avec l'Agence Universitaire de la Francophonie sur le thème : "Recherche sur les TICE dans les pays francophones du Sud". Les chercheurs africains peuvent ainsi vulgariser leurs travaux scientifiques plus facilement. La publication fonctionne sur la base d'un partenariat entre les universités du Nord (Mons, Montréal, Strasbourg) et celles du Sud (Dakar, Alger, Maurice, Yaoundé, Tunisie). Tous les 6 mois, avec un nouveau numéro, TICE et développement met en avant les travaux des enseignants et chercheurs en charge de la formation des enseignants :

"La revue se propose aussi de constituer et d'étendre des réseaux de chercheurs en vue de mettre en commun les protocoles de recherche, les outils épistémologiques relatifs aux TICE. On pense par exemple aux données et aux outils d'interprétation, puis au mode de validation des résultats. La revue se propose enfin d'analyser la place des TICE dans la société traditionnelle et dans les systèmes éducatifs de nos pays respectifs. Les thématiques qui constitueront le contenu de TICE ET DÉVELOPEMENT vont donc concerner les usages des TICE dans les sociétés francophones, leur impact dans les systèmes éducatifs et les modes d'apprentissage et d'appropriation. Trois axes thématiques sont retenus :
- L'analyse des pratiques de terrain incluant non seulement l'enseignement, mais aussi l'évaluation ;
- La recherche pour l'innovation de l'enseignement/apprentissage ;
- Les travaux de recherche sur l'intégration des TICE dans la société et sur la contribution des TIC à la culture citoyenne."


Les n°1 et n°2 sont consultables en ligne. Thèmes des prochains numéros :
TICE et Développement n° 3 : Quelles plates-formes d'enseignement à distance pour l'Afrique ?
TICE et Développement n° 4 : Dispositifs et pédagogie pour un enseignement en ligne ?
TICE et Développement n° 5 : Quelles normes pour l'enseignement en ligne en Afrique ?
Info via le Café pédagogique.


Source :

Essono, Louis Martin Onguene (octobre 2006). TICE et Développement (En ligne), Université de Yaoundé 1, Cameroun, Site (Page consultée le 20 octobre 2006).

mercredi 18 octobre 2006

Feirouz Boudokhane, Comprendre le non-usage technique, réflexions théoriques, usages et non-usages des Technologies de l'Information et de la Communication

Feirouz Boudokhane est doctorante en Sciences de l'information et de la communication au sein du GREM (Groupe de Recherche et d'Étude sur les Médias) à l'Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3 et prépare actuellement une thèse intitulée "L'Internet refusé : étude sur le non-usage du réseau" sous la direction d'André Vitalis.


Dans un article scientifique (working paper) paru le 16 octobre 2006 : "Comprendre le non-usage technique : réflexions théoriques", Feirouz Boudokhane essaye d'identifier certains éléments explicatifs du non-usage technique des Technologies de l'Information et de la Communication pour sortir du cadre habituel usages/usagers. L'acte de non-usage peut-il être expliqué ? Feirouz Boudokhane présente un état de l'art théorique des recherches sur cette thématique. L'approche est donc multiple : elle va des facteurs explicatifs du non-usage liés aux caractéristiques de la technique (l'inconvénient perçu ; l'incompatibilité perçue ; les risques perçus ; les "faibles" possibilités d'essai et de transfert) aux caractéristiques de l'individu permettant de déterminer le non-usage (l'impact du sentiment d'auto-efficacité sur le non-usage ; autres caractéristiques).


En conclusion, Feirouz Boudokhane fait allusion à Michel de Certeau (le "braconnage", lire à ce propos "Michel de Certeau et la mystique du quotidien" par Pierre Macherey) :

"Dans l'univers des TIC, il n'y a pas que des "braconnages" et des détournements des modes d'emploi, mais il y a aussi des formes de non-usage voir des résistances à ces technologies. Il semble donc nécessaire de comprendre les raisons de ces phénomènes."


Source :

Boudokhane, Feirouz (16 octobre 2006). "Comprendre le non-usage technique : réflexions théoriques" (En ligne), Les Enjeux de l'information et de la communication, Université Stendhal Grenoble 3, 1 p. (Page consultée le 18 octobre 2006). Info via Olivier Trédan.

mardi 17 octobre 2006

Des émotions humaines en numérique par Image Metrics

Sur son blog Communiquer par l'image, le journaliste Alain Joannès s'intéresse à un article de Sharon Waxman publié dans le New York Times du 15 octobre 2006: Cyberface: New Technology That Captures the Soul.


La société californienne Image Metrics révolutionne l'imagerie numérique créée par des chercheurs britanniques, révolutionne l'image numérique en ayant mise au point une technologie ayant la capaciré de reproduire les formes humaines de l'expression humaine. Jusqu'alors, les logiciels d'animation graphique permettaient de donner des mouvements corporels aux personnages et aussi aux visages, à partir de capteurs sensoriels placés sur des humains, comme par simulation.


Le travail d'Image Metrics révolutionne les mimiques faciales grâce à la construction d'un modèle générique de visage humain à partir d'un algorithme :

"...susceptible d'appliquer sur ce modèle une gamme de variations expressives dérivée des six émotions primaires : surprise, joie, peur, dégoût, tristesse, colère. Concrètement : jusqu'ici, la transcription des émotions était limitée par le fait qu'on ne peut pas placer un capteur sur les yeux ou sur les commissures des lèvres ; or ces emplacements sont cruciaux pour la qualité et l'intensité de la communication non verbale. Image Metrics a contourné l'obstacle du capteur impossible à poser sur la rétine en modélisant la subtilité des expressions humaines et en les transformant en autant de "couches applicatives" dans un logiciel graphique."



Les acteurs humains vont-ils y perdre avec cette découverte ? Leur image va-t-elle être retouchée dans les films et la publicité ? L'art de la retouche numérique va connaître de nouveaux développements avec cette technologie naissante.


Source :

Waxman, Sharon (15 octobre 2006). "Cyberface: New Technology That Captures the Soul" (En ligne), New York Times, New York City, 2 p. (Page consultée le 17 octobre 2006)

lundi 16 octobre 2006

Cartographier les échanges et flux de populations dans le monde globalisé

L'Université de Princeton dans le New Jersey porte un projet passionnant : l'International Networks Archive conduit par le département de sociologie de la faculté. Dans un monde globalisé tel que le nôtre, les réseaux politiques, économiques, sociaux et culturels s'imbriquent dans des faisceaux de réseaux. Si l'on analyse communément les mouvements mondialisés de marchandises, les flux de population sont peu construits sous forme de représentations. Dans le monde, 600 millions de personnes voyagent par an pour différentes raisons et cela ne résulte pas forcément de raisons purement économiques.


L'International Networks Archive tente de rassembler des données et de les cartographier dans les champs des mouvements de biens et de personnes sur la planète afin d'en fournir des représentations comparatives dans 2 champs précis : la communication globale et les technologies de l'information ; la communication et l'inégalité dans le monde. Deux chiffres qui expliquent ces préoccupations : 95 % des machines connectées à Internet se situent dans des pays développés et 90 % des sites Internet les plus visités dans le monde sont américains.


En donnant à voir des cartes et représentations des échanges dans notre monde contemporain, l'International Networks Archive montre comment l'économie est transformée par des contrats internationaux, quelles sont les régions isolées de ces réseaux et comment s'établit une nouvelle hiérarchie des territoires sur notre planète.


Le site International Networks Archive comprend des papiers scientifiques, des données thématiques qui servent à élaborer des cartographies. Ainsi, Mapping Globalization traduit en cartes, en historiques et en analyses de données des tendances de la globalisation. Des infographies présentent la guerre du marché de l'eau, les filières du marché du tabac... Des cartes interactives permettent enfin de construire ses propres représentations en associant des territoires et des thématiques (marchés, infrastructures de communication), des cartes où la géographie habituelle est déformée.


Source :

Centeno, Miguel Angel (octobre 2006). "International Networks Archive" (En ligne), Princeton University's Sociology Department, New Jersey, Site (Page consultée le 16 octobre 2006).

jeudi 12 octobre 2006

Karine Barzilai-Nahon met en lumière les liens entre les facteurs de la fracture numérique en les contextualisant et en les intégrant dans une table de références

Une agence de Presse Américaine, le monde universitaire, celui de l'édition scientifique et par ricochet les médias américains se font l'écho ces jours-ci d'un article de Karine Barzilai-Nahon (Assistant professor du département The Information School, Université de Washington, Seattle, Washington, États-Unis) paru ce mois-ci dans la revue scientifique The Information Society : "Gap and Bits: Conceptualizing Measurements for Digital Divide/s" disponible ici en .pdf.


Ce papier est très critique sur la façon de mesurer traditionnellement ce qu'est la fracture numérique. Karine Barzilai-Nahon indique que les décideurs se contentent de collecter des données existantes et de les organiser pour donner un sens à leur discours au lieu d'essayer de conceptualiser la fracture numérique et ensuite de recueillir des données. En effet, les réseaux et technologies ne sont pas neutres : l'Internet est un espace politique et social structurant au niveau des contenus disponibles en ligne. Aussi, elle propose que le contexte (dans la notion d'actualité du concept du fracture numérique) soit un vrai critère reconnu dans la problématique et la mesure de la fracture numérique.


La chercheuse poursuit en affirmant que les indicateurs de mesure de la fracture numérique technique tels que l'accès à internet, la confiance donnée au e-commerce, l'accès au débit, utilisation de l'ordinateur à domicile ou au travail ne sont pas satisfaisants, . La combinaison accès/utilisation de l'ordinateur et de l'internet construit des systèmes de représentation biaisés de la fracture numérique puisque les indicateurs sociaux et psychologiques sont sous-estimés.


Pour travailler sur la fracture numérique et la mesurer, Karine Barzilai-Nahon propose un cadre de travail renouvelé avec un index intégrateur de composants du concept, un modèle qui a l'originalité de montrer les interrelations entre les facteurs de la fracture numérique ; un modèle conceptuel mêlant des remarques théoriques et empiriques et offrant, pour la première fois, à ma connaissance, une vision de l'historicité des facteurs pouvant être associés à la fracture numérique.


La table métrique de Karine Barzilai-Nahon regroupe 6 familles de facteurs liés à la fracture numérique avec des références de travaux scientifiques item par item identifié :


1. L'accès à l'infrastructure,
2. L'accessibilité (relative aux autres dépenses et au revenu moyen),
3. Utilisation et usages,
4. Les contraintes et aides de nature sociales et gouvernementales,
5. Les facteurs sociodémographiques,
6. L'accessibilité (pour les personnes avec handicaps et les populations avec des besoins spécifiques).


De cette table, Karine Barzilai-Nahon extrait un schéma d'interrelations entre les familles de facteurs qui sont pertinents dans des analyses sur la fracture numérique (p.273)... ce qui l'amène à parler de fractures numériques et non d'une seule fracture numérique.


Source :

Barzilai-Nahon, Karine (octobre 2006). Gaps and Bits: Conceptualizing Measurements for Digital Divide/s (En ligne), in The Information Society, Volume 22, n°5, Washington, pp.269-278 (Page consultée le 12 octobre 2006)

mercredi 11 octobre 2006

Le déploiement des TIC dans les territoires, le rôle des collectivités par Philippe Bouquillion et Isabelle Pailliart

Intéressant ouvrage : Le Déploiement des TIC dans les territoires : le rôle des collectivités, par Philippe Bouquillion (Professeur à l'Université de Paris 8 et chercheur à la Maison des Sciences de l'Homme) et Isabelle Pailliart (chercheuse au GRESEC, Groupe de Recherche sur les Enjeux de la Communication et Professeur à l'Université Stendhal de Grenoble) paru cette année aux Presses Universitaires de Grenoble.


Les deux chercheurs s'intéressent par un parcours historique, au rôle des techniques d'information et de communication dans le développement du territoire en particulier dans les éléments structurants ou déstructurants des territoires, au renforcement ou non des richesses locales et à la mise en valeur du local. Philippe Bouquillion et Isabelle Pailliart délivrent des pistes pour décrypter les logiques d'actions des pouvoirs publics (État, régions, départements, communes) et montrent comment des actions innovantes dans le domaine des TIC peuvent s'inscrire dans une politique locale. Ils expriment aussi des démarches symboliques souvent prescrites par les acteurs publics dans des utilisations des TIC ; extrait :

"Il est certes difficile d'aborder la question des usages pour une collectivité territoriale. En effet, pour des responsables politiques, cette expression renvoie à une notion floue, difficilement cernable. Les différences - et les inégalités - sociales et culturelles restent fortement déterminantes dans l'appropriation des techniques et des services. Mais celles-ci, de manière générale, sont rarement prises en compte dans les politiques publiques locales, ou du moins n'apparaissent pas en tant que telles, elles vont à l'encontre de la dimension consensuelle des actions menées en matière de TIC. En outre, les usages se forment sur le long terme et s'inscrivent dans des pratiques sociales (les activités professionnelles, les activités ludiques...) qui dépassent le cadre des domaines d'intervention des collectivités territoriales. Les élus, eux, sont tentés par le temps court et par des actions visibles. Enfin, en plus de leur côté insaisissable au premier abord, les usages revêtent une forme d'indécidabilité qui compliquent les choix politiques (les usages intensifs de quelques-uns seront-ils les mêmes dans quelques années ? sont-ils représentatifs de ceux d'une population ?) ; les choix politiques par ailleurs sont eux-mêmes soumis au caractère sans cesse innovant et fluctuant des techniques. Ainsi le terme d'usages est-il employé dans son acception la plus simple et renvoie aux potentialités des techniques, à leur utilisation et non à des pratiques récurrentes, stabilisées et partagées.

Le manque d'analyse concernant les pratiques des utilisateurs pose cependant un double problème : celui de n'envisager les pratiques qu'à travers les représentations qu'en ont les promoteurs des nouvelles techniques, celui encore plus inquiétant d'un décalage, entre d'une part les pratiques effectives, d'autre part les représentations des concepteurs de produit ou de services innovants."

À télécharger gratuitement en .pdf, la première partie de l'ouvrage (pp.13-31) : "Les collectivités territoriales et les TIC: des objectifs aux réalisations" (Chapitre I - Des services locaux, des politiques territorialisées ; Chapitre II - TIC et vie politique ; Chapitre III - Télévisions locales et réseaux de télécommunications).


Source :

Bouquillion, Philippe et Pailliart, Isabelle (2006). Le déploiement des TIC dans les territoires, le rôle des collectivités, Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble, 122 p.

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