Jean-Luc Raymond

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dimanche 26 avril 2009

Joël de Rosnay, Internet s'auto-organise en un méta-ordinateur mondial



Dans le nouveau numéro de Research.eu - Magazine de l'espace européen de la Recherche (n°59, Mars 2009),  parole est donnée au scientifique français Joël de Rosnay qui s'exprime sur l'avenir de la civilisation numérique et d'un Internet "vivant" avec des risques inhérent à son développement ; extrait :

"(…) La civilisation numérique dans laquelle nous entrons progressivement ne se résume pas à Internet, mais elle englobe également les télécommunications (téléphone, télévision), les satellites, les environnements intelligents… Il reste que l’Internet de demain, avec ses blogs, emails, vidéo, messageries, systèmes mobiles, favorisera une encore plus grande interaction entre les utilisateurs. Internet s’est développé comme un système darwinien, de manière buissonnante comme la vie elle-même, à l’image de l’arbre de l’évolution du vivant. Il y a peu de planification d’ensemble dans l’évolution du réseau mondial, mais des myriades d’initiatives individuelles ou de petits groupes. On assiste à l’auto-organisation d’une intelligence "collaborative" ou "connective" - termes que je préfère à "collectives" (...)

Les potentiels sont très grands : par exemple, en repensant les rapports entre les politiques et les cybercitoyens, ce qu’il faudra de toute façon faire, on pourrait inventer une véritable cyberdémocratie, bien plus participative, qui viendrait compléter la démocratie représentative traditionnelle. Cela suppose évidemment d’œuvrer pour que cette intelligence émergente conduise à ce que James Surowiecki appelle "The Wisdom of Crowd" (la Sagesse des foules). Mais rien ne dit que cette sagesse se manifestera toujours dans la bonne direction. Les foules peuvent aussi devenir folles, amplifier des effets minimes, réagir de manière épidermique ou se retourner contre ceux qui posent des questions (…)

Le risque principal (au développement de la civilisation numérique) est celui d’une société duale, qui cumulerait un individualisme forcené (tel qu’on le voit souvent chez les jeunes) et un tribalisme croissant, un communautarisme de plus en plus fort, ce qui me fait craindre des mouvements grégaires emmenant des gens ensemble vers des directions auxquelles ils n’ont pas assez réfléchi. J’ai déjà écrit que plus le monde se mondialise, plus il se tribalise. C’est à la fois positif et négatif : les gens tiennent à leur pays, à leur culture, à leur langue, à leurs racines, à leur territoire, tout cela est un plus. Mais poussé à l’extrême, cela débouche sur un nationalisme exacerbé qui devient dangereux."


samedi 25 avril 2009

Usages de Twitter par les stars, communication et marketing



Le Nouvel Observateur (n°2320, du 23 au 29 avril 2009) s'attarde au phénomène Twitter et à son appropriation dans un cadre communicationnel et promotionnel par les stars.

Ce groupe d'utilisateurs est largement mis en avant par Twitter, favorisé par le service. Rien de plus évident : ces stars permettent, avec facilité, de publi-informer le grand public sur Twitter, de les inviter à rejoindre la plateforme pour faire nourrir le "rêve" d'une connivence de proximité avec le fan : ce fut le cas la semaine dernière avec une séquence Twitter dans le show américain d'Oprah Winfrey (1,2 million de nouveaux utilisateurs de Twitter en une journée!) ou encore l'acteur et humoriste anglais Stephen Fry (qui a aidé à faire connaître Twitter en Grande-Bretagne) et dont l'audience sur Twitter est très importante (cf. l'effet marketing Frying Point).

Le Nouvel Observateur s'interroge donc sur Twitter comme média utilisé par les stars avec cet article : "Le phénomène Twitter : Stars, Web et ragots" (couplé à un encadré "Quand les politiques "twittent"..." : "Ce site de «microblogging» sur lequel chacun peut diffuser ses petits commentaires fait fureur, notamment parmi les célébrités, qui l'utilisent pour tenir leurs fans en haleine. Décryptage".

On retiendra les propos intéressants et critiques de Stéphane Hugon, sociologue au CEAQ (Centre d'Etudes sur l'Actuel et le Quotidien, Université René Descartes - Sorbonne, Paris 5) sur le service Twitter et ses utilisations :

"Une expérience sociale hypnotique (...) C'est ce qui fait le côté fascinant de tous ces réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. Le contenu en tant que tel est proche de zéro. Ce qui compte, c'est l'interaction, le flux d'informations... (...) Contrairement à ce qui passe dans les médias traditionnels, sur internet l'information n'a de valeur que si elle est validée par le public (...) Il n'y a plus de modèle charismatique. L'espace utopique, c'est désormais celui du quotidien".

Virginie Spies
, sémiologue (Maître de Conférences à l'Université d'Avignon et chef du Département des Sciences de l’Information et de la Communication), usagère de Twitter, décrypte, quant à elle, l'intérêt de Twitter pour les stars :

"Le people, c'est le VIP de proximité, quelqu'un à qui le public peut s'identifier Demi Moore, elle, joue sur les deux tableaux, un peu comme Angelina Jolie. Ce sont des icônes glamour, mais aussi des people, bref, elles habitent à la fois dans Gala et dans Voici (...) Comme des marques, elles se doivent d'être présentes sur tous les supports."


vendredi 15 février 2008

Geert Lovink, rencontre au Centre Pompidou (Paris) le 17 février 2008 sur le thème : Faut-il avoir peur du Web 2.0 ?

L'évènement autour du Web de ce mois de février à Paris est la rencontre Internet Mon Amour, le dimanche 17 février 2008 de 18h à 20h au Centre Pompidou (Petite Salle) ; l'entrée est libre. Thème de ce rendez-vous : "Faut-il avoir peur du Web 2.0 ?" avec un invité qui compte dans l'univers des réseaux et de l'Internet : Geert Lovink, activiste, critique d'art et créateur de l'un des médias contributifs les plus anciens de l'Internet (1995) : la liste de diffusion NetTime, accessible en plusieurs langues et considérée comme l'un des ferments du Net.Art et d'une culture critique du Web. John Perry Barlow, Bruce Sterling ou Hakim Bey y ont souvent contribué.

Dialogueront avec Geert Lovink : Agnès de Cayeux, artiste, Géraldine Gomez, curatrice au Centre Pompidou, David Guez, artiste hacktiviste, Valentin Lacambre, figure historique de l'Internet indépendant français, fondateur d'Altern et de Gandi, Nathalie Magnan, tacticienne des médias et cyberféministe, Annick Rivoire, créatrice du site poptronics.fr, Anne Roquigny, curatrice nouveaux médias.

Informations sur ce rendez-vous sur le site du Centre Pompidou et sur la page Internet Mon Amour.

Geert Lovink a permis de théoriser sur la notion de média tactique (ABC des médias tactiques, 1997), une notion d'actualité : "C'est ce qui se passe quand les médias bon marché issus de la révolution de l’électronique domestique et permettant une diffusion étendue (que ce soit les chaînes d’accès public ou l’Internet), sont exploités par des groupes ou des individus qui se sentent lésés ou même rejetés par l’environnement culturel existant. Les Médias Tactiques ne se contentent pas de rendre compte des événements ; n’étant jamais impartiaux, ils y prennent toujours part, et c’est cela, plus que toute autre chose, qui les distingue des médias dominants."

Geert Lovink n'est pas seulement un témoin des activités du réseau ; il en est un acteur et ses positions éclairent les utilisations en cours de l'Internet tout comme ses perspectives en termes d'échanges, de coopération, d'économie, de pratiques sociales et culturelles. Son éclairage sur le Web 2.0 et nouveau Web apporte une dimension de réflexion et de recul critique manquant singulièrement à la vague d'outils et de services se positionnant sur un marché local ou mondial.

En 2006, Geert Lovink a fait paraître Zero Comments: Blogging and Critical Internet Culture (Routledge, mai 2006), un ouvrage de 344 pages qui développe une théorie générale du blogging foncièrement critique. Il est directeur de l'Institute of Network Cultures à Amsterdam.

Pour aller plus loin sur les réflexions passées et présentes de Geert Lovink, quelques documents à consulter :

  • Entretien, propos recueillis le 4 juillet 1997 à Kassel ;
  • Interview pour le magazine Transfert (28 septembre 2000) au sein du dossier "L'autre mondialisation en marche" ;
  • Plusieurs articles de Geert Lovink (publiés en 2003 et 2004) pour la revue Multitudes : "Notes on the State of Networking", "Un monde virtuel est possible : des médias tactiques aux multitudes numériques", "Virtual world is possible : from tactical media to digital multitudes", "Après le boom de la Net-économie", "After the Dotcom Crash" ;
  • Interview pour le dossier Transversales du quotidien Libération (12 janvier 2008) : "Web 2.0 : "L'anonymat n'est plus qu'une notion nostalgique"" ;
  • Interview pour Eurotopics (28 janvier 2008) : "Survivre à l'ère de l'information" ;
  • Interview pour le mensuel Chronic'Art (4 février 2008) : "Netocrate #2 : Geert Lovink, le datadandy" ;
  • et bien entendu le site officiel de Geert Lovink.

samedi 19 janvier 2008

Christian Salmon Storytelling et l'invention du storytelling management

Christian Salmon évoque dans son passionnant essai "Storytelling" (La Découverte, 2007) comment les modes relatives au management font leur chemin ; un passage de son ouvrage plus qu'intéressant qui tend à relativiser la communication autour de méthodes de management qui se succèdent les unes les autres comme des "recettes" plus éprouvées qu'on ne le croit dans leur diffusion. Extraits de l'ouvrage de Christian Salmon "Storytelling" pour illustrer ce propos :

"Les gourous sont des pourvoyeurs de modes managériales. La popularité de leurs idées va et vient selon des cycles d'invention (quand l'idée est créée), de dissémination (quand l'idée est portée à l'intention d'un public ciblé), d'adhésion (quand l'idée est acceptée), de désenchantement (quand les évaluations négatives et les frustrations liées à cette idée commencent à émerger), puis de déclin ou d'abandon de l'idée... (...)

Le délai qui s'écoule entre l'apparition d'un nouveau schéma managérial et son pic de popularité s'est considérablement raccourci : il est passé de 14,8 années dans les années 1950 à 1970 à 7,5 dans les années 1980 et 2,6 dans les années 1990. Ces idées sont crées et diffusées à partir d'un réseau de sociétés de consultants, de business school et d'éditeurs, eux-mêmes en concurrence, et dont le succès auprès d'un public spécialisé (managerial audience) dépend de "leur capacité à identifier des attentes latentes et les préférences collectives" de ces consommateurs de management."

Pour comprendre ce qu'entend Christian Salmon par "Storytelling" et comment cette manière très répandue de communiquer imprègne les médias, la communication des entreprises et la communication publique/politique, lire son article pour Lekti-Ecriture : "Les nouvelles fictions du capital" (29 novembre 2006).

samedi 29 septembre 2007

Ted Nelson, inventeur de l'hypertexte, le 2 octobre 2007 au Cube d'Issy-les-Moulineaux

L'événement de la rentrée Internet en France, c'est bien le 2 octobre à 22h30&nbsp;à l'Espace Culture Multimédia Le Cube d'Issy-les-Moulineaux avec une soirée consacrée à Ted Nelson (Theodor Holm Nelson) en sa présence, lui qui est considéré comme l'inventeur de l'hypertexte, autrement dit un personnage à part entière auquel on doit un concept essentiel des réseaux actuels et du Web.<br /><br />Pour ses 70 ans, Le Cube rend hommage à cet inventeur génial qui créa le mot "hypertexte" en 1965, alors associé au&nbsp;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_Xanadu" hreflang="fr">Projet Xanadu</a> que Ted Nelson a pensé et animé durant de longues années, un terme aujourd'hui galvaudé. La soirée sera introduite par l'ami&nbsp;<a href="http://alaingiffard.blogs.com/" hreflang="fr">Alain Giffard</a> qui a étudié les écrits de Ted Nelson et a effectué des travaux de recherche sur le thème de l'hypertexte. Plus d'infos sur cette soirée exceptionnelle&nbsp;<a href="http://www.lesiteducube.com/site/breve.php?id=344" hreflang="fr">sur cette page</a> du site du Cube.<br /><br />Sur Ted Nelson et le concept d'Hypertexte, lire ces deux écrits d'Alain Giffard : "<a href="http://alaingiffard.blogs.com/culture/2004/06/petites_introdu.html" hreflang="fr">Petites Introductions à l'hypertexte.1</a>" et "<a href="http://alaingiffard.blogs.com/culture/2004/06/petites_introdu_1.html" hreflang="fr">Petites Introductions à l'hypertexte.2</a>".<br /><br />Dans quelques semaines, un autre penseur des réseaux et de l'Internet, McKenzie Wark, auteur de l'incontournable "A Hacker Manifesto" (traduit en français&nbsp;à l'automne 2006 : "Le Manifeste Hacker" - lire à ce propos&nbsp;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Un_manifeste_hacker" hreflang="fr">l'article francophone de Wikipédia</a> consacré à l'ouvrage) et plus récemment de "The Gamer Theory" (2007)&nbsp;sera accueilli au Centre International de Poésie de Marseille (<a href="http://www.cipmarseille.com/" hreflang="fr">CIPM</a>).<br /><br />La rentrée intellectuelle autour de l'Internet est donc particulièrement riche en France. On ne peut que s'en réjouir!</p>

dimanche 20 mai 2007

Sites internet d'observation des changements de la nature en matière de réchauffement climatique : citoyens, scientifiques et territoires unis par un même projet

Un champ de nouveaux sites Internet liées à la vigilance citoyenne en matière de réchauffement climatique et d'observation des changements de la nature est en train de poindre le bout de son nez auprès du grand public. Ils unissent des chercheurs, associations, habitants et territoires.

A la base de ces sites, une exploration de la flore sur un territoire donné, de façon méthodique où la contribution est celle de l'internaute qui rapporte ses clichés et ses observations textuelles.

Scolaires, clubs nature, associations et particuliers sont invités à participer à partir de protocoles de suivi en ligne (fiches de protocoles, espèces d'arbres et de plantes à observer en priorité ; fiches de relevés mais aussi calendrier d’observation, guide photo des stades à observer ; des feuilles de suivi terrain). Les enfants contribuent en classe à ces travaux pédagogiques par un relevé où chacun se sent responsable.

Pour contribuer, deux adresses de sites et de projets de ce type : Phénoclim est un programme de recherche sur l'impact du changement climatique sur la végétation dans les Alpes né à l'automne 2004 et qui se poursuit sur plusieurs années. Les observations concernent les départements 73, 74, 38, 01, 26, 04, 05 et 06 entre 200 et 2200 mètres d'altitude. Au niveau national, deux sites du CNRS, l'un pour les adultes (http://www.obs-saisons.fr), l'autre pour les plus jeunes (http://www.obs-saisons.fr/junior), permettent de télécharger des protocoles très simples pour effectuer et saisir en ligne ses propres observations. Consulter cet article pour en savoir plus sur cette initiative sur le territoire français.

Enfin, il est intéressant de constater que devant l'urgence déclarée et désormais médiatisée des problèmes, les expertises se croisent et que les contributions ne sont plus uniquement scientifiques. Les relevés faits par les citoyens sont tout aussi importants.

mercredi 9 mai 2007

Qu'est-ce que l'innovation ? Par Marc Giget : poussée technologique et synthèse créative

Marc Giget est professeur titulaire de la chaire d'économie de la technologie et de l'innovation au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) de Paris. Il anime Les mardis de l'innovation et est l'auteur de "La dynamique stratégique de l'entreprise : Innovation, croissance et redéploiement à partir de l'arbre de compétences" paru en 1998 chez Dunod.

Dans le numéro d'avril 2007 de Sciences et Avenir (n°2667), Marc Giget s'exprime sur la créativité et la capacité d'innovation. Au coeur du potentiel créatif, il met en exergue l'accumulation de l'expérience comme facteur favorable. Extrait :

"Il y a de nombreuses définitions (de l'innovation). On peut dire qu'il s'agit d'intégrer le meilleur état des connaissances dans des produits ou des services qui vont plus loin dans la satisfaction des individus. C'est quelque chose en mouvement permanent, qui résulte du progrès des connaissances (...)

(La poussée technologique), c'est le stade où seuls les ingénieurs comprennent à quoi servent ces machines qu'ils mettent au point dans leurs labos, vous savez ces trucs ennuyeux et moches avec des fils qui dépassent! L'homme de la rue, lui, n'en voit pas l'intérêt. Il n'y a rien d'excitant, à vrai dire, dans un microprocesseur quadruple coeur, une mémoire RAM, un serveur ou un "Wireless Access Protocol"! Jusqu'à ce que quelqu'un imagine qu'avec ces techniques, on va pouvoir surfer sans fil sur Internet avec un ordinateur portable. Cela devient alors une application utile, plaisante, pratique, d'un ensemble de technologies complètement obscures pour la plupart des gens (...)

(Pour basculer vers l'innovation, il faut) la synthèse créative! Il faut un groupe d'individus créatifs qui prend le meilleur de la technologie du moment et invente... l'iPod! Là, l'innovation est tellement réussie qu'elle en devient un objet culte. Derrière ce produit, il y a des dizaines et des dizaines de brevets d'ingénieurs. Mais les utilisateurs n'en ont pas conscience et c'est tant mieux, car ça ne les intéresse pas. L'innovation coïncide avec ce que les gens attendent, désirent."

mardi 8 mai 2007

Fracture numérique, l'écart d'accès à l'internet s'explique en grande partie par le niveau de diplôme

La Direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques (DREES, Ministère de la Santé) a publié un numéro spécial de sa publication Etudes & Résultats en février 2007 (n°557) consacré aux laissés-pour-compte de l'infomatique et de l'Internet : "L'accès des ménages à bas revenus aux Technologies et de la Communication" (en .pdf, téléchargeable à cette adresse).

En 8 pages, cette édition synthétise différents rapports statistiques et études, principalement de ces deux dernières années, reprenant les constats de freins à l'accès et à l'utilisation de l'ordinateur, de l'Internet et de la téléphonie mobile ; un constat maheureusement redondant appuyé par des chiffres pas très enthousiastes. Les points marquants évoqués dans ce dossier :

  • Parmi les ménages à bas revenus, l’accès à un micro-ordinateur et à l’internet est beaucoup moins répandu,
  • Un quart des ménages à bas revenus disposent uniquement d’un téléphone portable (sans téléphone fixe),
  • À caractéristiques sociodémographiques comparables, le lien entre pauvreté et accès aux TIC reste manifeste,
  • Le moindre accès des ménages à bas revenus au téléphone fixe reflète la surreprésentation des personnes seules et des familles monoparentales,
  • L’écart d’accès à l’internet s’explique en grande partie par le niveau de diplôme,
  • Un sixième des ménages non équipés en micro-ordinateur l’expliquent principalement par des raisons financières (cela tord le cou à des analyses populistes signifiant que le fait d'équiper les personnes va résoudre le problème d'appropriation de l'Internet),
  • Près d’un quart des ménages ayant un micro-ordinateur mais pas l’internet parlent d’un coût élevé,
  • Parmi ceux qui n’utilisent pas de téléphone portable, un sur dix considère que c’est trop cher,
  • Ne pas avoir accès aux TIC est davantage perçu comme un manque lorsque la raison est financière.

lundi 7 mai 2007

Communautés virtuelles, penser et agir en réseau, Internet, une présence immanente

Publié fin 2006, l'ouvrage scientifique : "Communautés virtuelles, Penser et agir en réseau" sous la direction de Serge Proulx, Louise Poissant et Michel Sénécal (aux Presses de l'Université Laval, collection Laboratoire de communautique appliquée) est composé d'articles proposant de parcourir le concept de communautés virtuelles (définition, pratiques, fondements historiques, théories, actions de coopération, dispositifs interactifs, implantations de communautés virtuelles) et où sont abordés les différents types de communautés (en ligne ou non) : communauté interprétative, communauté de pratique, réseau d'usagers en ligne, communauté imaginée, communauté médiatisée et communauté épistémique.

"Communautés virtuelles, Penser et agir en réseau" présente trois grandes parties : 1. Communautés virtuelles : promesses et désillusions ; 2. Dispositifs interactifs : l'ère de l'interface ; 3. Cartographie des communautés virtuelles.

Dans cet ouvrage, Barry Wellman et Bernie Hogan (Université de Toronto) indiquent dans leur article "Internet, une présence immanente" (lire leur papier original en .pdf : "The Immanent Internet") qu'Internet est étroitement lié à un changement de paradigme élargi qui touche actuellement le rapport des individus entre eux. Anciennent plutôt homogènes, très généraux et unifiants, les groupes ont pris aujourd'hui la forme de réseaux sociaux plus hétérogènes, spécialisés et faiblement reliés. Extrait :

"Avant même l'avènement du téléphone et de l'avion, déjà on entretenait des relations à distance avec les amis ou la famille. Dans les pays développés, la connectivité a été encouragée, depuis les années 1960 au moins, par des changements sociaux touchant la carrière et les horaires familiaux dédoublés, la libéralisation des lois sur le divorce qui ont réduit les cellules familiales ainsi que les changements technologiques qui ont accru la mobilité individuelle et la communication. Les déplacements aériens et autoroutiers, devenus abordables, ont facilité les fréquentations malgré la distance. Le faible coût des appels locaux et interurbains - et maintenant par Internet - permet un contact rapide, contraint plus par les décalages horaires que par la distance.

Par conséquent, il se pourrait qu'on entretienne plus de relations à distance avec les amis, la famille et les collègues que jamais auparavant. Il est maintenant facile pour l'internaute de trouver une communauté éparse qui partage ses intérêts et de participer activement à celle-ci. Les groupes ont peut-être connu un déclin, mais assurément pas la connectivité.

L'individualisme en réseau a de profonds effets sur la cohésion sociale. Plutôt que de faire partie d'une hiérarchie de groupes toujours plus englobants, à l'image des poupées russes, l'individu appartient maintenant à des communautés multiples et partielles. Ce n'est pas une question d'aller de lieu en lieu, mais de personne en personne. L'individu se préoccupe moins de s'assurer l'appui du groupe que de chacun des membres du réseau.

En dépit des réseaux sociaux moins denses, les liens sociaux ont augmenté. La connectivité Internet s'ajoute au contact physique et téléphonique ; la plupart d'entre nous avions cessé de correspondre par courrier bien avant. La possibilité de conserver ses courriels en attendant de les lire accroît les contacts à distance, sans compter la rapidité d'Internet qui approche la vitesse de la lumière, le seul délai considérable du courriel étant celui du décalage entre l'envoi et la lecture. En outre, le courriel est perçu comme étant moins intrusif que le téléphone ou les rencontres. Il en résulte que nos contacts interpersonnels sont plus nombreux et fréquents que jamais auparavant.

Bien que la spécialisation des goûts et des combinaisons de rôles ne soit pas le produit d'Internet, la conception de ce dernier, culturellement enracinée dans un type spécifique d'individualisme, considère l'individu sans tenir compte du lieu ou de structures imposées socialement telles que la famille. En dépit du nombre accru d'internautes, pourtant, la distribution inégale d'Internet dans nos sociétés de réseau individualisés suscite l'exclusion sociale. Non seulement moins de personnes pauvres, peu instruites, de régions rurales et non anglophones accèdent à Internet, mais cela contribue à les exclure des possibilités que procure Internet : information, socialisation et accès à des ressources utilitaires. Cette disparité s'accroît tant entre les pays qu'au sein de ceux-ci.

Dans la foulée du virage vers l'individualisme du réseau, c'est la nature même de la citoyenneté qui change. Cette transformation s'est amorcée avant l'avènement d'Internet, mais c'est la présence immanente de ce dernier qui l'accélère et la remodèle. Pendant que grimpe la connectivité, la cohésion fléchit. Les journalistes demandent souvent : "Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?" Ce à quoi nous répondons : "C'est ainsi, sans plus." Ce sont les conséquences qui seront bonnes ou mauvaises."

mardi 1 mai 2007

The long tail, l'ère de l'hyperchoix par Geoffrey Delcroix

Dans l'édition d'Avril 2007 (n°329) du magazine scientifique d'analyse et de prospective Futuribles, Geoffrey Delcroix, chargé d'études, analyse le phénomène de Long Tail conceptualisé par le journaliste Chris Anderson dans son article de Wired magazine en octobre 2004, qui fait désormais référence.

Dans son papier "L'ère de l'hyperchoix" pour Futuribles, Geoffrey Delcroix met en perspective The Long Tail : "Les marchés de biens culturels fonctionneraient désormais grâce au principe de la "longue traîne", selon lequel les quelques produits culturels qui se vendent le plus sont côtoyés par des "niches" de produits plus discrets mais qui trouvent aussi leur public. (...) Grâce au e-commerce, il devient possible de disposer d'une multitude d'articles sur Internet pour une durée indéfinie et des coûts minimaux. Un concept qui au final, il faut l'admettre, se révèle également favorable aux consommateurs et à la diversité culturelle."

Il explicite les deux principes et neuf règles de la longue traîne :

"Deux principes :
1) Rendre tout disponible.
2) Aider l'utilisateur à trouver.

Neuf règles :
1) Posséder un inventaire large sans les stocks qui vont avec.
2) Faire travailler les clients.
3) Il n'existe pas une seule méthode de distribution idéale.
4) Il n'existe pas un type de produit normé (par exemple, pour vendre de la musique, il est possible de vendre des disques compacts, des chansons à l'unité...).
5) Il n'existe pas un prix unique.
6) Partager des informations.
7) Penser "et" et pas "ou".
8) Il faut avoir confiance dans le marché pour faire son travail.
9) Il faut comprendre le pouvoir de la gratuité."

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