Jean-Luc Raymond

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Tag - mobilite

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mercredi 18 octobre 2006

Ile Sans Fil lance le Hub des Artistes Locaux à Montréal, connecter les communautés à leurs artistes

Île Sans Fil (voir site) est l'initiative d'un groupe communautaire à but non lucratif qui s'est donné pour mission de fournir un accès à internet sans fil public et gratuit aux utilisateurs de portables et de PDA à travers la ville de Montréal au Canada en utilisant des logiciels libres et du Wifi afin de partager des connexions Internet haut débit. Les personnes dotées d'un outil Wifisé peuvent se connecter à partir de points d'accès gratuits (cafés, boutiques, organismes et individus), 105 hotspots répartis sur Montréal. Ce sont plus de 24000 personnes qui utilisent régulièrement les accès d'Île Sans Fil.


Plus que de l'accès Wifi, Île Sans Fil vise à ce que les gens qui utilisent des connexions Wifi entrent en contact, que de l'information locale soit fournie en ligne et que le lieu physique "point d'accès Île Sans Fil" puisse favoriser l'interaction entre les usagers du Wifi. Pour cela, un portail permet de voir et de communiquer avec les autres personnes connectées dans la même air d'accès.


Aujourd'hui, Île Sans Fil va plus loin avec le projet HAL (Hub des Artistes Locaux) : "Connecter les communautés à leurs artistes" (lire le communiqué de Presse) en partenariat avec des médias locaux (la radio étudiante CHOQ.FM et CUTV, Concordia University Television) qui associe culture et mobilité, diffusion médiatique interactions sur un territoire restreint, celui des points d'accès Wifi d'Île Sans Fil :

"Première internationale, HAL encourage les Montréalais à découvrir leurs artistes et producteurs locaux par l'entremise de juke-boxes sans-fil, capables de diffuser du contenu audio et vidéo à haute résolution. Notamment, HAL permet une riche diffusion médiatique, basée sur un concept géographique - un contenu culturel unique est rendu disponible à des endroits spécifiques (...) Il suffit de démarrer le logiciel iTunes (disponible pour Windows et Mac) et de cliquer sur le lien HAL qui apparaîtra au même instant. À ce jour, 12 hotspots d'Île Sans Fil sont munis de la technologie HAL et un treizième sera rendu disponible d'ici la fin du mois de décembre prochain.

Le projet HAL promeut le mandat d'Île Sans Fil, soit l'autonomisation des communautés locales de Montréal, à travers la création et l'implantation d'une technologie basée sur la communauté (...) Tout comme les autres projets d'ISF, l'ensemble de la technologie et des connaissances développées par l'entremise de HAL sera partagé publiquement afin d'encourager son adoption par d'autres communautés."


Sur cette page, vous trouverez plus d'informations sur HAL : Pourquoi HAL ? Comment fonctionne HAL ? Où puis-je trouver HAL ? Comment utiliser HAL ? Quel est le contenu disponible sur HAL ? La liste des partenaires, une Foire Aux Questions et une carte des HAL déployés.


D'un accès Wifi qui "individualise" la connexion Internet, Île Sans Fil s'intéresse au collectif et au partage de ressources culturelles sur un territoire produites par des artistes producteurs médiatiques qui n'ont pas de place où diffuser leurs contenus ; une initiative technologique qui tient à favoriser la culture locale.


Source :

Collectif (octobre 2006). Ile Sans Fil (En ligne), Ile Sans Fil, Montréal, Site (Page consultée le 18 octobre 2006)

mercredi 11 octobre 2006

Ticoto.fr, covoiturage en Côtes d'Armor, un site Internet du Conseil Général des Côtes d'Armor

Lancé fin septembre par le Conseil Général des Côtes d'Armor (22), le site Internet Ticoto.fr fournit une plateforme de covoiturage pour les déplacements domicile/travail sur tout le département. Un autre département breton a déjà lancé un service en ligne de covoiturage : Covoiturage en Finistère (covoiturage régulier ou occasionnel).


Le succès de cette formule en ligne est grandissant : 15 jours après son ouverture, le site Covoiturage en Finistère comptait 700 inscriptions et ce sont a aujourd'hui plus de 1700 qui possèdent un compte sur ce site. Ticoto.fr, quant à lui, a intégré une base de données des entreprises de plus de 20 salariés du département et met en avant un écocalculateur qui calcule l'économie réalisée grâce au covoiturage, une façon pédagogique et immédiate de comprendre l'intérêt du covoiturage. Les offres des deux sites Internet ont été développées par la société Hippocampe avec une solution clé en main RoulezMalin.fr qui met à disposition des collectivités locales et des entreprises un outil en ligne d'offres et de demandes de covoiturages en ligne... pour que chacun puisse devenir un acteur du quotidien durable.

"Le covoiturage est une bonne idée pour partager son trajet et permettre aux personnes non motorisées d’accéder à un moyen de transport. De plus, il facilite l'interaction entre les différents modes de transports et les autres départements et rend vos trajets plus conviviaux."


Ces sites correspondent à une réalité territoriale très pertinente à l'échelle du département : favoriser de "courts" déplacements et les organiser de façon responsable. La capacité de transports est déterminante dans le développement territorial : elle influe fortement sur les potentialités économiques, d'emploi, d'éducation et de vie sociale (proximité des services publics, institutions, lieux de santé, établissements scolaires).

lundi 9 octobre 2006

Manuel Castells, émergence des médias de masse individuels, mass self communication

Paru en août 2006 dans Le Monde Diplomatique, l'article de Manuel Castells (Professeur de Communication et chercheur spécialiste des réseaux et de la galaxie Internet) intitulé "Émergence des "médias de masse individuels" " figure désormais en intégralité dans les archives du site Internet du mensuel.

Dans ce papier, Manuel Castells évoque comment s'est constitué ces dernières années, via l'utilisation des technologies, "une nouvelle forme sociale de communication, certes massive, mais produite, reçue et ressentie individuellement" qu'il définit comme "la Mass Self Communication (la communication de masse individuelle)" :

"Techniquement, cette communication de masse individuelle participe d'Internet, mais aussi du développement des téléphones portables. Il y aurait à ce jour plus d'un milliard d'utilisateurs de la Toile et près de deux milliards d'abonnés au téléphone mobile. Les deux tiers des habitants de la planète peuvent communiquer grâce à un portable, y compris là où il n'y a ni électricité ni lignes de téléphone fixe. En très peu de temps, les nouvelles formes de communication ont explosé. Les gens ont développé leurs propres systèmes : SMS, blogs, skype... Le peer-to-peer (en français,"poste à poste") ou P2P rend possible le transfert de n'importe quelle donnée numérisée."

(...)

"Ce phénomène constitue ainsi une nouvelle forme sociale de communication certes massive, mais pourtant produite, reçue et ressentie individuellement. Partout dans le monde, elle a été récupérée par les mouvements sociaux. Mais ils ne sont en aucun cas les seuls à utiliser ce nouvel outil de mobilisation et d'organisation. À leur tour, les médias traditionnels tentent de s'arrimer à ce mouvement, et, en utilisant leur puissance commerciale et médiatique, ils sont en train de créer un maximum de blogs possible autour d'eux. Il n'en reste pas moins que, à travers la communication de masse individuelle, les mouvements sociaux comme les individus en rébellion sont en mesure d'agir sur les grands médias, de contrôler les informations, de les démentir le cas échéant, ou même d'en produire."


Dans une conclusion dans le champ des possibles, Manuel Castells voit dans ces phénomènes, une ressemblance avec la reconstruction de nouvelles formes politiques, dont on ne connaît pas le futur :

"L'existence et le développement des réseaux électroniques offrent à la société une plus grande faculté de contrôle, d'intervention. Et une capacité supérieure d'organisation politique à ceux qui se tiennent en dehors du système traditionnel."


L'article du Monde Diplomatique est tiré de l'intervention de Manuel Castells au séminaire "Media Between Citizens and Power" qui s'est tenu les 23 et 24 juin 2006 à San Servolo, Italie.


Source :

Castells, Manuel (août 2006). "Émergence des "médias de masse individuels"" (En ligne), Le Monde Diplomatique, Paris, n°629, pp.16-17

Patient Opinion : Les patients anglais donnent avis et suggestions sur leurs hôpitaux et partagent ces témoignages sur Internet

Le pouvoir de l'internet est aussi celui des citoyens... et donc aussi des assurés sociaux. Lancé en septembre 2005, le service Patient Opinion est un site internet interactif créé au Royaume-Uni par Paul Hodgkin, Médecin à Sheffield et le Department of Health and South Yorkshire Strategic Health Authority, avec un groupe d'associés et bénéficiant d'un développement informatique de la société Headshift qui permet aux patients du système de santé britannique d'exprimer ce qu'ils pensent des services hospitaliers locaux et d'écrire leur vécu sur les satisfecit, opinions ou conseils qu'ils ont à formuler pour améliorer les conditions de soins en Angleterre.


Patient Opinion est une organisation à but non lucratif qui inscrit son action dans la durée en signalant aux autorités publiques les dysfonctionnements notoires et les difficultés rencontrées par les patients dans leur parcours à l'hôpital que ce soit pour une simple consultation ou une intervention chirurgicale.


Grâce à ce système, le Dr. Hodgkin espère une meilleure orientation des citoyens britanniques vers des médecins spécialistes correspondant à leurs pathologies et aussi délivrer des informations crédibles en terme d'accessibilité sur les lieux de soins (modalités de transports, accès aux personnes à mobilité réduite...). Patient Opinion permet aussi de noter des défaillances et difficultés redondantes pour les notifier aux pouvoirs locaux et à l'administration de Santé au Royaume-Uni.


Concrètement, le système s'appuie sur des écrits postés sur le site par des patients à partir d'un formulaire très simple à compléter (rappelant une page d'un logiciel de traitement de texte) où l'on doit indiquer le lieu de soin (code postal) et sa remarque classée par catégorie (histoire, suggestion, critique, remerciement, aide, remarque négative). Chaque texte est ensuite modéré avant d'être disponible sur la plateforme par tout internaute qui souhaite consulter ces témoignages (avec une recherche par nom du centre hospitalier ou code postal).


Le contenu de chaque remarque est anonyme et les informations personnelles n'y figurent pas. 2000 contributions ont été postées depuis septembre 2005. Expérimenté dans le South Yorkshire depuis septembre 2005, le service a été étendu en janvier 2006 à tous les établissements hospitaliers de l'Angleterre. Ce sont les hôpitaux et le Primary Care Trusts qui financent ce site. En échange, ils peuvent répondre aux patients et comparer leurs rapports d'activités avec les remarques des patients placés sur Patient Opinion. Le site est sous une licence Creative Commons et répond aux normes d'accessibilité du W3C. Un site interactif, utile et solidaire!


Source :


Hodgkin, Paul (octobre 2006). Patient Opinion (En ligne), Patient Opinion, Sheffield, Site (Page consultée le 9 octobre 2006).

samedi 7 octobre 2006

Festival Pocket Films au Centre Pompidou du 6 au 8 octobre 2006 : installations artistiques interactives mobiles

En parallèle de la Nuit Blanche parisienne, la 2e édition du Festival Pocket Films investit le Centre Pompidou pour 3 jours jusqu'au 8 octobre 2006 en mettant en compétition des créations de films réalisés avec des téléphones mobiles ; productions qui s'orientent davantage cette année vers la 3G, technologie plus souple lorsqu'il s'agit d'enregistrer, diffuser et envoyer des vidéos.


Pour cette édition, le Festival Pocket Films innove avec un espace d'exposition et d'expérimentation, "les installations" (à la mezzanine du Centre Pompidou) accordant une large place à des artistes contemporains qui utilisent la téléphonie mobile dans le processus de création, comme média d'interaction ou intermédiaire avec le spectateur-acteur, ou encore comme support de l'oeuvre.


Parmi les oeuvres exposées, "Time code erroné" de Bernard Lallemand (un film 3D qui permet au visiteur de pénétrer dans un espace mental, l'ensemble étant constitué de différentes strates de la mémoire captée avec un téléphone mobile via de la vidéo), "Le visage" de Yaël Perlman, Chen-Huei Sun et Didier Besnoit (une sculpture en mouvement composée de téléphones portables forme un visage hybride), "Je m'échappe tous les jours" d'Ivar Wu (dans un espace délimité, les spectateurs reçoivent sur leur téléphone via Bluetooth, des fragments d'une fiction composée de textes, photos, séquences vidéos filmées ; une histoire à emporter dans son téléphone mobile), "Edison Mobile Remake" de Catherine Ramus (en scannant des codes-barres affichés en 2D sur un mur, le visiteur reçoit sur son téléphone mobile 5 films de l'inventeur américain Thomas A. Edison et leur remake tourné avec téléphone portable par Catherine Ramus), "Fais-moi signe" de Julien Lassort (lauréat du grand prix du Web Flash Festival 2006 pour Breaking Phone ; avec cette nouveau projet, deux visiteurs peuvent communiquer en visiophone, mais sans le son ; des vidéos aident les spectateurs à communiquer en langue des signes).


Source :

Collectif (octobre 2006). Festival Pocket Films (En ligne), Forum des images, Paris, Site (Page consultée le 7 octobre 2006).

mardi 5 septembre 2006

William J. Mitchell, la ville du XXIe siècle

William J. Mitchell est professeur au MIT (Massachusetts Institute of Technology, voir son site) et à la tête du MIT's Program in Media Arts and Sciences qui comprend le MIT media Lab.


Dans le numéro 91 de la revue scientifique en sciences humaines et sociales Sociétés, il s'interroge via l'article "L'espace entre les mots : Symboles, espace et ville" sur l'organisation de l'espace urbain comme constitutive de la relation de la communication dans une dimension narrative ; l'espace comme comme environnement qui se dote technologiquement d'éléments, de symboles et d'informations importés et valorisés in situ ; extrait :

"Ces déplacements, dislocations, insertions et combinaisons d'information numérique en rapport avec les environnements architecturaux et urbains ont toujours été lourds de conséquences, et le seront encore davantage à l'avenir. Un acheteur jadis était cantonné au monde clos d'un magasin ; on peut maintenant passer un coup de fil de son portable pour savoir quoi acheter pour le dîner, ou surfer sur Internet pour comparer les prix. Au moment de payer, un appareil sans fil lira les codes barres sur les produits achetés, les encaissera tout en mettant à jour le système d'inventaire des stocks. Un responsable politique peut désormais rester en contact au moyen de son Blackberry et donner des instructions, le tout sans quitter la salle de réunion, ni interrompre le débat qui s'y tient. L'étudiant dans son amphithéâtre n'interagissait auparavant qu'avec les éléments fournis par le professeur ; il peut désormais taper sur Google le sujet de l'intervention depuis son ordinateur portable, et rassembler des ressources accumulées autour du sujet du cours. (...) 

Contrairement à ce qu'on imaginait couramment il y a quelque temps pourtant, l'ubiquité qui caractérise les réseaux numériques n'a pas tout simplement gommé les différences entre les lieux, permettant à n'importe quoi de se produire n'importe où, à n'importe quel moment. Au contraire, cela s'est mué en mécanisme d'injection permanente d'informations au sein de contextes autrefois inaccessibles, ajoutant une nouvelle couche de sens. 

À mesure que ces différents modes et moyens de communication ont fait leur apparition les uns après les autres, ils se sont partiellement substitués à leurs prédécesseurs ; on peut, par exemple, choisir de décrocher le téléphone ou d'envoyer un e-mail au lieu de donner rendez-vous quelque part à un ami pour une conversation en tête à tête. La plupart du temps cependant, les nouvelles formes d'information se surajoutent et viennent compléter ce qui existait auparavant. Le mot écrit n'a pas mis un terme aux échanges parlés, et le mot électronique n'a pas tué l'imprimerie.

Toutes les pratiques de communication que j'ai décrites ici - de la discussion entre personnes rassemblées à portée de voix à propos de choses à portée de main à l'inscription et la lecture d'étiquettes, la construction et le téléchargement de pages web accessibles à l'échelle planétaire, l'envoi et à la réception d'e-mails jusqu'aux réunions en ligne depuis son ordinateur - travaillent ensemble à la fois dans le but de donner sens aux édifices et aux villes et d'en tirer du sens. Les fonctions sociales et culturelles des espaces construits sont devenues indissociables de l'opération simultanée de multiples systèmes de communication à l'oeuvre autour et à l'intérieur d'eux. On ne peut plus (n’a-t-on jamais pu ?) comprendre l'architecture en tant que médium autonome fait de masses, d'espaces et de lumière ; elle sert de nos jours de base construite à la rencontre et à l'extraction de sens à partir de flots d'information auditive, textuelle, graphique et numérique se recoupant au travers de réseaux planétaires."


Source :

Mitchell, William J. (2006). Trad. Bosqué, Clément. "L'espace entre les mots : Symboles, espace et ville" in Sociétés n°91, De Boeck, Bruxelles, pp.20-21

mardi 29 août 2006

Canal Accessible : repérages et mises en ligne d’obstacles non accessibles dans Barcelone par 40 personnes handicapées

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C’est un projet étonnant et utile qui vient de remporter le grand prix de Digital Communities 2006 (Communautés Digitales) du festival d’art numérique international Ars Electronica (voir site) : Canal*Accessible (voir site), une initiative collaborative conduite à Barcelone par 40 handicapés qui ont mis en ligne depuis décembre 2005, avec des clichés pris à partir de téléphones photos, parfois avec du son et un repérage cartographique, les obstacles et lieux inaccessibles par des handicapés dans la ville de Barcelone.


Ce projet solidaire et bénévole qui utilise des ressources internet liées à la mobilité compte plus de 3500 contributions (lieux repérés) et le site Internet sur lequel figurent ces données ne s’arrête pas là. Des recommandations en terme d’accessibilité sont disponibles ainsi qu’un forum.


Des partenaires publics et privés se sont associés pour cette initiative dont Nokia et la Generalitat de Catalunya, Departament de Cultura.


Source :

Collectif (29 août 2006). Canal*Accessible [En ligne], Antonio Abad Roses, Barcelone, Site (Page consultée le 29 août 2006)

jeudi 10 août 2006

Fabien Girardin, “Ubicity”, la connexion permanente en réseau dans les villes

Dans le premier cahier de tendances sur le thème “Mobilités, la clé des villes” de Jean-Claude Decaux, publié en édition limitée en mai 2006, des chercheurs et penseurs de notre temps s’expriment les villes d’aujourd’hui et de demain.


Dans le chapitre, “La Ville digitale”, Fabien Girardin (ingénieur en informatique, qui prépare une thèse sur le travail collaboratif dans un contexte d’environnements mobiles et ubiquistes) évoque la connexion permanente en réseau et les risques d’exclusion liés aux technologies mobiles dans un article intitulé “Ubicity” ; extrait :

“La technologie, dans sa dimension pervasive, participe d’une reconfiguration de l’espace et des liens sociaux comme elle l’a fait de tout temps. Nous nous dirigeons résolument vers une connectivité généralisée, omniprésente, interconnectée certes et qui devrait servir l’hétérogénéité de nos demandes de citadins dans le mouvement. Admettons les limites d’une “intelligence” qui ne peut encore réellement servir une expérience riche dans la continuité à laquelle elle prétend. Admettons un niveau de complexité sur l’ensemble qui dépasse de très loin la somme de ces composants. Admettons qu’il faudra cheminer sur la ligne étroite qui sépare le pervasif de l’intrusif. Admettons que les modèles économiques sont encore peu clairs.

Dans une vision techno-optimiste, on a tendance à conférer à la technologie des valeurs humanistes, comme si elles étaient source de l’ordre et de la maîtrise, en oubliant que le désordre fait partie intrinsèque du paysage. Nous nous situons dans une phase pré-productive de l’intégration harmonieuse de nos mondes digitaux à notre vie physique. La mise en place de scénarios d’usages massifiés appelle à comprendre les impacts sociaux, humains et environnementaux. Dans ce sens, ne pas offrir au citoyens des moyens d’appropriation et d’accommodation de ces technologies prégnantes et invisibles risque de miner les bénéfices de la cité numérique.”


Source :

Girardin, Fabien (mai 2006). “Ubicity”, in “Mobilités, la clé des villes”, Cahier de tendances, Jean-Claude Decaux, Neuilly-sur-Seine, p.89

dimanche 6 août 2006

Céline Metton : internet chez les adolescents et questionnements identitaires

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Dans un article pour la revue scientifique Réseaux (n°123, Volume 22, 2004), Céline Metton (chercheuse au Laboratoire Usages, Créativité, Ergonomie de France Télécom Recherche & Développement) s’intéresse à montrer que l’internet est devenu un important support de la socialisation horizontale et de la construction des très jeunes adolescents au collège.


Céline Metton note que la communication par les nouvelles technologies, moins engageante et plus individuelle, permet de décloisonner en partie la barrières de la mixité qui résident dans l’enceinte du collège et relève que l’anonymat de l’internet constitue un allié de poids pour la construction identitaire des uns et des autres pour répondre à leurs questionnements identitaires. Extrait de cet article de Céline Metton titré : “Les usages de l’internet par les collégiens. Explorer les mondes sociaux depuis le domicile” : 

“Si l’on se place du côté des préadolescents et que l’on cherche à comprendre leurs pratiques avant de les juger, les usages de l’internet nous en disent beaucoup. Bien plus qu’un loisir ou une simple source d’information, ils participent à leur processus de socialisation et de construction identitaire, au sens qu’en a donné Margaret Mead. Pour Mead, la construction du Soi s’affirme lorsque l’enfant acquiert une autonomie relative à l’égard de ses premiers “autruis significatifs”, ses parents. En remontant d’autres groupes et d’autres mondes au cours de ses expériences sociales, le jeune découvre de nouvelles valeurs et références : il s’aperçoit alors que le modèle familial n’est pas “le seul monde existant et concevable, le monde tout court”, et il cherche alors à s’en distancier pour construire son identité individuelle propre.

Les pratiques de communication jouent un rôle certain dans cette période charnière du processus de construction identitaire. Elles sont tout d’abord un vecteur d’autonomisation pour le préadolescent vis-à-vis de ses parents : négocier les règles avec eux, les transgresser, c’est se construire et se percevoir comme un individu ayant certains droits et capable de les faire valoir, et s’éloigner de l’enfance. Par l’internet, les plus jeunes découvrent d’autres mondes que l’univers familial, des modèles différents qui leur permettent de construire leurs propres critères de jugement. Sur le chat, ils participent notamment des préoccupations et des références communes, qui participent à la fois à l’élaboration de leur identité collective, et à leur construction singulière. La communication individualisée et neutralisée garantie par l’internet permet enfin aux plus jeunes d’échapper aux contraintes normatives de leur monde social - notamment aux normes sexuées, et d’affronter certains questionnements avec plus de facilité.

Il ne s’agit toutefois pas de surestimer le rôle de l’internet dans le quotidien des préadolescents. Rappelons tout d’abord que cet outil occupe une place certes importante dans leurs loisirs, mais non centrale. Les jeunes en ont un usage fréquent mais néanmoins modéré, et la pratique télévisuelle demeure leur divertissement privilégié. Surtout, la communication par l’internet ne saurait suppléer l’attrait des activités de groupe et des interactions de face-à-face, comme en atteste d’ailleurs la difficulté à maintenir des relations à distance sans rencontre physique. L’internet offre plutôt une modalité de communication complémentaire particulièrement fluide, qui permet de s’extraire des difficultés pour mieux les affronter par la suite. Cet espace est un lieu d’expression libérateur, qui ne contient pas intrinsèquement de solutions, de valeurs ou de repères : il permet simplement de faire circuler des idées et opinions diverses, parmi lesquelles les jeunes devront faire leur choix, armés de leurs capacités de discernement.”


Céline Metton a publié un article scientifique très intéressant (disponible en .pdf) en amont de ce papier pour Réseaux : “Le rôle des nouveaux outils de communication dans le renouvellement des formes de sociabilité et de socialisation des préadolescents”, Communication présentée par Céline Metton aux “premières Rencontres Jeunes et Société en Europe et autour de la Méditerranée, Marseille, 22-23 et 24 octobre 2003 ; résumé :

“Internet et le téléphone portable ont contribué à l’évolution de la sociabilité des préadolescents vers un mode de liens quasi continus, soutenus par des échanges brefs et fréquents. Cette nouvelle modalité de relation, très liée à un souci de rationalisation des coûts de communication, permet en fait aux jeunes d’asseoir une certaine autonomie relationnelle, aussi bien vis-à-vis de leur famille que de leur groupe de pairs. Ces nouveaux moyens de communication se présentent également comme de nouvelles ressources pour répondre à leurs questionnements identitaires.”


Source :

Metton, Céline (2004).  “Les usages de l’internet par les collégiens. Explorer les mondes sociaux depuis le domicile”, Réseaux, Paris, n°123, Volume 22, pp.81-82.

mercredi 26 juillet 2006

Bernard Stiegler : De la misère symbolique et de la perte d’individuation

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Bernard Stiegler, philosophe, (cf. sa biographie en ligne) décrit notre époque caractérisée comme prise de contrôle du symbolique par la technologie industrielle, où l’esthétique est devenue à la fois l’arme et le théâtre de la guerre économique, d’où une misère où le conditionnement se substitue à l’expérience.


Dans son ouvrage “De la misère symbolique - 1. L’époque hyperindustrielle” (en 2004), il décrit notre société contemporaine avec l’allégorie de la fourmilière ; extrait d’un passage sur l’accès aux nouvelles technologies :

“De fait, les connexions individuelles ne cessant de se multiplier, un individu connecté aux réseaux mondiaux, qui est déjà géo-localisé sans le savoir, sur une trame dont les mailles sont variables, émet et reçoit des messages du ou vers le réseau des serveurs où s’enregistre la mémoire du comportement collectif, tout comme la fourmi qui sécrète ses phéronomes inscrit son comportement sur le territoire de la fourmilière tout en décodant et sommant, sous forme de gradient, le comportement des autres fourmis. Et, dans la mesure où le système cardino-calendaire intégré conduit les individus à vivre de plus en plus en temps réel et dans le présent, à se désindividuer en perdant leurs mémoires - aussi bien celle du je que celle du nous auquel il appartient -, tout se passe comme si ces agents “cognitifs” que nous sommes encore tendaient à devenir des agents “réactifs”, c’est-à-dire purement adaptatifs - et non plus inventifs, singuliers, capables d’adopter des comportements exceptionnels et en ce sens imprévisibles ou “improbables”, c’est-à-dire radicalement diachroniques, bref : actifs.”


Source :

Stiegler, Bernard (juin 2004). De la misère symbolique - 1. L’époque hyperindustrielle. Éditions Galilée, Paris, pp. 154-155

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