Jean-Luc Raymond

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mardi 21 avril 2009

Interview Twitter, le privé révélé dans un mode public, l'oversharing comme mode de partage

Difficile de faire un choix parmi les sollicitations d'interview sur mon activité liée à Twitter, une plateforme que j'utilise assidument depuis 2 ans. Je coordonne régulièrement des formations Twitter ainsi que des missions de conseils pour l'utilisation de Twitter dans le monde de l'entreprise, de la communication, du marketing et de la publicité.

J'ai répondu récemment aux questions de Bertrand Audrin, étudiant en Sciences de l'Information et de la Communication à l'Université de Neuchâtel (Suisse) qui s'intéresse à l'importance des réseaux de microblogging dans la révélation de l'actualité. Je me suis volontiers plié à l'exercice... Voici le texte envoyé à Bertrand Audrin.

En tant que spécialiste de l'information et de la communication, que pensez-vous de la croissance exponentielle que vit Twitter: phénomène de mode ou naissance d'un nouveau média ?


Twitter est un média (microblogging) dans un média (web). Il inaugure une nouvelle forme d'outils du Web qui consiste à faire de ce qui est privé, des mentions publiques. Par sa plasticité (interface de programmation) et l'écosystème qui l’entoure, la plateforme (interfaces clients, outils annexes, plateformes Web liées) situe son intérêt non pas dans ce qui se fait son essence (la limite des 140 caractères) mais ce qui se joue dans sa périphérie immédiate. Les outils annexes entretiennent un rapport de dépendance par rapport à Twitter dans une distanciation relative.

Je pense que le microblogging en est encore à ses balbutiements, telle que l'était la forme blog dans les années 2001-2002. Le fait que les médias et l'univers marchand s'y intéressent très fortement montre que l'outil Twitter est utile dans différents domaines, façons de l'utiliser : communication, marketing, distribution, diffusion, alertes, créations. Plus la forme est restreinte (là, elle est textuelle) plus elle donne lieu à des champs possibles d'imagination. Twitter est simple car textuel. Il évacue en quelque sorte la complexité du blogging et de l'éditorial tout en recréant un contenu. Twitter est très paradoxal dans son approche. C'est ce qui le rend souvent déconcertant lorsque je débute ma présentation de l'outil de microblogging en Formation Twitter (des sessions que je conduis régulièrement depuis un an et demi, en Belgique notamment). L'usage de Twitter n'est absolument pas prédéterminé. La phrase "What are you doing ?" est un prétexte à "hacker", à "braconner" (au sens de Michel de Certeau) ce qui est demandé pour utiliser Twitter différemment.

Les polarités d'extension au-delà de l'outil via des applications tierces rendent son avenir très malléable et comme base d'utilisations en situation de mobilité à venir. L’outil Twitter va, par ailleurs évoluer ; celui-ci est encore très jeune dans sa forme. La puissance du réseau social Twitter est fortement liée désormais à une expansion très importante du nombre d'utilisateurs ce qui le rend de plus en plus incontournable comme outil grand public... Donc, sollicité directement en corollaire par l'univers publicitaire.

De même, on assiste à des groupes d'utilisateurs qui s'agrègent en grappes de conversations selon les contrées de notre monde : les TwitterMoms américaines, les bibliothécaires en France, des webdesigners francophiles en Roumanie, des étudiants en journalisme au Brésil… Il n'y a pas une seule sphère du microblogging mais réellement plusieurs sphères et une multitude d'ensembles plus ou moins importants en nombre d'utilisateurs et en nombre de messages échangés qui cohabitent souvent, mais qui s'ignorent indépendamment les uns des autres. Il y a déjà des microblogging très empreints de différences culturelles comme il y a des Web.

On a beaucoup parlé de Twitter dans la révélation de l'actualité ces derniers temps, est-ce le retour du journalisme citoyen ?


C'est un leurre que de parler de journalisme citoyen pour Twitter. Le terme "information" tel que je l'emploie signifie une info justement vérifiée/recoupée au sens journalistique. Dire qu'un témoignage est une information ne suffit pas, car il faut en saisir des éléments contextualisants. En Moldavie récemment ou à Mumbai, beaucoup de médias ont (faussement) relayés que Twitter était une source d'informations. Pour Mumbai, l'info a été démentie par la Presse anglo-saxonne. Pour les mouvements de manifestations en Moldavie, la supercherie était aussi de mise d'après des recoupements.

Twitter a sa force dans les alertes (enlèvements, tremblements de terre, incendie, etc.) mais cela ne suffit pas pour faire de chaque utilisateur de Twitter, un journaliste en puissance. La force et la faiblesse de Twitter est de se situer dans l'age de "Oversharing", le partager toujours plus qui lui-même se situe dans une économie du flux, une vie liquide comme le décrit le sociologue Zygmunt Bauman. Dans ce flux, l'information peut difficilement surnager. En revanche, c'est la capillarité des tweets en réaction à un évènement qui est foncièrement intéressante comme un effet boule de neige : positif, négatif... mais surtout émotionnel, une capacité à mobiliser l'esprit et à capter l'attention. Or, nous sommes dans une économie de l'attention qui capte le temps de l'individu et son émotion via des outils Web. C'est cette mobilisation qui peut être employée de différentes manières.

Le risque qu'une information fausse soit répandue existe-t-il, ou celle-ci se trouverait-elle étouffée dans l'océan de tweets ?


C'est difficile à dire, car il n'y a pas eu à ma connaissance d'exemple probant analysé scientifiquement qui puisse faire preuve de quelconque autorité sur ce sujet. La valeur d'un tweet dépend souvent de sa capacité de rediffusion. Or, pour être rediffusé à un nombre important de followers, le tweet se doit de l'être par un compte ayant beaucoup de followers. On peut se dire qu'un compte avec beaucoup de "followers" a ou n'a pas d'autorité ; c'est une fausse question ou assertion. C'est plus la crédibilité qui compte et la crédibilité est encore très fortement liée aux grands médias : CNN, BBC, les quotidiens... Un simple individu hors du champ journalistique a peu de chance de voir une info rediffusée à grande échelle sur Twitter.

Quand il s'agit de parler de microblogging, on envisage plutôt un système nombriliste, dans cette optique, comment se déplace-t-on vers un média sérieux ?


Sérieux est peut-être un terme impropre, car Twitter même participe à cette construction du divertissement (entertainment) à l'aspect médiatique (news and views). Il participe donc grandement à une réplication des médias de masse en associant le pouvoir de la publicité, à celui de la communication, au marketing, à l'émotionnel et à l'information (cf. les écrits du philosophe Bernard Stiegler et d'Ars Industrialis). Il y a un mix de tout cela dans Twitter, une combinaison de positionnements individuels et ou collectifs.

Le nombrilisme est plutôt un égocentrisme très fortement présent dans les blogs, bien que peu avoué. D'ici à dire qu'il en est de même dans Twitter, il n'y a qu'un pas. Twitter est fortement individualisé dans l'expression (effet de "reply") mais chaque message (hors message direct) s'adresse à une multitude : c'est un espace privé révélé au public. En ce sens, c'est ce qu'il y a de réellement nouveau avec Twitter : une capacité d'ouverture qui est maîtrisée dans un monde ouvert (Facebook est l'antithèse de Twitter sur ce plan-là).

Twitter est-il assimilable à un réseau social, ou peut-on le considérer comme un flux d'information continu ?


A un flux, oui. Un flux textuel ordonnancé de façon antéchronologique. Chaque Tweet publié est évanescent par nature. Il s'oublie dans la "timeline" dès lors que prononcé. C'est dire que Twitter est un outil d'engagement, au toujours plus si l'on veut gagner en visibilité. C'est du "personal branding" exacerbé (la marque, c'est moi) et il est d'ailleurs marquant de constater le nombre de consultants et travailleurs individuels qui se trouvent sur Twitter, notamment dans le monde anglo-saxon.

Twitter est un outil d'exposition d'une image de soi recomposée, refaçonnée dans un effort de "vente" de ses services, de mise en avant de ses compétences... C'est une image assez instantanée de Twitter. Elle correspond à un média qui s'affirme statistiquement comme utilisé majoritairement par des personnes entre 30 et 50 ans. Il augure différemment de MySpace (population adolescente) et du raz-de-marée Facebook (l'existence par les autres). Twitter est d'abord un espace personnel maîtrisé et contrôlé qui interagit dans un flux, avec un flux mais dans une capacité de choix avant tout textuel parce que l'outil est textuel avant d'être hypertextuel.

L'internaute lambda peut-il aisément aller pêcher ses informations exclusives sur les systèmes de microblogging ? Comment doit-il s'y prendre ?


Je crois que l'équipe de Twitter se cherche. Elle perçoit difficilement comment l'utilisation de l'outil évolue. Si aujourd'hui, la tendance est au RT ("retweet" pour s'affirmer sur Twitter), rien ne dit qu'il en sera de même dans 6 mois et qu'une utilisation nouvelle et mobile de Twitter s'affirmera davantage. En ce sens, Twitter avait mésestimé la capacité du moteur de recherche TwitterSearch qu'elle a racheté.

Cette fonctionnalité est devenue centrale dans Twitter : se servir de TwitterSearch, c'est donner du sens au pouvoir du consommateur qui conseille, donne avis, précise, indique. Twitter est un annuaire de contenus de témoignages conversationnels : TwitterSearch comme relais indispensable de signifiance, et ce moteur de recherche a une valeur par la consistance de son contenu aussi bien que par son caractère instantané. De ce fait, Google est très éloigné de la vague de Twitter et apparait comme un géant aux pieds d’argile : contenu pléthorique, signifiance brouillée et qualité de restitution de la requête pas toujours, de loin, très pertinente. Google ne se situe pas dans une économie du flux ; la société peine à réagir.

Comme dans tout outil Web, la valeur de l'information recueillie dépend plus de la stratégie humaine mise en place que d'une gadgétisation dans l'utilisation d'une multiplicité d'applications. C'est la composante Temps qui s'affirme avant tout : Combien de temps puis-je consacrer quotidiennement à Twitter ? Quel est mon objectif ? Quelle est la cible ? Quelle méthodologie vais-je mettre en place ? Quelles sont les sources pertinentes sur Twitter et quelles sont celles qui fournissent des "signaux faibles" ?

J’effectue des missions de conseil auprès d'entreprises et d'ONG qui souhaitent être présents sur Twitter avec des résultats significatifs dans le dialogue entamé avec des utilisateurs de Twitter qualifiés et quantifiés. C'est ce dialogue qui importe : inviter chaque personne présente sur Twitter à ne pas se situer dans un espace Web traditionnel. Les Twitter de flux RSS autocentrés sur la rediffusion de liens de leur propre site ou flux de façon uniforme et répétée n'ont aucun intérêt, car il y a là une incompréhension notoire même des possibilités de Twitter… Triste reproduction de Twitter comme le fil RSS d'un site ou le méta- de son propre site.

En revanche, Twitter peut être un média des annexes pour un média traditionnel. Évoquer les dessous, les à côté d'un média, résumer ce qui est prégnant ou l'émotion de vie ou de fonctionnement d'une chaîne TV, d'une station de radio, d'un journal papier... Mettre en forme une ambiance, conter des mini-histoires sont des façons de se différencier pour un média, de créer une expérience avec les lecteurs/contributeurs. Impliquer les lecteurs/contributeurs au sein du média est une préoccupation qui paraît évidente pour qui comprend bien Twitter et son fonctionnement.

Et réciproquement, le citoyen moyen peut faire part d'un fait à n'importe quel instant; quelles sont les chances qu'il soit entendu ?


Encore faible sur Twitter, je le pense sincèrement. Il n'y a pas beaucoup de salut en dehors des médias traditionnels et aussi de plateformes vidéo comme YouTube (le visuel a gagné la partie sur le Web de la rediffusion) ou encore de Facebook pour la réactivité événementielle. Le flux est bien un flot sur Twitter et pour se distinguer, il est nécessaire de se spécialiser, d'habituer une audience, de la fidéliser. Les cercles relationnels communs, bien souvent, se greffent de nouveau tels quels sur Twitter. Utiliser Twitter, ce n'est pas par essence "S'entretenir avec soi-même" ; c'est créer du sens parce que l'autre/les autres font que "nous" existons dans un cadre relationnel. Un pluriel qui a le sens de la multitude. Sans cette multitude, l’écho demeure faible.

Les réseaux de microblogging sont-ils un territoire à enjeux pour les médias traditionnels? Doivent-ils avoir le rôle de suiveur, ou de blogueurs ?


Oui, ils le sont à la condition que les médias traditionnels ne répliquent pas seulement leur info telle quelle sur Twitter. Ils doivent réinventer des utilisations qui les engagent à faire vivre une expérience au lecteur/contributeur/consommateur. Ce sont des enjeux qui sont très liés au marketing car la question médiatique actuelle essentielle concernant Twitter est : Où se trouve le business model de la présence média sur Twitter ? Et au-delà de cette question : Est-ce rentable ? Y-a-t-il un retour sur investissement ? À cette question, est fortement associé l'intérêt éditorial. Comment écrire sur Twitter ? Qu'y dire ? Twitter présente une forme textuelle fluctuante, mais le peu de caractères à mettre en forme invite le rédacteur professionnel à adopter un discours proche de l'argumentation promotionnelle, communicationnelle et publicitaire.

A bien y regarder, il y a peu de médias qui réinventent leur média sur Twitter. Quelques exemples sont toutefois intéressants comme Rue89 avec Twittpiques ou cette expérience d'étudiants de l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, l'an dernier lors des élections municipales en France. Ce dernier exemple montre que le microjournalisme, qui est étudié dans des travaux de recherche au Brésil actuellement, est très naissant avec une forme non aboutie, qui se cherche… une forme passionnante pour qui s’y intéresse.

Comment voyez-vous l'avenir des services du genre de Twitter ? Ont-ils le potentiel nécessaire pour devenir des grands acteurs dans le domaine de l'information ?


Twitter est un outil qui s'inscrit dans une pléiade d'outils qui peuvent donner à voir l'information autrement. C'est la nature même du journalisme Rich Media que de saisir les outils Web, audio et vidéo, cartographies, lignes du temps... Comme facilitateurs de compréhension, de décryptage et d'approfondissement de l'information.

J'apprécie ainsi l'approche du journaliste français Alain Joannès qui est exigeant sur cette question d'une info vraiment pluriforme Rich Media. Twitter peut être une des pièces du dispositif Rich Media mis en place par un média traditionnel. Le Rich Media replace les annexes de l'information dans un schéma global d'explicitation et cela s’avère dans notre monde, indispensable : donner des clés mais ne pas expliquer à la place de… Belle idée, non ?

vendredi 7 mars 2008

Déjà... Un an

Déjà un an... Les octets se bousculent. Qu'apprend-t-on de soi ? Qu'apprend-t-on des autres ? Un an à coordonner un réseau d'Espaces Publics Numériques en Région Wallonne ; ces lieux de sens, ces lieux qui font, qui conjuguent l'apprentissage des technologies en perpétuelles nouveautés aux utilisations prosaïques d'un clavier et d'un écran, tout en cherchant à se mouvoir dans un espace où les GSM, GPS et autres outils portables font oublier le lieu. De projet en projet, on esquisse le tracé du sens.

Douze mois à réécrire l'aventure, à redécouvrir le métier d'animateur multimédia de l'extérieur avec le regard intérieur. A le faire autre alors qu'il fut sien. Des semaines à construire pas à pas une démarche qui fait que l'on n'est pas sans les acteurs de terrain. Visiter, entendre, écouter, reformuler, conseiller, expliquer, écrire, expliciter. Refaire la petite histoire sur un chemin sinueux. Les images du réseau des EPN de Wallonie sur un travelling en flashback. De villages en villes belges, de regards de publics attentifs devant des moniteurs devenus depuis quelques temps écrans plats. De l'accueil chaleureux de ces animateurs, agents, chefs de projets et échevins si prompts à entendre le "petit" français égaré dans leur pays... A se demander pourquoi ce consultant hexagonal s'intéresse à leur projet... Et de leur accent chantant du Nord, leur voir prononcer leur attachement naturel à la culture francophone comme d'une fierté qui les rattache au "vieux" pays.

Se souvenir... Inscrire le passé dans le présent pour mieux augurer de l'avenir.

Ecouter la passion de travailleurs sociaux et de prévention de Quaregnon expliquer l'utilité d'Internet pour trouver des schémas de mécanique ou donner envie aux jeunes d'apprendre le Code de la Route.

Pleurer d'émotion dans le Cybernibus "Dragon" de Bernissart (installé sur la place du village de Blaton) durant un atelier d'initiation à The Gimp ; la beauté des échanges intergénérationnels, un moment rare où l'humour et l'amitié étaient de mise.

S'émerveiller dans la caverne d'Ali Baba de la Bibliothèque de Lessines "La Toile de Magritte" où une bibliothécaire confectionne une décoration colorée et personnalisée ; les livres y baignent dans un bonheur qui donne envie de les dévorer.

Se rendre (enfin!) au Net.Galaxy de Huy où je comprends pourquoi l'univers musical et lumineux de l'EPN concourt au cocooning et au plaisir d'apprendre avec décontraction. L'animal préhistorique côtoie la boule à facettes ; unique! Sacré Michel, toi qui m'a fait découvrir la réalité des Espaces Publics Numériques belges, il y a déjà quelques années!

Ai-je un jour imaginé me retrouver une même demi-journée dans deux lieux d'accès publics à l'Internet aux murs datant du Moyen-Age ? La modernité s'inscrit dans l'Histoire à la ferme de Godinne ou dans les murs graniteux de l'EPN d'Yvoir...

Rire aux éclats avec David en découvrant un projet de communication du réseau avec un poster plutôt décalé. On ne pouvait pas faire mieux… Sincèrement… Et ces rires avec Franck (le spécialiste incontournable du café équitable), Cédric (Monsieur Web 2 : JupilR, c'est un peu comme FlickR ; n'est-ce pas ?).

Regarder Valérie défendre bec et ongles la valeur de l'échange entre Espaces Publics Numériques et le réseau lors d'une formation. Sur le coup, j'en suis resté coi. C'était beau ; c'était vrai.

Ecouter Emmanuel évoquer l'avenir des EPN comme d'un hacking pluriculturel où les publics multi-créent, où l'utilisation ne se pré-"fabrique" pas. Le futur des Internets est-il si Web ? Dire que nous rêvions d'un Internet… Je retrouve Alain dans tes mots et tu le sais…

Entendre dans le bureau de la bibliothèque, les mots de l'Echevin sur Péruwelz décrire avec force la nécessité d'un Internet où le recul critique et l'éducation au multimédia aient un sens parce que les jeunes générations s'emparent évidemment de ces "objets" sans en saisir souvent le véritable sens.

Isabelle, je l'ai adoré le Pavé du Nord de Valenciennes. Découvrir ces consoles de jeux vidéo d'un autre temps à Fresnes-sur-Escaut dans un gymnase a cela de merveilleux que la mémoire réactive des moments technologiques d'une enfance pas si proche.

Paysages de câbles, petite loupiote sur "on". De bon matin, des baraques à frites (ou friteries) à n'en plus finir. Le charme d'un ailleurs où les accents diffèrent et se conjuguent de province en province, la SNCB comme hôte de passage…

Après une réunion dans les locaux de la Région, alors que la Meuse s'évanouit aux sons des fanfares des fêtes de Wallonie à Namur, un groupe de jeunes déambule avec sur la joue droite le "W" rouge et de l'autre côté, le drapeau belge grimé comme deux repères à l'unisson.

Et tant d'autres moments… Je vous dois beaucoup.

Drôle d'aventure, va!
Simplement, merci.

Un an, déjà!

(Photo : Plafond magique de La Toile de Magritte, Espace Public Numérique de la Bibliothèque de Lessines, oeuvre d'un employé communal - En juin 2007)

dimanche 17 février 2008

Twitter, du microblogging aux micromédias

La vague des micro

Microlearning, micromédias, microblogs, microcélébrités, microédition, microformats… Le début de l’année 2008 est marqué par l’ascension du «micro » acoquiné à toutes les sauces. Alors que le macro est forcément impersonnel (vécu comme un tourbillon de la mondialisation), l’individu Internet noyé parmi des millions d’utilisateurs, le micro ne personnalise pas, il construit un univers d’un à un autre, d’un à d’autres, dans une relation « one-to-many » plongée dans une quête de sens et à la recherche d’un entre-soi formalisé. D’aubes annoncées en révolutions incertaines, les Second Life et autres Facebook sont renvoyés dans leurs gonds par des médias traditionnels cherchant leur nouvelle coqueluche technologique.

Le Deuxième Monde cherche un nouveau souffle

Exit des médias traditionnels : l’univers virtuel Second Life, miroir aux alouettes célébré un temps par le marketing comme un nouveau Deuxième Monde. Il préfigure sans doute des "metaverses" davantage participatifs et ergonomiques dans un esprit « ouvert » où les « worlds » se combinent plus qu’ils ne s’excluent et qu’ils n’excluent, où les soucis de connexion ne sont plus légion et où la compatibilité matérielle nécessite un commun minimum abordable. Second Life peine à devenir « mainstream » et donc à toucher le grand public.

"Poker" : "Tu es là ?"

Exit des médias traditionnels, peu à peu : Facebook, monde de l’Internet fermé, boum du deuxième semestre 2007 où l’identité numérique devient le cœur d’un service codifiant et qualifiant une publicité hyper-personnalisée. Cet internet de groupes où le « poke » se substitue au « hug », phagocyte le temps, sacralise à son maximum l’ami de mon ami dans un effet paroxystique où la nuée d’applications forme un univers avec une clé où l’appartenance permet d’ouvrir la porte de la connexion et de l’interaction. Sans cette clé, point de salut. Facebook gère l’existence et l'organise. Facebook signifie la présence. Existence et présence se confondent.

Twitter : remise en cause de l’outil et vie ritualisée en 140 caractères

A l’intersection du courrier électronique (email) et de la messagerie instantanée (IM), Evan Williams et son équipe ont réinventé la simplicité qui avait concouru au succès de l’adoption de la solution de blogs Blogger. Concevoir un outil ergonomique, facile à prendre en main, mu par un champ des possibles d’utilisations non définies. Twitter, c’est gazouiller et derrière le leitmotiv du cadre perpétuel à remplir « Qu’êtes-vous en train de faire ? » (« What are you doing ? ») en 140 caractères, se joue d’abord l’effet transgressif de ne pas répondre à la question, de braconner invariablement pour lancer des bouteilles à la mer, témoigner, informer, alerter, annoter, saisir l’inattendu, créer en mots...

Avec Twitter, c’est la remise en cause même de l’outil qui se manifeste. Etre prévenu par email, messagerie instantanée et par SMS en fait une machine douée d’ubiquité plongée dans le désir d’un monde occidental où la connexion à l’Internet se veut et se proclame permanente, non finie, sans frontière avouée. Sur Twitter, l’ultime barrière temporelle des fuseaux horaires n’existe plus. La « public timeline » (ligne du temps) est un flux cyclique, une humeur médiatique évènementielle et une garantie émotionnelle voguant sur les « marronniers » circonstanciés des saisons (Nouvel An, Soldes, Saint-Valentin, vacances) ; un univers de vie ritualisé.

Les sur-outils dévorent Twitter

Le nombre d’applications périphériques adjointes à Twitter ne cesse d’augmenter. Géolocalisation, popularité, audience (par followers), discussions à capitaliser, tendances sémantiques, modes d’alimentation de tweets… Invariablement, l’outil Twitter se laisse dévorer par ces modules. Hybride dans ses basiques, dépouillé dans son interface, Twitter est en outre d’une insatisfaction permanente : saturation de bande passante de la plateforme, réception plus ou moins aléatoire des SMS, implémentation minimale en interne de nouvelles fonctionnalités, utilisateurs toujours en quête d’un mieux.

Twitter est un outil de l’économie du désir qui vit de l’économie de la contribution tout en fixant l’attention. Son écosystème montre une instabilité certaine, épicentre d’un mouvement où l’on peut tour à tour renforcer sa tour d’ivoire en une solitude voulue et ou vécue, interagir en groupes établis ou naissants, composer des discussions s’évaporant quasi-instantanément, esquissant des traces censées indélébiles dans des moteurs de recherche…

Twitter, la micro-célébrité par la particularité

Avec Twitter, la célébrité est micro tout comme l’expertise emprunte des niches de sujets, préoccupations et thématiques qui poussent à la bribe de sens ou de synthèse, au dialogue contemplé ou à l’échange en interlocution. Outil « inter- » par nature et ambivalent par les sens qu’il peut construire et signifier, Twitter signifie dans l’utilisation propre non induite qu’en font les individus mêlée au devenir des 140 caractères alignés en mots.

Sur Twitter : la flexibilité de l’objet numérique

"Si son évolution actuelle se poursuit, Twitter s’engage potentiellement sur un chemin qui le conduit de son état initial de simple outil de communication à celui de puissante plateforme de gestion de présence, qui peut finir par impulser des pratiques sociales nouvelles. Twitter est unique en ce qu’il restreint le volume de la communication tout en permettant de partager largement des échanges issus de sources très diverses. A cet égard, sa singularité est d’être le premier outil de deuxième génération qui s’appuie exclusivement sur la flexibilité de l’objet numérique, sur sa taille relativement réduite quand il se limite à exprimer une option individuelle à un moment précis, et sur sa facilité d’agrégation. La tendance anthologique, en évolution constante, devient ainsi la clé d’une forme de densité sociale au sein d’une plateforme répartie de partage du savoir. La pratique anthologique actuelle est un immense succès à cause de sa façon d’exploiter l’interface entre le technologique (facilité d’accès, outils permettant d’exercer la fonction d’auteur, mots clés, etc.) et une aspiration individualiste à la distinction. Elle illustre aussi certains traits « littéraires » de la nouvelle compétence numérique, et la façon dont celle-ci récupère et s’approprie les modèles de la culture imprimée."

 
Milad Doueihi, La Grande Conversion numérique, Editions du Seuil, Paris, Janvier 2008, Collection La Librairie du XXIe siècle, Traduit de l’anglais par Paul Chemla.

Sur la micro-célébrité : contribuer marginalement

"La microcélébrité, c’est le phénomène d’être très connu, mais pas par des millions de personnes, plutôt par un millier de personnes voire quelques douzaines" selon le magazine américain Wired.

"La microcélébrité, c’est une réalité des signaux et coopérations faibles : je donne en permanence des signaux très faibles, je contribue très marginalement mais très souvent. Le moindre de mes gestes sur la Toile est un signe porteur de sens et de valeurs pour mes contacts" selon Pierre-Yves Platini du cabinet FaberNovel Consulting.

Technikart, dossier Tous micro-célèbres, Paris, Février 2008.

samedi 5 janvier 2008

Meilleurs voeux pour l'An Neuf

C'était à Namur (Belgique), le 12 septembre 2007, une bouteille à la mer urbaine sur un poteau face à la Gare, un support du dire numérique, du faire-savoir le savoir-faire multimédia. J'ai trouvé ça beau et simple, pas inutile... Signe que notre temps virtuel ne peut pas s'affranchir du réel.

En cette année nouvelle, mes meilleurs voeux à ceux qui s'arrêteront un petit moment ici volontairement, aux internautes qui feront un détour par cette page au hasard d'un moteur de recherche ou de je ne sais quelle virée sur le Web, à mes clients partenaires fidèles d'une aventure qui se lie dans la discussion, aux acteurs des Espaces Publics Numériques de Wallonie pour lesquels j'essaye d'être d'abord une oreille attentive et une aide modeste mais effective, aux rencontres éphémères ou non lors de mes formations en France et en Belgique (j'apprends beaucoup de vous), aux amis qui se reconnaîtront, aux paysages traversés, aux rires et sourires des moments futiles et utiles... A la curiosité de la vie, aussi.

Bonne et bien heureuse année 2008!

jeudi 22 février 2007

Formation Web 2.0

Depuis juin 2006, j'ai modélisé et je conduis régulièrement une formation Web 2.0 au centre de compétence TechnofuturTIC à Gosselies (Charleroi, Belgique), lieu aidé par la Région wallonne et des Fonds structurels européens, qui propose des formations techniques de tout niveau et des séminaires sur les enjeux et l'innovation dans le domaine les Technologies de l'Information et de la Communication. Ma prochaine session de formation Web 2.0 à TechnofuturTIC se déroulera en avril.


La plupart des séminaires sont en accès gratuits pour les Wallons et la mixité des publics (fonctionnaires territoriaux, chefs d'entreprises, cadres , employés, personnes du secteur associatif, checheurs d'emploi...) accueillis lors des sessions en font des ferments de questions, réponses mais surtout des échanges constructifs et nutritifs car chacun selon sa problématique, ses centres d'intérêt peut apprendre de l'autre, comprendre un positionnement professionnel ou associatif, ou saisir un projet qui se façonne. Cet univers est véritablement passionnant. Il enrichit intellectuellement et techniquement aussi bien les stagiaires que le formateur.


Une formation Web 2.0 participative


Conduite sur deux jours, la formation Web 2.0 intitulée "Réseaux sociaux et web collaboratif : enjeux du Web 2.0", permet par une approche participative des stagiaires de définir un visage du « nouveau Web », à réfléchir sur les usages d’outils qui façonnent le Web d’aujourd’hui et de demain avec, bien entendu, une mise en pratique effective et un recul critique nécessaire.


Des ressources écrites sur le Web 2.0


A la place de la traditionnelle présentation PowerPoint donnée aux stagiaires, il est offert à chaque participant un dossier documentaire de plus de 30 pages comprenant : des définitions du Web 2.0, un glossaire spécialisé, une liste d’outils, services et plateformes Web 2.0, des références de sites et blogs sur le sujet ainsi que des schémas explicatifs sur le Web 2.0.


En complément, il est délivré à chaque stagiaire une Revue de Presse exhaustive (couvrant un an d’actualités) de plus de 50 pages sur le Web 2.0.


Un contenu de formation en constante évolution


Ces deux ressources sont mises à jour à chaque session tout comme le contenu de la formation qui présente 20 % de nouveautés  à chaque nouvelle session.


Des résultats et l'avis des stagiaires


A l’issue de ces sessions, des stagiaires ont créé des blogs, utilisent Del.icio.us dans leur travail de veille, placent leurs vidéos sur YouTube et échangent avec d’autres internautes… Les messages suivants sont un aperçu de l’avis de stagiaires à la suite de la formation.


«Merci pour ces informations et pour les 2 jours de formation. C’est vrai que si Internet évolue techniquement tous les jours dans un monde «virtuel», il est aussi important de garder l’aspect humain et donc ce contact direct au travers de sessions où chacun peut partager et exprimer ses expériences.»

Olivier D., Charleroi, créateur d’entreprise.


«Un tout grand merci pour la documentation et pour la formation.»

Elise G. Bruxelles, cadre dans une association Européenne dans l’industrie chimique.


«Je recommande vivement cette formation sur le Web 2.0. C’est une mine d’informations.»

Caroline M., Bruxelles, chef de projet dans une agence Web.


«Et encore bravo pour votre remarquable prestation.»

Roland M., Bruxelles, dirigeant d’association de projets Européens.


«Netvibes est un outil intéressant que je consulte maintenant régulièrement.»

Richard B., Hotton, employé communal.


«Plus j'y repense, plus j'ai trouvé cette formation pleine de choses très très utiles. Je suis en train d'en faire une synthèse pour mes collègues.»

Sophie F., Bruxelles, cadre dans une association Européenne.


Contenu de la formation


L'accès à Internet de plus en plus généralisé permet d'envisager de nouveaux modes de relations collaboratives entre les individus dans la sphère privée et dans le milieu des Asbl, le monde de l’entreprise et les entités administratives.


D’une micro-informatique à base de logiciels installés sur son ordinateur, l’utilisateur travaille, partage, interagit et coopère en ligne via de multiples applications gratuites disponibles sur le Web qui replacent l’individu au cœur de la production d’informations ; données qui peuvent se lier à d’autres et être la source de nouveaux projets et activités, jouer un rôle prépondérant dans le domaine de la veille et du marketing viral.


Ce séminaire de fomation propose de faire le point sur ce qu’on appelle le Web 2.0 et sa réalité par une approche concrète du concept (aspects techniques, collaborations sociales, transformations organisationnelles et modèles économiques) via la présentation, des exercices guidées et la mise en perspective d’outils internet :

  • blogs,
  • syndication de contenu,
  • marqueurs et réseaux sociaux,
  • cartographies d’échanges,
  • logiciels collaboratifs en ligne,
  • partage audio et vidéo,
  • etc.


Sont également abordés des notions générales du Web 2.0 qui transforment et structurent l’Internet d’aujourd’hui et de demain :

  • le journalisme citoyen,
  • les indicateurs d’influence,
  • l’intelligence coopérative,
  • et les tendances majeures de l’utilisation de l’Internet par les moins de 25 ans.

mardi 6 février 2007

Rencontres Wallonnes de l'Internet Citoyen 2007 à Charleroi, mission de préparation

Je viens de terminer l'écriture d'un document préparatoire de préconfiguration des ReWICS (Rencontres Wallonnes de l'Internet Citoyen), une rencontre annuelle d'une journée qui réunit au CEME de Charleroi (Belgique) en mars plus de 700 participants, pour la plupart du secteur public, associatif et non marchand de l'Internet. L'édition 2007 des ReWICS se déroulera le 19 mars 2007 avec le thème générique "Innover socialement par les technologies de l'information". Retenez la date et n'hésitez pas à vous y rendre. L'inscription en ligne et la participation sont gratuites.


Intervenant habituel et visiteur passionné de ces rencontres depuis plus de 4 ans, je participe cette année à l'élaboration du programme où j'ai établi une problématique générale "Apprendre ensemble, les savoirs en réseau" et une déclinaison de ce thème en débats, ateliers, rencontres et animations qui me paraissent pertinents au regard non seulement de l'actualité de l'Internet mais plus largement des enjeux des Technologies de l'Information et de la Communication.


Vous trouverez à cette adresse, le texte d'introduction à ce document préparatoire pour l'organisation : "Apprendre ensemble, les savoirs en réseau" décliné en 4 points qui traduisent des préoccupations fortes liées à l'utilisation des technologies :

  • Le pouvoir des savoirs est un enjeu de société investi par le secteur économique privé,
  • Les temps et les espaces bouleversés qui produisent des effets de rupture et une désocialisation pour les plus faibles,
  • Construire une identité numérique est une variante de la capacité d'investigation des champs de connaissance sur le Web,
  • La recréation d'un champ de l'apprentissage et des savoirs en réseau par des capacités d'expressivité, d'échange et d'innovation sociale.


Avec l'infobésité actuelle, les discours technicistes voudraient sans doute nous faire oublier que le citoyen lambda n'a pas toutes les compétences que nous possédons, nous qui sommes rompus aux nouveautés "outils" et "plateformes" à la mode. J'ai donc essayé de dégager des traits pertinents : notamment le lien à l'apprentissage tout au long de la vie et à l'éducation critique aux nouvelles technologies qui sont plus que jamais d'actualité mais aussi des enjeux territoriaux d'appropriation et de coopération notamment de l'informatique et de l'internet.


Au-delà de ces considérations qui me semblent essentielles, c'est plus encore dans la mise en réseau des acteurs et l'animation de ces réseaux que se situe la créativité, le dynamisme, les capacités de création d'emplois de demain. Le savoir n'est plus monolithique et les techniques imprègnent les moindres recoins de nos vies. Avec les technologies, le capital humain et immatériel est la source de nouvelles initiatives de proximité, signes de nouveaux faisceaux d'innovation sociale. Aux citoyens d'investir ces potentialités participatives et collaboratives.