Jean-Luc Raymond

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - media

Fil des billets

vendredi 29 septembre 2006

Internet média cannibale par Lucas Denjean : études de cas de stratégies internet commerciales

Nouvel ouvrage paru le 28 septembre aux Editions Elenbi, Internet média cannibale de Lucas Denjean analyse 72 cas concrets de grandes marques dans leur stratégie internet commerciale avec un point méthodologique pour chaque étude de cas. L'utilisation du courrier électronique, le marketing viral, le recrutement de prospects, établir une relation directe avec ses clients constituent quelques-uns des sujets analysés avec soin dans ce livre pratique de 544 pages, présenté par l'Electronic Business Group.

Source :

Denjean, Lucas (28 septembre 2006). Internet média cannibale (En ligne), Elenbi, Paris, 544 p. (Page consultée le 29 septembre 2006)

samedi 19 août 2006

Jean-Noël Jeanneney : Internet est une innovation aussi importante que l’invention de l’imprimerie

jeanneney.jpg

Dans le magazine L’Express du 17 août 2006, Dominique Simonnet interroge Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque Nationale de France, sur le devenir de l’écriture au regard de l’Internet, ceci dans le cadre du 7e et dernier volet de la série d’entretiens “Il était une fois l’écriture” ; extraits :

“En cinq millénaires, depuis les scribes de Sumer, l’histoire de l’écriture a connu plus d’une mutation. Avec Internet, voici maintenant le temps des textes mondialisés, numérisés, instantanés. Révolution majeure ?

Il s’agit d’une innovation aussi importante que l’invention de l’imprimerie, qui bouleverse non seulement la diffusion de l’héritage culturel, mais aussi les comportements des gens, leurs pratiques quotidiennes, leurs désirs. De là à dire que rien ne sera plus comme avant… Chaque fois que naît un nouveau média, on craint qu’il ne tue le précédent. Dans l’entre-deux-guerres, on était persuadé que la radio allait éliminer les journaux. Dans les années 1980, quand je présidais Radio France, on me disait que la radio publique allait disparaître si on autorisait la télévision le matin. Or Gutenberg n’a pas supprimé l’écriture manuscrite, la presse n’est pas morte avec la radio, et celle-ci rassemble aujourd’hui plus d’auditeurs le matin qu’il y a vingt-cinq ans… Je ne crois pas davantage que la numérisation marque une rupture dans l’histoire de l’écriture. Elle s’inscrit dans le prolongement de ce qui existait auparavant. Les différents types d’écriture vont perdurer, en concomitance (…)

On dit que l’acte d’écrire, lui aussi, change devant l’écran, que l’écriture s’abâtardit, se désacralise…

J’ai commencé ma carrière d’historien en étudiant les lettres des combattants de 14-18 dans les archives des commissions de contrôle postal : il y avait déjà une très grande diversité dans la manière de s’exprimer, une inégalité dans la qualité de plume. L’évolution des écritures tient plutôt à un climat, à l’évolution des rhétoriques, qu’à l’outil technologique. Malgré ce qu’on répète, le contenant a une influence limitée sur le contenu. L’arrivée de la machine à écrire n’a pas beaucoup transformé le style des écrivains. D’une certaine manière, nos écrans sont plus proches de l’écriture manuscrite que ne l’était la machine à écrire: on peut corriger, recommencer sans fin. L’orthographe va-t-elle se simplifier ? Y aura-t-il une “novlangue” ? Là encore, à chaque nouvelle invention, on nous explique que la pensée va être bouleversée. Daniel Halévy, en 1948, se plaignait de la TSF en ces termes : “Énorme, informe, incessante, la chronique de la planète Terre est portée à domicile, à la table et au lit. La lecture est remplacée par un gavage sonore qui engloutit le tragique même. Le Français reçoit les sons avec soumission et méfiance, l’une et l’autre instinctives, moins humaines qu’animales…” Rien que ça! Aujourd’hui, je ne nie pas le formidable changement que constitue cette circulation nouvelle dans l’espace et le temps : là est la vraie révolution de Gutenberg et d’Internet. Mais n’exagérons ni l’inédit ni l’inéluctabilité des conséquences qu’imposerait la technique à nos pauvres intelligences prétendument bousculées. Tant qu’il y aura des hommes, beaucoup auront envie de se colleter à l’expression la plus juste, la plus pertinente, la plus subtile, et il y aura des lecteurs pour les suivre.”


Source :

Simonnet, Dominique (17 août 2006) “L’Entretien : Jean-Noël Jeanneney : “Le livre utilisera Internet en riant sous sa cape…” [En ligne], L’Express n°2876, Dossier Il était une fois l’écriture, 7. Le futur de l’écrit, Paris, pp.76-79 (Page consultée le 19 août 2006)

lundi 7 août 2006

François Zimmermann : “La génération des astucieux” : “J’e-pense donc j’e-suis”

francoiszimmerman.jpg

François Zimmermann, réalisateur de films d’entreprise, de cédéroms de formation et spécialiste de la communication d’entreprise s’interroge en 20 chapitres dans son ouvrage “La Génération des astucieux” (aux Éditions Le Manuscrit, voir cette page et aussi celle-là) sur les usages quotidiens de l’internet en évoquant l’ambivalence des discours dominants sur les nouvelles technologies.

François Zimmermann présente ainsi son livre :

“Les médias modifient l’homme qui modifie les médias. Le Net a pulvérisé l’espace temps en nous amenant à fonctionner en “tout, tout de suite, que pour moi”. Les gourous qui ne manquent pas de discourir sur le net sont sûrs de se tromper avec un média en perpétuelle mutation.”


Extrait du chapitre sur le thème : “L’éducation, c’est le groupe, le “e” c’est l’individuel, l’hiatus” :

“Parlerions-nous modem subitement ? Si oui, alors nos dictionnaires, Baudelaire, Ferré, Flaubert, Aristote, Proust, et autres rimailleurs mourraient une deuxième fois, effacés, par des zéros et des uns. Autrefois, les bibliothèques faisaient l’admiration, la préciosité, l’oeuvre d’un savoir, d’une érudition. Avec l’accélération du temps, on stocke sur des surfaces de plus en plus petites, des oeuvres qui bientôt ne seront plus assez nombreuses. On range le tout dans des boîtes en plastique. Mais stocker n’est pas accéder. Voir du lettrage défiler sur un écran n’est pas lire. Voir n’est pas lire, apercevoir n’est pas apprendre. Une histoire de sentiment avec ses émotions et ses surprises, compilée de la sorte ne représente plus grand intérêt. On stocke par manie, par peur de perdre des éléments qu’on ne lira jamais, pas assez de temps, trop de choses à graver. Plus on veut de la mémoire dans nos machines, plus on perd la tête dans nos têtes. Voir des principes de physique ou de chimie s’animer en trois dimensions ne mute pas la démonstration en données acquises. Le temps a transformé l’acquisition en voyeurisme béat. Suffirait-il d’avoir vu quelque chose pour l’avoir intégré.

La connaissance qui est la transformation de l’information en savoir, la connaissance se satisfera-t-elle que des gigas octets prennent racine dans nos têtes de démos toujours plus curieux, avides de savoir ? Les machines dupliquent, l’imprimerie diffuse, les rotatives dispersent les infos, la télévision les diffuse en boucle pour mieux les rendre crédibles, la radio bégaie à longueur de flash si bien que parfois on a l’impression d’avoir eu accès à l’événement avant qu’il ne se produise. Mais les machines enseignent-elles ? Oui, peut-être, mais en se basant sur des simulations. Elles décrivent, médiatisent des théories, de là à attendre qu’elles remplacent un expert ou un professeur, il y a un mensonge, une supercherie qu’il faut s’empêcher de valider.”


Source :

Zimmermann, François (2005). La Génération des astucieux, Éditions Le Manuscrit, Paris, pp.149-150

jeudi 3 août 2006

Information : besoins et usages : caractériser les besoins, les compétences indispensables et redéfinir la fracture numérique

cherchez.jpg

Lors de la journée d’étude Thémat’IC 2006 de l’IUT Département Information-Communication de l’Université Robert Schuman de Strasbourg ayant lieu le 17 mars sur le thème : “Information : besoins et usages”, des chercheurs, enseignants et documentalistes ont présenté des travaux recouvrant la notion générique de “besoin d’information” et se sont interrogés sur le lien entre les notions de besoin, d’offre et d’usage de l’information dans notre société contemporaine.


Les actes de cette rencontre, récemment publiés, font état de plusieurs éléments de recherche particulièrement intéressants renvoyant aux notions de compétences numériques et informationnelles qu’un internaute peut développer dans son apprentissage de l’internet. En parallèle, on retiendra que certains publics ne peuvent pas développer ces compétences et sont donc exclus de pratiques numériques… Une fracture numérique d’usages sensible et évidemment liée au capital social, culturel et cognitif de chaque individu.


En introduction de la journée, Sophie Kennel, directrice des études du département Information-Communication de l’IUT Robert Schumann s’interroge sur le contexte d’absence d’usage de l’information (lire la communication) :

“Osera-t-on (…) aller jusqu’à dire aussi que l’absence d’usage n’est que le signe de l’absence de besoin ? N’est-ce pas l’usage qui engendre le besoin d’information ? Est-ce parce que nous avons Google News en page d’accueil de notre navigateur Web que nous ressentons la nécessité de nous informer sur le monde ? Ou est-ce alors le système qui crée le besoin ? Mais n risque alors de tomber dans le domaine commercial de l’offre génératrice du besoin.

Car il est évident que prétendre à une réflexion sur le besoin d’information ne peut rester pertinent que dans une réflexion plus large. Qu’il s’agisse d’un système d’information personnel ou collectif et organisationnel, volontaire ou prescrit, en situation personnelle ou de travail, il est indispensable de considérer les imbrications entre besoin et usage, compétences et savoirs, offre et pratiques informationnelles”.


Brigitte Simonnot, Maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université Paul Verlaine de Metz problématise le besoin d’information dans ces principes et les compétences mises en oeuvre ou à développer (lire la communication) ; avec un accompagnement humain parfois nécessaire qui se dessine :

“Pour répondre à un besoin d’information, il est nécessaire d’aider dans certains cas l’individu d’une part à se former une idée assez précise de la tâche qu’il doit effectuer, du but à atteindre et, en parallèle, si besoin est, à s’approprier peu à peu le domaine du sujet de sa recherche : acquisition du vocabulaire, repérage des sources pertinentes, appropriation des modes de raisonnement du domaine, etc.”


Le besoin d’information et la recherche d’information sont donc complexes et pluriformes dans leur approche, et nécessitent des compétences spécifiques. Sur ce point précis, Brigitte Simonnot ajoute :

“Identifier un besoin d’information n’est pas naturel ou inné. On peut ressentir un besoin sans savoir le caractériser, ne pas savoir de quelle information on a besoin ou ne pas avoir conscience qu’il y a problème ou lacune dans ses connaissances (…). On peut aussi ne pas être conscient de la dynamique dans laquelle le besoin d’information va nous faire entrer. (…) Pour chercher efficacement de l’information, il faut des connaissances préalables : on ne cherche que si l’on sait que l’on ne sait pas et que l’on peut trouver.”


Michèle Archambault, professeur documentaliste, s’intéresse au sujet suivant : “Les jeunes et le besoin d’information” (lire la communication). Elle décrit via une analyse critique pertinente l’environnement informationnel dont les jeunes disposent (offre d’information) et caractérise les pratiques courantes de recherche sur Internet chez les jeunes. Michèle Archambault fait ainsi ce constat dans un contexte de recherche d’information pour un jeune :

“Une question personnelle induit le réflexe d’une mobilisation des connaissances. André Tricot nous a appris que plus une personne a des connaissances plus elle a conscience de ses manques, plus elle élargit son champ d’investigation et donc identifie son besoin d’information, en prend clairement conscience. Le capital culturel et le besoin d’information sont donc liés. Ceci est visible chez le public jeune et se manifeste non par une formulation plus précise du besoin d’information mais par une fréquence moins importante d’interrogation et une rapidité accrue dans la démarche. Le jeune qui identifie clairement son besoin d’information cherche moins et trouve plus vite. Celui qui n’identifie pas son besoin est perpétuellement en quête et reste insatisfait. On se trouve dans la situation paradoxale où celui qui cherche tout le temps (manipule sans cesse) n’apprend pas à cerner son besoin et, à l’inverse, celui qui sait identifier le besoin, poser et traiter une question passe moins de temps devant les systèmes. L’observation de ces pratiques nous montre donc également que la maîtrise des outils et techniques n’est pas une question de fond”.


Plus loin dans sa présentation, Michèle Archambault conclut, en partie, sur une définition renouvelée de la fracture numérique :

“Il est temps de tourner le dos aux fausses définitions (la fracture numérique ne réside pas dans le fait que certains possèdent un ordinateur et d’autres pas, mais dans celui, plus grave, que certains n’ont aucune distance face à ce que l’outil leur propose”.


Source :

Collectif ( 16 avril 2006). “Actes de la journée d’étude Thémat’IC 2006 : “Information : besoins et usages”” [En ligne], IUT Département Information-Communication, Université Robert Schuman, Strasbourg, 1 p. (Page consultée le 3 août 2006)

mardi 1 août 2006

Manuel Castells : Emergence des médias de masse individuels (Mass Self Communication)

manuelcastells.jpg

Le Monde Diplomatique publie dans son édition d’août 2006, un article passionnant du professeur et chercheur Manuel Castells sur l’Émergence des “médias de masse individuels” (ou “Mass Self Communication”) qu’il définit tout au long du papier comme une nouvelle forme sociale de communication, certes massive, mais produite, reçue et ressentie individuellement. Extraits de cet article qui compte dans sa description et mise en perspective de l’Internet d’aujourd’hui et de demain :

“Alors que le monde dit ne plus faire confiance aux gouvernements, aux responsables politiques et aux partis, une majorité de la population persiste néanmoins à croire qu’elle peut influencer ceux qui parlent en son nom. Elle estime aussi pouvoir agir sur le monde, à travers sa volonté et ses moyens propres. Elle est peut-être en train d’introduire, dans la sphère de la communication, les développements extraordinaires de ce que j’appelle la “Mass Self Communication” (la communication de masse individuelle).

Techniquement, cette communication de masse individuelle participe d’Internet, mais aussi du développement des téléphones portables. (….)

Ce phénomène constitue ainsi une nouvelle forme sociale de communication certes massive, mais pourtant produite, reçue et ressentie individuellement. Partout dans le monde, elle a été récupérée par les mouvements sociaux. Mais ils ne sont en aucun cas les seuls à utiliser ce nouvel outil de mobilisation et d’organisation. A leur tour, les médias traditionnels tentent de s’arrimer à ce mouvement, et, en utilisant leur puissance commerciale et médiatique, ils sont en train de créer un maximum de blogs possible autour d’eux. Il n’en reste pas moins que, à travers la communication de masse individuelle, les mouvements sociaux comme les individus en rébellion sont en mesure d’agir sur les grands médias, de contrôler les informations, de les démentir le cas échéant, ou même d’en produire.

 (…)

Cela ne signifie pas qu’il y ait, d’un côté les médias assimilés au pouvoir et, de l’autre, les médias de masse individuels, associés aux mouvements sociaux. Chacun opère sur la double plateforme technologique. Mais l’existence et le développement des réseaux électroniques offrent à la société une plus grande faculté de contrôle, d’intervention. Et une capacité supérieure d’organisation politique à ceux qui se tiennent en dehors du système traditionnel.

Alors que la démocratie formelle et guindée est fondamentalement en crise, que les citoyens ne croient plus dans leurs institutions démocratiques, ce qui se déroule sous nos yeux avec cette exploration des communications de masse individuelles ressemble à la reconstruction de nouvelles formes politiques. Il est encore malaisé de dire où elles aboutiront.

Mais on peut être certain d’une chose : le sort de la bataille se jouera dans le champ  de la communication et tiendra compte de la diversité nouvelle des moyens technologiques. En définitive, cette bataille est la plus ancienne de l’histoire humaine. Depuis toujours, elle a pour enjeu la libération de nos esprits.”


Manuel Castells est Professeur de communication, titulaire de la chaire Wallis Annenberg de communication, technologie et société à l’Annenberg School for Communication (voir ces pages), université de Californie du Sud, Los Angeles, États-Unis, et directeur du Projecte Internet Catalunya à l’Université Oberta de Catalogne, Barcelone, Espagne. Il est auteur, entre autres de l’Ere de l’Information (3 volumes) paru en France chez Fayard en 1999. Manuel Castells est l’un des meilleurs spécialistes de l’analyse du phénomène internet sous l’angle communicationnel.


L’article du Monde Diplomatique est tiré de l’intervention de Manuel Castells au séminaire “Media Between Citizens and Power” qui s’est tenu les 23 et 24 juin 2006 à San Servolo, Italie (voir la page).


Source :

Castells, Manuel (août 2006). “Émergence des “médias de masse individuels”, Le Monde Diplomatique, Paris, n°629, pp.16-17

mardi 18 juillet 2006

Daniel Bougnoux : “Alerte aux virus de l’info”

danielbougnoux.jpg

Daniel Bougnoux est Professeur des Sciences de la Communication à l’Université Stendhal de Grenoble. Il est membre du G.R.E.S.E.C. (Groupe de Recherche sur les Enjeux de la Communication, voir le site). Dans le numéro estival de Philosophie Magazine, il s’interroge sur la reproduction virale de l’information sur Internet vs. la Presse traditionnel et les grands médias ; extrait de cet éclairage intitulé “Alerte aux virus de l’info” :

“On a trop déploré, concernant l’ancienne presse, les difficultés du droit de regard et de réponse des récepteurs pour condamner cette mise à niveau démocratique : au grand jeu de l’information, les niveaux se bousculent désormais et le “pluralisme” des sources et des supports augmente de façon vertigineuse. Notre idéal démocratique, intimement lié au principe de publicité et de liberté de l’information, révèle ici sa complexité et ses pièges. Si chacun a le droit d’exprimer et de valoriser son monde, la démocratie exige aussi l’institution d’un monde commun, autour d’un espace public d’affrontement des opinions contradictoires. Au lieu de les refouler, la démocratie rend visible les chocs inhérents à ces mondes antagonistes et les journaux acheminent jusqu’à nous cette perception ou cet appel des mondes des autres. Le journaliste a justement pour tâche d’assembler et de présenter aussi objectivement que possible les messages de ces autres mondes : il tient compte du collectif et propose une information “traitée” ou recoupée.

Ce souci du bien commun ou d’une information un tant soit peu publique ou générale risque de décliner avec les nouveaux parcours à la carte et la privatisation des informations, favorisée par les nouveaux médias. Sur Internet, chacun peut ne fréquenter que ses semblables ou n’avoir que des trajets d’évitement vis-à-vis des sites ou des messages qui contredisent outre mesure ses opinions. La culture du débat et de l’argumentation, l’espace public conçu comme un ring où s’affrontent des raisons contradictoires, en bref les anciennes dramaturgies (théâtrale, parlementaire, judiciaire…) d’une représentation plus ou moins équitable des conflits, peuvent s’effacer de nos portables qui privatisent, donc réduisent, le champ de vision de chacun. Les SMS, les listes de diffusion, les blogs et les “chats” sont excellents pour s’exprimer, mobiliser, “sensibiliser”, voire dénoncer, mais ils favorisent aussi le repli égotiste, le mimétisme, l’emballement sentimental, la contagion virale ou la chasse en meute… Il serait dommage de réduire la fonction d’édition à l’expression de son opinion ou de son monde par blog et le métier de journaliste au rôle de témoin. L’information, fondée sur l’enquête et le recoupement des faits, curieuse des raisons et des mondes des autres, ne s’improvise pas et nous attend un peu au-delà.”


Source :

Bougnoux, Daniel (août-septembre 2006). “Alerte aux virus de l’info”, Philosophie Magazine, n°3, Philo Édition, p. 16

page 7 de 7 -