Jean-Luc Raymond

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dimanche 28 janvier 2007

Bernard Stiegler, Internet, télécratie, contributions, participativité et démocratie

Le philosophe Bernard Stiegler est de plus en plus présent dans l'émission "Ce soir ou jamais" de France 3. Le mardi 23 janvier, il s'est exprimé sur la puissance de l'Internet en particulier dans l'importance des contributeurs internautes dans le débat démocratique. Voici la transcription de ses propos sur les nouvelles technologies dans le cadre de cette émission :

"Je crois qu'Internet est un phénomène très très important qui ne fait que commencer et qu'il faut garder de juger ce qu'il se passe sur Internet avec le très peu de recul historique dont nous disposons. En revanche, je crois qu'il s’y passe des processus participatifs. Je n'oppose pas participation et représentation. La représentation est un processus de délégation. Si par exemple, on regarde ce qui se passe sur Wikipédia qui est quand même un phénomène très intéressant. C'est une encyclopédie que beaucoup regardent de très haut, universitaires ou professeurs, écrivains et intellectuels ou avec mépris. Beaucoup la regardent de haut, mais beaucoup la pratiquent aussi, l'utilisent. L'encyclopédie Wikipédia est un média extrêmement intéressant qui est en reconfiguration permanente et où chacun peut modifier un article qu'il est en train de lire, avec un contrôle bien entendu puisqu'il y a des responsables de rubriques. Et là, on voit comment quelque chose de très intéressant se produit, qui est arrivé aussi dans une association que je préside qui s'appelle Ars Industrialis, où les internautes veulent contribuer aux choses.


La différence entre le média Internet et les grands médias de masse que nous avons connus comme la radio et la télévision, c'est que dans ces médias de masse, il y a une opposition entre les producteurs d'un côté et les consommateurs de l'autre. Sur Internet, il n'y a pas de consommateurs. Il y a des participants, des contributeurs et c'est un processus d'un type tout à fait nouveau. Ce processus est extrêmement intéressant parce qu'il manifeste que les gens ont besoin d'exister, de pouvoir vivre collectivement, d'échanger et qu'il y a là une possibilité de développement tout à fait nouvelle.


Ici, il est très intéressant de faire un rapport entre ce qui se passe sur Internet par rapport à l'information et d'une façon plus générale, le fait que dans la société industrielle contemporaine, l'opposition entre production et consommation, pas simplement dans le domaine de l'internet, commence à devenir problématique.


Sur Internet, un phénomène s'est développé déjà depuis une quinzaine d'années : la production open source, en particulier le monde de ce qu'on appelle le logiciel libre. C'est un modèle industriel nouveau et un modèle économique nouveau. Un logiciel libre est développé par les utilisateurs du logiciel. Ses sources de développement sont ouvertes à tous. Tout le monde peut contribuer à l'évolution du logiciel et les gens en pratiquant le font évoluer et donc existent aussi à travers le développement de ce logiciel. (...)


Ceci, c'est un nouveau projet industriel, un nouveau projet politique, un nouveau projet économique, un projet technologique. Il faut développer les technologies pour cela (...) C'est un enjeu fondamental des décennies qui viennent. Il faut que la société se mobilise pour obliger les candidats à l'élection présidentielle à développer une politique dans ce domaine.


Il faut bien se rendre compte qu'il y a la convergence des technologies, donc convergence d'Internet (France Télévision a un site Internet ; toutes les chaînes de télévision ont un site Internet).


Sur Internet, on voit apparaître l'autoproduction vidéo. L'écrit a repris une seconde vie et c'est très bien aussi que les gens fassent des images et apprennent à manipuler les caméras. Tout ça est en train de se développer et produit la convergence du numérique, convergence entre les télécommunications, l'informatique et l'audiovisuel. C'est colossal, les transformations qui se produisent là, sans parler de ce qu'on appelle les microtechnologies et, derrière les nanotechnologies. Toutes ces technologies des objets communicants, ce sont d'énormes vagues de transformations qui sont en train de se produire. Il faut regarder cela de très très près et les pratiques des individus.


Il faut voir la vitesse à la quelle s'est socialisé internet. Il faut se souvenir qu'il y a 15 ans, Internet n'existait pas. Aujourd'hui, nous pratiquons pratiquement tous de près ou de loin. J'y passe 7, 8 heures par jour devant Internet. Je travaille avec et des centaines de milliers de gens travaillent avec Internet. C'est quelque chose qui va se développer encore beaucoup plus que tout ce que nous pouvons imaginer et il est fondamental de repenser la société industrielle par rapport à cela.


Je pense qu’Internet va transformer très profondément la vie politique. Je crois que ça va conduire à une participativité, à une implication, à une contribution des gens beaucoup plus grande dans la vie politique et c'est une très bonne nouvelle. Il s’est produit une coupure pendant les dernières décennies du fait des médias de masse qui ont produit des courts-circuits dans l'individuation collective, à travers le fait que la radio et la télévision, les médias se sont substitués aux appareils démocratiques (ce que j'appelle la télécratie). Internet permet d'imaginer une relance de la démocratie. Ce peut être aussi un outil de manipulation beaucoup plus fort aussi."

lundi 22 janvier 2007

L'Abbé Pierre : appel du 1er février 1954, Abbé Pierre (1912 - 2007)

L'Abbé Pierre a marqué le siècle et les esprits. Prêtre, résistant et fondateur d'Emmaüs, organisation destinée à aider les pauvres et les réfugiés, l'Abbé Pierre est décédé à l'âge de 94 ans.


Hiver 54, on meurt dans les rues des villes de France. Le 1er février 1954, à midi, Henri Grouès dit l'Abbé Pierre lance un appel sur les ondes de Radio Luxembourg. Cet appel citoyen fait exploser le standard de la station de radio où le dons affluent. Il n'existe pas d'enregistrement original de cet appel. Au début des années 90, l'Abbé Pierre l'a réenregistré ; en voici le texte :

"Mes amis, au secours… Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée… Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !

Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre CENTRE FRATERNEL DE DEPANNAGE, ces simples mots : « TOI QUI SOUFFRES, QUI QUE TU SOIS, ENTRE, DORS, MANGE, REPREND ESPOIR, ICI ON T’AIME »

La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure.

Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France. Merci !

Chacun de nous peut venir en aide aux “sans abri”. Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain :
• 5000 couvertures,
• 300 grandes tentes américaines,
• 200 poêles catalytiques

Déposez les vite à l’hôtel Rochester, 92 rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève.

Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris.

Merci !"

lundi 15 janvier 2007

Le multitâche ou le plurimédia chez les jeunes internautes

Béatrice Copper-Royer (psychologue et psychothérapeute) et Catherine Firmin-Didot (journaliste à Télérama) ont publié à la fin de l'été 2006 : "Lâche un peu ton ordinateur! Comment mettre des limites ?" (chez Albin Michel), un livre de conseils responsabilisants pour les parents et d'explication sur ce que sont les pratiques actuelles de l'Internet, des jeux vidéos et de la mobilité technologique chez les jeunes.


Sans diaboliser les risques de l'Internet, dans "Lâche un peu ton ordinateur! Comment mettre des limites ?", Béatrice Copper-Royer et Catherine Firmin-Didot posent des jalons pour réfléchir en famille aux utilisations des outils technologiques par les enfants et les adolescents. Extrait de cet ouvrage sur le multi-tâche ou le plurimédia utilisé par les enfants.

"Nous n'avons jamais bien compris comment certains enfants pouvaient faire leurs devoirs tout en regardant la télévision. Avec Internet, ils ont franchi un échelon de plus dans cette acrobatie. Car l'ordinateur n'a pas toujours remplacé le petit écran : dans certains cas, il s'y ajoute! Il n'est pas rare, en effet, que des enfants suivent d'un oeil une conversation sur MSN, tout en jetant l'autre sur un travail scolaire, le tout devant la télévision allumée ou sur un fond de musique téléchargée! Si vous vous en étonnez, ils rétorquent que le travail en question n'est du recopiage, lequel ne demande aucune concentration.

La nouvelle génération semble s'être habituée aux sollicitations multiples qui, désormais, nous assaillent sans cesse, dans la rue, dans les magasins, mais aussi dans nos foyers. On ne peut effectuer un trajet dans une ville sans subir quantité d'incitations visuelles ou sonores, par le biais de publicités, de messages ou de musique de fond. Tant de loisirs nous sont proposés que nous ne savons plus très bien où donner de la tête. Prenant conscience que nous n'aurons jamais le temps de profiter de tout, nous éprouvons un sentiment diffus de frustration. Ce problème de la pléthore que nous avons évoquée précédemment, nos enfants s'y sont adaptés à leur manière : ils consomment tout en même temps! Pas forcément pour le meilleur : les professeurs soulignent leurs difficultés croissantes à approfondir leurs idées."

samedi 13 janvier 2007

Le 1er février de 19h55 à 20h, on éteint tout

Le journaliste John Paul Lepers signale sur son blog l'initiative de l'Alliance pour la Planète (groupement national d'associations environnementales en France) qui invite les citoyens à se mobiliser pour une action coordonnée le 1er février de 19h55 à 20h qui consiste à éteindre ses systèmes de veille électriques et ses lumières pour alerter l'opinion publique, les médias et les politiques sur les préoccupations environnementales :

"Le 1er février 2007, dans toute la France :
Participez à la plus grande mobilisation des citoyens contre le Changement Climatique !
L'Alliance pour la Planète (groupement national d'associations environnementales) lance un appel simple à tous les citoyens, 5 minutes de répit pour la planète :

Tout le monde éteint ses veilles et  lumières le 1er février 2007 entre 19h55 et 20h00.

Il ne s'agit pas d'économiser 5 minutes d'électricité uniquement ce jour-là, mais d'attirer l'attention des citoyens, des médias et des décideurs sur le gaspillage d'énergie et l'urgence de passer à l'action ! 5 minutes de répit pour la planète : ça ne prend pas longtemps, ça ne coûte rien, et ça montrera aux candidats à la Présidentielle que le changement climatique est un sujet qui doit peser dans le débat politique. Pourquoi le 1er février ? Ce jour là sortira, à Paris, le nouveau rapport du groupe d'experts climatiques des Nations Unies. Cet événement aura lieu en France : il ne faut pas laisser passer cette occasion de braquer les projecteurs sur l'urgence de la situation climatique mondiale. Si nous y participons tous, cette action aura un réel poids médiatique et politique, moins de trois mois avant l'élection présidentielle! Faites circuler au maximum cet appel autour de vous et dans tous vos réseaux ! Faites-le aussi apparaître sur votre site Internet et dans vos news letters."

Vidéo à la demande (tendance 045)

La rubrique tendance, c'est un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


La Video On Demand ou Vidéo à la Demande (VOD) consiste à louer une vidéo (film, match, concert, émission de télévision...) par Internet ou par un réseau cablé. C'est le principe de la location mais dématérialisée, sans avoir à se déplacer et avec un choix bien plus vaste. Le fichier reste visible 24 heures après le début de la première lecture. Plusieurs acteurs, dont des chaînes de télévision publiques ou privées, des opérateurs de VOD privés, fournisseurs d'accès internet et opérateurs de téléphonie privée, proposent déjà un service de Video On Demand (ou Vidéo à la Demande).


L'article de Wikipédia sur la Vidéo à la demande décrit les procédés techniques de la VOD.

vendredi 12 janvier 2007

Eric Klinenberg, Internet et la concentration des contenus par les groupes d'informations traditionnels

Le média Internet n'est pas le média de la liberté absolue. Internet est un média de concentration. Professeur de sociologie à la New York University, Eric Klinenberg publie ce mois-ci un livre qui va à contre-courant du discours actuel commun sur la libération de la parole sur Internet, la prolifération des contenus, le fonctionnement des médias sur Internet et la distribution via le Web de l'audio et de la vidéo : Eric Klinenberg "Fighting for Air: The Battle to Control America's Media" (chez Metropolitan Books, 352 pages).


Eric Klinenberg centre son discours sur le fossé numérique : "Les personnes disposant de revenus importants et d'un bon niveau d'instruction sont plus aptes à se servir d'Internet et donc plus capables d'accéder en ligne aux dernières nouvelles, à la documentation et aux services disponibles" et sur la concentration des contenus par de grands groupes de médias.


Vous pouvez consulter une interview vidéo d'Eric Klinenberg par Bill Moyers (PBS) à propos de son essai "Fighting for Air: The Battle to Control America's Media" en ligne à cette adresse.


Le Monde Diplomatique de Janvier 2007 reproduit un extrait de l'ouvrage d'Eric Klinenberg en 2 pages avec le titre : "Les bénéficiaires inattendus du miracle internet. Ce rêve envolé d'une information égalitaire" ; extrait :

"Les discours convenus sur l'essor révolutionnaire d'un journalisme de terrain pratiqué par une infinité de "blogueurs", menacent de dissimuler que les multinationales de la communication convergent vers Internet pour y amplifier leur voix et leur pouvoir. L'idée selon laquelle les nouvelles technologies de l'infrmation auraient rendu caducs les risques de concentration constitue le mythe principal et le plus dangereux de l'ère numérique.

Selon le "Rapport sur les médias 2006" du Project for Excellence in Journalism (PEJ) "Internet a longtemps été caractérisé par le nombre illimité de ses nouveaux sites d'un bout à l'autre du spectre des opinions politiques. Toutefois, les sites les plus populaires sont associés aux groupes de médias les plus puissants. Parmi les 20 sites les plus visités en 2005, d'après l'indice Nielsen-Net, 17 étaient liés à des groupes d'information traditionnels, c'est-à-dire produisaient l'essentiel de leur contenu mis en ligne pour des quotidiens, des chaînes de télévision ou des magazines." (...)

Les grandes entreprises de médias ont ainsi transformé les vastes espaces d'Internet en une énorme caisse de résonance où des textes identiques se font écho d'un site à l'autre sans que le journalisme original y gagne. Ne disposant pas d'un modèle économique pour Internet, les gestionnaires des principaux sites ont même eu tendance à réduire le nombre de professionnels qui y travaillaient à des tâches d'édition, de réécriture et de recherche de contenus entre 2003 et 2004.
Résultat : près de 60 % des dépêches d'agence étaient mises en ligne telles quelles. Analysant près de 2000 publiés par les 9 principaux sites, le PEJ a conclu que "le contenu qu'ils offrent sur la Toile, s'il a augmenté en volume, en actualité, et en sophistication technique, demeure largement une morgue à dépêches, sujets de seconde main et articles recyclés à partir des quotidiens du matin"."

vendredi 5 janvier 2007

Touitter (tendance 040)

La rubrique tendance, c'est un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


Selon le Blog à Ollie, Touitter c'est jouer avec l'application en ligne Twitter. L'auteur de ce blog donne quelques explications supplémentaires. "To twitter" en anglais signifie gazouiller. Twitter connaît un succès grandissant... Mais qu'est-ce que propose ce service ? Tech Bee dans un billet du 14 décembre 2006 résume ainsi la solution :

"Un service pour blogs, téléphones (par textos), IM (Gtalk, etc) qui permet de résumer en 150 signes ce que vous êtes en train de faire ou quelles sont vos profondes pensées du moment, pour le communiquer au monde entier ou à vos amis et connaissances (liste restreinte)".


Benoit Descary délivre une explication similaire sur le fait de touitter :

"Il s'agit de décrire en une phrase ou deux ce que vous faites en ce moment. Cette phrase est publiée sur votre espace Twitter et votre communauté d'amis pourra de cette façon suivre vos activités. L'intérêt de Twitter c'est qu'il ne limite pas uniquement vos communications à l'espace Web. Vous pouvez aussi vous servir de votre compte Jabber (GTalk) ou de votre téléphone portable. Lorsque vous envoyez un SMS sur votre compte Twitter, il sera aussitôt mis à jour. Votre communauté recevra aussitôt une notification de votre mise à jour par SMS, GTalk ou encore sur leur espace Web."


L'actualité du service Twitter peut être suivie sur le blog officiel de la solution en ligne.

jeudi 4 janvier 2007

Internet comme système de production vertical d'un nouveau cinéma

Eric Libiot, critique de cinéma pour L'Express, introduit décrit comment Internet bouleverse l'industrie cinématographique dans sa première chronique de l'année 2007 pour l'hebdomadaire généraliste (numéro du 4 janvier 2007) : "Remue-ménage d'images" ; extrait :

"En 2007, les bouleversements de l'économie du 7e Art, au sens large, vont s'accélérer. Là encore, Internet, par sa technologie et par l'utilisation qu'en fait chacun (producteur autant que consommateur), transforme la donne en profondeur. S'il est difficile de croire à la mort du cinéma en salles quand 2006 aligne, en France notamment, des chiffres de fréquentation en grande forme (tant mieux!), (...) le succès de la vidéo à la demande (les opérateurs vont-ils se transformer en producteurs?), le rapport toujours plus étroit entre l'homme et la machine (des films voient le jour par, et pour, la Toile), tout cela concourt à faire évoluer l'offre du monde des images, donc à en bouleverser le paysage financier et artistique. Si Internet (ou tout autre support numérique) propose, aujourd'hui, une fenêtre autre que le grand écran pour diffuser le cinéma, il devient également, et davantage chaque jour, un système de production vertical que les professionnels de la profession doivent intégrer à leur réflexion sur l'avenir de leur métier."

mercredi 3 janvier 2007

Internet et la fin du journalisme ?

Dans le numéro de Enjeux - Les Echos de janvier 2007, François Ewald, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (philosophe et ancien assistant de Michel Foucault) publie un point de vue sur le journalisme au coeur du modèle d'une presse opinion, aujourd'hui battu en brêche par le développement des médias participatifs. La question est posée dans le titre : "Internet, la fin du journalisme ?" François Ewald tente d'y répondre :

"Les journalistes et les journaux d'opinion n'existeront peut-être bientôt plus, en tout cas au sens où nous les connaissons aujourd'hui. A cause des nouvelles technologies. Avec Internet et les moteurs de recherche, l'information ne se fait plus du haut vers le bas, d'une élite journalistique vers un peuple dépendant et assoiffé d'une information rare et contrôlée, mais dans une capacité infinie de communication latérale de chacun avec tous. La grande révolution de la démocatie en cours est que le citoyen trouve avec Internet l'espace et le moyen d'une liberté d'expression affranchie de tout pouvoir - y compris de ce pouvoir de la Presse - censé l'affranchir de tous les pouvoirs. (...)

Pour mesurer cette révolution, le mieux est d'écouter ceux qui la font. Pierre Bellanger, le patron de Skyrock, parle de l'avènement "d'une culture participative, c'est-à-dire d'une oeuvre contributive et collective, le passage à une société d'auteurs." Jean-François Fogel et Bruno Pattino*, qui ont travaillé à construire le site Internet du Monde, soulignent "qu'Internet génère une implacable disruption : information gratuite et déconstruction/reconstruction permanente de l'oeuvre collective. Tout est à rebâtir autour du seul point de référence : l'audience. Pour elle, le temps nécessaire à prendre connaissance de l'information est devenu un bien plus rare que l'information elle-même.""


* Jean-François Fogel et Bruno Pattino sont les auteurs d'un livre-essai très réussi : "Une Presse sans Gutenberg" (2005) aux Editions Grasset qui traite du journalisme transformé à l'Ere de l'Internet.

mardi 2 janvier 2007

Second life, un monde virtuel et en 3D qui ressemble à un jeu vidéo mais qui n'en est pas un

Dans son édition du samedi 2 décembre 2006, Le Monde 2 consacre sa couverture et un dossier de 8 pages sur Second Life, un univers accessible via Internet, nouvelle utopie, un monde où tout paraît possible : "Une journaliste sur Second Life : Ma vie virtuelle". Diane Wulwek décrypte le phénomène Second Life en créant son avatar et en naviguant dans ce monde virtuel à la rencontre d'autres avatars pendant plus d'un mois ; une expérience troublante.


Qu'est-ce que Second Life ?

"Un monde virtuel en ligne et en 3D qui ressemble à un jeu vidéo... mais qui n'en est pas un. Un "univers persistant social et collaboratif" créé en 2003 par Linden Lab, une société californienne, dans lequel on vient s'offrir une deuxième vie. Une simulation de la réalité qui permet de se divertir, nouer des amitiés, expérimenter des formes de sexualité inédite, créer des biens et des services et pourquoi pas gagner sa vie.

Mais aussi, une économie parallèle qui dispose de sa propre monnaie, le linden dollar (L$), convertible en billets verts (environ 275 L$ pour 1 US$), et où les échanges commerciaux s'élèvent jusqu'à 600 000 US$ par jour. Une sorte de Terre promise qui accueille déjà plus d'un million de participants - chiffre qui croit au rythme de 36 % par mois - de toutes nationalités, et qui, en dehors des technophiles et des amateurs de jeux multijoueurs en ligne, attire désormais les médias, les artistes, les marques, les multinationales, les organisations gouvernementales et même des hommes politiques. Second Life : un phénomène qui bouleverse complètement les frontières entre réel et virtuel et qui préfigure l'Internet de demain."


Les mots de Wolkman, 36 ans, de son vrai prénom Pierre-Etienne, chef de projet Internet à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Toulouse qui tient un blog sur Second Life : SLObserver.com :

"Même si ce ne sont que des formes, des volumes ou des animations virtuelles, on dispose ici (dans Second Life) de la totale propriété, et donc des copyrights, de chacune de nos créations. Cette décision a été prise par Linden Lab quelques mois après l'ouverture de la plate-forme. De facto, un vrai marché s'est constitué. C'est ce qui a donné naissance à la première économie mixte à cheval entre le monde réel et le monde virtuel!

Tout ce que je produis ici m'appartient et je peux le vendre à d'autres avatars. Bien sûr, ils me paient en linden dollars. Mais ensuite, je peux convertir cet argent en dollars américains, via le Lindex, la Bourse d'échange et Second Life.

Certains passent ici 80 heures par semaine. On a même créé pour eux des groupes de soutien! C'est troublant, oui, mais tu es ici dans un monde ultra-complet, un monde qui pourrait très bien s'autosuffire..."


A noter la parution d'un livre en partie sur Second Life, avec des clichés de personnes réelles et leurs équivalent en avatars, en mai 2007, chez Chris Boot par le photographe Robbie Cooper : "Alter Ego". L'ouvrage sera préfacé par Julian Dibbell qui officie au magazine Wired.

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