Jerome David Salinger, auteur
de l'Attrape-Coeurs est mort loin des écrans et des interviews, le 27 janvier
2010. Ce midi, dans l'émission Le Temps de
le Dire (Europe 1), le journaliste Pierre-Louis Basse a
interrogé le philosophe Bernard Stiegler sur le retrait volontaire de l'univers
médiatique de JD Salinger. Voici la transcription de cet échange :
"Pierre-Louis Basse : Franchement, c'est vous que nous
souhaitions entendre. Peut-on aujourd'hui avoir une relation au monde, une
réflexion des livres tout en échappant à l’image et au spectacle dévastateur
qui ne manqueront pas de nous engloutir ?
Bernard Stiegler : Il ne faut pas se couper du monde
totalement. C'est difficile d’exister, de penser si l'on n'est pas en relation
avec les autres. Maintenant, je pense qu’il est indispensable d'être un peu en
retrait et que l'attitude que Salinger a adopté quand son roman a eu ce succès
absolument extraordinaire, est absolument magnifique parce que je crois qu'il a
compris qu'en fait, normalement, une oeuvre littéraire, un travail
intellectuel, une recherche artistique, ne trouvent pas immédiatement son
public. Ca arrive parfois. De très grands cinéastes comme Charlie Chaplin, de
très grands savants, de très grands artistes ont parfois trouvé leur public
tout de suite, très vite en tout cas mais c'est absolument exceptionnel et
quand cela arrive, il faut faire extrêmement attention parce que c'est
dangereux. Je crois que Salinger l'a compris. Il s'est mis en retrait parce ce
qui l'intéressait n'était pas d'avoir du succès, c'était d'écrire, c'était de
penser.
Alors pourquoi, en ce qu'en règle générale, le travail littéraire, artistique,
intellectuel ne coïncide pas avec son époque ? Précisément parce qu'il explore,
il invente, il recherche et en règle générale, il est en décalage. C'est aussi
la raison pour laquelle, pour pouvoir travailler, il faut être soi-même un peu
en décalage, soi même à l'abri.
Alors, après, la question que vous me posez, se pose au 21e siècle dans un
monde extrêmement médiatisé où l'image compte de manière presqu'affolante, où
tout est média::tisé, où tout est industrie culturalisée si je puis dire. Tout
passe maintenant sur les blogs, sur Internet. Les questions évoluent. Les
réalités se transforment. Je pense qu'aujourd'hui, il faut absolument être
présent dans ce monde-là mais pas sur la modalité que ce monde-là voudrait nous
imposer dans la manière d'être présent."
Tag - media
dimanche 31 janvier 2010
Echapper au monde médiatisé par Bernard Stiegler
Par Jean-Luc Raymond le dimanche 31 janvier 2010, 22:15 - Revue de Presse
vendredi 24 avril 2009
Médias sur Twitter, quelle présence ?
Par Jean-Luc Raymond le vendredi 24 avril 2009, 12:16 - Revue de Presse

Pour son édition du 20 avril 2009, l'hebdomadaire professionnel français
CB News (Communication & Business News)
fait sa une sur Twitter : "Micro-blogging : Le coup de foudre du marché pour
Twitter" avec au sommaire :
Un éditorial ("Let's Twit Again") et
une double-page intitulée "Le chant de Twitter envoûte la planète" avec trois
pavés repères (une brève présentation en 3 questions ; l'intérêt de Twitter
pour les médias et les marques ; la définition des Gazouillis par Twitter)
ainsi que 4 articles : "Marques : ne pas hésiter à suivre les followers" ;
"Médias : ils se cherchent, les journalistes s'y trouvent" et "Agences et
bloggers : Devine qui je suis" avec la particularité de mettre en avant assez
peu d'exemples français et francophones de Twitter en communication, marketing
et promotion.
Au sein du dossier de l'hebdomadaire, on notera ce passage intéressant sur les
Twitter de médias :
"Quotidiens, newsmagazines, chaînes de télé et, évidemment, sites Internet ont
envahi le site le plus en vue du moment (Twitter). Ces médias déposent sur des
comptes officiels les titres des articles mis en ligne et des liens pour y
accéder directement dans le but d’informer leur communauté et, surtout, de
générer du trafic. Une démarche utile s’il s’agit de diffuser un « breaking
news » ou de faire buzzer une info exclusive, mais qui se révèle
contre-productive quand les éditeurs publient la liste complète de leurs
nouvelles pages, abreuvant leurs followers de dizaines de mises à jour par
heure. (…)
Si un journal n’apporte rien à son compte officiel, mieux vaut suivre l’exemple
du Chicago Tribune, qui a simplement
mis
les comptes de ses journalistes en avant. Ces derniers profitent de la
réactivité de Twitter pour publier leurs infos en temps réel, décrire les
coulisses des évènements, donner du off et dénicher des liens
improbables."
A noter que CBNews possède un Twitter
privé (sur invitation).
mercredi 22 avril 2009
L'Innovation sociale, qu'est-ce que c'est ?
Par Jean-Luc Raymond le mercredi 22 avril 2009, 21:23 - Revue de Presse

Alternatives
Economiques vient de publier la 2e édition de "L’Economie
Sociale de A à Z", un numéro hors-série pratique (n°38 bis – mars 2009) qui
défriche l’Histoire, les concepts et les acteurs d'une Economie Sociale
pluriforme.
Rodolphe Vidal (ESSEC) y livre une définition avisée de l’Innovation sociale,
un concept de plus en plus galvaudé, qui est pourtant une expression du champ
sémantique de l'Economie sociale :
"Innovation sociale. L’innovation sociale apparaît de plus en plus dans les
réflexions et les pratiques. Elle est appelée à jouer un rôle majeur au niveau
de l’articulation de l’action privée et des choix collectifs, par exemple sur
les questions de développement, qu’il soit local, urbain, social ou soutenable.
Il n’y a cependant pas de définition officielle partagée par l’ensemble des
acteurs de l’innovation sociale.
Celle-ci fait partie du vaste domaine de l’innovation, un domaine largement
structuré par l’innovation technologique. En ce sens, elle est d’abord à la
fois le résultat et le processus transformant une ou des idées en réalisations
concrètes : nouvelles pratiques, actions, stratégies, organisations, produits
ou services, mais aussi nouvelles institutions.
Bien qu’elle combine souvent différentes modalités et différentes fins,
l’innovation sociale se distingue des innovations technologiques, économiques
ou commerciales sous deux aspects : dans ses objectifs et son intentionnalité,
elle cherche en priorité à répondre à des enjeux ou à des besoins sociaux non
ou mal satisfaits, enjeux et besoins qu’elle aura souvent contribué à
construire ; dans ses modalités, elle découle en priorité de nouveaux
arrangements, modes de relation, modes de participation, modes de vie, de
nouvelles organisations, collaborations ou coopérations entre acteurs,
organisations ou communautés de la société.
Elle s’appuie sur des collectifs d’acteurs, existant préalablement ou bien
se construisant dans le cadre du processus d’innovation, dans des communautés
de proximité matérielle, mais aussi de proximité de valeurs, de dialogue ou sur
les territoires. L’innovation sociale procède de la société civile, dont elle
renforce le rôle et la place dans la société."
mardi 21 avril 2009
Interview Twitter, le privé révélé dans un mode public, l'oversharing comme mode de partage
Par Jean-Luc Raymond le mardi 21 avril 2009, 02:25 - Mes réflexions

Difficile de faire un choix parmi les sollicitations d'interview sur
mon activité liée à Twitter, une
plateforme que j'utilise assidument depuis 2 ans. Je coordonne régulièrement
des formations
Twitter ainsi que des missions de conseils pour l'utilisation de Twitter
dans le monde de l'entreprise, de la communication, du marketing et de la
publicité.
J'ai répondu récemment aux questions de Bertrand Audrin, étudiant en Sciences
de l'Information et de la Communication à l'Université de Neuchâtel (Suisse) qui s'intéresse à
l'importance des réseaux de microblogging dans la révélation de l'actualité. Je
me suis volontiers plié à l'exercice... Voici le texte envoyé à Bertrand
Audrin.
En tant que spécialiste de l'information et de la communication, que
pensez-vous de la croissance exponentielle que vit Twitter: phénomène de mode
ou naissance d'un nouveau média ?
Twitter est un média (microblogging) dans un média (web). Il inaugure une
nouvelle forme d'outils du Web qui consiste à faire de ce qui est privé, des
mentions publiques. Par sa plasticité (interface de programmation) et
l'écosystème qui l’entoure, la plateforme (interfaces clients, outils annexes,
plateformes Web liées) situe son intérêt non pas dans ce qui se fait son
essence (la limite des 140 caractères) mais ce qui se joue dans sa périphérie
immédiate. Les outils annexes entretiennent un rapport de dépendance par
rapport à Twitter dans une distanciation relative.
Je pense que le microblogging en est encore à ses balbutiements, telle que
l'était la forme blog dans les années 2001-2002. Le fait que les médias et
l'univers marchand s'y intéressent très fortement montre que l'outil Twitter
est utile dans différents domaines, façons de l'utiliser : communication,
marketing, distribution, diffusion, alertes, créations. Plus la forme est
restreinte (là, elle est textuelle) plus elle donne lieu à des champs possibles
d'imagination. Twitter est simple car textuel. Il évacue en quelque sorte la
complexité du blogging et de l'éditorial tout en recréant un contenu. Twitter
est très paradoxal dans son approche. C'est ce qui le rend souvent déconcertant
lorsque je débute ma présentation de l'outil de microblogging en Formation
Twitter (des sessions que je conduis régulièrement depuis un an et demi, en
Belgique notamment). L'usage de Twitter n'est absolument pas prédéterminé. La
phrase "What are you doing ?" est un prétexte à "hacker", à "braconner" (au
sens de Michel de
Certeau) ce qui est demandé pour utiliser Twitter différemment.
Les polarités d'extension au-delà de l'outil via des applications tierces
rendent son avenir très malléable et comme base d'utilisations en situation de
mobilité à venir. L’outil Twitter va, par ailleurs évoluer ; celui-ci est
encore très jeune dans sa forme. La puissance du réseau social Twitter est
fortement liée désormais à une expansion très importante du nombre
d'utilisateurs ce qui le rend de plus en plus incontournable comme outil grand
public... Donc, sollicité directement en corollaire par l'univers
publicitaire.
De même, on assiste à des groupes d'utilisateurs qui s'agrègent en grappes de
conversations selon les contrées de notre monde : les TwitterMoms américaines, les bibliothécaires
en France, des webdesigners francophiles en Roumanie, des étudiants en
journalisme au Brésil… Il n'y a pas une seule sphère du microblogging mais
réellement plusieurs sphères et une multitude d'ensembles plus ou moins
importants en nombre d'utilisateurs et en nombre de messages échangés qui
cohabitent souvent, mais qui s'ignorent indépendamment les uns des autres. Il y
a déjà des microblogging très empreints de différences culturelles comme il y a
des Web.
On a beaucoup parlé de Twitter dans la révélation de l'actualité ces derniers
temps, est-ce le retour du journalisme citoyen ?
C'est un leurre que de parler de journalisme citoyen pour Twitter. Le terme
"information" tel que je l'emploie signifie une info justement
vérifiée/recoupée au sens journalistique. Dire qu'un témoignage est une
information ne suffit pas, car il faut en saisir des éléments contextualisants.
En Moldavie récemment ou à Mumbai, beaucoup de médias ont (faussement) relayés
que Twitter était une source d'informations.
Pour Mumbai, l'info a été démentie par la Presse anglo-saxonne. Pour les
mouvements de manifestations en Moldavie, la supercherie était aussi de mise
d'après des
recoupements.
Twitter a sa force dans les alertes (enlèvements, tremblements de terre,
incendie, etc.) mais cela ne suffit pas pour faire de chaque utilisateur de
Twitter, un journaliste en puissance. La force et la faiblesse de Twitter est
de se situer dans l'age de "Oversharing",
le partager toujours plus qui lui-même se situe dans une économie du flux,
une vie
liquide comme le décrit le sociologue Zygmunt Bauman. Dans ce flux,
l'information peut difficilement surnager. En revanche, c'est la capillarité
des tweets en réaction à un évènement qui est foncièrement intéressante comme
un effet boule de neige : positif, négatif... mais surtout émotionnel, une
capacité à mobiliser l'esprit et à capter l'attention. Or, nous sommes dans une
économie de l'attention qui capte le temps de l'individu et son émotion via des
outils Web. C'est cette mobilisation qui peut être employée de différentes
manières.
Le risque qu'une information fausse soit répandue existe-t-il, ou celle-ci se
trouverait-elle étouffée dans l'océan de tweets ?
C'est difficile à dire, car il n'y a pas eu à ma connaissance d'exemple probant
analysé scientifiquement qui puisse faire preuve de quelconque autorité sur ce
sujet. La valeur d'un tweet dépend souvent de sa capacité de rediffusion. Or,
pour être rediffusé à un nombre important de followers, le tweet se doit de
l'être par un compte ayant beaucoup de followers. On peut se dire qu'un compte
avec beaucoup de "followers" a ou n'a pas d'autorité ; c'est une fausse
question ou assertion. C'est plus la crédibilité qui compte et la crédibilité
est encore très fortement liée aux grands médias : CNN, BBC, les quotidiens...
Un simple individu hors du champ journalistique a peu de chance de voir une
info rediffusée à grande échelle sur Twitter.
Quand il s'agit de parler de microblogging, on envisage plutôt un système
nombriliste, dans cette optique, comment se déplace-t-on vers un média sérieux
?
Sérieux est peut-être un terme impropre, car Twitter même participe à cette
construction du divertissement (entertainment) à l'aspect médiatique (news and
views). Il participe donc grandement à une réplication des médias de masse en
associant le pouvoir de la publicité, à celui de la communication, au
marketing, à l'émotionnel et à l'information (cf. les écrits du philosophe
Bernard Stiegler et d'Ars
Industrialis). Il y a un mix de tout cela dans Twitter, une combinaison de
positionnements individuels et ou collectifs.
Le nombrilisme est plutôt un égocentrisme très fortement présent dans les
blogs, bien que peu avoué. D'ici à dire qu'il en est de même dans Twitter, il
n'y a qu'un pas. Twitter est fortement individualisé dans l'expression (effet
de "reply") mais chaque message (hors message direct) s'adresse à une multitude
: c'est un espace privé révélé au public. En ce sens, c'est ce qu'il y a de
réellement nouveau avec Twitter : une capacité d'ouverture qui est maîtrisée
dans un monde ouvert (Facebook est l'antithèse de Twitter sur ce
plan-là).
Twitter est-il assimilable à un réseau social, ou peut-on le considérer comme
un flux d'information continu ?
A un flux, oui. Un flux textuel ordonnancé de façon antéchronologique. Chaque
Tweet publié est évanescent par nature. Il s'oublie dans la "timeline" dès lors
que prononcé. C'est dire que Twitter est un outil d'engagement, au toujours
plus si l'on veut gagner en visibilité. C'est du "personal branding" exacerbé
(la marque, c'est moi) et il est d'ailleurs marquant de constater le nombre de
consultants et travailleurs individuels qui se trouvent sur Twitter, notamment
dans le monde anglo-saxon.
Twitter est un outil d'exposition d'une image de soi recomposée, refaçonnée
dans un effort de "vente" de ses services, de mise en avant de ses
compétences... C'est une image assez instantanée de Twitter. Elle correspond à
un média qui s'affirme statistiquement comme utilisé majoritairement par des
personnes entre 30 et 50 ans. Il augure différemment de MySpace (population
adolescente) et du raz-de-marée Facebook (l'existence par les autres). Twitter
est d'abord un espace personnel maîtrisé et contrôlé qui interagit dans un
flux, avec un flux mais dans une capacité de choix avant tout textuel parce que
l'outil est textuel avant d'être hypertextuel.
L'internaute lambda peut-il aisément aller pêcher ses informations exclusives
sur les systèmes de microblogging ? Comment doit-il s'y prendre
?
Je crois que l'équipe de Twitter se cherche. Elle perçoit difficilement comment
l'utilisation de l'outil évolue. Si aujourd'hui, la tendance est au RT
("retweet" pour s'affirmer sur Twitter), rien ne dit qu'il en sera de même dans
6 mois et qu'une utilisation nouvelle et mobile de Twitter s'affirmera
davantage. En ce sens, Twitter avait mésestimé la capacité du moteur de
recherche TwitterSearch qu'elle a
racheté.
Cette fonctionnalité est devenue centrale dans Twitter : se servir de
TwitterSearch, c'est donner du sens au pouvoir du consommateur qui conseille,
donne avis, précise, indique. Twitter est un annuaire de contenus de
témoignages conversationnels : TwitterSearch comme relais indispensable de
signifiance, et ce moteur de recherche a une valeur par la consistance de son
contenu aussi bien que par son caractère instantané. De ce fait, Google est
très éloigné de la vague de Twitter et apparait comme un géant aux pieds
d’argile : contenu pléthorique, signifiance brouillée et qualité de restitution
de la requête pas toujours, de loin, très pertinente. Google ne se situe pas
dans une économie du flux ; la société peine à réagir.
Comme dans tout outil Web, la valeur de l'information recueillie dépend plus de
la stratégie humaine mise en place que d'une gadgétisation dans l'utilisation
d'une multiplicité d'applications. C'est la composante Temps qui s'affirme
avant tout : Combien de temps puis-je consacrer quotidiennement à Twitter ?
Quel est mon objectif ? Quelle est la cible ? Quelle méthodologie vais-je
mettre en place ? Quelles sont les sources pertinentes sur Twitter et quelles
sont celles qui fournissent des "signaux faibles" ?
J’effectue des missions de conseil auprès d'entreprises et d'ONG qui souhaitent
être présents sur Twitter avec des résultats significatifs dans le dialogue
entamé avec des utilisateurs de Twitter qualifiés et quantifiés. C'est ce
dialogue qui importe : inviter chaque personne présente sur Twitter à ne pas se
situer dans un espace Web traditionnel. Les Twitter de flux RSS autocentrés sur
la rediffusion de liens de leur propre site ou flux de façon uniforme et
répétée n'ont aucun intérêt, car il y a là une incompréhension notoire même des
possibilités de Twitter… Triste reproduction de Twitter comme le fil RSS d'un
site ou le méta- de son propre site.
En revanche, Twitter peut être un média des annexes pour un média traditionnel.
Évoquer les dessous, les à côté d'un média, résumer ce qui est prégnant ou
l'émotion de vie ou de fonctionnement d'une chaîne TV, d'une station de radio,
d'un journal papier... Mettre en forme une ambiance, conter des mini-histoires
sont des façons de se différencier pour un média, de créer une expérience avec
les lecteurs/contributeurs. Impliquer les lecteurs/contributeurs au sein du
média est une préoccupation qui paraît évidente pour qui comprend bien Twitter
et son fonctionnement.
Et réciproquement, le citoyen moyen peut faire part d'un fait à n'importe quel
instant; quelles sont les chances qu'il soit entendu ?
Encore faible sur Twitter, je le pense sincèrement. Il n'y a pas beaucoup de
salut en dehors des médias traditionnels et aussi de plateformes vidéo comme
YouTube (le visuel a gagné la partie sur le Web de la rediffusion) ou encore de
Facebook pour la réactivité événementielle. Le flux est bien un flot sur
Twitter et pour se distinguer, il est nécessaire de se spécialiser, d'habituer
une audience, de la fidéliser. Les cercles relationnels communs, bien souvent,
se greffent de nouveau tels quels sur Twitter. Utiliser Twitter, ce n'est pas
par essence "S'entretenir avec soi-même" ; c'est créer du sens parce que
l'autre/les autres font que "nous" existons dans un cadre relationnel. Un
pluriel qui a le sens de la multitude. Sans cette multitude, l’écho demeure
faible.
Les réseaux de microblogging sont-ils un territoire à enjeux pour les médias
traditionnels? Doivent-ils avoir le rôle de suiveur, ou de blogueurs
?
Oui, ils le sont à la condition que les médias traditionnels ne répliquent pas
seulement leur info telle quelle sur Twitter. Ils doivent réinventer des
utilisations qui les engagent à faire vivre une expérience au
lecteur/contributeur/consommateur. Ce sont des enjeux qui sont très liés au
marketing car la question médiatique actuelle essentielle concernant Twitter
est : Où se trouve le business model de la présence média sur Twitter ? Et
au-delà de cette question : Est-ce rentable ? Y-a-t-il un retour sur
investissement ? À cette question, est fortement associé l'intérêt éditorial.
Comment écrire sur Twitter ? Qu'y dire ? Twitter présente une forme textuelle
fluctuante, mais le peu de caractères à mettre en forme invite le rédacteur
professionnel à adopter un discours proche de l'argumentation promotionnelle,
communicationnelle et publicitaire.
A bien y regarder, il y a peu de médias qui réinventent leur média sur Twitter.
Quelques exemples sont toutefois intéressants comme Rue89 avec Twittpiques ou cette expérience d'étudiants de
l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, l'an dernier lors des élections
municipales en France. Ce dernier exemple montre que le microjournalisme, qui
est étudié dans des travaux de recherche au Brésil actuellement, est très
naissant avec une forme non aboutie, qui se cherche… une forme passionnante
pour qui s’y intéresse.
Comment voyez-vous l'avenir des services du genre de Twitter ? Ont-ils le
potentiel nécessaire pour devenir des grands acteurs dans le domaine de
l'information ?
Twitter est un outil qui s'inscrit dans une pléiade d'outils qui peuvent donner
à voir l'information autrement. C'est la nature même du journalisme Rich Media
que de saisir les outils Web, audio et vidéo, cartographies, lignes du temps...
Comme facilitateurs de compréhension, de décryptage et d'approfondissement de
l'information.
J'apprécie ainsi l'approche du journaliste français Alain Joannès qui est exigeant sur cette
question d'une info vraiment pluriforme
Rich Media. Twitter peut être une des pièces du dispositif Rich Media mis
en place par un média traditionnel. Le Rich Media replace les annexes de
l'information dans un schéma global d'explicitation et cela s’avère dans notre
monde, indispensable : donner des clés mais ne pas expliquer à la place de…
Belle idée, non ?
mercredi 15 avril 2009
Robert Redeker, Conduire l'information
Par Jean-Luc Raymond le mercredi 15 avril 2009, 10:46 - Revue de Presse

Dans la nouvelle édition de Médias (numéro 30 – Printemps 2009), le philosophe
Robert Redeker s’interroge sur le statut de l’information, de sa distribution à
sa rediffusion, à l’heure du Web, dans une tribune intitulée : Le journalisme
au défi d’Internet. Robert Redeker présente la métaphore de l’électricité
:
"Dans cette nouvelle forme de société, les informations ne se consomment pas
(d’où la double crise du modèle télévisuel charpenté autour de la grand-messe
du journal de 20 heures, et de la presse quotidienne version papier) : elles
traversent, elles parcourent ; chacun est appelé à les faire circuler, les
faire rebondir, les renvoyer (les « forwarder »). Les blogs et les sites
participatifs s’inscrivent dans cette nouvelle approche de l’information.
Plutôt que produit de consommation, l’information est, désormais, une sorte de
courant électrique, électronique, ou de fluide, qui traverse chacun : nous
sommes tous des conducteurs d’informations.
Rien n’est plus assuré : le consommateur d’informations tel qu’on a pu le connaître depuis une quarantaine d’années est destiné à sombrer dans la caducité pour la bonne raison que nous entrons, avec Internet, dans un régime inédit de l’information, le conducteur ayant pris la place du consommateur.
Nous ne consommons plus les informations, nous les conduisons à l’instar de ces corps dont on dit qu’ils sont « conducteurs » de courant électrique. Ou bien, pour reprendre la métaphore spirite, parfaitement descriptive ici : le médium, chacun d’entre nous, conduit et reconduit le fluide qui le traverse, l’information. C’est la circulation à la plus grande vitesse possible, celle qui frôle la vitesse infinie, qui constitue l’impératif catégorique de la société de l’information, pas la consommation."
mardi 14 avril 2009
Une actualité en évaporation
Par Jean-Luc Raymond le mardi 14 avril 2009, 10:10 - Revue de Presse

Comment se distinguer, se différencier dans les médias, sur Internet et en
dehors d’Internet. L’excellent magazine trimestriel XXI (Vingt et un) se pose
la question dans l’éditorial de son nouveau numéro (numéro 6, Printemps
2009). Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry pensent que l’ «
actualité profonde » et « la force des choses vues », le pouvoir du « raconter
» et les reportages, les « histoires » sont une des façons efficaces de mettre
en forme une information qui ne s’évapore pas. Leur analyse de l’information
liquide est particulièrement intéressante :
"Les « événements » sont désormais traités en temps réel, rien qu’en
France, par six radios, trois chaînes de télévision d’information continue, une
vingtaine de sites Internet liés aux quotidiens ou aux hebdomadaires, cinq
rédactions exclusivement Web qui sont nées depuis deux ans, et une kyrielle de
blogs en tout genre. Ces médias s’interpénètrent de plus en plus. Le dernier
site à la mode, Twitter, invite ses adeptes à envoyer de très courts messages
sur tout ce qu’ils voient, pensent et dénichent. L’internaute devient ainsi une
agence de Presse ou un moteur de recherche ambulant pour les
autres.
Il faut pourtant se méfier des illusions d’optique. Les études montrent que
70% des informations qui circulent dans ces gigantesques accélérateurs de
particules sont… les mêmes dépêches, indéfiniment dupliquées. À chaque jour son
« buzz », sa rumeur qui enfle, sa polémique, sa révélation sur laquelle nous
sommes aussitôt sommés d’avoir un point de vue. À peine avons-nous forgé une
opinion que l’information est aussitôt remplacée par une autre, toute aussi
capitale que la précédente et ainsi de suite.
Cette circulation circulaire de l’information finit par créer une
représentation du monde virtuelle, chaotique et inintelligible, qui n’a plus de
liens avec ce que chacun d’entre nous peut vivre, ressentir et voir."
dimanche 21 décembre 2008
Facebook, vide d'absence et différenciations générationnelles
Par Jean-Luc Raymond le dimanche 21 décembre 2008, 09:02 - Revue de Presse
Dans la nouvelle édition de la revue Médias (n°19 - Hiver 2008), Bruno
Marlière signe un article sur sa découverte de Facebook (en trois jours
chrono), de la création de son compte à l'exploration de l'utilisation de
la plateforme "relationnelle", un papier plein d'étonnements, d'humour et de
questions : "Comment Facebook est devenu ma cour de récré".
Extrait de cette aventure, le 3e jour :
"Après quatre heures de vertige, je ferme à regret la fenêtre de récréation Facebook et fais ressurgir ma salle de classe, ma page Word. Un léger vide m'envahit, un vide de séparation, de celui que chacun ressent quand il raccroche au téléphone et quand le "bon ben, salut!" semble dérisoire, faible, mal assuré. C'est un vide d'impossibilité de faire, de celui que chacun a ressenti lorsque, dispensé de piscine car enrhumé, il restait assis au bord du bassin à regarder ses copains de classe faire des longueurs. C'est un vide d'absence.
Dire que Facebook est une drogue est faux. Ou alors l'amour est une drogue, l'amitié aussi. Aimer se marrer, manger avec des potes, se raconter des histoires, jouer, aimer tout court, c'est seulement aimer la vie. Dès lors, comment ne pas comprendre l'attraction pour un réseau perpétuellement connecté, où séparation et disparition ne sont qu'actes volontairement et individuellement consentis ?
Entre la page Bruno Marlière et celle de Léa, ma fille de 17 ans, il y a un monde, il y a des siècles. Pourtant, c'est le même outil. Mon Facebook semble statique, littéraire, confiné, organisé, comparé à celui de Léa, si mouvant, rapide, synthétique, expansionniste et surprenant."
Bruno Marlière indique là que l'utilisation de Facebook varie selon les générations avec des différences marquées dans la rapidité des interactions, les textes courts qui y sont présents (micro-publication) et les notes éditées. Les différenciations d'utilisations générationnelles de Facebook sont peu mises en avant dans les médias.
dimanche 14 décembre 2008
Twitter et microblogging : reconstruire des histoires et donc du sens
Par Jean-Luc Raymond le dimanche 14 décembre 2008, 13:04 - Mes réflexions
Dans son édition du samedi 13 décembre, Le Monde consacre un quart de page à la chronique hebdomadaire "Storytelling" de Christian Salmon (écrivain et chercheur) du nom de son essai best seller paru chez La Découverte en 2007 et désormais disponible en poche, toujours chez La Découverte.
Thème de ce nouvel épisode made in Christian Salmon : "L"histoire vouée à la casse ?" et plus exactement : l'adaptation des formats classiques de la narration aux nouveaux médias, à Internet et à l'hypercommunication... et la disparition des histoires.
L'avenir est-il aux microrécits ?
A la lecture de cette chronique, Christian Salmon explique que la narration est partiellement remise en cause par les outils multimédia et son utilisation et des microrécits (de l'ère Twitter ?) :
"Après la fin du star-system tant de fois annoncée, c'est une autre composante de son succès qui serait vouée à la casse : la "story". La bonne vieille histoire, avec un début un milieu et une fin, sans laquelle il n'y aurait tout simplement pas de cinéma hollywoodien.
(...)
Ce modèle d'écriture et de transmission des récits serait sérieusement en danger, menacé par l'explosion de la communication numérique, l'apparition de médias interactifs (téléphones, iPhones, micro-ordinateurs), la multiplication d'univers immersifs nouveaux (jeux vidéo, Second Life, "reality shows"...) et l'apparition de nouveaux formats de narration (hypertextes, multimédias).
L'audience se détournerait de plus en plus des longs tunnels narratifs de la production hollywoodienne pour se consacrer à d'autres formes et supports de lectures et d'écritures, comme les écrans et les téléphones portables. La capacité d'Hollywood à raconter une histoire serait progressivement grignotée par l'expansion des messages et des microrécits dans la médiasphère. Le récit traditionnel avec suspense, conflit et résolution serait en passe d'être noyé dans le bruit universel et le désordre visuel. Une nouvelle version de la fable du lion hollywoodien mis en échec par les moustiques de la Toile. "J'ai même vu un écran plasma au-dessus d'un urinoir", a déclaré le producteur Peter Guber (Midnight Express, The Color Purple, Rain Man, Batman...) qui donne à l'université de Californie un cours intitulé "Naviguer dans un monde narratif"..."
"Reconstruire" du narratif
La micro-écriture (phrases courtes et cadencées par le temps) offre en effet une autre rythmique aux récits. Celle-ci est témoignage (de par l'instantanéité), se veut un fil continu (dont il est difficile de relier les phrases parce que les outils s'inscrivent dans un flux qui est également un bruit) et interroge immédiatement l'autre (le locuteur - interlocuteur). C'est donc la forme narrative traditionnelle qui est froissée et élaguée.
Reconstruire des histoires... Si l'on y regarde, les services connexes développés pour Twitter (ou plateformes de microblogging similaires) tentent de reconstruire des histoires autour d'un flux échevelé (les groupes chez Twitter Groups, les indices de popularité, les sujets d'actualité chez TweeTag, les photos à partager chez Twitpic, la géolocalisation chez BrightKite...).
Ne pas rester confiné dans un bruit permanent est un enjeu tout comme reconstruire du sens qui ne soit pas uniquement synonyme de visibilité ou d'attention permanente.
lundi 10 novembre 2008
Bernard Stiegler : éducation critique et économie de la contribution
Par Jean-Luc Raymond le lundi 10 novembre 2008, 22:04
Dans le nouveau numéro du mensuel papier Technikart, au sein d'un dossier consacré à une firme de téléphonie mobile bien connue et à sa nouvelle offre télévisuelle, il est donné la parole au philosophe Bernard Stiegler qui s'exprime sur les médias délinéarisés (on regarde le programme que l'on veut quand on veut) et sur cette nouvelle offre de télévision. Des propos intéressants d'analyse critique des médias :
"La délinéarisation (en télévision mobile) peut être une chance. Elle
permet d'envisager un film comme un espace et non plus comme un temps. La
délinéarisation rend possible le retour de la critique. Mais toutes ces
techniques sont des pharmaka, c'est-à-dire des drogues qui peuvent servir aussi
bien à soigner les gens qu'à les empoisonner (...)
Il faudrait développer, via un plan à long terme, des médias de masse qui soient au service de l'intelligence. Cela permettrait de passer de la société de consommation à une économie de la contribution. Dans ce cadre, la participation de chacun conduirait à élever le niveau individuel et global de sérénité. Ce serait une vraie écologie de la conscience. Au lieu de ça, on nous vend de la pseudo interactivité qui s'appuie sur l'exploitation des pulsions, un peu comme le fait le jeu vidéo."
dimanche 30 septembre 2007
Place de la toile, nouvelle émission de France Culture sur l'Internet, les réseaux et la révolution numérique
Par Jean-Luc Raymond le dimanche 30 septembre 2007, 14:34
En cette rentrée 2007, la station de radio France Culture innove avec une nouvelle émission hebdomadaire de
réflexion consacrée à l'Internet et aux réseaux : Place de la Toile conçue et animée par Caroline Broué et
Thomas Baumgartner avec une chronique de Bruno Patino (réalisation : Doria
Zénine).
Place de la Toile est diffusée chaque vendredi de 11h à 12h. Le
programme aborde la révolution numérique sous ses aspects usages,
techniques en s'appuyant sur une analyse des changements en cours de notre
société (liens sociaux). Pour cela, l'émission s'appuie sur des entretiens et
débats avec des spécialistes des questions abordées en s'attachant à inviter
des personnes publiant de nouveaux ouvrages sur les questions évoquées.
Chaque rendez-vous de Place de la Toile est podcasté (archive sonore) ce qui
permet de la réécouter à son gré via un ordinateur ou un lecteur mp3. Une
bibliographie et une webographie sont proposés sur le site Internet de
l'émission pour chaque édition. Emissions déjà archivées : Ciné, télé, internet, mobile : quatre
écrans pour quelle image ? Les enjeux économiques et esthétiques des nouveaux
modes de diffusion audiovisuels (28 septembre) ; Voulez-vous "googler" avec moi
? Moteurs de recherche : Google et les autres (21 septembre) ; En quoi
internet peut-il changer notre rapport au politique ? (14 septembre) ;
Rira bien qui payera le dernier ! (7 septembre) ; Quelle révolution numérique ?
(31 août).
Prochains rendez-vous de Place de la Toile : Au boulot partout : nouvelles
technologies et conditions de travail (5 octobre) ; Comment le réseau bouscule
les journalistes (12 octobre).
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