Jean-Luc Raymond

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Tag - intelligence

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dimanche 7 janvier 2007

Jacques Attali, les sociétés occidentales à l'épreuve de penser l'avenir

Dans le quotidien Le Monde du 6 janvier 2007, Jacques Attali, souligne la vision à court terme des sociétés occidentales et cette incapacité à se projeter dans l'avenir : "La démocratie à l'épreuve du futur" ; un entretien qui fait écho à son dernier essai best seller de prospective à l'horizon 2030 : Jacques Attali Une brève histoire de l'avenir (chez Fayard).


Il y évoque le pouvoir des technologies comme moyen de surveillance accru ; extrait :

"Quelles peuvent être les solutions pour les démocraties des grands pays ?

Une des réponses actuelles est le rajeunissement de la classe politique, alors que le monde vieillit. Le pouvoir est ainsi donné à des personnes qui vont en rendre compte pendant vingt ans, d'où leur intérêt à s'occuper du long terme. C'est déjà fait partout dans le monde, sauf en France. L'opinion publique va dans ce sens. Les jeunes sont mûrs plus tôt. Même s'ils ne votent pas, ils s'inquiètent du monde qu'on va leur laisser. D'autant plus qu'ils ont à leur disposition des moyens d'expressions de plus en plus efficaces : Internet, les blogs, le Web 2.0.

Les démocraties arriveront-elles assez vite à se projeter dans l'avenir ? Rien n'est moins sûr. Le retour de la dictature est possible. Ainsi, dès aujourd'hui, l'émergence des nouvelles technologies et des techniques de surveillance menace les libertés individuelles. Il faut donc les intégrer dans une nouvelle conception du droit. Si cela n'a pas lieu, le XXIe siècle sera peut-être aussi terrible que le XXe siècle, avec la même parenthèse totalitaire (1917-1989), mais avec encore plus de dommages."

samedi 6 janvier 2007

Axel Honneth, les trois sphères de reconnaissance de l'individu

Le philosophe Axel Honneth (ex-assistant de Jürgen Habermas) est l'un des chefs de file de l'Ecole de Francfort et s'attache à une philosophie sociale qui insiste sur l'importance de la relation à autrui, à soi-même et au monde. Dans le numéro de décembre 2006 - janvier 2007 de Philosophie Magazine, il est interrogé par Alexandra Laignel-Lavastine sur la reconnaissance de l'individu et la lutte pour la reconnaissance ; extrait :

"Je distingue trois sphères de reconnaissance, auxquelles correspondent trois types de relation à soi. La première est la sphère de l'amour qui touche aux liens affectifs unissant une personne à un groupe restreint. Seule la solidité et la réciprocité de ces liens confèrent à l'individu cette confiance en soi sans laquelle il ne pourra participer avec assurance à la vie publique. La deuxième sphère est juridico-politique : c'est parce qu'un individu est reconnu comme un sujet universel, porteur de droits et de devoirs, qu'il peut comprendre ses actes comme une manifestation - respectée par tous - de sa propre autonomie. En cela, la reconnaissance juridique se montre indispensable à l'acquisition du respect de soi. Mais ce n'est pas tout. Pour parvenir à établir une relation ininterrompue avec eux-mêmes, les humains doivent encore jouir d'une considération sociale leur permettant de se rapporter positivement à leurs qualités particulières, à leurs capacités concrètes ou à certaines valeurs décrivant leur identité culturelle. Cette troisième sphère - celle de l'estime sociale - est indispensable à l'acquisition de l'estime de soi, ce qu'on appelle le "sentiment de sa propre valeur".

Si l'une de ces trois formes de reconnaissance fait défaut, l'offense sera vécue comme une atteinte menaçant de ruiner l'identité de l'individu tout entier - que cette atteinte porte sur son intégrité physique, juridique ou morale. Il s'ensuit qu'une des questions majeures de notre époque est de savoir quelle forme doit prendre une culture morale et politique soucieuse de conférer aux méprisés et aux exclus la force individuelle d'articuler leurs expériences dans l'espace démocratique au lieu de les mettre en actes dans le cadre de contre-cultures violentes."


A lire : La Société du mépris. Vers une nouvelle théorie critique par Axel Honneth (aux Ed. La Découverte, octobre 2006),

lundi 1 janvier 2007

Prédictions 2007 technologiques à foison

Les prédictions 2007 en matière d'utilisation des technologies, de leur appropriation ne cessent de résonner aux quatre coins de l'Internet. Une petite revue de circonstance de quelques visions futorologiques ou prospectivistes pour la nouvelle année.


Quelques tendances fortes se dégagent autour de ces discours ambiants : un développement de services mobiles, des modes de distribution de logiciels évoluant vers le "en ligne", une croissance importante du secteur de la sécurité Internet et de l'identité numérique, la forte pénétration d'échanges de vidéos via des plateformes et l'apparition de nouveaux systèmes de peer to peer générant de véritables micro-chaînes TV thématiques par syndication/agrégation de contenus.


Médéric Morel de SQLI pense que se dessine une informatique-on-demand et ajoute que "les produits Open-Source continueront leur progression, mettant encore davantage la pression sur les éditeurs de logiciels. Leur utilisation en environnements critiques va se banaliser."


Guillaume Frat prédit l'avènement de la mobilité : "Les services mobiles explosent, le "m-Commerce" et la "m-Publicité" montent en flèche".


Anne-Claire Orban fait des prédictions axées sur les jeunes et les nouvelles technologies ; en première première position du Top 5 : ""Sur le Young Web : l'important est d'exister", pas de produire, ou de créer. Une diffusion des contenus des autres, une réappropriation personnelle de textes, vidéos et musiques hébergées par ailleurs. La blogosphère jeune est peu créative. Blogs "larsen" de DailyMotion et YouTube."


Lapnet traduit les 10 prédictions de l'Institut Gartner concernant l'Internet dans les organisations dans cet article avec ce point fort à relever : "Windows Vista sera la dernière publication majeure de Microsoft. La prochaine génération de systèmes d'exploitation se présentera sous la forme de modules et les mises à jour se feront de façon régulière. L'ère de la publication de logiciels monolithes tire vers sa fin. Microsoft fera partie de ce mouvement et les mises à jours de Windows seront plus flexibles et une emphase nouvelle sur la qualité globale du produit sera de mise."


Le journaliste Francis Pisani reprend les prévisions 2007 de Mark Anderson parmi lesquelles "le paiement par téléphones mobiles (qui) devient possible aux États-Unis (les opérateurs ont formé un consortium pour encourager cet usage) ; (la) généralisation des pratiques d'identification personnelles (empreintes digitales sur les ordinateurs et autres reconnaissances biométriques sur un nombre croissant d'appareils)."


Les 30 prédictions 2007 de Fimoculous pour 2007 sont à consulter : médias, technologie et personnalités se côtoient dans cet exercice de futurologie.


Toujours en anglais et plus sérieux, le Top 10 Predictions for Worldwide System Infrastructure Software, 2007 avec ce point très intéressant : "Software appliances will become a household word in 2007. The convergence of virtual machine technology and a new initiative by several tool vendors is giving birth to this new form of software packaging".


Le consultant américain Steve Rubel rêve de découvrir de nouvelles voix dans le monde des blogs.


Robin Good publie ses prédictions 2007 dans le domaine des médias en terme de tendances et d'opportunités en 15 points clés. Les outils ou plateformes évoqués existent déjà pour la plupart mais vont s'amplifier notamment l'agrégation de contenu, le partage vidéo et une plus large reconnaissance par le grand public des moteurs de recherche visuels comme Kartoo ou Grokker.


Dan Gillmor, spécialiste des médias internet, produit une série de prédictions pour les médias en 2007 sous la forme d'un Questionnaire à Choix Multiple. Il pense notamment que Google pourrait lancer un show vidéo en ligne en sélectionnant des vidéos sur YouTube sur la base de leurs audiences et de leurs auteurs afin de mettre à disposition ce programme pour des Chaînes TV indépendantes.

samedi 30 décembre 2006

Rapport et guide sur la participation citoyenne sur Internet du British Council

Le blog collectif espagnol Administraciones en Red a fait état le 26 décembre dernier dans un article intitulé "Typologie d'outils pour la eparticipation" d'un guide passionnant publié en juin 2006 par l'antenne berlinoise du British Council sur la participation en ligne : "Facilitating active citizenship : E-participation in the United Kingdom and Germany. A status report with examples from both countries" (84 pages, téléchargeable ici en .pdf). Ce qui marque dans cette publication, c'est l'absence des poncifs traditionnels de la participation citoyenne sur Internet qui peuvent être débattus sans fin.


Le rapport "Facilitating active citizenship : E-participation in the United Kingdom and Germany" présente une brève contextualisation du sujet avant de s'attarder sur la méthodologie de recherche employée pour façonner cette étude. Suit une typologie exhaustive de formats (et non d'outils) facilitant la prise de parole sur le Web pour le citoyen lambda (avec à chaque fois des exemples). Alors, les auteurs décrivent des projets très concrets en Grande-Bretagne et en Allemagne de participation citoyenne sur le Web que ceux-ci soient à l'initiative d'administrations centrales, de collectivités territoriales, d'associations, d'établissements scolaires ou d'universités. Pour chaque projet, sont indiqués les coordonnées de la structure responsable.


En visant la simplicité et la praticité, ce rapport s'impose comme un véritable vademecum de la e-participation à compléter par des discussions à l'issue de sa lecture qui ont inspiré une liste de 20 questions/lignes de travail autour de la participation sur Internet et une énumération d'avantages et d'inconvénients liés à la participation citoyenne sur Internet (sous deux points de vue : celui de l'organisation qui souhaite cette participation active et celui de l'internaute "usager" qui est invité à participer).


Rien n'est figé dans la e-participation et le virtuel ne remplace pas et ne substitue pas au réel. La clé de cette "eparticipation" repose sur de la formation à l'appropriation non pas seulement à des outils mais aux enjeux qui se dessinent pour les communes, les associations et les citoyens localement. L'animation de réseau est aussi essentielle. Rien ne se construit à distance sans favoiser les rencontres des acteurs locaux et en envisageant de développer des synergies locales de participations citoyennes en ligne autour de projets communs.
Au Royaume-Uni, la participation en ligne est souvent abordée par l'angle du voisinage ("neigbourhood") car ce qui est local et microlocal est immédiatement perceptible par le citoyen et son faisceau relationnel comme facteur du changement du quotidien. Cette approche est appropriée à des projets concrets et utiles où Internet est une des composantes à côté des comités de quartiers, des centres sociaux, des services publics de proximité, de mobilisations citoyennes locales...


Voilà qui devrait intéresser la Région Nord-Pas-de-Calais engagée dans une démarche de financement de la participation citoyenne sur Internet auprès des collectivités locales :


"Le Conseil Régional Nord – Pas de Calais met en œuvre un axe de sa stratégie TIC dédié à l'emploi des TIC au service de la démocratie locale et de la participation citoyenne. Cet axe vise principalement à accompagner l'émergence des projets portés par les collectivités locales : de l'animation pour faire connaître cet usage et faire naître les idées ; de l'accompagnement pour aider les collectivités à formaliser leurs idées en projets ; un soutien pour la réalisation de quelques projets ou initiatives exemplaires pouvant être aisément reproduites dans d'autres collectivités."


Ce programme de participation citoyenne en ligne peut être suivi sur le blog Au fil de Dream+ animé par Alexandre Desrousseaux.

mercredi 27 décembre 2006

Autorité informationnelle (tendance 033)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


L'autorité informationnelle est un concept de l'univers documentaire du Web. Dans un article scientifique intitulé "Construction de l'autorité informationnelle sur le web" (11 pages, à télécharger ici en .pdf), la chercheuse Evelyne Broudoux examine ce concept au regard de plusieurs contextes de médiation d'un document numérique (sphère privée, sphère collective et sphère publique) avec des critères :

"l'autorité énonciative personnelle s'appuyant sur l'auteur et sa notoriété, l'autorité de groupe ou institutionnelle triant et établissant les conditions de la confiance en la fiabilité des informations, l'autorité du contenu concernant le document lui-même, son genre et sa qualité, et enfin l'autorité du support qui fixe les frontières matérielles du document."


La notion d'autorité informationnelle est l'un des repères majeurs de notre temps pour mieux situer notre rapport  à l'information, au savoir, à la transmission du savoir, voire à la notion de compétences. L'autorité informationnelle change dans le contexte numérique : "Le changement de support dû au passage au numérique remet en question les "autorités" sur lesquelles étaient basées l'attribution de confiance, la vérification et la légitimation de l'information."


Dans ces travaux de septembre 2004 à juin 2005 , l'atelier-auteur du groupe de travail de recherche RTP-DOC, Programme Société de l'Information (CNRS) délivre une acception de l'autorité informationnelle dans un document de 98 pages (téléchargeable ici en .pdf) : "Documents et contenu : création, indexation, navigation"  :

"Autorité informationnelle (proposition de définition)
- Enonciative (personnelle)
- Institutionnelle (éditeur vérifie la fiabilité des informations)
- Documentaire (type et qualité du document)
- Enoncé (contenu du document)".

lundi 25 décembre 2006

Envie d'entreprendre, un espace collectif de partage de conseils et de compétences pour la création d'entreprise ou création d'activités

La création d'entreprise ou création d'activité est une aventure où l'isolement est la principale difficulté et les conseils sont les bienvenus. Partant du constat que l'échange d'informations et de compétences est une plus-value essentielle dans l'entrepreneuriat, des femmes et des hommes qui vivent le développement d'une activité partagent sur le blog collectif et coopératif Envie d'Entreprendre leurs fiches conseils sous forme de vécu (dans les catégories : création/reprise d'entreprise, recrutement, management de personnel/d'équipe, marketing, publicité, commercial, le télétravail, la bourse, la franchise, l’expatriation, entreprendre au féminin, la finance, relation avec sa banque...).

Une expérience intéressante qui réunit des dizaines de contributeurs vécu comme un espace citoyen, participatif et solidaire où les expériences des uns nourrissent celles des autres avec des chroniqueurs permanents et contributeurs associés ; un vrai partage de connaissances concernant le milieu de l'entreprise et de l'économie.

mercredi 20 décembre 2006

Lorne Lanning et Citizen Siege, une vision citoyenne du couple jeu vidéo et film

Lorne Lanning est un artiste américain atypique. En 1995, il quitte l'univers des effets spéciaux du cinéma hollywoodien et de l'image de synthèse pour créer un studio de jeux vidéo : Oddworld Inhabitants pour créer un jeu vidéo en 5 épisodes (Oddworld), développant des histoires étranges et une nouvelle mythologie.


Aujourd'hui, il mixe les deux univers en développant un projet innovant "Citizen Siege", thriller de politique fiction en images de synthèse produit par John H. Williams (connu pour "Shrek") qui sera donc un film et un jeu en parallèle basé sur la condition humaine contemporaine dans un esprit citoyen.

Le numéro 31 du magazine Chronic'Art (décembre 2006) donne la parole à Lorne Lanning sur son projet Citizen Siege et sa vision du film vs. jeu vidéo.

"Pensez-vous possible de faire passer des messages politiques ou humanistes dans un jeu vidéo, comme vous avez tenté de le faire ?

Jusque-là, l'histoire a toujours été une considération secondaire dans le jeu vidéo, après la gameboy et la technologie. Mais cela va changer au fur et à mesure que les machines vont devenir plus puissantes et les outils se standardiser. Cela ne fait aucun doute que le médium interactif peut devenir plus sérieux et capable de refléter la société avec des histoires significatives. Il faut juste que des gens créatifs s'y intéressent.

Le rapprochement du jeu vidéo et du cinéma peut-il aboutir à un résultat créatif ?

Une synergie créative est définitivement possible, mais ne comptez pas sur les grosses entreprises pour vous l'apporter. Cela viendra des créateurs et des indépendants qui trouveront le moyen de prouver aux décideurs en place que cela peut faire du bon business."

mardi 19 décembre 2006

Sur YouTube, des communautés de sourds qui s'expriment et communiquent

Les plateformes de partage vidéo connaissent des utilisations inattendues. Si les personnes handicapées exploitent les technologies avec une dextérité surprenante, elles font naître des usages différents, immédiats et pratiques à partir d'outils souvent basiques (de simples webcams, par exemple) mais essentiels pour développer un mode communicationnel qui revêt tout son sens.


C'est ainsi que sur YouTube, on note l'existence de cercles de personnes sourdes qui créent des groupes d'échange en langue des signes tel Rob Wilks de Deaf UK donnant son opinion sur la modération des propos d'un cercle de malentendants qui communiquent entre eux, qui mettent en scène des création artistiques comme ce sketch à deux ou ce karaoke humoristique en vidéo pour personnes malendantes qui nous réunit tous, entendants ou pas.


Comme le fait remarquer l'article de Making Light "Deaf video: the street finds its own uses (again)", la volonté des personnes sourdes de communiquer entre elles en utilisant YouTube comme caisse de résonnance permet d'informer à plus large échelle sur des préoccupations ou une actualité entre sourds, de porter un message politique, de se raconter au quotidien, de construire des récits ou de fournir des didacticiels/tutoriels vidéo telle cette explication du RSS en langue des signes. Via TechBee.

lundi 18 décembre 2006

Interestingness (tendance 025)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


L'interestingness ou en français "la notion d'intérêt" caractérise le fonctionnement de plusieurs plateformes du Web 2.0 (ou nouveau Web) autour de la popularité d'objets mis en ligne (textes, images et vidéos) comme par exemple la plateforme FlickR qui place l'interestingness au coeur de son écosystème :

"There are lots of things that make a photo 'interesting' (or not) in the Flickr. Where the clickthroughs are coming from; who comments on it and when; who marks it as a favorite; its tags and many more things which are constantly changing. Interestingness changes over time, as more and more fantastic photos and stories are added to Flickr. We've added some pages (and changed some existing ones) to help you explore Flickr's most interesting photos."

Traduction :

"Il y a beaucoup de choses qui font qu'une photo est 'intéressante' (ou pas) sur Flickr. D'où viennent les visiteurs (clickthroughs) ; qui la commente et quand, qui la marque comme favorite ; ses mots-clés et bien d'autres choses qui changent constamment. L'intérêt change avec le temps, et de plus en plus de photos et d'histoires sont ajoutées sur Flickr."


Le blog Mains blanches explique l'importance de cette notion d'intérêt dans l'article : "Flickr : autour des photos, le jeu de société" et comment l'interestingness est agissant pour et par certains utilisateurs :

"Bref, qu'est-ce au juste qu'une image "intéressante" sur Flickr, qui nous impose au passage sa version par la technique sans pour autant nous la présenter vraiment ? C'est un peu comme l'algorithme mis au point par Google pour afficher ses résultats : on n'en a pas une vue très claire. Ce qui n'empêche pas de nombreux internautes d'avoir recours, y compris moi-même, acceptant tacitement de prêter le flanc aux manipulations. Voilà un jeu bien étrange dont on ne connaît pas clairement les règles.

Ce qui est clair, au moins, c'est qu'une image n'est pas qualifiée d' "intéressante" directement, sur la base de critères artistiques ou techniques, mais en fonction de l'activité des utilisateurs autour de ladite image. C'est le temps passé sur Flickr, votre sociabilité, votre présentation de vous-même et de vos photos, ainsi que votre capacité à générer un certain trafic autour de vos images qui comptent, et cela change tout."


Un utilisateur de FlickR déclare que "Les voies de l'interestingness de FlickR sont impénétrables". L'interestingness est un enjeu économique de poids. TechDirt affirme le 31 octobre 2006 que Yahoo essaie de breveter l'interestingness comme processus technique : "How Interesting: Yahoo Tries To Patent Interestingness". On attache à la notion d'intérêt la valeur de classement qui compte dans les enjeux du marché publicitaire du Web 2.0.


Pour explorer plus avant le concept d'interestingness, on peut consulter un billet de Seo by the sea (27 octobre 2006) qui propose des liens et une explication sur la notion d'intérêt : "Flickr Interestingness Rankings Patents Released".

Patrick Dieuaide, Avec les technologies de l'information et de la communication, le travail se complexifie et change de nature sous l'effet de déterminations nouvelles

Le nouveau numéro de la revue scientifique Terminal (Technologie de l'information, culture & société) (n°97-98, Editions L'Harmattan, novembre 2006) consacre un dossier complet sur le thème "Communautés et nouveaux modes de (télé)communication" découpé en 3 parties : les communautés faibles, les communautés fortes et les communautés sous contrainte. Dans ce dernier volet, Patrick Dieuaide (économiste, chercheur à l'Université de Paris I qui travaille notamment sur le capitalisme cognitif) consacre un article qui décrit combien les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication dissolvent les cadres du travail. L'émergence de nouvelles modalités d'organisation du travail adossées aux réseaux rendent propice la mise sous tension de l'agir. Titre du papier de Patrick Dieuaide : "Entre précarité et révolution de l'agir" ; extrait :

"Déterritorialisation" ou virtualisation du travail d'un côté ; affaiblissement ou perte de cohérence interne de l'autre... Tout se passe donc comme si les TIC participaient d'une recomposition des modes d'organisation des entreprises au sein desquelles le travail, revenu tout ou partie sous l'autorité et la direction des travailleurs, se présentait comme un moment productif contingent, structuré à partir de relations et de comportements non hiérarchiques. D'autre part, le travail se complexifie et change de nature sous l'effet de déterminations nouvelles, linguistiques, relationnelles voire affectives requises par des situations de travail incertaines et non programmables. Ainsi, de plus en plus, s'apparente-t-il à une activité cognitive (jugement, conversation, évaluation), consommant de l'information, mobilisant des moyens discursifs et langagiers.


D'autre part, le travail s'élabore de plus en plus sur un mode réflexif, c'est-à-dire par une série d'allers et retours entre les connaissances et autres ressources dont les individus sont dépositaires et les nouvelles connaissances à construire pour identifier et résoudre les problèmes qui se posent. Les fonctionnalités des TIC peuvent accompagner voire soutenir le développement de ces différentes facettes du travail. Mais cet accompagnement ou ce soutien est ambigu. En effet, si d'un côté l'usage des TIC peut contribuer au développement d'un travail coopératif et réticulaire, de l'autre celles-ci peuvent être porteuses d'un principe de désocialisation du travailleur lui-même. Trois phénomènes sont particulièrement en cause à ce niveau.


En premier lieu, le recours aux TIC dans les domaines de la codification et de la capitalisation des connaissances peut être un facteur de précarisation du travailleur intellectuel. (...) En second lieu, en soutenant les apprentissages, individuel et collectif, les TIC tendent à favoriser une dynamique cumulative de production de capacités et de savoirs faire totalement ouverte sur l'extérieur ; dynamique qui, au plan juridique, peut soulever des problèmes de propriété (protection des brevets) et aussi de paternité (droits d'auteur). (...) Enfin, les TIC contribuent à un remodelage en profondeur de la base de compétence des organisations, soit en poussant au recrutement de travailleurs qualifiés (hypothèse du biais skills), soit en redessinant le tracé des frontières entre métiers."

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