Jean-Luc Raymond

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Tag - intelligence

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dimanche 29 avril 2007

Promessothèque, Dites au monde, Je le ferai, mais à condition que vous m'aidiez

Au Royaume-Uni, il existe depuis quelques mois un service étonnant sur le Web intitulé The Pledge Bank (autrement dit "La banque d'engagement"). Je rêvais de voir ce service traduit en Français ; c'est désormais chose faite (partiellement) avec la Promessothèque.

Cette plateforme développée en logiciel libre (licence Affero GPL) par l'association britannique MySociety permet à chaque citoyen localement de faire une promesse ou un engagement et de le mettre en oeuvre si d'autres personnes s'inscrivent pour participer à cet engagement ou à cette promesse. Cela peut être une idée d'entraide pour acheter un réfrigérateur à une personne précaire, se donner la possiblité durant une journée de nettoyer un bois, d'adresser une pétition à un homme politique, d'acheter des produits issus du commerce équitable... Les promesses fructueuses et infructueuses, réalisées et non réalisées demeurent en ligne comme mémoires de l'action et idées pour de futurs projets.

Tom Steinberg qui coordonne MySociety définit ainsi cette plateforme : "Dites au monde "Je le ferai, mais à condition que vous m'aidiez". "Nous savons tous ce qu'est un sentiment d'impuissance et que nous ne pouvons pas vraiment changer nous-mêmes ce que nous voudrions voir changer. Promessothèque vise à combattre ce sentiment..."".

La Promessothèque vise à associer le caractère local et microlocal d'un engagement et Internet en s'inscrivant son engagement sur une plateforme à but non lucratif. Une belle idée citoyenne et solidaire qui conquiert le monde anglo-saxon et pas seulement... The Pledge Bank existe aussi en espagnol, portugais, russe, ukrainien, allemand, esperanto... Un bel exemple de citoyenneté à la mode Web 2.0.

jeudi 8 février 2007

Gérard Blanchard, Typographie à l'ère de l'informatique et de l'Internet

Typographe, responsable pendant de nombreuses années des Rencontres internationales de Lure, Gérard Blanchard fut un brillant sémiologue et chercheur. J'ai eu la chance de l'avoir comme professeur à l'Université de Paris 3 - Sorbonne Nouvelle lors de mes études initiales. C'était une personne passionnée et passionnante qui savait transmettre son goût immodéré pour la typographie et l'analyse de l'image, et m'a beaucoup appris sur l'art de la mise en page alors que la Publication Assistée par Ordinateur se faisait naissante.


Gérard Blanchard était un proche de Roland Barthes qui a dirigé sa thèse en 1980. Je viens de redécouvrir un ouvrage de référence de Gérard Blanchard (décédé en 1998) qui fut sa dernière publication : "Aide au choix de la typo-graphie, Cours supérieur, A l'usage des personnes qui pratiquent la PAO (Mac et PC)" (Alexandre Perrousseaux éditeur). Pour les personnes s'intéressant à la typographie, la consultation de ce livre apporte des bases sur la connotation des caractères et typos à travers l'Histoire et jusqu'aux Années 90. Gérard Blanchard évoque le rôle de l'informatique et de l'Internet sur la transformation de la typographie dans un dialogue :

"Le metteur en page. - Typographie ? Pourquoi utilises-tu cette vieille expression ?

L'auteur. - Il n'y en a pas d'autres. On y est confronté tout de suite en ouvrant son ordinateur. Une des premières questions c'est : Quelle typographie ? C'est-à-dire le choix d'un caractère.

Le metteur en page. - Alors, pourquoi l'utilises-tu en séparant les deux mots : typo et graphie ?

L'auteur - Pour montrer que quelque chose d'irréversible s'est produit avec la micro-informatique ; la typo est devenue graphie et la graphie image. La typo-graphie n'est pas seulement une légende d'image, mais une image à part entière qui émerge de plus en plus à la connaissance de notre regard, à cause de son affichage généralisé sur les murs et de son affichage-écran qui commence à poser des problèmes nouveaux de lecture."


En fin d'ouvrage, Gérard Blanchard évoque les typo-graphies "nomades" sur le Web :

"Avec le XXIe siècle le temps n'est plus ce qu'il était (...) Aujourd'hui, nous sommes dans les marges de la typo-graphie, que Mallarmé aborda il y a un siècle (...) L'image numérique, l'informatique et les télécommunications (Internet) nous invite à une navigation dans un nouvel espace. C'est une nouvelle guerre de course, entre des textes que balisent des mots clefs, des icônes animés, des signaux sonores et des couleurs qu'il est loisible d'arranger selon les lois encore incertaines d'un blason reconsidéré ou selon une palette de peintre. La création des passages (les liens) est la première obligation exigée par les nouveaux médias. (...)

Outre la répartition des paquets de textes dans des "lieux de mémoires", le son, l'animation, la couleur jouent un rôle capital, mais déroutant pour les amateurs de beaux livres et pour les typographes qui n'en finissent pas d'épuiser l'héritage de Gutenberg à travers ses avatars électroniques."

mardi 6 février 2007

DixiemeFamille.com, la solidarité de proximité multipliée par dix

A dix, sommes-nous plus solidaires ? Oui, on est certainement plus forts et mieux à même de porter des initiatives solidaires. Dans l'innovation sociale, le principe de tutorat est adapté pour partager des compétences, épauler, motiver.


Gary Généreux, simple citoyen, a réussi à adapter un principe d'entraide efficace : l'association qu'il a créée en 2003, DixièmeFamille.com met en relation via un site Internet une famille en grande difficulté aidée par 9 autres familles, résidant tous dans la même ville ou à proximité. Les 9 familles interviennent selon leurs disponibilités et compétences dans un partage de savoirs. Ce sont donc entre 30 et 40 personnes qui forment autour du foyer en difficulté une galaxie où chacun apprend à se connaître, à résoudre au jour le jour des problèmes, en élaborant des solutions concrètes à partir d'idées par le relationnel et la rencontre de gens qui ne se connaissent pas en amont. L'association Dixième Famille crée du lien social avec cette façon nouvelle de parrainer et d'aider ceux qui en ont besoin en favorisant les échanges intergénérationnels et de différents milieux sociaux.


Le site Internet DixièmeFamille.com permet de s'inscrire en tant que famille ressource ou d'obtenir l'aide d'une famille. Le réseau de partage est organisé en compétences que l'on déclare maîtriser (figurant dans une Banque Universelle des Savoirs) afin de créer de échanges solidaires.


Enfin, dernier projet en date, l'association Dixième Famille souhaite gracieusement mettre à disposition du milieu associatif solidaire, le Solidariciel : "son application logicielle disponible en ligne et permettant  de rassembler la multitude d'initiatives mise en oeuvre sur le terrain dans une banque des actes solidaires, de mutualiser l'expérience de terrain et les ressources en s'appropriant ces idées et d'offrir aux acteurs du tissu associatif une plate-forme permettant de faire connaître et reconnaître le travail réalisé localement".

lundi 5 février 2007

Le capital humain engendre l'innovation

La dernière édition d'Innovation européenne, magazine de la Commission Européenne (édition de janvier 2007), propose un article très intéressant intitulé : "Comment le capital humain engendre l'innovation" qui reprend des résultats d'une récente étude de Peer Ederer, Philipp Schuller et Stephan Willms (du groupe de réflexion allemand Deutschland Denken) : "Innovation at Work: The European Human Capital Index" (à télécharger ici en .pdf, 24 pages).


Ce rapport indique que les pays Européens doivent consentir d'importants efforts pour aider au développement des compétences et connaissances des citoyens ; extrait :

"Le capital humain représente beaucoup plus que le niveau d'éducation et le savoir-faire professionnel qu'on reçoit dans les écoles et les universités. Le capital humain englobe aussi les compétences culturelles et les normes sociétales que l'on inculque aux enfants à la maison, l'éducation informelle que les adultes acquièrent volontairement durant leur vie, ainsi que l'apprentissage constant qui accompagne les changements dans l'environnement de travail.

Donc pour appréhender le potentiel d'inventivité d'une société - et la croissance économique qui peut résulter de cette capacité d'innovation - il est nécessaire de prendre en considération chacune des cinq composantes du capital humain : l'éducation parentale, la scolarité, l'enseignement professionnel/universitaire, la formation des adultes et l'éducation sur le lieu de travail. (...)

Il y a lieu d'envisager le lien entre le capital humain et capacité d'innovation dans un sens beaucoup plus large que le seul niveau d'éducation reçu dans les écoles et les universités, ou le volume d'investissement dans la R&D et les installations high-tech."


Peer Ederer est membre de The Innovation and Growth Academy, un groupe international de chercheurs et d'acteursde terrain qui ont pour sujet de prédilection : l'innovation.

lundi 29 janvier 2007

Second Life, jusqu'où ira la fascination médiatique actuelle pour l'univers virtuel Second Life ?

Le samedi 20 janvier, Metropolis, l'émission hebdomadaire d'actualité culturelle de la Chaîne TV ARTE, a consacré un reportage de présentation sur le monde virtuel Second Life (à visionner ici, 5 mn 34 s), un univers persistant qui bénéficie actuellement d'une couverture médiatique mondiale très porteuse lui assurant une visibilité étonnante et un engouement certain dans une frénésie de communication produisant un effet de mode. A la fin du reportage, le journaliste pointe son propos sur certaines limites de Second Life :

"Linden Lab (la société éditrice de Second Life) s'est assurée par contrat tous les droits de régulation des échanges. Linden Lab ne fixe pas seulement les cours, mais aussi le montant des échanges et le délai pendant lequel on peut changer. Linden Lab est la banque mondiale du monde virtuel de Second Life ce qui fait que la partie pourrait bien finir soudainement. Les résidents du jeu en discutent entre eux. Être connecté à l'économie réelle implique certains risques pour le monde virtuel.

Le professeur Winfred Kaminski (Haute Ecole de Cologne, Institut de Recherche des médias) ajoute : "J'ai l'impression que c'est un peu comme le système des chaînes. Je crains que les derniers arrivants y laissent des plumes. Certains peuvent bien évidemment y tirer profit, mais il faut que quelqu'un paye parce que Second Life vit d'espérances. Bien sûr, les espérances font partie de l'économie, mais elles doivent à un moment ou à un autre être exaucées. J'ai peur que pour certains, le réveil soit douloureux. Si les joueurs participants du monde entier veulent transformer leur Linden Dollars en vrais Dollars, nous aurons ce qu'on appelle un crash et la bulle éclatera"."


Sur son blog, l'artiste et philosophe Gregory Chatonsky évoque aujourd'hui Second Life sous l'angle critique d'une façon brillante : "La Seconde fois" :

"Si Second Life a un tel succès médiatique, alors qu’il n’est pas très différent d’Alpha World par exemple, c’est sans doute que l’idéologie technologique a repris espoir avec la seconde vague Internet. Il n’est pas ici question d’innovation technologique mais simplement d’un contexte économique qui permet ou non l’articulation des techniques et des matières et donc l’imaginaire (puisqu’il s’agit de cela) de se développer. Les technologies sont dans une relation de dépendance aux discours qui sont eux-mêmes le produit d’une économie qui elle-même est le fruit d’une spéculation langagière (je te fais croire à mes mots et tu me fournis des investissements pour réaliser mon langage et faire advenir la réalité économique que j’ai anticipé).

Le caractère médiatique de SL reprend les vieux arguments des années 80 et 90 sur la réalité virtuelle et réalise fantasmatiquement la promesse du cyberespace de Gibson: caractère fascinant d’une communauté numérique, effroi devant les risques des abîmes numériques, dénonciation de la coupure psychotique entre la vraie réalité et cette réalité de simulacres (www.getafirstlife.com), etc. Autant de concepts qui plongent de lointaines racines dans notre tradition occidentale et dans la dénonciation de la représentation et de l’image.

Le fait que les médias eux-mêmes aient dénoncés le caractère factice de la surmédiatisation se laissant intoxiqués par le service de communication de Second Life (nombre d’habitants surestimés, gain financier imaginaire, etc.) ne doit pas nous cacher que c’est tout un discours déjà entendu qui se redéploye. Second Life est donc un Second Discours, un goût de déjà-vu (Matrix). Les technologies elles-mêmes se recyclent et l’innovation contemporaine n’est plus celle moderne, elle n’est pas un inanticipable, elle est une revenance."

Tirer profit de la dynamique communautaire sur internet par Manuel Da Rocha (livre blanc)

Manuel Da Rocha (Sopra Business Consulting Group) a publié courant 2006 un livre blanc de 37 pages très intéressant : "Tirer profit de la dynamique communautaire sur internet" (téléchargeable ici en .pdf).


Ces deux dernières années, le développement renouvelé des communautés en ligne ne pouvait pas désintéresser le monde de l'entreprise. Pour le privé, participer à la vie d'une communauté sur Internet, c'est s'inscrire dans une stratégie marketing et commerciale spécifique, qui demande des compétences particulières et une gestion de projet adaptée. La dynamique communautaire demande d'abord a être comprise (clés de lecture) avant de s'engager dans une démarche commerciale et d'une solution de type communautaire.

"Il y a une différence fondamentale entre une action de marketing relationnel et l'animation d'une communauté en ligne : la première utilise la relation comme un moyen de toucher sa cible en collectant au passage toute l'information possible ; la seconde fait de la relation son objectif et de l'authenticité du lien son moyen, pour générer indirectement une meilleure connaissance des individus. Dans cette nouvelle donne, l'entreprise doit savoir perdre une partie du contrôle unilatéral de la relation qui l'unissait jusqu'à présent à son client, et doit au contraire s'attacher à respecter ses valeurs et les rites de la dynamique communautaire auxquels il adhère. Toute action marketing qui voudrait faire de la relation un moyen - et non pas un objectif - entrainerait un rejet immédiat de la part des membres de la communauté."


En présentant une typologie des communautés et l'aspect communautés vs. entreprises, le livre blanc "Tirer profit de la dynamique communautaire sur internet" de Manuel Da Rocha place l'aspect de réseau social sur Internet au coeur de la démarche Internet de l'entreprise pour développer son marché. Via Info TechArt 2.0 par Luc Fayard.

dimanche 28 janvier 2007

Sobjet (tendance 050)

La rubrique tendance, c'est un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


Sylvain Héraut a suggéré par courrier électronique, le néologisme "sobjet". Le 6 janvier 2007, le mot est employé par Vicente Verdu, économiste et journaliste espagnol, auteur de l'ouvrage à paraître "Moi et toi, objets de luxe", à l'occasion d'un entretien publié dans le quotidien Libération : "Le consommateur est devenu critique et conscient de ses droits" où il est question de la figure du consommateur dans la société occidentale :

"Selon vous, cette culture de la consommation a créé une nouvelle figure, à la fois sujet et objet, le «sobjet». Expliquez-nous.

Nous sommes dans un espace général où croît la subjectivité de l'objet, tout comme l'objectivité du sujet. D'où cette créature hybride du «sobjet». On peut donner l'exemple de la relation homme-femme. Fini l'équation l'homme-sujet et la femme-objet. La femme est devenue protagoniste, et l'homme jouit de la satisfaction masculine d'être objet de désir. Dans le monde des marques, même phénomène. Auparavant, les produits n'avaient que des propriétés pratiques ; désormais, ils véhiculent des histoires et des sentiments. «Dessiné pour les sens», dit le slogan de Nokia pour son portable 8800, car les objets naissent aujourd'hui avec la mission de nous séduire, de nous occuper et nous accompagner. Les produits ont aujourd'hui de l'éloquence, ce sont des personnalités. La mascotte est le prototype du «sobjet», le chien de compagnie étant à la fois sujet et objet. De la même façon, les relations humaines relèvent de cette notion mixte. L'autre est à la fois protagoniste et instrument. C'est une sorte d'humanisme utilitariste et affectif. L'autre n'est ni transcendantal ni esclave, il est un mélange des deux."


En Espagnol, on parle de Sobjecto qui est d'ailleurs un personnage de théâtre dans "Mujerfranquicia", une pièce expérimentale de Raquel Tomàs (2006) :

"Quatre personnages cherchent à tirer un rendement optimal d’eux-mêmes et de tout ce qui les entoure. La Mujerfranquicia (La Femmefranchise) ne sait pas qui elle est, mais tout le monde veut lui ressembler. L’Hombreaplazos (L’Hommeàéchéances) ne sait pas ce qu’il veut, mais investit toujours à terme. La NiñaOmega3 (La FilleOméga3) ne sait pas parler, mais elle n’arrête pas de poser des questions. El Sobjeto (Le Sobjet) ne sait pas ce qu’il vaut, mais il achète tout. Quatre velléités de super héros réunies dans le même chapitre d’une histoire éternelle."

Bernard Stiegler, Internet, télécratie, contributions, participativité et démocratie

Le philosophe Bernard Stiegler est de plus en plus présent dans l'émission "Ce soir ou jamais" de France 3. Le mardi 23 janvier, il s'est exprimé sur la puissance de l'Internet en particulier dans l'importance des contributeurs internautes dans le débat démocratique. Voici la transcription de ses propos sur les nouvelles technologies dans le cadre de cette émission :

"Je crois qu'Internet est un phénomène très très important qui ne fait que commencer et qu'il faut garder de juger ce qu'il se passe sur Internet avec le très peu de recul historique dont nous disposons. En revanche, je crois qu'il s’y passe des processus participatifs. Je n'oppose pas participation et représentation. La représentation est un processus de délégation. Si par exemple, on regarde ce qui se passe sur Wikipédia qui est quand même un phénomène très intéressant. C'est une encyclopédie que beaucoup regardent de très haut, universitaires ou professeurs, écrivains et intellectuels ou avec mépris. Beaucoup la regardent de haut, mais beaucoup la pratiquent aussi, l'utilisent. L'encyclopédie Wikipédia est un média extrêmement intéressant qui est en reconfiguration permanente et où chacun peut modifier un article qu'il est en train de lire, avec un contrôle bien entendu puisqu'il y a des responsables de rubriques. Et là, on voit comment quelque chose de très intéressant se produit, qui est arrivé aussi dans une association que je préside qui s'appelle Ars Industrialis, où les internautes veulent contribuer aux choses.


La différence entre le média Internet et les grands médias de masse que nous avons connus comme la radio et la télévision, c'est que dans ces médias de masse, il y a une opposition entre les producteurs d'un côté et les consommateurs de l'autre. Sur Internet, il n'y a pas de consommateurs. Il y a des participants, des contributeurs et c'est un processus d'un type tout à fait nouveau. Ce processus est extrêmement intéressant parce qu'il manifeste que les gens ont besoin d'exister, de pouvoir vivre collectivement, d'échanger et qu'il y a là une possibilité de développement tout à fait nouvelle.


Ici, il est très intéressant de faire un rapport entre ce qui se passe sur Internet par rapport à l'information et d'une façon plus générale, le fait que dans la société industrielle contemporaine, l'opposition entre production et consommation, pas simplement dans le domaine de l'internet, commence à devenir problématique.


Sur Internet, un phénomène s'est développé déjà depuis une quinzaine d'années : la production open source, en particulier le monde de ce qu'on appelle le logiciel libre. C'est un modèle industriel nouveau et un modèle économique nouveau. Un logiciel libre est développé par les utilisateurs du logiciel. Ses sources de développement sont ouvertes à tous. Tout le monde peut contribuer à l'évolution du logiciel et les gens en pratiquant le font évoluer et donc existent aussi à travers le développement de ce logiciel. (...)


Ceci, c'est un nouveau projet industriel, un nouveau projet politique, un nouveau projet économique, un projet technologique. Il faut développer les technologies pour cela (...) C'est un enjeu fondamental des décennies qui viennent. Il faut que la société se mobilise pour obliger les candidats à l'élection présidentielle à développer une politique dans ce domaine.


Il faut bien se rendre compte qu'il y a la convergence des technologies, donc convergence d'Internet (France Télévision a un site Internet ; toutes les chaînes de télévision ont un site Internet).


Sur Internet, on voit apparaître l'autoproduction vidéo. L'écrit a repris une seconde vie et c'est très bien aussi que les gens fassent des images et apprennent à manipuler les caméras. Tout ça est en train de se développer et produit la convergence du numérique, convergence entre les télécommunications, l'informatique et l'audiovisuel. C'est colossal, les transformations qui se produisent là, sans parler de ce qu'on appelle les microtechnologies et, derrière les nanotechnologies. Toutes ces technologies des objets communicants, ce sont d'énormes vagues de transformations qui sont en train de se produire. Il faut regarder cela de très très près et les pratiques des individus.


Il faut voir la vitesse à la quelle s'est socialisé internet. Il faut se souvenir qu'il y a 15 ans, Internet n'existait pas. Aujourd'hui, nous pratiquons pratiquement tous de près ou de loin. J'y passe 7, 8 heures par jour devant Internet. Je travaille avec et des centaines de milliers de gens travaillent avec Internet. C'est quelque chose qui va se développer encore beaucoup plus que tout ce que nous pouvons imaginer et il est fondamental de repenser la société industrielle par rapport à cela.


Je pense qu’Internet va transformer très profondément la vie politique. Je crois que ça va conduire à une participativité, à une implication, à une contribution des gens beaucoup plus grande dans la vie politique et c'est une très bonne nouvelle. Il s’est produit une coupure pendant les dernières décennies du fait des médias de masse qui ont produit des courts-circuits dans l'individuation collective, à travers le fait que la radio et la télévision, les médias se sont substitués aux appareils démocratiques (ce que j'appelle la télécratie). Internet permet d'imaginer une relance de la démocratie. Ce peut être aussi un outil de manipulation beaucoup plus fort aussi."

samedi 27 janvier 2007

Lawrence Lessig, L'avenir des idées, Le sort des biens communs à l'heure des réseaux numériques, téléchargeable gratuitement

L'essai de Lawrence Lessig "L'avenir des idées - Le sort des biens communs à l'heure des réseaux numériques" publié il y a quelques mois en français aux Presses Universitaires de Lyon est désormais téléchargeable gratuitement sur le site des PUL à cette adresse en .pdf (306 pages) ; une traduction de l'anglais par Jean-Baptiste Soufron et Alain Bony.


Ouvrage essentiel que le New York Times a qualifié ainsi : "un livre qui vous secoue et vous fait prendre conscience de ce que l'on perd lorsque les idées sont transformées en propriété intellectuelle", "L'avenir des idées" de Lawrence Lessig montre (avec de nombreux exemples) comment les excès de la réglementation et les dérives monoplistiques (notamment le droit d'auteur) dans l'univers de l'Internet ont pour conséquence directe de diminuer les capacités d'innovation et de créativité. L'analyse est abordée sous 3 angles : juridique, politique et philosophique.


Au coeur de ces questions, notre avenir à tous et des questions essentielles : pouvons-nous définir et préserver des biens communs informationnels ? Saurons-nous sauvegarder l'échange de connaissances en ligne ? Quelle place pour le partage de savoirs sur Internet ?


Ce cyberespace, véritable "cité numérique" est un espace de pouvoir, de créativité, d'échange où est établi un jeu d'acteurs industriels qui ont pour dénominateurs communs d'influer mondialement sur nos cultures et sur des projets politiques. A nous de comprendre et d'agir pour que l'innovation et l'expressivité soient aussi au coeur de nos préoccupations. C'est ce à quoi l'essai de Lawrence Lessig nous fait invariablement réfléchir :

"Les innovations que j'ai décrites découlent de l'environnement constitué par le Net. Cet environnement est une association équilibrée entre réglementation et liberté. Il est sensible aux modifications de cet équilibre. Si les contraintes sur la couche des contenus deviennent plus lourdes, l'innovation qui repose sur des contenus libres sera freinée. Si l'accès garanti par le bien commun de la couche du code est soumis à des conditions ou des limitations, alors l'innovation qui en dépend sera menacée. Cet environnement établit un équilibre entre ce qui est libre et ce qui est sous contrôle. Préserver cet environnement implique aussi de préserver cet équilibre."


Lawrence Lessig est Professeur de Droit à la Stanford Law School. Titre original de l'ouvrage : "L'avenir des idées - Le sort des biens communs à l'heure des réseaux numériques" : "The Future of ideas - The Fate Of The Commons In A Connected World".

Amazon est de moins en moins un cybermarchand et de plus en plus une plateforme technologique

Amazon est-il arrivé à maturité ? Est-il encore un cybermarchand ? Amazon est devenu avec le temps une plateforme technologique protéiforme diversifiée où les fonctionnalités sont organisées dans un écosystème de plus en plus porté vers des applications en ligne ouvertes (via les API) et en même temps très liées à Amazon.


Le cybermarchand teste constamment des nouveaux services en les mettant d'abord en ligne à destination de ses partenaires et des revendeurs. Aussi, la base de données des revendeurs Amazon constitue un point d'entrée unique pour analyser ce qui fonctionne, plaît, est utilisé ou non et permet à la société américaine d'avoir une force de frappe inégalée (à l'exception d'Ebay) sur Internet, d'autant plus impressionnante qu'elle est mondiale.


Le lancement d' "Amapedia, la Wikipedia d'Amazon" signalé notamment par le journaliste Francis Pisani, s'inscrit dans cette dynamique de lier le contenu, l'expertise du lecteur-fan-contributeur-consommateur-distributeur à l'univers Amazon. A suivre : Amapedia :

"Le contenu est pour le moment des plus limités : 800 articles créés en interne et 5 000 qui viennent d'essais antérieurs (ProductWiki). Les sections les plus populaires semblent être livres (science-fiction) et jeux de stratégie. Les geeks mènent l'offensive. Ça changera."


Le Journal du Net analyse historiquement et avec une analyse chiffrée ce que devient Amazon via un dossier actualisé : "Amazon est-il encore un cybermarchand ?" :

"En fait, cela fait des années que Jeff Bezos annonce où il veut en venir. "Les services pourraient devenir notre activité première". Technologie et services : c'est ainsi que sont nés en 2002 les web services d'Amazon, des applications Web pouvant interagir dynamiquement avec d'autres programmes, et sur lesquelles les développeurs peuvent s'appuyer pour bâtir de nouvelles applications adaptées à leur activité. A l'heure actuelle, plus de 180.000 développeurs conçoivent des solutions et des sites à partir des web services d'Amazon.

Cela fait longtemps qu'Amazon n'est plus un simple magasin de produits culturels en ligne. Amazon est devenu une plate-forme technologique, et c'est cette compétence que l'entreprise cherche à monétiser, en prenant en charge les opérations en ligne d'autres distributeurs, comme Target, en louant une partie de ses serveurs et de ses capacités informatiques, en ouvrant la porte de ses programmes aux développeurs, etc. La société fait la même chose offline, en proposant aux sites marchands de sous-traiter leur logistique ou en mettant à disposition une partie de ses 20 centres logistiques, qu'elle a patiemment construit pour environ 300 millions de dollars."

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