Jean-Luc Raymond

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lundi 19 octobre 2009

5 tendances Twitter du moment : hashtag bombing, mesurer une opinion, avatar comme soutien à une cause, la mosaïque de followers


Les pratiques de Twitter sont mouvantes. Certaines se développent de façon éphémères, d'autres gagnent en intensité. Voici une revue sommaire de quelques tendances émergentes qui cherchent à s'imposer dans l'écosystème Twitter.

Hashtag bombing

Trop peu souligné, Twitter s'affirme également comme un "média" d'opinion. Si les hashtags permettent de tweeter en direct en commun lors d'évènements (conférences, émissions télévisées...), de marquer un témoignage qui compte lors d'une information à grande résonnance (actualité), le Hashtag bombing permet de générer un flux de messages d'opinion à partir d'un fait ou d'une situation donnée. C'est le cas depuis le vendredi 9 octobre avec l'impressionnant flot de tweets en français portant le hashtag ("#") #jeansarkozypartout (voir les tweets publiés mentionnant ce hashtag via le moteur de recherche de Twitter, TwitterSearch) mêlant un Google bombing à la sauce Twitter (Twitter bombing ?) partageant des tweets qui font part d'humour, d'analyses personnelles et d'une créativité débordante. L'initiative de ce hashtag est née du journaliste Florent Latrive et l'effet boule de neige est vraiment conséquent.

Mesurer l'opinion sur Twitter

TwtPoll
est un outil de sondage bien connu utilisant Twitter. A chacun de créer son sondage, diffusé ensuite à ses followers ; une application en ligne pratique et simple à utiliser. D'autres outils de l'écosystème Twitter se sont spécialisés dans la mesure d'opinion d'un nombre important de tweets publics en essayant de dégager des tendances. Ce communiqué de Presse laisse par exemple entrevoir que, sur un panel de 25 000 tweets, l'obtention du Prix Nobel de la Paix par Barack Obama est perçue positivement. Le traitement des données a été effectué à partir d'une solution professionnelle payante baptisée Attensity Cloud. Mesurer l'opinion publique est sans doute l'un des usages professionnels en devenir les plus prometteurs lié à Twitter.

L'avatar Twitter comme soutien à une cause

La dernière élection présidentielle aux Etats-Unis, les manifestations à Téhéran (Iran), le refus d'utiliser tel ou tel navigateur Internet... Ont ceci en commun qu'ils donnent lieu à une pratique Twitter qui consiste à transformer son avatar pour mettre en avant son adhésion à un mouvement d'opinion. Aujourd'hui, avec un outil tel que Twcauses, il est possible de monter des campagnes de marketing spécialisées cherchant à générer l'adoption à une cause de charité ou humanitaire et aussi à favoriser des donations sonnantes et trébuchantes pour des associations, organisations non gouvernementales... Un exemple de l'utilisation de TwCauses : la campagne de la Fondation One Drop ("Ajoutez une goutte à votre avatar Twitter") qui dédie une page complète à ce moyen de mise en avant par le Twitterer de son "oui" pour promouvoir une initiative de cette Fondation avec un avatar identifiant la cause.

Twitter cherche à réintégrer des fonctionnalités de pratiques popularisées

L'application en ligne Twitter est relativement sommaire dans ses fonctionnalités. Jusqu'à maintenant, Twitter a laissé l'écosystème des applications tierces fournir des fonctionnalités annexes. Le changement de cap est évident avec la nouvelle fonctionnalité de listes préselectionnées d'utilisateurs s'affichant sur son compte (actuellement en bêta) et la fonctionnalité ReTweet en développement qui permettra de faire apparaître aussi bien une liste non exhaustive des twitterers ayant retweeté une URL que d'identifier le twitterer ayant posté pour la première fois l'article sur Twitter. Ne pas laisser filer des fonctionnalités clés de Twitter en dehors de son propre giron, est-ce une nouvelle stratégie imposée par la réalité économique et les investisseurs de Twitter ?


Afficher ses "followers" en arrière-plan

Parmi les applications tierces liées à Twitter les plus en vogue actuellement, soulignons un fort engouement pour Twilk, un outil qui, après identification, vous propose d'afficher en arrière-plan une mosaïque de l'ensemble des avatars de vos "followers". Twilk est une caisse de résonnance de son identité Twitter ; il montre aussi le mille-feuilles relationnel qui s'établit sur la plateforme et entre les interlocuteurs ; ce puzzle de petits carrés forme un cliché instantané d'un faisceau tissé de connaissances ou de reconnaissance. Twilk n'hésite d'ailleurs pas à parler de "friends" et non de "followers" ; un simple glissement sémantique ?

mercredi 15 avril 2009

Robert Redeker, Conduire l'information

Dans la nouvelle édition de Médias (numéro 30 – Printemps 2009), le philosophe Robert Redeker s’interroge sur le statut de l’information, de sa distribution à sa rediffusion, à l’heure du Web, dans une tribune intitulée : Le journalisme au défi d’Internet. Robert Redeker présente la métaphore de l’électricité :

"Dans cette nouvelle forme de société, les informations ne se consomment pas (d’où la double crise du modèle télévisuel charpenté autour de la grand-messe du journal de 20 heures, et de la presse quotidienne version papier) : elles traversent, elles parcourent ; chacun est appelé à les faire circuler, les faire rebondir, les renvoyer (les « forwarder »). Les blogs et les sites participatifs s’inscrivent dans cette nouvelle approche de l’information. Plutôt que produit de consommation, l’information est, désormais, une sorte de courant électrique, électronique, ou de fluide, qui traverse chacun : nous sommes tous des conducteurs d’informations.

Rien n’est plus assuré : le consommateur d’informations tel qu’on a pu le connaître depuis une quarantaine d’années est destiné à sombrer dans la caducité pour la bonne raison que nous entrons, avec Internet, dans un régime inédit de l’information, le conducteur ayant pris la place du consommateur.

Nous ne consommons plus les informations, nous les conduisons à l’instar de ces corps dont on dit qu’ils sont « conducteurs » de courant électrique. Ou bien, pour reprendre la métaphore spirite, parfaitement descriptive ici : le médium, chacun d’entre nous, conduit et reconduit le fluide qui le traverse, l’information. C’est la circulation à la plus grande vitesse possible, celle qui frôle la vitesse infinie, qui constitue l’impératif catégorique de la société de l’information, pas la consommation."

mardi 14 avril 2009

Une actualité en évaporation


Comment se distinguer, se différencier dans les médias, sur Internet et en dehors d’Internet. L’excellent magazine trimestriel XXI (Vingt et un) se pose la question dans l’éditorial de son nouveau numéro (numéro 6, Printemps 2009). Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry pensent que l’ « actualité profonde » et « la force des choses vues », le pouvoir du « raconter » et les reportages, les « histoires » sont une des façons efficaces de mettre en forme une information qui ne s’évapore pas. Leur analyse de l’information liquide est particulièrement intéressante :

"Les « événements » sont désormais traités en temps réel, rien qu’en France, par six radios, trois chaînes de télévision d’information continue, une vingtaine de sites Internet liés aux quotidiens ou aux hebdomadaires, cinq rédactions exclusivement Web qui sont nées depuis deux ans, et une kyrielle de blogs en tout genre. Ces médias s’interpénètrent de plus en plus. Le dernier site à la mode, Twitter, invite ses adeptes à envoyer de très courts messages sur tout ce qu’ils voient, pensent et dénichent. L’internaute devient ainsi une agence de Presse ou un moteur de recherche ambulant pour les autres.

Il faut pourtant se méfier des illusions d’optique. Les études montrent que 70% des informations qui circulent dans ces gigantesques accélérateurs de particules sont… les mêmes dépêches, indéfiniment dupliquées. À chaque jour son « buzz », sa rumeur qui enfle, sa polémique, sa révélation sur laquelle nous sommes aussitôt sommés d’avoir un point de vue. À peine avons-nous forgé une opinion que l’information est aussitôt remplacée par une autre, toute aussi capitale que la précédente et ainsi de suite.

Cette circulation circulaire de l’information finit par créer une représentation du monde virtuelle, chaotique et inintelligible, qui n’a plus de liens avec ce que chacun d’entre nous peut vivre, ressentir et voir."