Jean-Luc Raymond

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Tag - inegalite

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mercredi 6 septembre 2006

Fracture numérique, Inégalités d'accès et d'appropriation à Internet pour les enfants américains de 3 à 12 ans

La nouvelle étude américaine du National Center for Education Statistics "Computer and Internet Use by students in 2003" (72 pages, téléchargeable ici en .pdf) offre un panorama statistique de l'utilisation des technologies de l'information et de la communication par les élèves américains (niveau inférieur au grade 12, à partir de 3 ans jusqu'à 12 ans). On y apprend que plus de 66 % des écoliers utilisent un ordinateur et 25 % se connectent à Internet.


La banalisation de l'usage des TIC est soulignée par ce rapport qui indique toutefois des disparités importantes et la persistance d'un fossé numérique très ancré dans le monde scolaire. Ainsi, les écoliers du privé utilisent plus l'ordinateur à la maison que les moyens informatiques disponibles à l'école, ce qui est le contraire pour les enfants défavorisés. L'accès public à l'internet collectif se révèle donc indispensable pour rendre moins inégalitaire l'appropriation à l'internet.


La Presse américaine (via une dépêche de l'agence Associated Press) relève en outre dans cette étude des critères communautaires discriminatoires d'usage de l'Internet aux États-Unis. Si les populations "blanches" d'élèves sont 67 % à utiliser Internet, les hispaniques ne sont que 44 % et les populations noires 47 %. Cela pose un problème évident pour l'employabilité future de personnes issues des minorités.


Le rapport met clairement en évidence qu'un accès limité à Internet en temps réfrène l'autonomie de l'élève à acquérir des compétences numériques et informationnelles et notamment la capacité à rechercher sur Internet. L'étude indique aussi que le revenu du foyer, l'éducation des parents et la présence de 2 parents (couples) influe sur la présence d'un ordinateur au moins au sein de la sphère familiale et favorise une meilleure appropriation de l'utilisation de l'Internet. Aux États-Unis, chez les enfants, on n'observe plus de différences dans des obstacles à l'utilisation de l'ordinateur pour les filles.


De même, les écoles publiques combinent une utilisation hors ligne et en ligne de l'ordinateur ce qui est beaucoup moins fréquent dans les écoles privées favorisant l'utilisation prépondérante de l'internet. Enfin, l'internet à usage scolaire est seulement l'une des composantes de l'utilisation de l'ordinateur pour les enfants, tout comme le courrier électronique, la messagerie instantanée et les jeux vidéo.


Source :

Chapman, Chris & DeBell Matthew (September 2006). Computer and Internet Use by Students in 2003 - Statistical Analysis Report (En ligne), Institute of Education Sciences, National Center for Education Statistics, U.S. Department of Education, Washington D.C., Report, 72 p. (Page consultée le 6 septembre 2006)

vendredi 1 septembre 2006

Initiatives de solidarité numérique 2005-2006 de IRDC Canada : en Asie, au Pakistan et en Inde

IRDC (ou en français CRDI - Centre de Recherches pour le Développement International) vient de publier son rapport annuel d'activités (86 pages en .pdf. à télécharger à cette adresse). Parmi les initiatives relatives aux Technologies de l'Information et de la Communication, IRDC soutient des projets de développement dont :

- "L'informatisation de langues locales" (initiative décrite à la page 37) dirigé par le National University of Computer and Emerging Sciences du Pakistan qui a permis de créer et de former dans 7 pays des équipes regroupant des chercheurs, praticiens, linguistes... pour mettre au point des outils comme des jeux et polices de caractères, vérificateurs d'orthographe, correcteurs grammaticaux et systèmes de reconnaissance de la parole en 9 langues dont chacune présente des difficultés particulières. Le logiciel Nepalinux 1.0 lancé en décembre 2005, comprend un correcteur orthographique d'environ 22 000 mots népalais d'usage courant,

- "JuriBurkina, accès direct et gratuit à l'information juridique" (initiative décrite à la page 44) : fournir un accès intégral à l'information juridique publique, dont la loi et la jurisprudence, aux juristes et aux citoyens du Burkina Faso via un logiciel d'exploitation libre mis au point par LexUM, le Laboratoire d'informatique juridique de l'Université de Montréal. JuriBukina est en ligne et peut être consulté par tout internaute,

- "L'impact des TIC sur l'allègement de la pauvreté dans la région rurale de Pondichéry en Inde" (initiative décrite page 53) : Donner accès à de l'information fondamentale sur l'économie et l'environnement à 12 000 personnes de 7 villages via des Espaces Publics Numériques appelés "centres de savoirs communautaires". Ce projet est coordonné sur place par la MS Swaminath Research Foundation.


A souligner que IRDC a la particularité de disposer d'un financement conséquent de Microsoft Corporation (lire à ce sujet ce communiqué de Presse, le descriptif du partenariat Unlimited Potential ou encore ce communiqué) pour développer les activités de Telecentre.org, une plateforme d'échanges, de mise en réseau et développement des télécentres prioritairement dans les pays en voie de développement et plus largement à travers le monde.


Source :

Collectif (31 août 2006). Rapport annuel du CRDI 2005-2006 (En ligne), Centre de Recherches pour le Développement International, Ottawa, 86 p. (Page consultée le 31 août 2006)

mercredi 9 août 2006

Utilisation d’internet par les personnes à la rue, sans domicile fixe

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Dans un remarquable article pour le quotidien Le Monde (mercredi 9 août 2006) : “Arthur, Le campeur du pont Marie”, le journaliste Yves Eudes conte le parcours et la vie de Arthur (”électricien à Varsovie, venu tenter sa chance en France ; il y a vécu quelques belles années avant de se retrouver à la rue”… à Paris).

Dans l’histoire d’Arthur en France, l’accès à l’Internet a joué un double rôle ; celui d’une arnaque tout d’abord :

“Fin 2003, Arthur, qui surfe souvent sur Internet, reçoit par e-mail une proposition commerciale : un promoteur cherche des sous-traitants pour construire tout un lotissement de pavillons. Pour entrer dans l’affaire, il suffit d’investir 1 000 euros. Aussitôt, il envoie un chèque et souscrit un prêt bancaire de 35 000 euros pour acheter du matériel. Puis il attend, mais rien ne vient. Quand il va se renseigner à l’adresse indiquée sur Internet, il découvre que le promoteur n’existe pas : “Une arnaque toute simple, comment ai-je pu être aussi naïf, aussi con ? J’avais confiance en la France.”"


Vivant dans la rue, sous le pont Marie, à Paris, en plein hiver, l’accès public à l’Internet, lui a sauvé la vie, en quelque sorte :

“Après avoir passé un hiver épouvantable, recroquevillés à quatre sur un seul matelas, ils réussissent à obtenir des tentes : “Quand on a entendu dire que Médecins du monde distribuait des tentes, je suis allé à la bibliothèque de Beaubourg pour leur envoyer un e-mail, et ensuite on est allé les voir. Ils nous ont fait attendre deux mois, mais une nuit, ils ont débarqué avec les tentes. Notre vie a changé d’un seul coup : maintenant on a un chez-nous, comme un petit village. On est protégé, on a un peu d’intimité, on se repose mieux. C’est aussi un endroit pour laisser nos affaires, c’est essentiel.” Depuis, ils vivent dans la hantise d’être expulsés : “On organise des tours de garde. L’un de nous doit toujours rester près des tentes pour les surveiller, pour empêcher les services municipaux ou la police de profiter de notre absence pour tout jeter à la Seine.”


L’Internet n’est pas salvateur mais le besoin d’informations utiles est souligné par les pratiques de certains usagers à la rue fréquentant des espaces multimédias gratuits à Paris. Encore faut-il être capable de localiser les infos nécessaires à leurs besoins et à leurs envies et à accompagner ces personnes dans un parcours d’apprentissage des technologies. Aussi, il ne faut pas choisir les champs d’utilisation de l’ordinateur et de l’Internet à la place de ces publics.


En parallèle, aux États-Unis, le célèbre blogueur sans domicile fixe (”homeless”) Kevin Barbieux qui s’est lui-même surnommé “The Homeless Guy” (consulter son blog) vient de créer une page de vente sur eBay sur un mode décalé : il souhaite mettre en vente des objets ayant trait à son statut de SDF et débute par la mise aux enchères de sa carte lui ayant permis de se nourrir à Las Vegas.


En juillet dernier, Kevin Barbieux a créé un second blog Cheap Advice où il répond à des questions moyennant de toutes petites sommes versées sur un compte PayPal concernant la vie dans la rue ou les services sociaux. Kevin Barbieux, “l’expert”, cherche à partager son savoir et ses connaissances des services d’aides avec les internautes ; une idée judicieuse.

Source :

Eudes, Yves (9 août 2006). “Arthur, Le campeur du pont Marie” [En ligne], Le Monde, Paris, p.10 (Page consultée le 9 août 2006)

mercredi 2 août 2006

Robert Castel : La remontée de l’insécurité sociale, c’est aussi le retour de la vie “au jour le jour”

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Robert Castel, sociologue, directeur d’études à l’EHESS et membre du Centre d’étude des mouvements sociaux (voir le site), consacre depuis plusieurs années, ses travaux à la pauvreté et aux précarités. Dans le dossier “La Société précaire” du numéro de février 2006 du magazine Sciences Humaines, il porte son regard sur la protection sociale ; extrait de cet entretien dont les propos ont été recueillis par Xavier Molénat :

“Que pensez-vous de la transformation de la relation des services sociaux aux personnes aidées, avec l’introduction de notions telles que “contrat” ou “projet” ?

Je crois qu’on est dans une certaine ambiguïté. Cela peut avoir un aspect positif mais c’est aussi extrêmement dangereux parce que c’est demander beaucoup à ceux qui ont peu. Faire un projet n’est pas quelque chose que l’on demande tous les jours à quelqu’un qui est installé dans la vie. L’exiger de celui qui, comme le RMIste, a peu de ressources et des difficultés de tous ordres - c’est pour ça qu’il est au RMI! -, c’est prendre le risque que cela se retourne en culpabilité. Ou d’enfermer dans ce que François Dubet appelle la “norme d’internalité”, c’est-à-dire de réduire le travail social à une sorte de dialogue d’accompagnement des gens en difficulté. Alors que si ces gens sont en difficulté, c’est avant tout parce qu’ils manquent de ressources et de droits.

D’autant que la précarité est aussi un rapport au temps. Car pour maîtriser l’avenir, il faut une certaine stabilité du présent. Les droits constitutifs de la propriété sociale permettent de planifier sa vie. Si on en est privé, on est obsédé par le présent sans savoir de quoi demain sera fait. La remontée de l’insécurité sociale, c’est aussi le retour de la vie “au jour le jour”, qui était la condition générale de la plus grande partie du peuple au XIXe siècle, et donc à nouveau le risque de ne pas avoir les éléments de maîtrise de son destin social.

Beaucoup de difficultés actuelles peuvent ainsi se lire en terme de transformation du rapport au temps. La conception que nous pouvions avoir de l’avenir, il y a trente ans, avec la croyance assez générale que demain serait meilleur qu’aujourd’hui, permettait de se projeter. Le salarié pouvait par exemple accéder à la propriété, faire ses emprunts sur dix ans parce qu’il avait la quasi-certitude que dix ans plus tard il travaillerait encore et que son salaire aurait augmenté… Il pouvait maîtriser son avenir.

Comment le salarié qui, aujourd’hui, prend son contrat nouvelle embauche (CNE) et peut être licencié du jour au lendemain, peut-il penser sa vie dans trois ans, voire dans six mois ou dans quinze jours ? C’est aussi cela la précarité.”


Source :

Molénat, Xavier (février 2006). “Robert Castel, sociologue : Repenser la protection sociale”, Sciences Humaines, n°168, p.43

samedi 29 juillet 2006

Marc Hatzfeld : “les dézingués, parcours de SDF”

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Dans son essai “Les dézingués, Parcours de SDF”, le sociologue Marc Hatzfeld propose via une enquête de terrain parmi des SDF à Paris, une lecture anthropologique et politique de nouvelles formes de précarité (lire cette critique du livre). Marc Hatzfeld porte aussi sa réflexion sur la place sociale des SDF dans la cité et leur appropriation de l’espace urbain ; extraits :

“Au-delà des faits d’existence, nous savons surtout que la présence à nos côtés, dans les rues de nos villes, d’hommes et de femmes déroutées, condamnés à une errance sans déplacement, voués à un voyage immobile sinon sordide, leur donne une dimension dont le seul regard suffit à dire l’épaisseur tragique. C’est enfin cette épaisseur tragique qu’au bout de notre parcours nous découvrons dans cette frange de l’humanité que sont les humains sans habitat, ces anges aux ailes brûlées d’avoir volés si près de l’enfer. Ils nous racontent notre propre ennui dans la Merdecluse, notre attente indéfinie de la mort annoncée, notre sidération devant un monde absurde ou déplacé, notre amitié indéfectible et sans raison pour notre voisin accidentel et compagnon de route.

Lorsque nous tendons l’oreille au silence de l’inaction, nous pouvons entendre le murmure d’une folie qui raconte la part tragique de l’existence. Dans le monde plutôt satisfait de lui qu’est le monde occidental en ce début de siècle, satisfait de ses découvertes technologiques, de sa puissance marchande, de la paix intérieure encore miraculeusement protégée et d’une fabuleuse richesse accumulée. Dans un monde formaté et régulé par la peur et l’ennui qui va parfois jusqu’à souhaiter le rejet des étrangers, faire la guerre à tout hasard et refuser le partage, ils rappellent par leur présence, à qui veut le voir et le lire, que la vie comporte une part de tragique que rien ni personne ne peut évacuer. Ils sont la part de tragédie que notre société ne peut ni ne veut oublier. (…)

Nous avons campé le SDF dans le personnage d’un voyageur qui a tout fait pour rompre les amarres et qui dérive en eaux interdites. Renonçant au temps, aux projets, aux actes et aux fruits de l’action, perdu pour la production, les appartenances et les apparences sociales, il se cogne aux angles vifs d’une organisation sociale qui ne le reconnaît pas ; il se déroute et se perd. Peut-être n’a-t-il jamais eu l’intention explicite de cette déroute, sans doute ne rêve-t-il que d’un édredon profond et d’une maison chaude. Mais il est naufragé de cette équipée, il s’est échoué sur le trottoir, il est au bout d’un voyage qu’il a à peine commencé : privé de voyage, il reste un voyageur.

La question posée par la relation que la société industrielle contemporaine négocie avec lui est double. Pourquoi entretient-elle tant de SDF en son sein ? Et pourquoi les traite-t-elle si cruellement ? Il est vraisemblable qu’une seule réponse puisse satisfaire ces deux questions.”


Source :

Hatzfeld, Marc (mars 2006). Les dézingués, parcours de SDF, Editions Autrement, Collection Passions Complices, Paris, pp. 135-138

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