Jean-Luc Raymond

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Tag - inegalite

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mardi 7 novembre 2006

Nettoyeur de réputation (tendance 002)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot ou expression à suivre...

Il y avait la gestion de la réputation puis se trouve au coeur des préoccupations actuelles : la réputation numérique, une question au centre de l'identité numérique. Bertrand Duperrin explique un nouveau métier et un nouveau service : Nettoyeur de réputation :

"Un pas de plus vient d'être franchi aux USA avec ReputationDefender. Un discours bien huilé qui peut faire froid dans le dos vous fait comprendre que quelle que soit votre situation, il ne doit rien rester de compromettant pour vous sur le web. Alors, on vous propose de tout effacer. Auraient-ils une technologie spéciale? Non, juste une armée d'avocats prêts à bondir sur le moindre webmaster pour qu'il fasse le ménage dans ce qu'il a pu publier sur vous."

Via Arkandis.

mardi 31 octobre 2006

Pratiques culturelles et numériques inégalitaires en France, Olivier Donnat

Dans le remarquable ouvrage coordonné par Louis Maurin et Patrick Savidan : "L'Etat des inégalités en France" (Editions Belin, 2006), Olivier Donnat (sociologue, auteur de plusieurs études du Ministère de la Culture et de la Communication), s'interroge sur les pratiques et consommations culturelles sous l'angle de la trajectoire sociale des individus. Il en dresse un constat via l'article "Culture : diversification et logique du cumul" éclairant sur les écarts toujours importants entre milieux sociaux, les classes d'âge ; renforçant les pratiques culturelles pour les personnes déjà sensibilisés à la participation à la vie culturelle (fait lié au niveau de diplôme et de revenus et à une familiarité précoce avec l'Art sans oublier une proximité de l'offre culturelle) :

"Les résultats des enquêtes montrent que les catégories de population les moins favorisées continuent à très peu fréquenter les équipements culturels et que le "désir" de culture demeure étroitement corrélé au capital culturel : la confrontation directe et régulière avec les oeuvres demeure l'apanage d'une minorité de Français et les réticences à l'égard de la création contemporaine demeurent fortes. En un mot, il n'y a pas eu de réel élargissement des publics au-delà des classes moyennes, pas de "rattrapage" des milieux sociaux les moins bien dotés au plan socio-économique".



Les technologies sont inégalitaires en terme d'accès et d'utilisation. Les inégalités de revenu et de diplômes demeurent fortes et prégnantes dans les usages liés aux logiciels courants dits "grand public" (bureautique) et d'accès à Internet. En parallèle, la culture se consomme plus qu'elle ne se pratique ; elle est appropriation de biens dans le mode de "posséder le bien culturel" et de le redistribuer :

"À l'heure du numérique, la participation à la vie culturelle ne peut plus se mesurer à la seule aune de la fréquentation des équipements. En effet, le développement des médias domestiques combiné à la diversification des programmes a permis de "transporter" l'art et la culture dans les foyers et favorisé l'émergence de nouveaux modes de consommation et d'appropriation des oeuvres. Il en a résulté de profondes transformations des rapports à la musique, aux films et plus récemment aux textes, sans toutefois que la loi du cumul qui est souvent dominante dans le domaine culturel - la culture va à la culture, comme l'argent va à l'argent - ne soit remise en question : de même que les amateurs d'Arte ou des émissions culturelles sont souvent des habitués des théâtres et des musées, ceux qui louent ou achètent des DVD vont plus souvent au cinéma que la moyenne et ceux qui téléchargent de la musique fréquentent plus les concerts que ceux qui ne le font pas. La diversité des modes d'accès à la culture a certes permis une augmentation des consommations culturelles, mais elle a jusqu'à présent surtout permis aux personnes ayant un intérêt pour l'art et la culture d'enrichir la palette de leurs comportements et de leurs goûts."



Source :

Donnat, Olivier (septembre 2006). "Culture : diversification et logique du cumul", in L'État des Inégalités en France 2007, Observatoire des inégalités, Belin, Paris, pp.169-173

vendredi 20 octobre 2006

Philippe Quéau, l'enjeu de l'éducation dans les sociétés du savoir

Philippe Quéau (UNESCO) publie un brillant article sur son blog Metaxu à propos de la marchandisation des savoirs à l'époque actuelle mondialisée et de l'enjeu majeur que constitue l'éducation : De la réforme de l'éducation dans les sociétés du savoir. Il propose une augmentation des compétences en sus de l'acquisition de savoirs faire et la nécessité du travail coopératif ; extrait :

"Au moment où certains fossés s'élargissent et s'approfondissent, il faut y insister, la capacité à travailler en groupe, en réseaux, en partenariat devient primordiale. D'où l'importance de créer un environnement d'apprentissage global, ouvert, au service de tous, en tous lieux, à tous moments et dans tous les domaines du savoir. Les réseaux d'écoles, de bibliothèques, de musées, les laboratoires virtuels, constitueront de plus en plus une nécessaire infrastructure coopérative à large échelle. Car le savoir augmente en se partageant. À ce titre il est l'exemple archétypal du bien public.

Si l'éducation comme l'accès à l'information et au savoir sont, par excellence, des "biens publics mondiaux", il faut noter que les tendances à la marchandisation du savoir et de l'éducation risquent d'aggraver les fossés économiques, culturels, sociaux entre ceux qui sont déjà largement bénéficiaires de la révolution de l'information et ceux qui en subissent les effets pervers."


Source :

Quéau, Philippe (19 octobre 2006). "De la réforme de l'éducation dans les sociétés du savoir" (En ligne), Metaxu, Rabat (Page consultée le 20 octobre 2006).

mercredi 18 octobre 2006

Feirouz Boudokhane, Comprendre le non-usage technique, réflexions théoriques, usages et non-usages des Technologies de l'Information et de la Communication

Feirouz Boudokhane est doctorante en Sciences de l'information et de la communication au sein du GREM (Groupe de Recherche et d'Étude sur les Médias) à l'Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3 et prépare actuellement une thèse intitulée "L'Internet refusé : étude sur le non-usage du réseau" sous la direction d'André Vitalis.


Dans un article scientifique (working paper) paru le 16 octobre 2006 : "Comprendre le non-usage technique : réflexions théoriques", Feirouz Boudokhane essaye d'identifier certains éléments explicatifs du non-usage technique des Technologies de l'Information et de la Communication pour sortir du cadre habituel usages/usagers. L'acte de non-usage peut-il être expliqué ? Feirouz Boudokhane présente un état de l'art théorique des recherches sur cette thématique. L'approche est donc multiple : elle va des facteurs explicatifs du non-usage liés aux caractéristiques de la technique (l'inconvénient perçu ; l'incompatibilité perçue ; les risques perçus ; les "faibles" possibilités d'essai et de transfert) aux caractéristiques de l'individu permettant de déterminer le non-usage (l'impact du sentiment d'auto-efficacité sur le non-usage ; autres caractéristiques).


En conclusion, Feirouz Boudokhane fait allusion à Michel de Certeau (le "braconnage", lire à ce propos "Michel de Certeau et la mystique du quotidien" par Pierre Macherey) :

"Dans l'univers des TIC, il n'y a pas que des "braconnages" et des détournements des modes d'emploi, mais il y a aussi des formes de non-usage voir des résistances à ces technologies. Il semble donc nécessaire de comprendre les raisons de ces phénomènes."


Source :

Boudokhane, Feirouz (16 octobre 2006). "Comprendre le non-usage technique : réflexions théoriques" (En ligne), Les Enjeux de l'information et de la communication, Université Stendhal Grenoble 3, 1 p. (Page consultée le 18 octobre 2006). Info via Olivier Trédan.

mardi 17 octobre 2006

Pauvreté en France

Aujourd'hui, 17 octobre, la 19e Journée Mondiale du Refus de la Misère, un événement récurrent chaque année organisé chaque année par un groupement d'associations parmi lesquelles ATD Quart Monde et le Secours Catholique. Parmi les manifestations de ce rendez-vous 2006, un appel afin que "l'accès aux droits fondamentaux devienne la priorité des politiques publiques, et que l'État n'abandonne pas sa responsabilité de garant du droit".


Dans son hors-série "Les Chiffres de l'économie 2007" qui vient de paraître, Alternatives économique dresse un panorama statistique éloquent de la pauvreté, complexe, car aux populations marginalisées, s'ajoutent les travailleurs pauvres : "6 % de personnes pauvres en 2003, contre 12 % en 1970. La tendance est nette : la pauvreté a été sérieusement réduite dans notre pays, mais elle ne diminue quasiment plus depuis 1990, alimentée par un niveau de chômage qui se maintient à un niveau élevé." De nos jours, la pauvreté a plusieurs visages : plus d'un million de salariés perçoivent des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Fin 2005, on comptait 1,3 million de bénéficiaires du Revenu Minimun d'Insertion (R.M.I.); soit deux fois plus qu'en décembre 1992. En France, 6 millions de personnes vivent des allocations de minima sociaux plus de 10 % de la population.


Ce jour, les articles sur la pauvreté pleuvent dans les médias qui donnent écho à cette journée et à des conditions de vie précaires (logement, travail, santé, moyens de subsistance, de se cultiver...). Petite revue de Presse sur le sujet :


"La misère, au bas de notre porte" (France 3 Ouest) :

"L'eau courante est arrivée il y a huit jours, alors qu'ils sont installés là depuis plus de trois mois. Pas d'électricité, des bougies éclairent la nuit. Pas de gaz, si ce n'est une poignée de bouteilles pour la cuisine. Pas de chauffage sinon des braseros quand arrivent les premiers froids."

"Exclus, l'inaccessible santé" (Libération) :

""En 2005, 22 % des personnes rencontrées dans nos centres de soins ne pouvaient bénéficier d'aucune couverture maladie." Ce taux a doublé depuis quatre ans. "Quant à ceux qui pourraient relever d'une couverture maladie, 82 % n'avaient pas encore pu obtenir son ouverture lorsqu'ils sont venus à Médecins du monde [MDM]." En d'autres termes, les précaires en situation régulière ou non ­sont de plus en plus exclus des soins. Et, au final, de plus en plus malades, souffrant de pathologies lourdes et chroniques."

"Dire non à la misère" (France 3 Alsace) :

"On estime qu'en France, 4 à 7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, c'est à dire avec moins de 650 € par mois. Selon le Président d'Emmaüs France, Martin Hirsch, il y a de plus en plus de travailleurs pauvres, et de jeunes laissés-pour-compte."

"La Fondation Abbé Pierre s'inquiète" (Le Nouvel Observateur) :

"La Fondation Abbé Pierre dénonce la difficulté croissante pour les plus modestes de payer leur logement. Qu'on soit un étudiant logé dans le privé, ou un ménage à revenu modeste vivant en habitation à loyer modéré (HLM), il est de plus en plus difficile de faire face aux dépenses du logement chaque mois."

"34 % des généralistes refusent des patients relevant de l'aide médicale d'État, selon Médecins du monde" (Le Monde) :

"Près de quatre médecins sur dix refusent les soins aux bénéficiaires de l'aide médicale d'Etat (AME) ou tentent de les dissuader de venir les consulter, et près d'un médecin sur dix refuse ces soins aux patients relevant de la couverture maladie universelle (CMU), affirme Médecins du monde après un "testing" auprès de médecins généralistes. Il s'agit de la quatrième enquête depuis 2002 sur ce sujet "tabou" du refus de soins, rappelle Médecins du monde, et de la plus large par le nombre de médecins testés (725) et de régions concernées (10 villes)."

"Interview de Jacques Cotta, auteur du livre : 7 millions de travailleurs pauvres" (ActuChomage) :

"La pauvreté concentrée créé en général des tensions importantes que j'ai pu vérifier au cours de mon enquête, notamment dans les foyers la nuit, mais aussi sur les marchés lorsque les "glaneurs" convoitent parfois les mêmes prises : ici un cageot de salades défraîchies, là quelques fruits abandonnés par leur vendeur... Cette tension est bien compréhensible et d'autant plus exacerbée que s'opposent des travailleurs pauvres encore impliqués dans des relations sociales et liées à la notion de travail à des pauvres en perdition totale, plus clochardisés et souvent alcoolisés. Mais lorsque des travailleurs pauvres sont confrontés les uns aux autres de façon durable, par exemple dans quelques logements de fortune ou encore dans les tentes fournies par MDM, c'est la solidarité qui joue à plein. Ils ne font ni la différence d'origine, ni de langue, ni de nationalité. Ils sont dans la même galère et ensemble veulent en sortir."

À noter qu'en ce 17 octobre, l'Observatoire des Inégalités produit un dossier statistique sur la Pauvreté en France. Le même observatoire publie l'ouvrage "L'état des inégalités en France 2007" coordonné par Louis Maurin, aux Éditions Belin :

"Pourquoi les fils et les filles d’ouvriers ne sont-ils que 6 % des élèves de grandes écoles alors qu'ils représentent un tiers des enfants ? Comment expliquer que les hommes perçoivent - tous temps de travail confondus - des revenus supérieurs de 40 % à ceux des femmes ? Pourquoi le taux de chômage dépasse-t-il les 30 % pour certaines minorités d'origine étrangère, du Maghreb notamment ? Sait-on qu'il y a aujourd’hui en France 7 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté, dont un million d’enfants pauvres ?"

lundi 16 octobre 2006

Cartographier les échanges et flux de populations dans le monde globalisé

L'Université de Princeton dans le New Jersey porte un projet passionnant : l'International Networks Archive conduit par le département de sociologie de la faculté. Dans un monde globalisé tel que le nôtre, les réseaux politiques, économiques, sociaux et culturels s'imbriquent dans des faisceaux de réseaux. Si l'on analyse communément les mouvements mondialisés de marchandises, les flux de population sont peu construits sous forme de représentations. Dans le monde, 600 millions de personnes voyagent par an pour différentes raisons et cela ne résulte pas forcément de raisons purement économiques.


L'International Networks Archive tente de rassembler des données et de les cartographier dans les champs des mouvements de biens et de personnes sur la planète afin d'en fournir des représentations comparatives dans 2 champs précis : la communication globale et les technologies de l'information ; la communication et l'inégalité dans le monde. Deux chiffres qui expliquent ces préoccupations : 95 % des machines connectées à Internet se situent dans des pays développés et 90 % des sites Internet les plus visités dans le monde sont américains.


En donnant à voir des cartes et représentations des échanges dans notre monde contemporain, l'International Networks Archive montre comment l'économie est transformée par des contrats internationaux, quelles sont les régions isolées de ces réseaux et comment s'établit une nouvelle hiérarchie des territoires sur notre planète.


Le site International Networks Archive comprend des papiers scientifiques, des données thématiques qui servent à élaborer des cartographies. Ainsi, Mapping Globalization traduit en cartes, en historiques et en analyses de données des tendances de la globalisation. Des infographies présentent la guerre du marché de l'eau, les filières du marché du tabac... Des cartes interactives permettent enfin de construire ses propres représentations en associant des territoires et des thématiques (marchés, infrastructures de communication), des cartes où la géographie habituelle est déformée.


Source :

Centeno, Miguel Angel (octobre 2006). "International Networks Archive" (En ligne), Princeton University's Sociology Department, New Jersey, Site (Page consultée le 16 octobre 2006).

jeudi 12 octobre 2006

Karine Barzilai-Nahon met en lumière les liens entre les facteurs de la fracture numérique en les contextualisant et en les intégrant dans une table de références

Une agence de Presse Américaine, le monde universitaire, celui de l'édition scientifique et par ricochet les médias américains se font l'écho ces jours-ci d'un article de Karine Barzilai-Nahon (Assistant professor du département The Information School, Université de Washington, Seattle, Washington, États-Unis) paru ce mois-ci dans la revue scientifique The Information Society : "Gap and Bits: Conceptualizing Measurements for Digital Divide/s" disponible ici en .pdf.


Ce papier est très critique sur la façon de mesurer traditionnellement ce qu'est la fracture numérique. Karine Barzilai-Nahon indique que les décideurs se contentent de collecter des données existantes et de les organiser pour donner un sens à leur discours au lieu d'essayer de conceptualiser la fracture numérique et ensuite de recueillir des données. En effet, les réseaux et technologies ne sont pas neutres : l'Internet est un espace politique et social structurant au niveau des contenus disponibles en ligne. Aussi, elle propose que le contexte (dans la notion d'actualité du concept du fracture numérique) soit un vrai critère reconnu dans la problématique et la mesure de la fracture numérique.


La chercheuse poursuit en affirmant que les indicateurs de mesure de la fracture numérique technique tels que l'accès à internet, la confiance donnée au e-commerce, l'accès au débit, utilisation de l'ordinateur à domicile ou au travail ne sont pas satisfaisants, . La combinaison accès/utilisation de l'ordinateur et de l'internet construit des systèmes de représentation biaisés de la fracture numérique puisque les indicateurs sociaux et psychologiques sont sous-estimés.


Pour travailler sur la fracture numérique et la mesurer, Karine Barzilai-Nahon propose un cadre de travail renouvelé avec un index intégrateur de composants du concept, un modèle qui a l'originalité de montrer les interrelations entre les facteurs de la fracture numérique ; un modèle conceptuel mêlant des remarques théoriques et empiriques et offrant, pour la première fois, à ma connaissance, une vision de l'historicité des facteurs pouvant être associés à la fracture numérique.


La table métrique de Karine Barzilai-Nahon regroupe 6 familles de facteurs liés à la fracture numérique avec des références de travaux scientifiques item par item identifié :


1. L'accès à l'infrastructure,
2. L'accessibilité (relative aux autres dépenses et au revenu moyen),
3. Utilisation et usages,
4. Les contraintes et aides de nature sociales et gouvernementales,
5. Les facteurs sociodémographiques,
6. L'accessibilité (pour les personnes avec handicaps et les populations avec des besoins spécifiques).


De cette table, Karine Barzilai-Nahon extrait un schéma d'interrelations entre les familles de facteurs qui sont pertinents dans des analyses sur la fracture numérique (p.273)... ce qui l'amène à parler de fractures numériques et non d'une seule fracture numérique.


Source :

Barzilai-Nahon, Karine (octobre 2006). Gaps and Bits: Conceptualizing Measurements for Digital Divide/s (En ligne), in The Information Society, Volume 22, n°5, Washington, pp.269-278 (Page consultée le 12 octobre 2006)

dimanche 1 octobre 2006

Que sera l'Internet dans X années ? Quel sera le poids des personnes refusant les technologies ? De nouveaux luddites ?

Que sera l'Internet dans X années ? Chacun y va de son pronostic et l'on voit poindre des analyses qui mettent pour la première fois en avant l'idée de personnes refusant les technologies. Ce n'est pas nouveau ; les noms apposés pour caractériser ces personnes sont connotées comme des irréductibles passéistes ; exemple avec cet article du quotidien belge Le Soir (24 septembre 2006) résumant l'étude de Pew Research Future of the Internet 22020, un monde superbranché :

"Une majorité (58%) de ces experts partagent l'opinion que d'ici à 2020 des groupes de "refuznik" hostiles à la technologie feront leur apparition et que certains auront recours à des actions terroristes pour perturber le fonctionnement de l'internet, selon une étude publiée dimanche. (...) Concernant les "refuzniks et autres "techno-terroristes", Ed Lyell, un expert sur les questions de l'internet et d'éducation, souligne que chaque époque a un petit pourcentage de gens qui s'accrochent à un passé sublimé où la technologie était absente, les gens étaient auto-suffisants et avaient besoin de peu pour vivre. Ces adeptes du ludisme n'hésiteront pas à utiliser la violence pour arrêter le progrès même si celui-ci est utile, estime-t-il."

Il est fait référence ici aux Luddites, un phénomène largement relaté dans le magazine Chronic'Art de juin 2006 en parallèle avec les technologies d'aujourd'hui :

"C'est par ce nom que les ouvriers brisant les machines dans les comtés industriels anglais se désignent au début du XIXe siècle. Tiré de la figure de Ludd, un personnage mythique qui aurait détruit des machines textiles à la fin du XVIIIe siècle, le luddisme devient rapidement un mouvement d'une grande ampleur au cours duquel les ouvriers s'organisent pour détruire les procédés techniques accusés de provoquer le chômage et de diminuer la qualité des produits. Apparu en 1811 dans le Comté de Nottingham, ce célèbre mouvement d'opposition à l'industrialisation s'étend progressivement aux autres régions industrielles anglaises dans les années suivantes."

On ressent de façon de plus en plus importante un refus motivé des technologies ou tout du moins de constituer des garde-fous comme ce papier du Soir du 26 septembre le souligne : La course contre la montre des technophiles ; explicitant les résultats d'une étude Yahoo/OMD auprès de 4500 familles américaines (Yahoo! and OMD Research Shows Resurgence of Traditional Values Among Today's Tech-Savvy Families, 26 septembre 2006) :

"72% des familles utilisatrices des nouveaux médias trouvent important de passer du temps ensemble "hors technologie", par exemple de dîner ensemble chaque soir et 90% des parents sondés disent "aimer passer du temps avec leur famille". Pourtant, les nouvelles technologies sont gourmandes en temps."

La question du découpage en temps de vie de la sphère individuelle et familiale introduit fortement la composante "nouvelles technologies" comme activité nouvelle phagocytant du temps et aussi une part exponentielle du budget du foyer ; en 2004 : 115 euros pour un employé et 130 euros pour un cadre d'après l'étude de l'I.D.A.T.E. sur les usages des produits et services de communication électronique. Le refus à venir de la technologie pourrait donc aussi être lié à d'autres motifs du quotidien.

Source :

Anderson Quitney, Janna et Rainie, Lee (29 septembre 2006). The Future of the Internet II (En ligne). Pew Internet & American Life Project, Washington D.C., 115 p. (Page consultée le 1er octobre 2006)

samedi 30 septembre 2006

Savoirs et connaissances dans un monde global et local : enjeux sociaux, culturels et économiques de notre temps et sans doute de notre futur

Lors du dernier entretien du XXIe siècle en date, organisé par l'U.N.E.S.C.O. qui s'est tenu lundi 25 septembre à Paris sur le thème "Le partage du savoir : Toujours pour demain ?", Jacques Attali a resitué la notion de savoir dans un contexte globalisant et localisant, en s'interrogeant sur la question de la transmission du savoir. Demain, avec les technologies, on constatera de plus grands niveaux d'inégalités dans la transmission du savoir. Le pouvoir appartient de plus en plus à ceux qui savent et la fonction de pouvoir sera de savoir sur les autres (une société d'hypersurveillance, en quelque sorte). Or, les technologies sont décentralisatrices et le coût de la distribution du savoir a énormément diminué dans un monde où le savoir n'est pas rare, mais où le temps l'est : je peux échanger du savoir, mais je ne peux pas échanger du temps, mon temps.

Des nouvelles valeurs sont en train d'émerger parmi lesquelles apprendre comme une activité socialement utile. Je suis utile aux autres dans une interdépendance des savoirs. Jacque Attali propose de rémunérer le savoir pour le favoriser car se former (tout au long de la vie) est socialement utile.

En écho, l'économiste Daniel Cohen qui a fait paraître il y a quelques jours l'ouvrage "Trois leçons sur la société post-industrielle" (La Républiques des idées, Seuil) recentre le discours sur les connaissances sur le plan économique. Dans un entretien avec Sabine Delanglade pour L'Express du 28 septembre 2006, il montre combien les enjeux du monde globalisé sont orientés par les connaissances ; extrait :

"L'élite s'est protégée de la démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur en menant une guerre scolaire de plus en plus précoce pour que ses enfants gardent leur place dans les meilleures écoles. La France souffre d'autant plus de cette situation que la société postindustrielle est une société de connaissances. Pour produire cette connaissance qui débouche sur la création de logiciels ou de molécules, il faut des institutions capables de le faire. L'université joue dans la société postindustrielle le rôle qui était celui de l'usine dans la société industrielle. Elle doit être à la fois un lieu de production de savoirs et un lieu d'intégration. C'est pour cela que la France souffre particulièrement, enfermée dans un système qui ne permet ni le brassage social ni la production efficace de savoirs.

L'Europe n'a-t-elle pas permis d'apporter des solutions ?
Non, parce que, à la différence des États-Unis, elle n'a pas su organiser cette production de la connaissance. Retrouver aujourd'hui une Europe des universités comme on l'a connue au Moyen Age est de première importance. Aux États-Unis, la production du savoir est très concentrée géographiquement autour de Boston et de San Francisco et structurée d'une manière qui est à la fois concurrentielle et coopérative. C'est la beauté du système américain d'être à la fois compétitif et coopératif : dès qu'une découverte est réalisée, tout le monde est au courant, et peut en profiter. Le fait que l'Europe ne se soit pas préoccupée du multilinguisme des enfants est d'ailleurs très significatif."

Daniel Cohen n'érige pas la société américaine en exemple, mais s'intéresse plutôt à la France, en expliquant pourquoi la France est mal armée pour la société de connaissances. (Photo : Martin Bobié).

Source :

Delanglade, Sabine (28 septembre 2006). "Le monde sans l'usine. Entretien avec Daniel Cohen" (En ligne), L'Express n°2882, Paris, pp.108-109 (Page consultée le 29 septembre 2006)

jeudi 28 septembre 2006

Le Programme d'Accès Communautaire canadien en péril, les Espaces Publics Numériques canadiens en difficulté

Le Programme d'Accès Communautaire (P.A.C.) Canadien est-il en train de mourir ? C'est la question que l'on peut se poser. Cette initiative qui compte 11 années d'existence et qui a donné naissance à des milliers de C.A.C. (Centres d'Accès Communautaire) dans le pays a été précurseur de nos Espaces Publics Numériques à la Française et a inspiré de nombreux programmes de mise en place d'espaces publics multimédias à but non lucratif par des Etats ou des régions dans le monde.


Dès 1995, le Gouvernement Fédéral Canadien décide d'un vaste plan de création de points d'accès publics à internet (C.A.C.) accompagnés sur l'ensemble du pays animé le plus souvent par des bénévoles afin de faire découvrir Internet au plus grand nombre et d'aider les citoyens à s'approprier les outils informatiques et l'Internet. Aujourd'hui, ce le financement du P.A.C. est remis en cause par le Gouvernement Canadien et la décision sera entérinée à la fin du mois septembre.


Coordonné par l'organisme à but non lucratif Communautique, le blog Numérique s'interroge à juste titre sur cette décision politique :

"La fin du Programme d'accès communautaire dans son ensemble ainsi que de l'Initiative jeunesse de ce même programme aura des conséquences importantes pour plusieurs communautés à travers le Québec et le Canada et plus particulièrement pour les personnes les plus touchées par la fracture numérique soit : les personnes handicapées, les personnes en processus d’alphabétisation, les personnes voulant intégrer le marché du travail, les nouveaux arrivants, les Premières nations et les personnes vivant en région éloignée.De plus, la mise en ligne des services gouvernementaux exclue et continuera d'exclure une large part de la société de l’accès à l'information essentielle à une participation pleine et entière à la société d’aujourd'hui. Que fait-on du 37% restant des gens qui n'utilisent pas Internet ou qui n'y ont pas accès? Si j'en crois le succès de nos activités (Plus de 7700 ateliers de formations donnés cet été, par 106 animateurs, un record!) ce programmme a toujours sa raison d'être..."


Sur les listes de discussion internationales sur les "telecentres", les doigts s'échauffent sur les claviers pour que le Gouvernement canadien revienne sur cette décision.


La Presse au Canada commence à se faire l'écho de la disparition du P.A.C. comme le Chronicle Herald de ce jour qui y consacre un article : "CAP has been cut -- officials" en retenant la mise en péril de 279 Espaces Publics Numériques locaux et communautaires utiles pour la population dans la région de Nova Scotia, le rôle culturel et patrimonial d'informations historiques locales collectées et enregistrées dans ces lieux d'accès publics par des bénévoles.


A l'initiative de TéléCommunautés, Communautique lance une campagne de courriel pour la sauvegarde du Programme d'Accès Communautaire à partir de cette page :

"Vous n'êtes pas sans savoir que le Programme d'accès communautaire (PAC) ainsi que l'Initiative jeunesse du PAC (IJ-PAC) se termineront sans doute bientôt faute de financement. Pourtant, nous demeurons convaincus de l'utilité de ce programme et de ses bienfaits sur les collectivités qu'il dessert. Il va sans dire qu'un financement récurrent de ce programme faciliterait grandement la tâche des personnes qui travaillent sans relâche pour mener à bien ce projet, mais surtout pour aider les gens qui fréquentent les Centres d'accès communautaire Internet à franchir le fossé numérique."

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