Jean-Luc Raymond

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Tag - inegalite

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samedi 6 janvier 2007

Axel Honneth, les trois sphères de reconnaissance de l'individu

Le philosophe Axel Honneth (ex-assistant de Jürgen Habermas) est l'un des chefs de file de l'Ecole de Francfort et s'attache à une philosophie sociale qui insiste sur l'importance de la relation à autrui, à soi-même et au monde. Dans le numéro de décembre 2006 - janvier 2007 de Philosophie Magazine, il est interrogé par Alexandra Laignel-Lavastine sur la reconnaissance de l'individu et la lutte pour la reconnaissance ; extrait :

"Je distingue trois sphères de reconnaissance, auxquelles correspondent trois types de relation à soi. La première est la sphère de l'amour qui touche aux liens affectifs unissant une personne à un groupe restreint. Seule la solidité et la réciprocité de ces liens confèrent à l'individu cette confiance en soi sans laquelle il ne pourra participer avec assurance à la vie publique. La deuxième sphère est juridico-politique : c'est parce qu'un individu est reconnu comme un sujet universel, porteur de droits et de devoirs, qu'il peut comprendre ses actes comme une manifestation - respectée par tous - de sa propre autonomie. En cela, la reconnaissance juridique se montre indispensable à l'acquisition du respect de soi. Mais ce n'est pas tout. Pour parvenir à établir une relation ininterrompue avec eux-mêmes, les humains doivent encore jouir d'une considération sociale leur permettant de se rapporter positivement à leurs qualités particulières, à leurs capacités concrètes ou à certaines valeurs décrivant leur identité culturelle. Cette troisième sphère - celle de l'estime sociale - est indispensable à l'acquisition de l'estime de soi, ce qu'on appelle le "sentiment de sa propre valeur".

Si l'une de ces trois formes de reconnaissance fait défaut, l'offense sera vécue comme une atteinte menaçant de ruiner l'identité de l'individu tout entier - que cette atteinte porte sur son intégrité physique, juridique ou morale. Il s'ensuit qu'une des questions majeures de notre époque est de savoir quelle forme doit prendre une culture morale et politique soucieuse de conférer aux méprisés et aux exclus la force individuelle d'articuler leurs expériences dans l'espace démocratique au lieu de les mettre en actes dans le cadre de contre-cultures violentes."


A lire : La Société du mépris. Vers une nouvelle théorie critique par Axel Honneth (aux Ed. La Découverte, octobre 2006),

jeudi 4 janvier 2007

Guide solidarité Paris 2007 publié sur Internet

Vademecum indispensable des dispositifs d'aide aux personnes en situation d'exclusion, le Guide Solidarité Paris 2007 vient de paraître. Ce livret édité chaque année par la Mairie de Paris apporte des réponses concrètes en orientant les personnes en difficulté vers des structures, des lieux d'accueil et d'aide sociale spécialisées pour favoriser une réinsertion.


Le guide comprend des rubriques identifiées par des pictogrammes signifiants portant différentes couleurs : S'orienter ; Chercher un hébergement ; Se nourrir ; Se réinsérer ; Se soigner ; Vivre au quotidien. Pour chaque adresse, sont mentionnés les services fournis et les horaires d'ouverture. Les lieux d'accès à internet sont également indiqués.


Le Guide Solidarité Paris 2007 est téléchargeable à cette adresse (64 pages, en .pdf). La rubrique Personnes en difficultés du portail Solidarités de la Mairie de Paris reprend le contenu du guide, point par point, pour une consultation sans téléchargement.

mardi 2 janvier 2007

L'Observatoire des Inégalités propose un nouveau site avec un outil interactif de mesure et de comparaison sur les inégalités sociales

Le site Internet de l'Observatoire des inégalités fait peau neuve dès aujourd'hui avec une plus grande lisibilité offerte aux informations grâce à une hiérarchisation par sous rubriques (patrimoine, salaires, pauvreté...) et à une nouvelle thématique développée : l'Europe. En quelques années, ce site est devenu la référence sur la thématique des inégalités en France : actualité, compréhension du phénomène, recherche scientifique et références.


Avec cette nouvelle mouture du site, on assiste à une première en France : l'Observatoire des inégalités lance un nouvel outil interactif de mesure et de comparaison sur les inégalités sociales à partir de 250 tableaux, contenant plus de 3 500 données et permettant de sélectionner les informations chiffrées pour des catégories et des thèmes spécifiques, à l'intérieur de la base de données d'Inegalites.fr. Cet outil de comparaison unique en France a été développé spécialement pour l'Observatoire des inégalités par Julien Villalard, du réseau Moduloo.net.


Cet automne, Louis Maurin (directeur de l'Observatoire des inégalités, journaliste au magazine Alternatives Économiques) et Patrick Savidan (président de l'Observatoire des inégalités, maître de conférences en philosophie à l’Université Paris IV - Sorbonne) ont coordonné un remarquable ouvrage d'articles de spécialistes portant le titre "L'Etat des Inégalités en France - 2007" (chez Belin) déjà évoqué sur ce blog dans cette note.

mercredi 27 décembre 2006

Danilo Martucelli, les revers de la mobilité généralisée

En 2004, l'Institut pour la Ville en Mouvement a publié un recueil de textes aux Editions Belin dans l'ouvrage "Le sens du mouvement, modernités et mobilités dans les sociétés urbaines contemporaines" (sous la direction de Sylvain Allemand, François Ascher et Jacques Lévy) suite au Colloque du même nom en juin 2003 au Centre Culturel inernational de Cerisy-la-Salle.


Dans la deuxième partie de ce recueil "Individu et lien social", Danilo Martucelli (sociologue  au CNRS, CLERSE - Centre Lillois d'Etudes et de Recherches Sociologiques et Economiques - Université de Lille 1) met en évidence le fait que la mobilité s'impose, avec la suractivité et l'immatériel, comme un des indicateurs du prestige social. Pour Danilo Martucelli, ce ne sont plus seulement les modes et les goûts de consommation des classes aisées qui servent à définir le réel mais la globalité de leur existence. Son article "Les revers de la mobilité généralisée" montre que cette existence se caractérise a priori par la suractivité professionnelle, le primat de l'immatériel (gage d'esthétisme) sur le matériel, enfin la mobilité, concrètement la fréquence des voyages et autres déplacements.

"Le réel par excellence est fortement associé, au sens précis du terme, à la mobilité. Elle devient un indicateur du prestige social (faut-il rappeler que la "valeur" d'un cadre se mesure aussi par le nombre de voyages qu'il effectue par mois ?) ; une manière de se représenter les capacités individuelles de vaincre l'espace et le temps, de réaliser un fantasme d'ubiquité, d'agir, en même temps, à différents endroits. En dépit de certaines exagérations, Bauman a justement insisté sur une des significations majeures de la mobilité aujourd'hui en soulignant à quel point la mobilité de l'espace "est devenue le facteur de stratification sociale le plus puissant et aussi le plus recherché" (Bauman Z., Globalization. The human consequences, New York, Columbia University Press, 1998 paru en français sous le titre : Le coût humain de la mondialisation, Paris, Hachette, 1999).

Dans un univers où l'espace cesse en quelque sorte d'être une limite incontournable à l'action et à la communication, le signe majeur de reconnaissance, sous l'emprise de la "mobilité généralisée", devient la co-présence physique. Dans la mesure où les individus peuvent davantage agir ou se manifester à distance, à l'aide de nouvelles technologies de communication, la présence physique directe, et donc la possibilite de la mobilité, devient le critère suprême permettant de mesurer la valeur réelle octroyée à l'activité ou à la rencontre. Walter Benjamin l'a bien entrevu jadis, lorsqu'il s'est penché sur la reproductibilité de l'art : la possibilité de la multiplication des copies ne fait qu'augmenter l'aura de l'original. De même, le fait de pouvoir multiplier votre présence grâce à l'action à distance donne à l'interaction en face à face une valeur, normative et marchande, toute nouvelle.

Néanmoins, pour importante que soit la mobilité, elle ne saurait pas, à elle seule définir ce qu'est le "réel" aujourd'hui. C'est la réunion de ces trois facteurs, plus ou moins imaginaires ou fantasmatiques, qui finissent par condenser, dans la représentation sociale, le sens du réel.

Bien entendu, il faudrait encore ajouter bien d'autres éléments afin d'avoir une représentation plus exacte du "réel", et pourtant ces trois-là en constituent bel et bien le triangle de base. En s'aimantant entre eux, ils dessinent la définition légitime du réel. Certes, il est vrai que dans ses formulations les plus fantasmées, cette zone d'expérience, cette vie-là, ne concerne qu'une toute petite minorité d'individus. Davantage même : ceux qui l'éprouvent vraiment n'en sont pas moins, même si c'est autrement, assaillis également par le sentiment que la "vraie vie" est ailleurs. Mais il n'en est pas moins vrai que c'est au travers de cette zone d'expérience que se définissent en cascade toute une série d'autres expériences sociales, dans le vertige, plus ou moins achevé, de la déréliction. Il s'agit bien de deux zones parallèles d'expériences (mi-vraies, mi-imaginaires mais ayant des conséquences toujours effectives), qui ne cessent de s'entre-regarder : l'une, de manière oblique et épisodique afin de mieux asseoir sa distance ; l'autre, de manière constante et agonique, afin de mieux se rappeler son infortune. Et lorsque, par hasard, ceux qui sont dans cet "autre monde" s'aventurent dans le premier, comme le personnage de Proust dans le salon des Guermantes, on ne peut que faire l'étrange constat de l' "irréalité" du lieu que l'on "souille" : la "vraie vie" est par définition même celle dont on est à jamais exclu."

lundi 25 décembre 2006

Howard Rheingold, convergences et mobilité

En avril 2006, à Mill Valley en Californie, Howard Rheingold, penseur américain de la mobilité, prospectiviste des nouvelles technologies, chargé de cours à l'Université de Berkeley et Stanford, a écrit le préambule du premier cahier de tendances de Jean-Claude Decaux "Mobilités : la clé des villes" édité en un nombre restreint d'exemplaires en juin 2006. Howard Rheingold intitule son article "Convergences" dessine le paysage d'une redéfinition par les citadins de leur conception de la mobilité :

""Mobile" veut dire que l'on est connecté à son réseau social, que l'on organise son temps et ses rendez-vous à la volée, que l'on s'associe spontanément à des "flashmobs" (événements spontanés), que l'on improvise des fêtes, que l'on rejoint une manifestation annoncée par SMS, que l'on consulte ses e-mails ou que l'on soit, que l'on publie une image sur le Web, que l'on envoie une vidéo à ses amis, que l'on consulte un service cartographique pour définir un parcours sur mesure... Avis aux technophiles : il est déjà possible de croiser son répertoire téléphonique avec des cartes de ville - cette pratique naissante se fait appeler MoSoSo (Mobile Social Software). Tout comme les communautés virtuelles ont fleuri dans les années 1990 et que le téléphone mobile s'est généralisé en 2000, on peut supposer que la géolocalisation, doublée d'applications MoSoSo, va, à son tour, engendrer des comportements techno-sociaux qu'il nous est impossible d'imaginer à ce jour. Toutes ces technologies de poche ou celles embarquées dans notre environnement quotidien modifient notre rapport à la ville et à sa périphérie. A travers elles, nous étendons le centre au-delà de ses limites, messageries, e-mail vocal, conférences téléphoniques et "podcasts" transforment notre rapport à l'espace, au temps et aux transports. Le "temps mort" des longs trajets ne fait-il pas désormais partie du temps de travail ? La voiture ne devient-elle pas une extension de notre bureau ? Paradoxalement, alors que les outils de la mobilité favorisent un étalement urbain irréfléchi, les enjeux écologiques poussent les villes à encourager des comportements, des énergies et des infrastructures de transports plus durables.

Qu'ils soient en ville, en périphérie ou en mégapole, les individus se servent de leurs téléphones ou de leurs ordinateurs de poche pour synchroniser habilement leurs parcours aux modes de transports disponibles, simulant ainsi des modes de transports publics "à leur disposition", où et quand il faut.

Les travailleurs indépendants et les travailleurs à domicile composent leur propre temps d'activité, d'autres travaillent indifféremment à l'heure de Hong Kong ou de New York, d'autres encore arrivent du monde entier à toute heure... Les rythmes et les horaires de la ville subissent, eux aussi, une mutation profonde. Munis de nouveaux outils, les citadins s'amusent à jouer avec l'éphémère en créant une ville jadis impossible. E-mails et SMS suffisent à coordonner des événements communautaires, à réunir ou à donner naissance à des masses critiques (réunions de cyclistes et de "rollers"), à se donner rendez-vous pour une projection de film en plein air ou en appartement (micro-cinéma)...

Au début du XXe siècle, le chemin de fer, l'ascenseur et le téléphone ont rendu possible une nouvelle vie urbaine : la ville des gratte-ciel, la ville des petites et moyennes entreprises, la ville des flux péri-urbains, la ville des foules anonymes... Au début du XXIe siècle, les outils de l'ubiquité se combinent pour créer de nouvelles villes, de nouveaux comportements sociaux et, ainsi, une nouvelle définition de l'être mobile."

jeudi 21 décembre 2006

René Trégouët, la révolution numérique portable devient planétaire

Dans l'éditorial de sa lettre d'information hebdomadaire ART Flash (du 15 au 21 décembre 2006), le sénateur honoraire René Trégouët parle de "La Révolution numérique planétaire" en portant son regard sur le nouveau rapport de l'Union Internationale des Télécommunications "Internet Report 2006 : Digital.Life" et en particulier sur la croissance exponentielle de l'équipement et des infrastructures de téléphonie mobile et à la mutation numérique mondiale ; extrait :

"Les réseaux à large bande touchent à présent près de 300 millions d’utilisateurs -un terrien sur 20-, dont 61 millions sont reliés à des réseaux mobiles.

Le rapport appelle à la prudence en ce qui concerne l’entrée dans les "modes de vie numériques". Pour Lara Srivastava, les individus sont de plus en plus pris dans le flux de connaissances et d’informations généré par les réseaux électroniques mondiaux et il existe un risque réel de perte de contrôle par les citoyens de cet océan d’informations. Lara Srivastava souligne aussi à quel point la montée en puissance des nouveaux modes d’expression et de communication numériques, "chats", blogs, forums, est en train de brouiller les frontières entre la vie publique et privée, temps de travail et temps personnel, monde réel et monde virtuel, comme le montre l’incroyable succès du "Monde 2", un univers virtuel si attractif que certains y passent plus de 80 heures par semaine !

Il ne fait aucun doute que cette mutation numérique mondiale va continuer à s’accélérer et va conduire, d’ici 10 ans, à l’émergence d’un monde radicalement nouveau, multidimensionnel, polycentrique et profondément déstabilisant, sur le plan psychologique, culturel et social, pour tous ceux qui n’auront pas pu ou pas voulu s’y préparer. Le grand défi de cette prochaine décennie va donc être de donner un sens social, culturel, cognitif et éthique à cette prodigieuse révolution technologique afin de l’humaniser et de la mettre au service du plus grand nombre. Si nous ne parvenons pas à relever ce défi de civilisation, nous risquons d’avoir à faire face à des fragmentations et des replis communautaires et culturels de plus en plus dangereux et un accroissement des inégalités sociales et cognitives qui ne pourront qu’alimenter la violence et l’instabilité du monde."

mardi 19 décembre 2006

Sur YouTube, des communautés de sourds qui s'expriment et communiquent

Les plateformes de partage vidéo connaissent des utilisations inattendues. Si les personnes handicapées exploitent les technologies avec une dextérité surprenante, elles font naître des usages différents, immédiats et pratiques à partir d'outils souvent basiques (de simples webcams, par exemple) mais essentiels pour développer un mode communicationnel qui revêt tout son sens.


C'est ainsi que sur YouTube, on note l'existence de cercles de personnes sourdes qui créent des groupes d'échange en langue des signes tel Rob Wilks de Deaf UK donnant son opinion sur la modération des propos d'un cercle de malentendants qui communiquent entre eux, qui mettent en scène des création artistiques comme ce sketch à deux ou ce karaoke humoristique en vidéo pour personnes malendantes qui nous réunit tous, entendants ou pas.


Comme le fait remarquer l'article de Making Light "Deaf video: the street finds its own uses (again)", la volonté des personnes sourdes de communiquer entre elles en utilisant YouTube comme caisse de résonnance permet d'informer à plus large échelle sur des préoccupations ou une actualité entre sourds, de porter un message politique, de se raconter au quotidien, de construire des récits ou de fournir des didacticiels/tutoriels vidéo telle cette explication du RSS en langue des signes. Via TechBee.

mardi 12 décembre 2006

InfoMIE.net, un portail utile, centre de ressource en ligne sur les mineurs isolés étrangers

Une initiative très intéressante qui vient d'être lancée : la mise en ligne du portail InfoMIE.net, centre de ressources sur les mineurs isolés étrangers, lieu d'échange d'information d'associations et d'institutions pour mieux comprendre la situation de ces jeunes sur notre territoire et offrir un site d'informations pratiques (textes juridiques, agenda, annuaire des acteurs associatifs et institutionnels, formation, actualité...). Le projet est soutenu par un collectif : le Comité pour les partenariats avec l'Europe continentale (Comité PECO) dont les praticiens interviennent dans le champ professionnel des mineurs isolés étrangers et dont le portail vise à créer une véritable communauté de pratique en ligne. A noter qu'il n'existe pas de centre de ressources non virtuel sur cette préoccupation bien réelle.

lundi 11 décembre 2006

Rue de la Solidarité à Paris, un projet de développement local du secteur de l'économie sociale et solidaire

La Mairie de Paris et l'O.P.A.C. innove socialement en lançant un audacieux appel à projets auprès des associations, des coopératives ou les entreprises inscrites dans le champ de l'économie sociale et solidaire pour créer une rue sur le thème de la Solidarité dans le 19e arrondissement de la capitale.
 

L'objectif est intéressant : il s'agit de rassembler dans des locaux d'activités en pieds d'immeuble des acteurs de l'économie solidaire au sens large avec un loyer adapté, leur permettant de créer une activité ou de développer un projet. Les structures retenues bénéficieront d'un écosystème local dans le même champ éthique et social favorisant le développement économique local.


Vous pouvez télécharger le dossier de candidature au format .pdf à partir de cette page. La date limite pour l'envoi du dossier est fixée au 12 janvier 2007. Renseignements complémentaires : Mairie de Paris, Délégation à la Politique de la ville et à l'intégration - 6, rue du département, 75019 Paris. Par courriel : sebastien.arvis@paris.fr .


Le quartier concerné :

"Le quartier Danube-Solidarité est situé à l'ouest du 19e arrondissement dans le quartier Amérique. A l'instar des territoires relevant de la politique de la ville, le secteur concentre certaines difficultés et souffre d'un certain enclavement. Composé de 5400 habitants, le quartier héberge majoritairement une population issue des classes populaires. Plus des trois quarts des logements relèvent du parc social, constitué d'un patrimoine qui conserve les traces des mutations urbaines successives et se distingue par la grande diversité de ses constructions.

La revitalisation des locaux d'activités en pieds d'immeuble est l'un des enjeux fort qui permettra de modifier le fonctionnement urbain et l'image de ce quartier. La ville de Paris et l'OPAC qui, depuis 2 ans, conjuguent leurs efforts pour favoriser l'installation d'associations souhaitent aujourd'hui diversifier les activités de la rue de la Solidarité en privilégiant la dimension économique pour les nouveaux projets d'implantation Les associations qui ont été installées jusqu'ici, proposent des activités ou services de proximité qui faisaient défaut auparavant (permanences écrivain public, CAF, Equipe Emploi Insertion, activités audiovisuelles, culturelles et sportives…) et contribuent en ce sens fortement au développement
local."

mercredi 6 décembre 2006

Infopauvres et inforiches (tendance 020)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


Un récent article scientifique "La fracture numérique, paradoxe de la génération internet" de Caroline Rizza (Maître de Conférences en Sciences de l’information - communication - Ecole Normale Supérieure des Télécommunications Paris) traite de la problématique du facteur humain dans la société en réseau en mettant en évidence que les Technologies de l'Information et de la Communication sont à la fois créatrices et destructrices de lien social. Dans sa conclusion, elle aborde la fracture numérique en introduisant deux néologismes : "inforiches" et "infopauvres" :

"Les inforiches (sont ceux) qui ont accès aux TIC et ont les connaissances requises pour les utiliser et en recevoir les messages, et qui peuvent donc communiquer avec le reste du monde et agir en son sein. Sur le versant d'en face, demeurent les infopauvres qui n'ont pas accès aux TIC et à Internet, qui ne savent pas les utiliser et qui ne peuvent donc pas agir dans un monde désormais régi par l'information."


Ces 2 termes ne sont pas nouveaux et on retrouve le mot "infopauvre" défini dans la bibliothèque virtuelle de l'Office québécois de la langue française dans un sens "mondialisé" (à partir de l'anglais "info have-nots" en signalant un équivalent "infodémunis") :

"Personnes, généralement d'un pays en développement, qui n'ont pas accès à l'information diffusée par Internet, ne pouvant profiter des infrastructures de télécommunication ou des équipements informatiques nécessaires au développement de l'inforoute et de la société de l'information. 
Note(s) : Cet accès inégal aux nouvelles technologies et aux services Internet renforce le déséquilibre Nord-Sud. Il est important de combler le retard concernant l'utilisation d'ordinateurs personnels reliés à Internet et de s'assurer que ce développement ne crée pas une nouvelle inégalité, un nouveau fossé entre les inforiches et les infopauvres. 
Mais, au Nord comme au Sud, le manque d'équipement informatique marginalise des millions de personnes."


Toujours au Canada, le pédagogue Pierre Simard parlait déjà d'inforiches et d'infopauvres en 1999 dans un scénario pédagogique sur les Questions d'accessibilité : "Exemple de mesures qui peuvent être prises pour réduire l’écart entre les infopauvres et les inforiches."


L'acception semble généralisée au Québec comme le prouve le mémoire "L'action communautaire : un outil pour la démocratisation de l'inforoute" (2000) mis en ligne par Communautique au Québec (alors qu'elle est encore peu usitée en France) :

"En 1995, l'Institut canadien d'éducation aux adultes (ICÉA) et La Puce communautaire, préoccupés par l'écart qui ne cesse de se creuser entre inforiches et infopauvres dans le contexte de l'arrivée des technologies de l'information et de la communication, unissent leurs efforts et leurs expertises pour mettre sur pied le projet Communautique."

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