Jean-Luc Raymond

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Tag - futur

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vendredi 10 novembre 2006

Jean-Pierre Corniou, la connaissance n'est pas un stock mais un flux

Jean-Pierre Corniou (haut-fonctionnaire, ex-Directeur des Systèmes d'Information de grandes entreprises dont Renault) s'est exprimé lors des Rencontres ICC 2006, (Anticiper, Décider et Innover dans l'économie de la connaissance) au Palais Brongniart, le 19 octobre, lors de la plénière Décider, Innover et Agir dans l'Economie de la connaissance. Luc Legay a enregistré en vidéo une partie de l'intervention de Jean-Pierre Corniou sur le thème "Information et connaissances" dont voici la transcription écrite :

"Dans un monde bruissant d'informations et de connaissances, on ne peut pas s'en tenir à un savoir statique. La connaissance n'est pas un stock mais un flux. Ce n'est pas parce que vous avez fait Polytechnique à 22 ans, qu'à 50 ans, vous êtes toujours compétitif. Et ça, c'est extrêmement important de remettre en question notre processus d'élaboration du modèle élitiste et donc du pouvoir en le réinjectant, en le repositionnant de façon dynamique par rapport à l'émergence de ces formes nouvelles.


Plus que jamais, l'éducation au discernement, la réflexion critique, l'intelligence cognitive vont être des facteurs de différenciation. Et à cet égard, la manière dont marchent les outils staliniens que sont les appareils de formation initiaux m'inquiètent considérablement parce qu'au lieu d'avoir des machines productivistes dont le taux de rendement est catastrophiquement faible comme l'enseignement français (on forme 25 000 ingénieurs par an sur une classe d'âge de 750 000 jeunes avec un taux de non-productivité considérable), il faut absolument et de façon immédiate repenser ce qu'on apprend à l'école parce qu'on apprend à l'école, ce n'est pas du tout à utiliser les moteurs de recherche, c'est un savoir mort, statique, écrit dans des livres par des inspecteurs généraux qui n'ont pas ouvert leur ordinateur de leur vie parce qu'ils ne savent pas ce que c'est. Et donc, il faut repenser le processus éducatif. Et des pays comme la Finlande, la Corée du Sud, ont complètement revu leur méthode d'éducation et fabriquent des gens dont le discernement, la capacité d'analyse, la compréhension fine de l'information sont le vecteur de la connaissance.


C'est le process d'acquisition et de restitution de connaissances qui va aujourd'hui être discriminant dans la société et dans le monde de l'entreprise. Ce n'est plus l'information acquise à l'instant T qui, de toute façon, est morte. Nous sommes en dynamique et nous ne sommes plus dans un monde statique. Voilà la manière dont je perçois ce management de la complexité. Apprendre en entreprise, apprendre à l'école, apprendre en tant que citoyen, apprendre dans l'ensemble de la société civile à décrypter la complexité de ce monde ; ne plus en avoir peur, la maîtriser et se lancer dans une vision extrêmement dynamique de la société de la connaissance qui n'est pas la gestion d'un stock accaparé par une minorité de gens et qui est une production collective. (...)


La recherche d'informations, c'est absolument consubstantiel à l'intelligence humaine. Nous avons des capteurs d'informations qui sont permanents et qui sont constants. On est fabriqué comme cela. On capte la température. On capte le mouvement. On capte la lumière. Aujourd'hui, on capte avec des outils, de l'information de toute nature et notre processus cérébral est de transformer cette information, ces "data", ces données en information et ces informations en connaissances. C'est ça l'intelligence humaine. On est équipé d'une CPU ultrapuissante pour faire cela et évidemment tout ça nous permet de prendre des décisions, de faire comme disent les Québécois "de poser des gestes".


Je trouve absolument génial qu'on soit dans une ère d'excès d'information. Tant mieux. On est passé dans l'ère de la rareté, dans l'air du pouvoir qui nous interdisait d'échanger de l'information, et attention, attention, il y a des gens qui veulent nous ramener à ça, tous les jours, parce que l'information fait peur. Elle dérange. Elle est contradictoire. Elle est bruissante. Toute l'expérience humaine, toute la richesse collective est née sur la capitalisation et l'échange d'informations transformées en connaissances. Donc, je n'ai pas peur d'avoir trop d'informations, je me réjouis.


Par contre, il faut accroître notre bande passante. Il faut savoir mieux lire. J'écris dans 
mon blog qu'Internet réhabilitait l'écrit. Bien sûr. Je pense aussi qu'il faut savoir lire les images. Je regrette que Dominique Wolton ne soit pas là parce que c'est extrêmement intéressant ce qu'il dit, son propos sur la lecture de l'image. Je trouve qu'apprendre aux enfants - il se trouve que ma femme est enseignante dans le primaire, elle a 18 élèves - et je déplore qu'il n'y ait pas 18 ordinateurs personnels dans sa classe lui permettant d'apprendre la géographie avec Google Earth.


Je crois qu'il faut qu'on apprenne à travailler dans un monde multimédia où nos sens sont sollicités de façon très complexe... Mais allez visiter une cathédrale à l'époque où les gens ne savaient pas lire. La richesse sémantique d'une cathédrale est quelque chose de fabuleux. La lecture d'un paysage, la lecture d'une ville, la lecture de la nature, ce sont des choses remarquables. Il y a énormément d'informations. Donc, je crois qu'il faut se réjouir de l'abondance d'informations. Il faut déplorer que nos process et nos algorithmes de traitement de l'information soient encore si pauvres et si mal préparés par les systèmes éducatifs."

jeudi 9 novembre 2006

Actualités de la Recherche en Histoire Visuelle, un blog de veille de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris

Passionnant pour ceux qui s'intéressent à l'image contemporaine et en particulier à ce qui fait son actualité dans les médias, sur Internet et dans le champ culturel, Actualités de la Recherche en Histoire Visuelle est le blog du Laboratoire d'Histoire Visuelle Contemporaine - LHIVIC (de l'EHESS - École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris), conçu pour informer les étudiants et le public intéressé des activités des chercheurs dans ce domaine. C'est un blog de veille dédié à la recherche dans le domaine des études visuelles (photographie, cinéma, médias illustrés, etc.). Le directeur de la publication est Andre Gunthert, chercheur et maître de conférences à l'EHESS.


Source :

Gunther, Andre (novembre 2006). "Actualités de la Recherche en Histoire Visuelle" (En ligne), Laboratoire d'Histoire Visuelle Contemporaine, EHESS, Paris, Blog (Page consultée le 9 novembre 2006)

mercredi 8 novembre 2006

Haptique (tendance 003)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot ou expression à suivre...

En informatique, les technologies d'interface entre l'utilisateur et la machine permettent d'établir une communication. Les logiciels de reconnaissance vocale sont déjà diffusés dans de nombreuses applications. Autre développement à venir : l'interface haptique (du grec haptein "toucher", le terme haptique désigne la science du toucher, par analogie avec acoustique ou optique). Le projet européen de recherche GRAB (Computer GRaphics Access fo Blind People through a haptic virtual environment) veut offrir aux non-voyants un accès au monde graphique des ordinateurs :

"L'utilisateur glisse ses deux index dans des réceptacles portés par des bras montés sur vérins qui vont simuler la résistance qu'offrirait une image en trois dimensions si elle était parcourue du bout des doigts. L'équipement consiste en ce couple de bras articulés - interface haptique -, une unité de reconnaissance et de synthèse vocale permettant la communication entre l'homme et la machine et un logiciel de modélisation de géométrie tactile qui pilote l'interface. Ce logiciel est générique, c'est-à-dire qu'il peut s'adapter à différents types d'interfaces haptiques et utiliser toute image tridimensionnelle encodée selon la norme standard d'échange entre systèmes CAD (conception assistée par ordinateur). Des non-voyants ont pu tester cette innovation, notamment en expérimentant une chasse au trésor dans un bâtiment parsemé de pièges et en découvrant la structure d'une ville à partir d'une carte reconstituée."

Doctorant en réalité virtuelle et infohaptie, Aurélien Pocheville définit ainsi l'haptique :

"L'haptique concerne l'étude du sens du toucher, au sens large. On peut décomposer notre interaction avec des objets par le biais de notre main par exemple, de la façon suivante:

- Le sens kinesthésique : c'est la sensation des forces. Notre système moteur nous informe en permanence de la position de notre bras, ainsi que des efforts que nous effectuons pour le mouvoir. Lorsque nous effectuons un effort, mais que notre bras ne bouge pas, nous avons une sensation de force. C'est par exemple le cas lorsque nous appuyons notre bras sur une table.

- Le sens tactile : c'est la sensation des textures. Au bout de nos doigts (et plus largement sur notre peau), nous possédons des capteurs de pression qui nous donne une information sur le relief de l'objet. C'est ce qui nous permet de différencier facilement un objet lisse d'un objet rugueux, par exemple.

- Le sens thermique : c'est la sensation de froid ou de chaleur. Cette sensation nous renseigne sur deux points: tout d'abord, la température de l'objet par rapport à notre doigt (quand notre doigt est froid, les objets nous paraissent plus chauds). Ensuite, la nature de l'objet. Même si un morceau de bois et un morceau de métal sont à la même température, nous les percevons différemment. Pour nous, le métal est plus "froid" que le bois."

Congrats John Hall!

My longtime buddy friend John Hall (Democratic challenger) has just been elected at the House of Congress (District 19, New York). Great! Check out John Hall for Congress website to know more about his career and biography and also his victory speech (and song) in video. Paris lover and amazing sailor, John Hall is also a great vocalist, singer/songwriter. He has been involved in environmental issues since the seventies and also in education NY local authorities. Congrats Pamela and Sofi too for having such a gentleman and artist in your life.

"As a recording session artist, he worked with Janis Joplin, Seals & Crofts and Bonnie Raitt, among other artists, before founding Orleans in 1972, with musicians Wells Kelly, Larry Hoppen and Lance Hoppen. In 1977, Hall left Orleans to begin a solo career. He also became active in the anti-nuclear movement, and co-founded Musicians United for Safe Energy (MUSE). Since then, he has continued working for alternative energy and environmental causes. His musical group at the time, the John Hall Band, released two albums, after which Hall released a number of solo albums, the latest being the infectious and well-received Rock Me on the Water in 2005. During the 80's and 90's, Hall also wrote songs for other artists and reunited with Orleans in 1990, 1996, 2000 and 2003."

lundi 30 octobre 2006

Que sont devenus les emplois jeunes des collectivités locales ?

A une époque, on a pu facilement gloser sur les emplois jeunes et leur utilité, voire sur la sortie du dispositif pour nombre de ces employés qui ont fait partie du dispositif du Ministère du Travail "nouveaux services, nouveaux emplois" dès la fin des années 90. Aujourd'hui, on reconnaît peu l'apport de ces salariés au sein des collectivités territoriales qui ont pourtant rempli des missions de service public. Ils sont le creuset de l'animation multimédia dans les Espaces Publics Numériques, des lieux naissants où ils ont souvent inventé, créé avec des moyens raisonnables dans un contexte de découverte des nouvelles technologies pour la majorité des Français. On oublie souvent de dire que plus de 10 % des Français, selon les statistiques, ont découvert les utilisations possibles de l'ordinateur et de l'internet dans des espaces multimédias à but non lucratif. Que sont devenus ces emploi jeunes ? Comment se sont-ils intégrés dans la vie professionnelle à l'issue de ce contrat de 5 ans ?


Une étude de la DARES (Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques, Ministère de l'Emploi, de la cohésion sociale et du logement) publiée ce jour s'est intéressée au devenir des emplois jeunes : "Que sont devenus les "emplois-jeunes" des collectivités locales, établissements publics et associations ?" (téléchargeable en pdf avec des tableaux au format Excel).


La conclusion montre l'efficacité du dispositif dans son ensemble comme le souligne ce résumé :

"Trois quarts des jeunes embauchés début 1999 en emploi-jeune dans une collectivité locale, un établissement public ou une association et restés au moins deux années en poste ont occupé un emploi immédiatement après leur sortie du dispositif. Parmi eux, 61 % sont restés chez leur employeur sur un contrat de droit commun ou en stage et 23 % ont été maintenus sur leur poste emploi-jeune grâce à une aide supplémentaire de trois ans en vue de sa pérennisation, les autres trouvant un emploi chez un autre employeur.

L'insertion professionnelle a été rapide quand le jeune a choisi de rompre son contrat avant le terme des cinq ans d'aide de l'État : près des deux tiers avaient déjà trouvé un emploi au moment où ils ont rompu leur contrat. L'insertion a été en revanche plus difficile quand le contrat est arrivé à son terme et que le jeune n'a pas pu rester chez son employeur.

Pendant leur emploi-jeune, six jeunes sur dix ont préparé un diplôme ou un concours d'entrée dans la fonction publique et quatre sur dix l'ont obtenu. Si la réussite au concours a été le gage d'une insertion professionnelle rapide et stable, l'obtention d'un diplôme ou d'un titre a eu peu d'impact sur l'insertion des jeunes à 18 mois."


Source :

Rotman, Gilles (30 octobre 2006). "Que sont devenus les "emplois-jeunes" des collectivités locales, établissements publics et associations ?" (En ligne), in Premières Synthèses, n°44.1, Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques, Ministère de l'Emploi, de la cohésion sociale et du logement, Paris, 6 p. et annexes (Page consultée le 30 octobre 2006)

dimanche 1 octobre 2006

Que sera l'Internet dans X années ? Quel sera le poids des personnes refusant les technologies ? De nouveaux luddites ?

Que sera l'Internet dans X années ? Chacun y va de son pronostic et l'on voit poindre des analyses qui mettent pour la première fois en avant l'idée de personnes refusant les technologies. Ce n'est pas nouveau ; les noms apposés pour caractériser ces personnes sont connotées comme des irréductibles passéistes ; exemple avec cet article du quotidien belge Le Soir (24 septembre 2006) résumant l'étude de Pew Research Future of the Internet 22020, un monde superbranché :

"Une majorité (58%) de ces experts partagent l'opinion que d'ici à 2020 des groupes de "refuznik" hostiles à la technologie feront leur apparition et que certains auront recours à des actions terroristes pour perturber le fonctionnement de l'internet, selon une étude publiée dimanche. (...) Concernant les "refuzniks et autres "techno-terroristes", Ed Lyell, un expert sur les questions de l'internet et d'éducation, souligne que chaque époque a un petit pourcentage de gens qui s'accrochent à un passé sublimé où la technologie était absente, les gens étaient auto-suffisants et avaient besoin de peu pour vivre. Ces adeptes du ludisme n'hésiteront pas à utiliser la violence pour arrêter le progrès même si celui-ci est utile, estime-t-il."

Il est fait référence ici aux Luddites, un phénomène largement relaté dans le magazine Chronic'Art de juin 2006 en parallèle avec les technologies d'aujourd'hui :

"C'est par ce nom que les ouvriers brisant les machines dans les comtés industriels anglais se désignent au début du XIXe siècle. Tiré de la figure de Ludd, un personnage mythique qui aurait détruit des machines textiles à la fin du XVIIIe siècle, le luddisme devient rapidement un mouvement d'une grande ampleur au cours duquel les ouvriers s'organisent pour détruire les procédés techniques accusés de provoquer le chômage et de diminuer la qualité des produits. Apparu en 1811 dans le Comté de Nottingham, ce célèbre mouvement d'opposition à l'industrialisation s'étend progressivement aux autres régions industrielles anglaises dans les années suivantes."

On ressent de façon de plus en plus importante un refus motivé des technologies ou tout du moins de constituer des garde-fous comme ce papier du Soir du 26 septembre le souligne : La course contre la montre des technophiles ; explicitant les résultats d'une étude Yahoo/OMD auprès de 4500 familles américaines (Yahoo! and OMD Research Shows Resurgence of Traditional Values Among Today's Tech-Savvy Families, 26 septembre 2006) :

"72% des familles utilisatrices des nouveaux médias trouvent important de passer du temps ensemble "hors technologie", par exemple de dîner ensemble chaque soir et 90% des parents sondés disent "aimer passer du temps avec leur famille". Pourtant, les nouvelles technologies sont gourmandes en temps."

La question du découpage en temps de vie de la sphère individuelle et familiale introduit fortement la composante "nouvelles technologies" comme activité nouvelle phagocytant du temps et aussi une part exponentielle du budget du foyer ; en 2004 : 115 euros pour un employé et 130 euros pour un cadre d'après l'étude de l'I.D.A.T.E. sur les usages des produits et services de communication électronique. Le refus à venir de la technologie pourrait donc aussi être lié à d'autres motifs du quotidien.

Source :

Anderson Quitney, Janna et Rainie, Lee (29 septembre 2006). The Future of the Internet II (En ligne). Pew Internet & American Life Project, Washington D.C., 115 p. (Page consultée le 1er octobre 2006)

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