Que sera
l'Internet dans X années ? Chacun y va de son pronostic et l'on voit poindre
des analyses qui mettent pour la première fois en avant l'idée de personnes
refusant les technologies. Ce n'est pas nouveau ; les noms apposés pour
caractériser ces personnes sont connotées comme des irréductibles passéistes ;
exemple avec cet article du quotidien belge Le Soir (24 septembre 2006)
résumant l'étude de Pew Research Future of
the Internet 2 : 2020, un monde superbranché :
"Une majorité (58%) de ces experts partagent l'opinion que d'ici à
2020 des groupes de "refuznik" hostiles à la technologie feront leur apparition
et que certains auront recours à des actions terroristes pour perturber le
fonctionnement de l'internet, selon une étude publiée dimanche. (...)
Concernant les "refuzniks et autres "techno-terroristes", Ed Lyell, un expert
sur les questions de l'internet et d'éducation, souligne que chaque époque a un
petit pourcentage de gens qui s'accrochent à un passé sublimé où la technologie
était absente, les gens étaient auto-suffisants et avaient besoin de peu pour
vivre. Ces adeptes du ludisme n'hésiteront pas à utiliser la violence pour
arrêter le progrès même si celui-ci est utile, estime-t-il."
Il est fait référence ici aux Luddites, un
phénomène largement relaté dans le magazine Chronic'Art
de juin 2006 en parallèle avec les technologies
d'aujourd'hui :
"C'est par ce nom que les ouvriers brisant les machines dans les comtés
industriels anglais se désignent au début du XIXe siècle. Tiré de la figure de
Ludd, un personnage mythique qui aurait détruit des machines textiles à la fin
du XVIIIe siècle, le luddisme devient rapidement un mouvement d'une grande
ampleur au cours duquel les ouvriers s'organisent pour détruire les procédés
techniques accusés de provoquer le chômage et de diminuer la qualité des
produits. Apparu en 1811 dans le Comté de Nottingham, ce célèbre mouvement
d'opposition à l'industrialisation s'étend progressivement aux autres régions
industrielles anglaises dans les années suivantes."
On ressent de façon de plus en plus importante un refus motivé des
technologies ou tout du moins de constituer des garde-fous comme ce papier du
Soir du 26 septembre le souligne : La course contre la montre des technophiles ; explicitant les
résultats d'une étude Yahoo/OMD auprès de 4500 familles américaines (Yahoo! and OMD Research Shows Resurgence of Traditional Values
Among Today's Tech-Savvy Families, 26 septembre 2006) :
"72% des familles utilisatrices des nouveaux médias trouvent important
de passer du temps ensemble "hors technologie", par exemple de dîner ensemble
chaque soir et 90% des parents sondés disent "aimer passer du temps avec leur
famille". Pourtant, les nouvelles technologies sont gourmandes en
temps."
La question du découpage en temps de vie de la sphère individuelle et
familiale introduit fortement la composante "nouvelles technologies" comme
activité nouvelle phagocytant du temps et aussi une part exponentielle du
budget du foyer ; en 2004 : 115 euros pour un employé et 130 euros pour un
cadre d'après l'étude de l'I.D.A.T.E. sur les usages des produits
et services de communication électronique. Le refus à venir de la technologie
pourrait donc aussi être lié à d'autres motifs du quotidien.
Source :
Anderson Quitney, Janna et Rainie, Lee (29 septembre 2006). The Future of the Internet II (En ligne). Pew Internet &
American Life Project, Washington D.C., 115 p. (Page consultée le 1er octobre
2006)