Jean-Luc Raymond

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dimanche 18 juin 2006

Information dans les C.P.A.S. en Belgique, rôle de l’informatique et de l’internet auprès de publics cibles prioritaires, précaires et demandeurs d’emploi

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Rapport de recherche belge de Cédric Burton, Véronique Laurent, Françoise Navarre, Claire Lobet-Maris et Yves Poullet (Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur, voir site), les "Résultats de l'enquête quantitative préparatoire au colloque des secrétaires de C.P.A.S. d'avril 2006 sur l'informatisation du secteur" (en .pdf) présentés à Herbeumont, les 27 et 28 avril 2006, dans le cadre du projet de recherche "Usages d'Internet dans les C.P.A.S., un cadre pluridisciplinaire" sous 3 axes de recherche (impacts organisationnels de l'informatique, usages sociaux des TIC, construction sociale des TIC) sont instructifs.

Les C.P.A.S. sont quasi-équivalents à nos C.C.A.S. (Centre Communal d'Actions Sociales). Cette enquête a porté sur l'ensemble des C.P.A.S. de Wallonie (soit 262 Centres) à partir de questions fermées et ouvertes posées au personnel des C.P.A.S. relevant des opinions, des perceptions et des réalités.

Un volet entier est consacré aux "usagers des C.P.A.S. au regard des T.I.C." avec ces interrogations ?

"La fracture numérique fait-elle partie des problématiques à gérer dans le cadre des missions de base d'un C.P.A.S. ? Quelles sont les initiatives proposées dans cette matière par les C.P.A.S. ? Pour qui ? Avec qui ? Quels sont les avantages et les risques liés à l'intégration des nouvelles technologies de l'information et de la communication dans des populations socialement défavorisées ? Les travailleurs sociaux sont-ils preneurs de ce type d'expérience ?"

48 % des C.P.A.S. participent à un ou plusieurs projet(s) technologiques intégrant les usagers prenant le plus souvent la forme d'Espaces Publics Numériques, et notamment dans les quartiers défavorisés et des communes importantes (plus de 25 000 habitants). Parmi les freins identifiés de la mise en place d'initiatives TIC pour les usagers, est avancé le manque de coordination des initiatives par les C.P.A.S.

Le libre accès, les activités en ligne et les usages hors ligne sont mentionnés dans les catégories d'usages des services proposés par les centres avec une prédominance pour des activités de découverte et d'initiation dans le cadre d'un encadrement ponctuel et des formations bureautique hors ligne.

En outre :

"Certains projets, minoritaires, proposent des actions d'insertion sociale pour et par l'usage des technologies ; ces dernières pouvant alors être présentées comme porteuses de perspectives nouvelles pour l'intégration des personnes défavorisées (Ecrivain public numérique ; E-Agora démocratie participative ; Emancipation sociale)."

Dans les "projets technologiques" des C.P.A.S., l'accès apparaît comme une nécessité autant sociale qu'économique en s'adressant d'abord aux bénéficiaires des minimas sociaux et aux demandeurs d'emploi.

L'attitude par rapport aux publics cibles dans les C.P.A.S. est la suivante :

"Les usagers ayant recours au service de médiation de la dette sont autant concernés par des usages hors ligne (impression de documents, formation aux logiciels bureautiques) qu'en ligne (recherche sur le Web, qu'elle soit ou non accompagnée d'un encadrement pédagogique) ;

L'ouverture à l'ensemble des citoyens est généralement liée à des EPN qui proposent un libre accès aux infrastructures technologiques ;

La formation aux principaux services Internet s'adresse quant à elle principalement aux demandeurs d'emplois."

Toutefois, l'évaluation des projets technologiques manque de clarté tout comme la vision positive ou non des initiatives auprès des usagers mais "tous les C.P.A.S. participant à plusieurs projets technologiques possèdent une perception positive ou très positive de ce type d'expérience."

Dans les difficultés évoquées par les C.P.A.S. menant un projet technologique : il y a tout d'abord des problèmes d'effectif, des problèmes de qualification et ensuite des difficultés financières. Le rôle pivot des travailleurs sociaux dans la compréhension des opportunités liées aux nouvelles technologies et le travail à partir de programmes locaux et régionaux est souligné. 

Les usagers peuvent tirer 4 types d'avantages de projets TIC dans les C.P.A.S. :

"Un axe visant l'accès à l'information et au savoir ;

Un axe relatif à l'intégration sociale ;

Un axe reprenant des avantages touchant l'efficience professionnelle".

Le personnel des C.P.A.S. est convaincu de l'utilité de l'utilisation des TIC dans le contexte du travail au quotidien et dans le rôle de mise à disposition accompagnée de l'informatique et de l'Internet auprès des publics des centres. Les résultats de cette étude confortent les conclusions observées de plusieurs recherches françaises en sociologie des usages de ces dernières années dans des contextes d'utilisation collective des TIC pour une primo-appropriation.

Source :

Burton, Cédric, Laurent, Véronique, Navarre, François, Lobet-Maris, Claire et Poullet, Yves (27 avril 2006). "Usages d'Internet dans les C.P.A.S., un cadre pluridisciplinaire. Résultats de l'enquête quantitative préparatoire au colloque des secrétaires de C.P.A.S. d'avril 2006 sur l'informatisation du secteur", Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur, Enquête, 98 p. (Page consultée le 19 juin 2006)

lundi 5 juin 2006

“Le téléphone gratuit pour les sans-abri à San Francisco” (Les Echos)

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Le quotidien économique Les Echos du 5 juin relève cette initiative à San Francisco en faveur des sans-abris

"Doit-on être privé de téléphone quand on est déjà pauvre et sans abri ? Non, répond Grand Central. Cette start-up de la Silicon Valley vient de s'associer avec la municipalité de San Francisco pour connecter des centaines de SDF parmi les 7.000 que compterait la ville. Depuis plusieurs semaines, ils ont à leur disposition un numéro de téléphone relié à une messagerie vocale. Ils peuvent écouter gratuitement leurs messages à partir de n'importe quel téléphone public de la ville, grâce à un code d'identification personnel. « Un numéro de téléphone peut être un élément essentiel pour un retour vers l'emploi », explique Alex Tourk, directeur adjoint du programme.

L'initiative de Grand Central ne relève pas seulement de la philanthropie ou du coup de pub. Son fondateur, Craig Walker, qui a déjà fait fortune dans des aventures entrepreneuriales liées à Internet, confie que le service à vie offert aux sans-abri de la ville précède une offre plus complète, payante cette fois, qui sera lancée cet été dans la Silicon Valley. Les services de communications gratuits, car sponsorisés par des grandes firmes ou de la publicité classique, sont de plus en plus à l'ordre du jour dans les modèles économiques de la nouvelle génération de firmes Internet qui se relancent actuellement aux Etats-Unis."

Le service a déjà bénéficié à 237 personnes. L'initiative n'est pas sans rappeler Community Voice Mail, un service américain à but non lucratif qui fournit gratuitement l'accès à des boîtes aux lettres vocales pour des personnes exclues.

Sources :
Anonymous (June 2006). Project Homeless Connect [En ligne], City of San Francisco, Site (Page consultée le 5 juin 2006) 
Ktitareff, Michel (5 juin 2006). "Le téléphone gratuit pour les sans-abri à San Francisco" [En ligne], Les Echos, En marge, Paris, 1 p. (Page consultée le 5 juin 2006)
Lazarus, David (April 12, 2006). "Startup will help homeless" [En ligne], San Francisc Chronicle, San Francisco, 1 p. (Page consultée le 5 juin 2006)
Raymond, Jean-Luc (12 décembre 2005). "Community Voice Mail aux Etats-Unis : lutter contre l'exclusion grâce à des boites aux lettres vocales" [En ligne], Jean-Luc Raymond, Paris, Blog (Page consultée le 5 juin 2006)
Roesch, Andrea (June 2006). "GrandCentral - Project C.A.R.E." [En ligne], GrandCentral Communications, San Francisco, Rubrique (Page consultée le 5 juin 2006)

dimanche 4 juin 2006

“Les TIC et la société du savoir” par Jérôme Binde, UNESCO

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Jérôme Binde, sous-directeur général adjoint pour les sciences sociales et humaines à l'UNESCO s'est exprimé sur la notion de "TIC et la société du savoir" lors de TIC 21, Forum économique international sur les Technologies de l'Information et le développement durable qui s'est déroulé à Valenciennes les 28 et 29 mars 2006 et dont les actes sont disponibles en ligne. Extrait de cette intervention de Jérôme Binde, directeur de la publication du Rapport de l'UNESCO 2005 : "Vers les sociétés du savoir" (322 pages, téléchargeable sur Internet) :

"Qu'est-ce la société du savoir ? Rien, car il faut parler des sociétés du savoir, au pluriel. Les sociétés du savoir on toujours existé, comme l'Egypte ancienne ou la civilisation aztèque, mais il s'agissait de sociétés réservées à des cercles initiés, desquels la plus grande partie de la population était exclue.

Aujourd'hui, on observe une nouvelle articulation entre l'information et le savoir lui-même. Malheureusement, ces deux aspects différents sont souvent confondus.

La nouveauté est l'émergence d'une société de l'information mondiale (terme relatif, car seul 11% de la population mondiale a accès à Internet). Cette émergence n'est pas suffisante, il faut aller vers la création de sociétés du partage des savoirs, fondées sur la diversité. Les savoirs locaux, autochtones sont donc importants pour éviter qu'un unique savoir écrase les autres.

(…) Les sociétés du savoir rencontrent de nombreux obstacles. La fracture de la connaissance est encore plus importante que la fracture numérique, car plus ancienne et plus profonde, elle est plus difficile à combler. La 3e révolution industrielle a creusé ce fossé d'exclusion car il est devenu indispensable de savoir lire et écrire, ce qui exclut 30 à 40 % de la population.

Ces sociétés du savoir ne sont pas réservées aux plus privilégiés des pays du Nord. Au contraire, ce style de développement peut être une chance pour les pays du Sud. A l'ancienne conception du développement fondé sur le sacrifice ("la sueur, le sang et les larmes", formule de Churchill), a succédé un développement fondé sur l'intelligence, sur le savoir et sa valeur ajoutée. Cependant, les sociétés du savoir ne se résument pas à l'économie du savoir, elles concernent aussi les dimensions politiques, sociales, économiques et éthiques de la société.

Par exemple, Villa El Salvador, au Pérou, s'est construite dans le désert aux portes de Lima. Avec l'aide de Miguel Azcueta, ce nouveau bidonville auto-organisé a vu le jour, basé sur le développement communautaire et participatif, dans lequel les femmes ont joué un grand rôle. Partant de rien, Villa El Salvador est ainsi devenue une nouvelle société du savoir. Aujourd'hui, c'est une ville de 400 000 habitants ayant le taux d'analphabétisation d'adultes le plus bas du Pérou (45 %), qui a créé sa propre université (15 000 étudiants) où les citoyens sont reliés par Internet à la municipalité et où ils peuvent s'exprimer sur les décisions. Cette expérience s'est créée dans les conditions les plus défavorables possibles et constitue un exemple magnifique.

Les pays du Nord ont beaucoup à apprendre de cette étude sur les sociétés du savoir. A l'heure actuelle, les collectivités qui ne consacrent pas assez de ressources à la recherche et au développement, s'excluent d'elles-mêmes. Des différences sont en train de se créer et ces nations sont en passe de devenir des "nations tombeaux" qui feront fuir la jeunesse.

La notion de développement durable ne peut, par définition, pas fonctionner sans sociétés du savoir. Les nouvelles sociétés en réseau sont un grand moyen profitable au développement durable. Il y a aujourd'hui des moyens concrets comme le "collaboratoire", un laboratoire de chercheurs dispersés à travers le monde qui travaillent sur les réseaux électroniques. Ce "collaboratoire" a permis notamment le décryptage du génome humain et travaille sur des projets portant sur l'immunité dans le domaine du SIDA ou les changements climatiques. Par exemple, nous mettons actuellement au point un réseau mondial de prévention contre les tsunamis, que nous réclamions malheureusement depuis des années mais qui ne constituait pas une priorité budgétaire.

Nous sommes dans un espace prospectif et c'est dans cette idée de démocratie prospective qu'il faut avancer."

Sources :
Berhault, Gilles (dir.) (28 et 29 mars 2006). TIC 21 : Technologies de l'information & développement durable. Forum économique international. Les actes [En ligne], Acidd, Valenciennes, pp.177-178 (Page consultée le 4 juin 2006)
Binde, Jérôme (dir.) (2005). Vers les sociétés du savoir [En ligne], UNESCO, Paris, 232 p. (Page consultée le 4 juin 2006)

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