Jean-Luc Raymond

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Tag - fracture numerique

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jeudi 27 juillet 2006

Sortir du fossé numérique : nouveau blog de Communautique qui relie les pratiques dans les CAC (Espaces Publics Numériques au Canada)

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Monique Chartrand, directrice générale de Communautique au Québec (“organisme [très actif] à but non lucratif visant l’appropriation collective des Technologies de l’Information et la Communication œuvrant pour les organismes communautaires et les populations à risque d’exclusion des technologies”, voir le tout nouveau site) a annoncé le 24 juillet que son organisme Communautique, avec l’équipe d’animation du Programme d’accès communautaire d’Industrie Canada, Initiative-Jeunesse (PAC-IJ), met en place en collaboration avec Parole Citoyenne un carnet web/blog pour l’été intitulé Sortir du fossé numérique.


13 articles ont déjà été publiés par les animatrices et animateurs de différents groupes communautaires à travers le Québec, des jeunes qui encouragent la population à s’initier à Internet et à la micro-informatique par le biais de formation et d’animation dans les Centres d’Accès Communautaire Internet (CACI). Des billets qui montrent des initiatives de lieux d’appropriation des nouvelles technologies comme :

- Le Chic Resto Pop du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal (restaurant communautaire offrant des repas à prix modique et entreprise d’insertion portant un souci particulier à la conciliation de ses objectifs de rentabilité économique et de lien social),

- Le Collectif des femmes immigrantes du Québec à Montréal qui offre “des formations sur Internet, Word Excel, Windows XP, Microsoft Outlook, mais aussi des ateliers pour la préparation de CV, pour la recherche de travail et la préparation pour une entrevue d’embauche”


Au cours de l’été 2006, plus d’une centaine d’animatrices et d’animateurs offrent plus de 35 000 heures d’animation gratuite à la population.Le Programme d’accès communautaire d’Industrie Canada, Initiative-Jeunesse (PAC-IJ), favorise l’appropriation des nouvelles technologies par les populations potentiellement exclues dans une perspective d’inclusion numérique. En outre, il permet à des jeunes d’acquérir une expérience unique dans le domaine des technologies de l’information et des communications (TIC).


Source :

Collectif (juillet 2006). Sortir du fossé numérique [En ligne], Parole Citoyenne, Organisme National du Film du Canada, Montréal, Blog (Page consultée le 27 juillet 2006)

mercredi 26 juillet 2006

Bernard Stiegler : De la misère symbolique et de la perte d’individuation

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Bernard Stiegler, philosophe, (cf. sa biographie en ligne) décrit notre époque caractérisée comme prise de contrôle du symbolique par la technologie industrielle, où l’esthétique est devenue à la fois l’arme et le théâtre de la guerre économique, d’où une misère où le conditionnement se substitue à l’expérience.


Dans son ouvrage “De la misère symbolique - 1. L’époque hyperindustrielle” (en 2004), il décrit notre société contemporaine avec l’allégorie de la fourmilière ; extrait d’un passage sur l’accès aux nouvelles technologies :

“De fait, les connexions individuelles ne cessant de se multiplier, un individu connecté aux réseaux mondiaux, qui est déjà géo-localisé sans le savoir, sur une trame dont les mailles sont variables, émet et reçoit des messages du ou vers le réseau des serveurs où s’enregistre la mémoire du comportement collectif, tout comme la fourmi qui sécrète ses phéronomes inscrit son comportement sur le territoire de la fourmilière tout en décodant et sommant, sous forme de gradient, le comportement des autres fourmis. Et, dans la mesure où le système cardino-calendaire intégré conduit les individus à vivre de plus en plus en temps réel et dans le présent, à se désindividuer en perdant leurs mémoires - aussi bien celle du je que celle du nous auquel il appartient -, tout se passe comme si ces agents “cognitifs” que nous sommes encore tendaient à devenir des agents “réactifs”, c’est-à-dire purement adaptatifs - et non plus inventifs, singuliers, capables d’adopter des comportements exceptionnels et en ce sens imprévisibles ou “improbables”, c’est-à-dire radicalement diachroniques, bref : actifs.”


Source :

Stiegler, Bernard (juin 2004). De la misère symbolique - 1. L’époque hyperindustrielle. Éditions Galilée, Paris, pp. 154-155

lundi 24 juillet 2006

Consultations à l’UNESCO du 16 au 19 octobre post-Sommet Mondial sur la Société de l’Information pour 5 lignes d’actions

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A la suite du Sommet Mondial sur la Société de l’Information, l’U.N.E.S.C.O. organise à son siège de Paris du 16 au 19 octobre des consultations dans les 5 champs suivants/lignes d’actions : accès à l’information et à la connaissance; dimension éthique de la Société de l’Information, e-learning, e-science et médias.


L’U.N.E.S.C.O. a pour mission de mettre en relation des parties prenantes (”stakeholders” comme le définit R. Edward Freeeman : “groupes d’individus qui sont affectés ou qui peuvent affecter l’accomplissement des objectifs de l’organisation”, cf. l’article d’EducNet sur le développement durable à ce sujet) en terme de priorités et d’expertise sur l’implémentation d’initiatives sur chaque ligne d’actions avec l’établissement d’une équipe partie prenante et la nomination d’un facilitateur. Chaque équipe partie prenante devra définir une méthodologie de travail et les résultats attendus.


Les parties prenantes intéressées (déjà actives lors du Sommet Mondial sur la Société de l’Information) sont invitées à s’inscrire en ligne pour participer à cette phase.


Source :

Plathe, Axel (July 24, 2006). “UNESCO organizes consultations on post-WSIS action in October in Paris and Beijing” [En ligne], U.N.E.S.C.O., Communication et information, Service des actualités, Paris, 1 p. (Page consultée le 24 juillet 2006)

ANPE, Internet et emploi : le e-recrutement analysé (par Carole Tuchszirer)

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Le numéro de juin 2006 d’Alternatives Economiques propose un dossier très intéressant de 12 pages ”Quand Internet bouscule les marchés” (”Tourisme, musique, médias, marché du travail, de l’occasion…, L’irruption d’Internet remet en cause les positions de nombre d’acteurs économiques traditionnels et change en profondeur les rapports entre offreurs et clients”).


Dans un article de ce dossier titré “Le marché du travail à l’épreuve du e-recrutement”, Carole Tuchszirer, économiste à l’Institut de Recherches Economiques et Sociales, I.R.E.S. et co-auteur de l’excellent blog Sur l’Emploi et le marché du travail, analyse comment le recrutement sur Internet a modifié l’activité des intermédiaires du travail, dont l’A.N.P.E., ce qui n’est pas sans conséquence pour les chômeurs :

“Pour le service public de l’emploi (…), l’utilisation d’Internet n’a pas été sans contradiction. Ce n’est pas que le virage n’a pas été pris : le site le plus utilisé par les entreprises reste anpe.fr (cf. “Les employeurs qui recrutent par Internet”, par Jean-Louis Zanda, Observatoire de l’ANPE, avril 2005). Mais l’ANPE doit assurer une circulation optimale de l’information entre les usagers pour améliorer la fluidité du marché du travail, tout en veillant à favoriser l’accès à l’emploi des personnes qui en sont le plus éloignées. L’ANPE s’est donc acquittée de sa première mission en basculant sur anpe.fr quasiment toutes les offres d’emploi figurant dans ses fichiers internes. Elle en facilite ainsi l’accès à des internautes qui ne se seraient pas forcément déplacés à l’agence.

Ces offres d’emploi, pour la plupart anonymes, imposent l’intervention d’un conseiller ANPE pour mettre effectivement en relation les demandeurs d’emploi avec les entreprises. Anpe.fr ne fait donc pas disparaître le travail d’intermédiaire physique de l’agence. Cependant, 10 % des offres d’emploi sont directement déposées sur anpe.fr de façon nominative par les employeurs. Les internautes peuvent alors entrer en contact avec l’entreprise sans passer par l’ANPE.

Mais jusqu’où faut-il pousser l’information sur anpe.fr sans contrevenir à la mission de placement des publics les plus en difficulté ? L’ANPE a fait en particulier le choix de ne pas laisser aux entreprises la possibilité de déposer directement en ligne des offres de contrats aidés relevant de la politique de l’emploi. Afin de pourvoir ces emplois par une exploitation en interne des fichiers de l’agence. L’idée est de privilégier les plus fragiles et de ne pas recourir au dépôt en ligne que dans un second temps. De la même façon, la CVthèque de l’ANPE, qui est composée à 40 % de salariés en activité, pourrait poser problème si les agents de l’ANPE cherchaient à pourvoir les offres d’emploi confiées par ces candidats supposés moins éloignés de l’emploi que d’autres. Voilà pourquoi l’ANPE cherche à favoriser l’accès à Internet au plus grand nombre de chômeurs, en privilégiant ceux d’entre eux qui n’ont pas forcément intégré cette nouvelle technique de recherche d’emploi. Des dispositifs de formation ont été mis en place pour aider les chômeurs à rechercher des offres d’emploi sur Internet, à s’y abonner et à déposer leur CV en ligne.

Les sites d’emploi, en augmentant la visibilité des annonces et des CV, permettent de réduire la part du chômage, dit frictionnel, liée à une mauvaise circulation des informations sur le marché du travail. (…) Mais la contribution des sites emploi à la lutte contre le chômage ne peut aller au-delà. Le recrutement en ligne ne peut venir à bout ni du chômage structurel, lié à une mauvaise formation des salariés, ni du chômage conjoncturel, lié à un déficit de croissance.

Par ailleurs, Internet peut produire un effet d’appel sur des salariés en poste qui n’hésitent déjà plus à recourir aux sites d’emploi pour jauger leur valeur sur le marché du travail.”


Source :

Tuchszirer, Carole (juin 2006). “Le marché du travail à l’épreuve du e-recrutement”, Alternatives Economiques, Paris, n°248, pp.55-56

dimanche 23 juillet 2006

Fracture numérique Nord-Sud : changer de regard (par Baba Wame)

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Baba Wame est l’auteur d’une remarquable thèse (sous la direction de Francis Balle) sur : “Internet au Cameroun : les usages et les usagers. Essai sur l’adoption des technologies de l’information et de la communication dans un pays en voie de développement” présentée le 12 décembre 2005 à l’Université de Paris II-Assas (Institut Français de Presse). Le sommaire et l’introduction de la thèse sont téléchargeables en .doc à cette adresse.


Plusieurs articles ont été consacrés aux travaux de recherche de Baba Wame, notamment : “Les Camerounais ont une utilisation basique d’Internet” (Le Messager, Douala, 4 janvier 2005) et “Les Camerounaises ont transformé le Web en agence matrimoniale” (Afrik.com, 23 décembre 2005).


Dans le chapitre 2 de sa thèse, Baba Wame dresse le portrait de la création d’un environnement favorable à la société de l’information au Cameroun et dans un point précis, il demande de “Changer de regard sur la fracture numérique Nord/Sud” ; extrait :

“La fracture numérique entre le Nord et le Sud ne doit plus être perçue exclusivement sous l’angle de la connexion et des accès, bien que ce volet reste essentiel. Elle doit être considérée dans son acception large comme la différence qui existe entre les usagers dans la double capacité d’accéder au Web et de contribuer à la production de connaissances véhiculées sur Internet. Accéder au Web pour bénéficier pleinement des informations qui y circulent et en faire un usage approprié à ses besoins, ses intérêts, ses aspirations, ses capacités et sa culture. Contribuer à la production des connaissances par la création et la diffusion des contenus locaux.

Vu sous cet angle, le problème de la réduction de la fracture numérique peut s’offrir de nouvelles orientations. Ainsi, pour transformer le fossé numérique en opportunité numérique, les politiques publiques devront considérer l’accès proprement technique (infrastructures, points d’accès, etc.) comme nécessaire, mais non suffisant. Elles doivent prendre en compte les nombreuses barrières d’ordre éducationnel, linguistique, économique, social, physique, culturel, générationnel, de genre qui empêchent l’usager d’accéder et de contribuer à la production des contenus sur Internet.

La fracture numérique doit être intégrée dans une vision mondiale, et pas simplement sous l’angle du clivage Nord/Sud, car elle reproduit les anciens schémas de l’assistanat aux pays du Sud. Elle doit prendre en compte la problématique des usages et ne pas être considérée exclusivement comme une question marchande, mais bien plus comme un enjeu public. À ce titre, elle doit faire l’objet d’un traitement spécial par la communauté internationale. C’est pourquoi la Déclaration de principes et de Plan d’action issus de la première phase du Sommet Mondial sur la Société de l’Information (S.M.S.I.) tenu à Genève du 10 au 12 décembre 2003 doivent être traduits en réalisations concrètes.”


Source :
 

Wame, Baba (12 décembre 2005). Internet au Cameroun : les usages et les usagers. Essai sur l’adoption des technologies de l’information et de la communication dans un pays en voie de développement, Thèse de Doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication, Institut Français de Presse, Université de Paris II Panthéon-Assas, p. 222

samedi 22 juillet 2006

Agence mondiale de solidarité numérique : Forum des acteurs de la solidarité numérique le 13 septembre à Lyon

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Dans le cadre de ses activités, l’Agence Mondiale de Solidarité Numérique organise des ateliers et forums. L’Agence tiendra à Lyon, le 13 septembre 2006, en matinée, le “Forum des acteurs de la solidarité numérique” dont le programme est disponible sur cette page.


Après une introduction sur les enjeux de la solidarité numérique par Diane L. Lassonde (secrétaire exécutive de l’Agence Mondiale de Solidarité Numérique) et la présentation du Plan Africain sur la société de la connaissance par Makane Faye (Coordonnateur TIC à Addis Abeba de la Commission des Nations Unies pour l’Afrique), des projets seront présentés avec et en présence d’acteurs de Rhône-Alpes :

Thème 1 : Décentralisation (démocratie, développement institutionnel…)

Projet présenté :

- Dialogues Nord/Sud (par le CIDEM, Comité Initiative Développement Europe Maghreb)

Thème 2 : Éducation, formation continue

Projets présentés :

- Développement de compétences TICE des formateurs de formateurs (par l’IUFM de Lyon, voir site)

- Soutien des TIC à l’enseignement supérieur et à la recherche (par l’Agence Universitaire de la Francophonie, voir site)

- TIC et accès à l’école pour les enfants les plus démunis (par l’association Le Chemin de l’école)

Thème 3 : Santé, épidémies, prévention

Projets présentés :

- Logistique de santé en Afrique (par l’Institut Bioforce Développement, voir site)

- Télémédecine dans les pays en voie de développement (par l’association pour la Télésanté en Rhône-Alpes, voir site)

- Services vidéos interactifs pour l’accompagnement des déficients visuels (par la société IVès - Interactivité Vidéo et Systèmes)

Thème 4 : Gestion des territoires (SIG, risques, développement durable…)

Projets présentés non définis

Thème 5 : Économie, insertion et emploi (nouveaux métiers, production…)

Projets présentés :

- Développement de la solidarité numérique internationale (par le Club de la solidarité numérique, voir site)

- Centre de ressources pour l’appropriation des TIC par les personnes en situation de handicap (par le Centre Icom’, programme France de Handicap International, voir site)

- E-Commerce équitable (par la société Wonderful Monde, Ethic Attitude, voir site)

- PIP, Point d’Information Public (par le Club de développement et d’ingénierie en logiciel libre)

Thème 6 : Culture et loisirs multimédia (patrimoine, musique, jeux vidéo…)

Projet présenté :

- Intranet Bamako-Grenoble Métiers du livre, de la documentation et des archives (par l’IUT UPMF de Grenoble, voir site)

Thème 7 : Média & Communication

Projet présenté :

- Formation des journalistes guinéens (par France Guinée Coopération, voir site).


Il n’est plus possible de s’inscrire pour présenter un projet dans le cadre de ce forum. En revanche, vous pouvez assister au Forum des acteurs de la solidarité numérique en complétant ce formulaire en ligne.


Source :

Collectif (juillet 2006). Agence Mondiale de Solidarité Numérique [En ligne], Agence Solidarité Numérique, Lyon, Site (Page consultée le 23 juillet 2006)

Précarité : sommes-nous tous menacés ? (par Rémy Favre)

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Rémy Favre est responsable d’un centre de formation professionnel. Dans le courrier des lecteurs du numéro de Juin 2006 de Sciences Humaines, il revient sur le dossier du n°168 du même magazine (Février 2006) qui consacrait un dossier au titre évocateur : “La société précaire : Sommes-nous tous menacés ?” :

“Quelques réflexions un peu en vrac à la suite de la lecture du numéro de Sciences Humaines consacré à la précarité (…). Ces articles font ressortir un état de fait, un constat, des conséquences. Ces analyses contribuent sûrement à une modification progressive des représentations, à une prise en compte des situations (…). Je me demande néanmoins comment les utiliser dans des pratiques opérationnelles ?

(…) Au niveau individuel. Je pense au bouquin de Vinceny Gauléjac “La lutte des places” paru il y a quelques années (NDLR : Avec Isabel Taboada Leonetti, publiée chez Desclée de Brouwer en 1997). Il évoque des stratégies comportementales très différentes mises en place par des personnes dans des situations de précarité très voisines. Les uns sont dans une stratégie de confirmation, ils font tout ou presque tout pour confirmer la situation négative où ils se situent. Les autres, dans des situations aussi difficiles, mettent en place des stratégies de dégagement et trouvent les moyens, les procédés pour s’en sortir. Pourquoi ? En fait, les choses paraissent se jouer autour de la mise en place de références fortes (…)…

Je pense aux livres de Dany Robert Dufour et à ceux de Jean-Claude Guillebaud sur la crise de la référence. Je pense aussi au numéro de “Sciences Humaines” sur l’homme postmoderne. La question (…) pourrait être : comment aider les personnes à passer d’une stratégie de confirmation à une stratégie de dégagement, en prenant en compte “les dimensions psychiques de la pauvreté” ?

À un niveau plus collectif, comment mettre en place un dispositif concret prenant en compte l’environnement institutionnel, social et politique pour faciliter des évolutions ?

Pour aider à la réflexion, je pense à la notion de système évoquée par Dominique Glayman dans son ouvrage “La vie en intérim” (…). Il précise qu’il ne faut pas selon lui parler de marché du travail, mais de système de l’emploi, car de très nombreux paramètres entrent en jeu autour de l’emploi, il ne s’agit pas simplement d’une transaction marchande offre-demande.

(…) La question qui se pose est : comment utiliser ces analyses dans des pratiques opérationnelles ? Comment peuvent-elles aider à la mise en place de pratiques de changement donnant une prise sur la réalité ?”


Source :

Favre, Rémy (Juin 2006). “Précarité”, Sciences Humaines, Courrier des lecteurs, Paris, n°172, p. 4

jeudi 20 juillet 2006

Google Accessible Search : moteur de recherche adapté aux malvoyants

ZDNet annonce ce soir le lancement de Google Accessible Search par Google à titre expérimental, un moteur de recherche particulier pour aider les internautes malvoyants en affichant des résultats avec deux critères essentiels : “La simplicité et de la clarté des pages web”. Google Accessible Search est censé faire un tri intelligent dans les pages trouvées lors de requêtes en évaluant leur lisibilité. Google explique ces critères dans une Foire aux Questions détaillée. La société entend aussi s’appuyer sur les recommandations du W3C en terme d’accessibilité pour valoriser son moteur : “Web Content Accessibility Guidelines 1.0 - W3C Recommendation, May 5, 1999“.


Le projet Google Accessible Search est porté par T.V. Raman, ex-chercheur à IBM devenu non-voyant enfant après un glaucome, et qui a intégré les laboratoires de Google.


Google n’est pas le seul moteur de recherche à offrir un service pour les malvoyants. Citons All The Web qui propose de grossir les caractères et de choisir des raccourcis clavier dans ses préférences.


Autre initiative, le moteur de recherche Accoona présente une barre d’outils à installer sur son ordinateur qui dispose d’un outil de reconnaissance vocal développé par Acapella Group et présenté dans ce communiqué du 5 mai 2006 :

“Accoona Talking Search Bar est installé en un clin d’oeil. En quelques clics, la fonctionnalité vocale apparaît dans la barre d’outils du moteur de recherche Accoona. Il suffit ensuite de surligner le texte à écouter et de cliquer sur l’icône “TTS” (”Text To Speech”) : un jeu d’enfant!”


Source :

Collectif (20 juillet 2006). Google Accessible Search [En ligne], Google Labs, Mountain View, Californie, Site (Page consultée le 20 juillet 2006)

mercredi 19 juillet 2006

Ordinateur à 1 euro par jour pour les revenus modestes : une mesure contestée

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Dans les annonces du dernier C.I.S.I. (Comité Interministériel pour la Société de l’Information) qui s’est déroulé à l’Hôtel de Matignon, le mardi 11 juillet, a été décidé le lancement d’une offre spécifique d’accès à Internet et d’équipement d’ordinateurs destinée aux revenus modestes, ainsi décrite ainsi par le Journal du Net (le 12 juillet) :

“Cette formule clef en main associera l’achat du matériel, des logiciels et d’un anti virus, un accès Internet haut débit (au minimum 20 méga), l’installation à domicile, quatre heures de formation et trois déplacements pour vérifier que tout fonctionne bien. Cette offre n’est accessible que sous condition de revenu (le seuil d’éligibilité n’est toutefois pas encore connu) et sera assortie d’un micro-crédit de trois ans garanti par l’Etat dont les mensualités de remboursement s’élèveront à un euro par jour.”


Cette offre est décrite in extenso dans le Dossier de Presse du CISI (pages 5 et 6) : “Un PC et l’Internet pour les familles aux revenus modestes” (Internet Accompagné) à compléter par ce communiqué.


Les médias anglo-saxons ont repris en masse cette information et les échos des médias français d’abord factuels se révèlent aujourd’hui beaucoup plus critiques.


Mise à jour au 25 juillet : EducNet (Ministère de l’Education Nationale) vient de publier une revue de Presse non exhaustive d’articles publiés suite à cette mesure : “InfoTIC spécial ‘Un pc et l’internet pour les familles aux revenus modestes’“.


Des commentaires qui traduisent une mesure inadéquate


Le 11 juillet, le quotidien Le Monde délivre l’information avec neutralité par un article de Nathalie Brafman : “Matignon lance l’ordinateur à 1 pour les foyers modestes” ; extrait : 

“Après les étudiants et les néophytes, les foyers à revenus modestes. Lors d’un Comité interministériel pour la société de l’information (CISI), le premier ministre, Dominique de Villepin, présentait, mardi 11 juillet, une vingtaine de mesures pour réduire la fracture numérique.

La plus emblématique est l’accès à l’Internet pour les ménages à revenus modestes. Dès le premier trimestre 2007, une formule “tout compris”, incluant un ordinateur, une connexion Internet haut débit à bas prix (15 euros par mois au maximum) renouvelable sur une période de trois ans pour les familles éligibles et un dispositif de formation-accompagnement à domicile sera proposé pour “1 euro par jour, sur trois ans”.

L’offre inclut un prêt bancaire à taux réduit (garanti par l’Etat), proposé par des banques partenaires. Elle devrait concerner de 1 million à 1,5 million de foyers.

Cette mesure présentée à la va-vite, non réfléchie en terme de solvabilité pour les publics précaires est aujourd’hui de plus en plus sujette à caution. Des acteurs de l’internet français viennent ajouter leurs voix à des médias qui s’interrogent sur la nécessité de cette offre et sur sa pertinence.”


Mais les réactions des internautes au papier sont vives et argumentées.


Ce même jour, le journaliste Ludovic Blécher titre son papier comme une simple addition : “L’ordi + le haut-débit + la hot-line + la formation = 1 euro (1)“, un article très factuel sur l’annonce de la mesure :

“”Si on fait une analogie avec la voiture, notre offre, c’est un la 205 neuve avec le permis de conduire et trois ans d’essence inclus”, détaille Benoît Sillard, le directeur de la délégation aux usages de l’Internet. Il ne promet pas des ordinateurs derniers cris mais s’engage sur des machines labellisées meilleur rapport qualité-prix. Une bonne façon, selon lui, de toucher les 20% de Français qui ne sont toujours pas connectés simplement parce que c’est trop cher.”


… Mais les commentaires sont eux, peu complaisants, sur cette initiative ; extraits :

“Ne serait-il pas plus judicieux de permettre à chaque personne dans ce pays d’avoir le pouvoir d’achat suffisant pour accéder au confort de base dans une société prétendument évoluée ? Au lieu de ça, on invente des rustines : une rustine pour permettre aux pauvres d’avoir internet, une rustine pour permettre aux pauvres de se loger, une autre pour leur permettre d’étudier, etc, etc. Qu’on combatte la pauvreté au lieu de rafistoler un système inégalitaire !” (Kem 80)

“Il est vrai qu’on peut avoir un bon ordi pour peu d’argent. Il suffit soit d’être un peu bricoleur en récupérant des épaves laissées par des acheteurs compulsifs qui consomment des ordinateurs plus vite que leur ombre. L’autre point… est qu’on peut également se fournir sur ebay ou d’autres points de déstockages… Mais cela ne sera pas évident pour une faille RMIste de s’équiper et de surfer à moins que des providers du coeurs s’occupent de cela…” (Yannick Comenge)

“(…) Sur le territoire, existe un ensemble de structures associatives, communales qui, au quotidien, travaillent sur l’appropriation sociale des technologies de l’information et des communications (TIC), sur l’accessibilité des personnes (quelles soient « les plus modestes » ou « les moins modestes ») à l’Internet et bien d’autres outils multimédias. Pensons aux Espaces publics numériques (EPN), aux Espaces Cultures multimédias (ECM), aux points d’accès publics à Internet (PAPI), aux Points d’accès à la Téléformation (PAT), aux Ateliers Pédagogiques Personnalisés (APP)… pour ne citer que ces structures qui maillent notre hexagone. Malheureusement, ces structures, à l’utilité sociale indéniable (qualité des équipements, accompagnement humain, socialisation des lieux…) connaissent des difficultés financières. Le paradoxe de l’opération du gouvernement est de privilégier une logique individualiste d’acquisition d’équipement à une stratégie de renforcement de ces structures multimédias compétentes, reconnues… (…)” (Franck B.)


Libération se montrera plus incisif dans son article du 17 juillet (cf. dans la suite de cette note).


Les assistantes sociales, relais de partenaires privés ; est-ce la bonne solution ?


01Net donne la parole au promoteur et responsable de l’opération (”Un PC à 1 euro par jour pour les revenus très modestes“, Hélène Puel, le 11 juillet) :

“”Le plan Internet accompagné ciblait un public très large. Il apparaît aujourd’hui que les seniors et les foyers aux revenus modestes n’y ont pas accès. Contre un euro par jour, ils pourront obtenir un PC équipé, couplé à l’Internet à haut débit. Les offres commerciales comprendront également quatre heures de formation, et trois déplacements à domicile de la part de sociétés de services labellisées pour les aider à mieux appréhender ce nouveau matériel”, commente Benoît Sillard, sous-directeur aux NTIC au ministère de l’Education nationale et délégué interministériel aux usages de l’Internet (DUI).”

“Afin de toucher cette population, le gouvernement va faire appel aux réseaux sociaux. «L’accès à ces offres pourra se faire par l’intermédiaire des mutuelles ou des assistantes sociales qui orienteront ces familles vers les bons partenaires», imagine Benoît Sillard. En 2007, la DUI devrait déployer d’autres mesures vers d’autres populations, comme les chômeurs ou les personnes âgées résidant en maison de retraite.”


Est-ce vraiment le rôle de travailleurs sociaux d’orienter vers les personnes vers des commerces et des services non publics, quels qu’ils soient ?


Le débat est vif dans les réactions du papier de 01Net.


Le 12 juillet, c’est TF1 Multimédia à son tour, qui s’interroge dans ses colonnes sur le projet de l’ordinateur à un euro pour les revenus modestes (via l’article “L’ordinateur à un euro, pour qui ?“) à savoir si le défaut d’accès au numérique est seulement une question d’équipement et de revenus, en insistant sur la fracture numérique générationnelle et le besoin de formation. Les avis politiques divergent sur cette mesure comme ce point de vue :

“”Sans vouloir entrer dans une opposition systématique”, le député PS Patrick Bloche se demande pour sa part si, au-delà de l’accès, il ne faudrait pas “privilégier, encourager et expliquer les usages. On n’utilise pas internet comme on regarde la télévision”. Il aurait préféré la “création d’espaces publics numériques”, des lieux où les gens seraient suivis, conseillés dans leur apprentissage du web et de ses usages.”


Une mesure propre à faciliter l’endettement des personnes aux revenus modestes


Si l’on se réfère aux chiffres de l’I.N.S.E.E. les plus récents sur la répartition de la consommation des ménages en pourcentage (”Structure des dépenses selon le revenu du ménage, par unité de consommation“, enquête budget de famille 2000-2001), on constate qu’un crédit de l’ordre de 30 euros serait très difficile à supporter par des ménages avec un revenu de moins 10 000 Euros par an, c’est-à-dire les populations les plus fragilisées.


Les risques d’endettement sont importants comme le souligne le quotidien l’Humanité dans son édition du 12 juillet sous la plume du journaliste Cyrille Poy (”Le crédit à la rescousse de la fracture numérique“) :

“Cette opération a le grand avantage de prétexter de la fracture numérique pour augmenter la facture des ménages en terme de crédits à la consommation.”


Christophe Guillemin de ZDNET France précise à qui sera destinée, a priori, cette mesure (article du 11 juillet 2006 : “Le gouvernement étend son dispositif “Internet accompagné” aux familles modestes“) :

“Le plafond de ressources des familles éligibles devrait être fixé en septembre/octobre, sur la base des critères utilisés pour l’obtention du tarif social d’électricité. Une tarification spéciale réservée aux ménages ayant des ressources annuelles inférieures à 5.520 euros, soit environ 460 euros par mois.”


Ce qui aggrave encore plus la solvabilité de cette offre pour les publics visés, sans compter qu’il faut compter ajouter à cette offre le prix de l’électricité et pour beaucoup l’installation d’une ligne téléphonique. Dans de telles circonstances financières, on peut se demander comment cet accès individuel peut être utile, si l’on considère que seules 4 heures seront offertes en formation à domicile ?


01Net a fait des calculs et conclut laconiquement sur la mesure :

“Auront le droit à cette aide financière les foyers touchant moins de 5 520 euros de revenus par an. S’il n’évolue pas, ce plafond constitue de facto une sérieuse restriction à ce plan d’équipement. En effet, pour ces familles, une facture de 30 euros mensuels représentera près de 7 % de leurs revenus. Elles pourraient avoir d’autres priorités…”


Ce chiffrage est repris par ActuChomage.org dans un papier en ligne : “Le PC à 1 euro par jour pour les pauvres“.


Quid de la pérennité de la mesure après 3 ans ?


L’Express pose une question qui fâche (dans un article du 11 juillet : “Un PC+Internet à 1 euro par jour contre la fracture numérique“, Thomas Bronnec) ; que se passera-t-il après 3 ans pour les foyers qui se sont équipés ; réponse de l’instigateur de la mesure :

“Se pose aussi la question du prix de la connexion Internet et du renouvellement de l’ordinateur à l’issue de la période de 3 ans. Or, « c’est encore flou », admet Benoît Sillard, délégué aux usages de l’Internet auprès du gouvernement. « Les évolutions technologiques dans le secteur sont trop rapides pour que l’on puisse se projeter si loin. Mais nous ferons en sorte que le coût d’accès à Internet ne dépasse pas les 1 euro par jour ».”


Des actions concrètes pour lutter contre l’exclusion numérique


Cette annonce non finalisée a au moins le mérite de mettre en relief des initiatives plus consistantes liées à l’accès à internet, à l’équipement et à l’appropriation de l’ordinateur et de l’internet :


Philippe Guerrier, journaliste de VNUnet, se souvient d’une expérience intéresse en matière de lutte contre l’exclusion numérique pour les publics modestes (”Comment connecter la France “d’en bas”“, 11 juillet) :

“Des prestataires avaient déjà tenté de développer des formes d’accès Internet en collaboration avec des bailleurs de logements sociaux. Par exemple, en 2003, le programme-cadre Facil (acronyme de Favoriser l’Accès à la Communication Internet aux Locataires de l’habitat social) avait été mis en place. Ce dispositif, qui alliait un ordinateur avec un accès Internet, avait été déployé dans le Cottage Social des Flandres, un organisme d’habitat social du Nord-Pas-de-Calais. Mais, depuis, le programme Facil est tombé dans les limbes.”


Dans le forum de Clubic ; 86 commentaires à ce jour suite à l’article publié sur l’opération “1 euro pour les revenus modestes” ; parmi lesquels cette action concrète :

“Je monte des vieux PC ( P2-2X P2-P3 ) gratuitement pour des gens qui n’ont pas les moyens de se payer des machines plus recentes car ils préfèrent mettre leur argent dans autre chose que ça. Les gens qui n’ont jamais touché un PC, la puissance et tout le bordel ils s’en foutent complètement.”


Doutes évidents sur l’opération “PC à un euro” pour les personnes à faibles revenus
 


Le papier le plus critique sur cette mesure est celui de Damien Dubuc pour Libération (le 17 juillet 2006) titré : “Doutes sur le déclic à 1 euro ” avec une réflexion en 3 parties et une parole donnée à Benoit Sillard (Délégation aux Usages de l’Internet) et à Michel Briand (Maire-adjoint de Brest, impliqué depuis bien des années dans l’accès public à l’Internet par des actions concrètes) :

“- Cette offre vaut-elle le coût ?

- Cette offre va-t-elle permettre de toucher les familles aux revenus les plus modestes ? 

- L’accès individuel au Net est-il le meilleur moyen de réduire la fracture numérique ?”


Sur ce dernier point, les deux avis des intéressés s’opposent :

“”Il faut aller au-delà de la réduction des coûts et développer des solutions collectives, affirme Michel Briand. Comme ces locataires d’HLM de Moulins (Allier), connectés depuis 2003 via leur poste de télévision grâce aux travaux de l’office HLM. “Il y a besoin d’un travail de proximité pour accompagner les personnes les plus éloignées de l’informatique, c’est-à-dire de l’écrit. L’accompagnement par une hot line est nécessaire, mais pas suffisant.” Exact, reconnaît la DUI, qui insiste sur la formation et l’accompagnement dont bénéficieront les usagers. Sans toutefois en préciser les modalités.

En revanche, elle s’inscrit en faux par rapport à l’idée de solutions collectives. “Regardez les espaces publics numériques : il en existe près de 3000, où Internet est en accès libre, mais ils ne touchent que 3 à 5 % de la population. Les solutions collectives, nous les défendons aussi, mais elles ne sont pas les plus adaptées pour permettre un accès massif aux nouvelles technologies.” Benoît Sillard, qui défend ses projets bec et ongles, sait qu’il ne convainc pas toujours : “Nos propositions vont faire bouger tout le monde, y compris ceux qui sont contre. Ça va les titiller et les pousser à faire des propositions alternatives.”"


Michel Briand insiste sur l’implantation de solutions d’accès et d’apprentissage au plus près des populations ciblées c’est-à-dire au sein des groupes de logements sociaux. Il explique le rôle essentiel de l’accompagnement humain pour des personnes en difficulté (niveau d’alphabétisation, problèmes psychologiques, proximité et confiance aux acteurs sociaux locaux).


À l’opposé, Benoit Sillard réfléchit en termes de chiffres et d’une massification de l’accès par des solutions d’accès individuels, venant même jusqu’à sous-estimer le rôle essentiel et non négligeable des EPN (Espaces Publics Numériques, dont il est pourtant le coordinateur État depuis 2002) dans l’appropriation et l’apprentissage de l’ordinateur clairement quantifié par les études annuelles GFK et Ipsos depuis 2002, EPN qui jouent un vrai rôle via les animateurs multimédias et structures de proximité à but non lucratif ; des démarches d’espaces multimédias associatifs ou soutenus par des collectivités territoriales.


Une mesure caduque et des amorces de solutions en réflexion


Depuis l’annonce de cette mesure qui présente des failles aussi bien dans sa modélisation économique, dans son aspect équitable que dans les objectifs poursuivis, des élus, animateurs multimédias, internautes et acteurs de l’Internet citoyen s’interrogent vivement sur l’opportunité de maintenir cette initiative en l’état et dans ses axes déclarés.


Reviennent alors des idées fortes citoyennes de l’internet : une réflexion à mener autour d’un service universel de l’Internet (comme il a existé un service universel du téléphone), un accompagnement de proximité pour les personnes souhaitant s’initier à l’ordinateur et à internet, un accès mutualisé à bas coût de l’internet dans les logements sociaux, une éducation critique aux nouveaux médias et aux nouvelles technologies…

Marcel Conche : “Vivre sans ordinateur ?”

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Marcel Conche est Professeur émérite de Philosophie (cf. sa bibliographie en ligne). Dans le numéro hors-série du Nouvel Observateur “Vivre branché”, il se questionne sur le fait de vivre avec ou sans ordinateur ; extrait de cet article :

“Le phénomène technologique scinde la société humaine en deux ensembles : d’un côté, les nantis, de l’autre, les indigents, et les premiers oublient les seconds. Il y a ceux qui ont un ordinateur ou n’en ont pas parce qu’ils n’en veulent pas, et ceux qui n’en auront jamais. La première est sans relation avec la seconde. A qui, en général, les savants envoient-ils des e-mails ? à des savants ; les érudits ? à des érudits ; les collectionneurs ? à des collectionneurs ; les commerçants, les industriels ? à des fournisseurs, à des clients ; les militaires ? à d’autres militaires ; les hommes politiques ? à des hommes politiques, à leurs électeurs ; les boursiers ? à des investisseurs, spéculateurs ou autres, etc., bref les riches envoient des e-mails à des riches (”riche” : qui a un ordinateur). Mais Pascal Adam m’écrit de Kaboul. Ce qu’il voit ? “Des enfants dans les rues dès cinq ans, usés, vieillis prématurément, rongés par les maladies de peau, vendant, nettoyant, portant, subissant… ; des femmes mendiantes, sous leur burka sale, exhibant leur nouveau-né quasiment mort-né, rachitique, les yeux révulsés…”.

Il y a deux planètes : la planète des riches, la planète des démunis, la planète des “avec” (avec ordinateur), la planète des “sans”. Or, comme les “avec” ne communiquent qu’avec des “avec”, ils font par là même comme si les “sans” n’existeraient pas. S’il n’y avait qu’eux, pas besoin d’associations humanitaires. Qu’il y ait des associations humanitaires est la marque de la scission de la société humaine, et qu’il y a deux planètes ou deux mondes, comme on voudra.

Voilà pourquoi j’ai un peu honte d’avoir un ordinateur (dont toutefois je ne me sers pas!), bien que n’étant pas à Kaboul ; car, de coeur, je suis avec les “sans”. Là est la vraie humanité. Les “avec” sont, à mes yeux, esclaves des fausses valeurs : honneurs, notoriété, argent, pouvoir, choses inessentielles et que le temps abolit ou efface. Les “sans” sont l’humanité souffrante.”


Source :

Conche, Marcel (juin-juillet 2006). “Vivre sans ordinateur ? Regard par Marcel Conche”, Le Nouvel Observateur, Hors-série “Vivre branché”, Paris, n°63, pp. 83

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