Jean-Luc Raymond

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samedi 18 novembre 2006

Innovation sociale pédagogique, des projets scolaires concrets porteurs de sens : prix de l'innovation éducative et Taxibrousse

L'innovation sociale peut se passer de la formalisation des Technologies de l'Information et de la Communication dans bien des projets qui visent à favoriser davantage de compréhension et de respect de l'autre.


Taxibrousse relie les pratiques Nord-Sud


L'agence de Presse pédagogique canadienne Infobourg rapporte sur son site la belle initiative de Taxibrousse, une ASBL belge (association) qui propose des stages d'entraide au Sénégal, auxquels des élèves et des enseignants de la Belgique, de la France et du Québec participent : "Taxibrousse : "Je veux aider", "je veux apprendre", "je veux partager"". Ces stages d'entraide et de formation (de 15 jours à 3 mois) pour les enseignants et les élèves font renaître chez ceux qui y participent la notion d'entraide et de partage avec des projets pédagogiques humanitaires. Ce sont 400 personnes qui sont parties depuis 2002 au Sénégal, année où le projet Taxibrousse est né de l'idée Jean-Marc Quinet. Les vécus de ces stages rapportés sur le site Internet de l'ASBL Taxibrousse témoignent de la richesse sociale des échanges.


Claude Leblanc, enseignant au Collège Beaubois de Pierrefonds (au Québec) a participé à Taxibrousse :

"Pendant cinq jours, durant leur semaine de relâche, 16 élèves de 4e et 5e secondaire et leurs deux accompagnateurs se sont envolés pour le Sénégal pour y faire de la remédiation avec les jeunes sénégalais. (...) Selon monsieur Leblanc, le plus difficile pour ses élèves a été "de revenir dans une société matérialiste où ce sont les possessions matérielles qui déterminent la valeur d'une personne, et non la personne elle-même"."


Un des prochains projets de Taxibrousse prévu en août 2007 : "Nous souhaitons mettre sur pied une petite équipe d'enseignants férus d'informatique pour former leurs homologues sénégalais".


Prix de l'innovation éducative 2006 : des actions "trans-"


Le Café pédadogique consacre un reportage au Prix de l'innovation éducative 2006 remis cette année par Philippe Meirieu à deux collèges, une école, un lycée professionnel en France. La Ligue de l'enseignement et l'association "Pour l'école" parrainent cette opération qui valorise des actions innovantes dans les domaines pédagogique et éducatif conduites dans des établissements du premier et du second degré.


Les Lauréats 2006 : l'école maternelle Pablo Picasso de Perpignan a fabriqué des jeux scientifiques pour des enfants aveugles en associant les parents d'élèves. Le collège Jean-Vilar de Grigny (Essonne) s'est illustré en montant une exposition autour du "Pendule de Foucault" avec des élèves en grande difficulté, transformant ainsi leur attitude vis-à-vis des disciplines scientifiques. Le collège Laplace à Créteil (Val-de-Marne) a construit tout un travail avec une maison de retraite : "les élèves ont écrit des textes à partir des récits de vie des personnes âgées" et d'autres collégiens en Zone d'Éducation Prioritaire ont travaillé avec des artistes de l'Opéra pour façonner un spectacle. Enfin, le lycée professionnel Croix Cordier de Tinqueux (Marne) a constitué un recueil sur les poilus reposant dans les cimetières communaux, chaque élève parrainant une tombe.


Ces projets sont porteurs de partage de savoir, de reconstitution de la mémoire et de partage entre des groupes de vie bien différents. Philippe Meirieu a décrit ces projets comme "trans-" : "transgénérationnels, transdisciplinaires, transculturels. En effet, les 4 projets lancent des ponts entre les hommes."


L'UNAF indique sur son site l'ensemble des 11 projets primés. La ligue de l'enseignement présente les lauréats 2006 et invite les écoles et les collèges à participer au Prix de l'innovation éducative 2007.

jeudi 16 novembre 2006

Café social (tendance 011)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


Ayyem Zamen (7 rue de Pali-Kao, 75020 Paris) est un drôle de lieu. Ayyem Zamen est un café social (ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 18 h et de 10 h à 17 h) implanté dans le quartier de Belleville qui accueille des migrants retraités depuis janvier 2003. L'association en donne cette définition :

"Le café social est un lieu de convivialité, de rencontre, d’échange et de solidarité. C'est un espace ouvert sur l’intégration et la citoyenneté. Il est animé par des professionnels de l'accueil, de l'écoute et de l'accès aux droits. Le café social est aussi un lieu laïc et de mixité sociale, destiné à recevoir les vieux migrants et leur tend la main, pour apaiser leur détresse, les faire sortir de la solitude et de l'oubli."


À Marseille, le Centre Social Belsunce précise le but du projet d'un café social (et également ses objectifs généraux) :

"Répondre aux attentes de ces migrants qui aspirent aujourd'hui à vieillir dans la dignité en France. Apporter une solution aux problèmes de solitude, d'isolement, de précarité, d'absence de reconnaissance et d'appui (démarches administratives, droits) des migrants."


Un café social est en projet à Grenoble. Créer un café social, c'est aussi de l'innovation sociale. A préciser que le café social  Ayyem Zamen est "un espace équipé en informatique et Internet".

dimanche 12 novembre 2006

Génération M (tendance 007)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile...


Génération M... Dans l'édition d'août 2006, le magazine américain Wired (spécialisé nouvelles technologies) reprend les propos en condensé du blog de Derek Powazek, cofondateur de JPG Magazine, qui définit sur son blog, dans un article du 31 mai 2006, la Génération M dont il se déclare faire partie : Generation M :

"What truly defines my generation - us Web geeks, iPodders, and remixers? I think we're Generation M.
M for multitask: We listen to music while surfing the Web and having four IM conversations.
M for mashup, my favorite example of multitask culture.
Finally, M for media, with emphasis on the me.
There is no corner of our lives undocumented, no niche topic left unexplored".


Patrick Giroux
 et François Guité font allusion sur leurs blogs à une acception moins large de la Génération M : les pratiques multimédia chez les jeunes de 8 à 18 ans :

"Ainsi, les médias occupent presque autant de place dans leur vie que l'école. Face à pareille compétition, celle-ci, avec les pauvres moyens qui lui sont donnés, ne peut plus rivaliser. ... Peut-être faut-il dire multimédia plutôt que media, car les jeunes vivent à l'ère de l'électronique. Ils gobent non seulement la télé, les jeux vidéo et l'ordinateur, mais aussi les lecteurs MP3, les téléphones cellulaires et les Palms."


Les deux spécialistes de la pédagogie font en fait référence à une étude américaine de la Kaiser Family Foundation publiée en mars 2005 sur les habitudes de consommation des médias par les jeunes américains de 8 à 18 ans : "Generation M: Media in the Lives of 8-18 Year-olds" (rapport complet téléchargeable ici en .pdf, 145 pages).

mardi 3 octobre 2006

Dominique Pasquier : pratiques culturelles des jeunes et technologies au sein du foyer

Dans le numéro n°4 des Grands Dossiers de Sciences Humaines (septembre 2006) consacré à la jeunesse, le journaliste Xavier Molénat interroge la sociologue Dominique Pasquier (directrice de recherche au C.N.R.S., membre du Centre d'Études des mouvements sociaux à l'E.H.E.S.S.), spécialiste des cultures adolescentes, sur une crise des transmissions de la culture. Il y est question d'autonomie relationnelle et de technologies au sein de l'habitation :

"Désormais les foyers sont des territoires clivés selon les générations, où l'on ne trouve plus d'objet culturel commun. La chambre des enfants est ainsi devenue un espace personnel (les parents frappent avant d'entrer en demandant s'ils ne dérangent pas), avec souvent tout l'éventail des nouveaux médias qui permettent d'entretenir leurs pratiques culturelles : la télévision, l'ordinateur, les jeux vidéo, Internet, sans compter évidemment le téléphone portable.
Je pense que cette individualisation, cette privatisation de la culture pour les jeunes, autorisée par les parents, financée par eux sans aucune conflictualité, est un phénomène franchement nouveau, qui contribue massivement à renforcer le poids de la culture générationnelle au détriment de celle des parents."

Source :

Molénat, Xavier (septembre 2006). Dominique Pasquier, sociologue, Culture ; une crise des transmissions (En ligne), in Les Grands Dossiers des Sciences Humaines n°4, Sciences Humaines, Paris, pp.42-43

dimanche 1 octobre 2006

Que sera l'Internet dans X années ? Quel sera le poids des personnes refusant les technologies ? De nouveaux luddites ?

Que sera l'Internet dans X années ? Chacun y va de son pronostic et l'on voit poindre des analyses qui mettent pour la première fois en avant l'idée de personnes refusant les technologies. Ce n'est pas nouveau ; les noms apposés pour caractériser ces personnes sont connotées comme des irréductibles passéistes ; exemple avec cet article du quotidien belge Le Soir (24 septembre 2006) résumant l'étude de Pew Research Future of the Internet 22020, un monde superbranché :

"Une majorité (58%) de ces experts partagent l'opinion que d'ici à 2020 des groupes de "refuznik" hostiles à la technologie feront leur apparition et que certains auront recours à des actions terroristes pour perturber le fonctionnement de l'internet, selon une étude publiée dimanche. (...) Concernant les "refuzniks et autres "techno-terroristes", Ed Lyell, un expert sur les questions de l'internet et d'éducation, souligne que chaque époque a un petit pourcentage de gens qui s'accrochent à un passé sublimé où la technologie était absente, les gens étaient auto-suffisants et avaient besoin de peu pour vivre. Ces adeptes du ludisme n'hésiteront pas à utiliser la violence pour arrêter le progrès même si celui-ci est utile, estime-t-il."

Il est fait référence ici aux Luddites, un phénomène largement relaté dans le magazine Chronic'Art de juin 2006 en parallèle avec les technologies d'aujourd'hui :

"C'est par ce nom que les ouvriers brisant les machines dans les comtés industriels anglais se désignent au début du XIXe siècle. Tiré de la figure de Ludd, un personnage mythique qui aurait détruit des machines textiles à la fin du XVIIIe siècle, le luddisme devient rapidement un mouvement d'une grande ampleur au cours duquel les ouvriers s'organisent pour détruire les procédés techniques accusés de provoquer le chômage et de diminuer la qualité des produits. Apparu en 1811 dans le Comté de Nottingham, ce célèbre mouvement d'opposition à l'industrialisation s'étend progressivement aux autres régions industrielles anglaises dans les années suivantes."

On ressent de façon de plus en plus importante un refus motivé des technologies ou tout du moins de constituer des garde-fous comme ce papier du Soir du 26 septembre le souligne : La course contre la montre des technophiles ; explicitant les résultats d'une étude Yahoo/OMD auprès de 4500 familles américaines (Yahoo! and OMD Research Shows Resurgence of Traditional Values Among Today's Tech-Savvy Families, 26 septembre 2006) :

"72% des familles utilisatrices des nouveaux médias trouvent important de passer du temps ensemble "hors technologie", par exemple de dîner ensemble chaque soir et 90% des parents sondés disent "aimer passer du temps avec leur famille". Pourtant, les nouvelles technologies sont gourmandes en temps."

La question du découpage en temps de vie de la sphère individuelle et familiale introduit fortement la composante "nouvelles technologies" comme activité nouvelle phagocytant du temps et aussi une part exponentielle du budget du foyer ; en 2004 : 115 euros pour un employé et 130 euros pour un cadre d'après l'étude de l'I.D.A.T.E. sur les usages des produits et services de communication électronique. Le refus à venir de la technologie pourrait donc aussi être lié à d'autres motifs du quotidien.

Source :

Anderson Quitney, Janna et Rainie, Lee (29 septembre 2006). The Future of the Internet II (En ligne). Pew Internet & American Life Project, Washington D.C., 115 p. (Page consultée le 1er octobre 2006)

jeudi 28 septembre 2006

Ctaconso.fr : nouveau site d'information sur la consommation destinée aux jeunes de 12 à 17 ans

L'Institut National de la Consommation (I.N.C.) a lancé, le 14 septembre, un site d'information sur la consommation destiné aux jeunes de 12 à 17 ans : Ctaconso.fr. Le but : les informer et les accompagner dans leurs choix de consommateurs avisés, responsables et vigilants. Ce site Internet a été construit avec les conseils d'organisations de consommateurs et de parents d'élèves (ALLDC, CNAFAL, CNAFC, Familles de France, FCPE, Indécosa-CGT et Orgéco).


Conçu sur un mode interactif et ludique, Ctaconso.fr propose des articles, des vidéos et 6 rubriques : "acheter malin", "mon argent", "ma santé",  "atout sport", "bien se nourrir" et "bien vu" avec des liens, des réponses à des questions et la réglementation applicable. Les jeunes sont invités à déposer leurs bons plans et témoignages. L'Institut National de la Consommation enverra des SMS "Consommer malin" aux internautes qui se seront inscrits sur le site Ctaconso.fr.


Source :

Collectif (14 septembre 2006). Ctaconso.fr (En ligne), Institut National de la Consommation, Paris, Site (Page consultée le 28 septembre 2006).

mercredi 6 septembre 2006

Fracture numérique, Inégalités d'accès et d'appropriation à Internet pour les enfants américains de 3 à 12 ans

La nouvelle étude américaine du National Center for Education Statistics "Computer and Internet Use by students in 2003" (72 pages, téléchargeable ici en .pdf) offre un panorama statistique de l'utilisation des technologies de l'information et de la communication par les élèves américains (niveau inférieur au grade 12, à partir de 3 ans jusqu'à 12 ans). On y apprend que plus de 66 % des écoliers utilisent un ordinateur et 25 % se connectent à Internet.


La banalisation de l'usage des TIC est soulignée par ce rapport qui indique toutefois des disparités importantes et la persistance d'un fossé numérique très ancré dans le monde scolaire. Ainsi, les écoliers du privé utilisent plus l'ordinateur à la maison que les moyens informatiques disponibles à l'école, ce qui est le contraire pour les enfants défavorisés. L'accès public à l'internet collectif se révèle donc indispensable pour rendre moins inégalitaire l'appropriation à l'internet.


La Presse américaine (via une dépêche de l'agence Associated Press) relève en outre dans cette étude des critères communautaires discriminatoires d'usage de l'Internet aux États-Unis. Si les populations "blanches" d'élèves sont 67 % à utiliser Internet, les hispaniques ne sont que 44 % et les populations noires 47 %. Cela pose un problème évident pour l'employabilité future de personnes issues des minorités.


Le rapport met clairement en évidence qu'un accès limité à Internet en temps réfrène l'autonomie de l'élève à acquérir des compétences numériques et informationnelles et notamment la capacité à rechercher sur Internet. L'étude indique aussi que le revenu du foyer, l'éducation des parents et la présence de 2 parents (couples) influe sur la présence d'un ordinateur au moins au sein de la sphère familiale et favorise une meilleure appropriation de l'utilisation de l'Internet. Aux États-Unis, chez les enfants, on n'observe plus de différences dans des obstacles à l'utilisation de l'ordinateur pour les filles.


De même, les écoles publiques combinent une utilisation hors ligne et en ligne de l'ordinateur ce qui est beaucoup moins fréquent dans les écoles privées favorisant l'utilisation prépondérante de l'internet. Enfin, l'internet à usage scolaire est seulement l'une des composantes de l'utilisation de l'ordinateur pour les enfants, tout comme le courrier électronique, la messagerie instantanée et les jeux vidéo.


Source :

Chapman, Chris & DeBell Matthew (September 2006). Computer and Internet Use by Students in 2003 - Statistical Analysis Report (En ligne), Institute of Education Sciences, National Center for Education Statistics, U.S. Department of Education, Washington D.C., Report, 72 p. (Page consultée le 6 septembre 2006)

dimanche 20 août 2006

Daniel Thoulouze : le besoin de “relais” de la connaissance est donc crucial

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Daniel Thoulouze est directeur de recherche au C.N.R.S. et directeur du Conservatoire National des Arts et Métiers (C.N.A.M.) à Paris. Dans le numéro de juillet-août 2006 du Monde de l'Éducation intitulé “Penser les savoirs du XXIe siècle”, Daniel Thoulouze répond aux questions du journaliste Marc Dupuis.


Daniel Thoulouze s’exprime sur l’engouement pour les nouvelles technologies qui ont envahi nos vies. En parallèle, on constate un dédain pour la culture technique ; extraits :

“Quasiment absentes des voies générales, les technologies sont ce qu’on laisse à un élève qui semble ne pas présenter suffisamment de dispositions pour la conceptualisation… Il y a un enjeu d’intérêt national à enrayer la dévaluation de l’enseignement technique et à y voir une voie de réussite, parce qu’il y a des débouchés professionnels à la clef de cet enseignement et parce qu’il est un excellent instrument d’intégration : quel que soit leur milieu d’origine, tous les jeunes sont égaux devant les techniques. Dans leur vie, les jeunes, même les plus installés dans la réussite scolaire, sont très attirés par les techniques - portables, musique, sports -, qui reposent sur des prouesses technologiques. (…)

Plus les progrès sont intenses, moins l’accès de tous à un niveau utile de connaissance pour exercer son jugement est réaliste. Le besoin de “relais” de la connaissance est donc crucial. C’est là que les structures culturelles ont un rôle important à jouer de façon indépendante de l’enseignement. Il est urgent de rétablir la confiance dans les scientifiques et les ingénieurs, de mettre un terme aux polémiques sur les enjeux de l’avenir. On peut mieux faire comprendre aux citoyens les longs processus longs de la recherche et ses méthodes de travail pour redonner de la grandeur au débat scientifique.

L’histoire des techniques est importante. Elle permet de retracer toute la richesse de l’inventivité humaine, de faire comprendre que les innovations naissent dans des sociétés qui savent les favoriser, que les progrès ne tombent pas du ciel et que toujours, c’est l’homme qui est derrière.”


Source :

Dupuis, Marc (juin-juillet 2006). "Daniel Thoulouze : “Montrer et surtout expérimenter”", Le Monde de l’Éducation, Paris, n°349, pp. 50-51  

dimanche 6 août 2006

Céline Metton : internet chez les adolescents et questionnements identitaires

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Dans un article pour la revue scientifique Réseaux (n°123, Volume 22, 2004), Céline Metton (chercheuse au Laboratoire Usages, Créativité, Ergonomie de France Télécom Recherche & Développement) s’intéresse à montrer que l’internet est devenu un important support de la socialisation horizontale et de la construction des très jeunes adolescents au collège.


Céline Metton note que la communication par les nouvelles technologies, moins engageante et plus individuelle, permet de décloisonner en partie la barrières de la mixité qui résident dans l’enceinte du collège et relève que l’anonymat de l’internet constitue un allié de poids pour la construction identitaire des uns et des autres pour répondre à leurs questionnements identitaires. Extrait de cet article de Céline Metton titré : “Les usages de l’internet par les collégiens. Explorer les mondes sociaux depuis le domicile” : 

“Si l’on se place du côté des préadolescents et que l’on cherche à comprendre leurs pratiques avant de les juger, les usages de l’internet nous en disent beaucoup. Bien plus qu’un loisir ou une simple source d’information, ils participent à leur processus de socialisation et de construction identitaire, au sens qu’en a donné Margaret Mead. Pour Mead, la construction du Soi s’affirme lorsque l’enfant acquiert une autonomie relative à l’égard de ses premiers “autruis significatifs”, ses parents. En remontant d’autres groupes et d’autres mondes au cours de ses expériences sociales, le jeune découvre de nouvelles valeurs et références : il s’aperçoit alors que le modèle familial n’est pas “le seul monde existant et concevable, le monde tout court”, et il cherche alors à s’en distancier pour construire son identité individuelle propre.

Les pratiques de communication jouent un rôle certain dans cette période charnière du processus de construction identitaire. Elles sont tout d’abord un vecteur d’autonomisation pour le préadolescent vis-à-vis de ses parents : négocier les règles avec eux, les transgresser, c’est se construire et se percevoir comme un individu ayant certains droits et capable de les faire valoir, et s’éloigner de l’enfance. Par l’internet, les plus jeunes découvrent d’autres mondes que l’univers familial, des modèles différents qui leur permettent de construire leurs propres critères de jugement. Sur le chat, ils participent notamment des préoccupations et des références communes, qui participent à la fois à l’élaboration de leur identité collective, et à leur construction singulière. La communication individualisée et neutralisée garantie par l’internet permet enfin aux plus jeunes d’échapper aux contraintes normatives de leur monde social - notamment aux normes sexuées, et d’affronter certains questionnements avec plus de facilité.

Il ne s’agit toutefois pas de surestimer le rôle de l’internet dans le quotidien des préadolescents. Rappelons tout d’abord que cet outil occupe une place certes importante dans leurs loisirs, mais non centrale. Les jeunes en ont un usage fréquent mais néanmoins modéré, et la pratique télévisuelle demeure leur divertissement privilégié. Surtout, la communication par l’internet ne saurait suppléer l’attrait des activités de groupe et des interactions de face-à-face, comme en atteste d’ailleurs la difficulté à maintenir des relations à distance sans rencontre physique. L’internet offre plutôt une modalité de communication complémentaire particulièrement fluide, qui permet de s’extraire des difficultés pour mieux les affronter par la suite. Cet espace est un lieu d’expression libérateur, qui ne contient pas intrinsèquement de solutions, de valeurs ou de repères : il permet simplement de faire circuler des idées et opinions diverses, parmi lesquelles les jeunes devront faire leur choix, armés de leurs capacités de discernement.”


Céline Metton a publié un article scientifique très intéressant (disponible en .pdf) en amont de ce papier pour Réseaux : “Le rôle des nouveaux outils de communication dans le renouvellement des formes de sociabilité et de socialisation des préadolescents”, Communication présentée par Céline Metton aux “premières Rencontres Jeunes et Société en Europe et autour de la Méditerranée, Marseille, 22-23 et 24 octobre 2003 ; résumé :

“Internet et le téléphone portable ont contribué à l’évolution de la sociabilité des préadolescents vers un mode de liens quasi continus, soutenus par des échanges brefs et fréquents. Cette nouvelle modalité de relation, très liée à un souci de rationalisation des coûts de communication, permet en fait aux jeunes d’asseoir une certaine autonomie relationnelle, aussi bien vis-à-vis de leur famille que de leur groupe de pairs. Ces nouveaux moyens de communication se présentent également comme de nouvelles ressources pour répondre à leurs questionnements identitaires.”


Source :

Metton, Céline (2004).  “Les usages de l’internet par les collégiens. Explorer les mondes sociaux depuis le domicile”, Réseaux, Paris, n°123, Volume 22, pp.81-82.

dimanche 7 mai 2006

Nidouillet, café des enfants social et solidaire à Caen avec 6 blogs pour expliquer et présenter le projet

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Il y avait déjà le Cafézoïde à Paris qui est un modèle du genre. Alexandra Blanchon, maman d'une enfant de 6 ans, s'est inspirée de cette expérience réussie du café pour enfants associatif parisien pour créer à Caen (17 rue des Boutiques. Tél. : 06 12 96 87 88), un lieu de convivialité-café intitulé "Nidouillet" au sens social du terme où les enfants accompagnés des parents peuvent pratiquer des activités d'éveil conçues et élaborées ensemble dans le respect de règles comme la libre expression, la démarche participative, l'éco-citoyenneté, le commerce équitable…


L'idée d'Alexandra est née après la naissance de sa fille où elle s'est retrouvée avec d'autres mamans pour échanger sur leurs pratiques éducatives et artistiques. Ce déclic leur fera créer l'association Carte Blanche (animation des temps du midi à l'école). Alexandra va suivre dans la foulée une formation auprès de la couveuse d'entreprise de l'Université de Caen pour affiner son projet.


L'ARDES (Association Régionale pour le Développement de l'Economie Solidaire) l'a soutenu en 2004 pour la création d'un café des enfants nomade lors des journées du développement durable à Louvigny (Picardie) qui rencontre un grand succès et génère un partenariat avec une galerie d'art.


Le Café des Enfants "fixe" Nidouillet a vu le jour le 17 mars à Caen, dans le quartier de la Folie-Couvrechef. Alexandra a mobilisé 24000 Euros via des partenaires privés (Fondation Vinci, Fondation JM Bruneau) et publics (Direction Régionale Jeunesse et Sports, Ville de Caen, Région de Basse-Normandie) et a loué un local au pied des immeubles. Au 1er trimestre 2006, se poursuivent les travaux d'aménagement des locaux avant l'ouverture.


L'adhésion annuelle (1 Euro par enfant, 5 Euros par adulte) permet aux participants d'accéder au "bar" et aux activités libres en journée. Les associations du quartier participent à l'animation du lieu tout comme les parents qui imaginent des activités et partagent leur savoir-faire lors d'une matinée "boîte à outil". Ce sont les petites et grandes idées qui font fonctionner Nidouillet.


Solidaire "numériquement", le café pour enfants Nidouillet a décidé de ne pas créer de site internet mais de communiquer sur ses activités via un réseau de 7 blogs qui montre le dynamisme de la structure et son attachement à des valeurs d'expression et de transparence sur Internet :

- Nidouillet présente le programme d'activités et les nouveautés du café associatif pour enfants,

- Fonctionnement pour savoir comment marche le Nidouillet,

- L'Association qui propose en ligne les statuts de Nidouillet,

- Exposition et produits : "dans le café des enfants, les murs sont expos et un coin pour le commerce équitable et commerce artisanal",

- Le Journal des enfants : "tous les jours le lieu sera vécu par vous, par les enfants et nous, voici le journal semaine par semaine du Nidouillet",

- Des Partenaires : "le Nidouillet sans ses multiples partenaires n'existerait",

- et l'Histoire de l'aménagement de Nidouillet : La construction d'un lieu : "voici le Nidouillet qui se construit au jour le jour".


Sources :

Associated Press (3 avril 2006). “Un Café pour les enfants ouvert en France” [En ligne], Cyberpresse, Montréal, 1 p. (Page consultée le 7 mai 2006)

Zazial, Christiane (6 novembre 2003). “Un café pour les enfants : Le Cafézoïde”  [En ligne], France 5 Les Maternelles, Paris, 1 p. (Page consultée le 7 mai 2006)

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