Jean-Luc Raymond

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lundi 12 février 2007

Article de synthèse sur le Web 2.0 pour le journal de TechnofuturTIC

Je viens de rédiger un article de synthèse de 4500 signes (3 feuillets) sur le Web 2.0 pour le prochain numéro du journal professionnel trimestriel papier du Centre de Compétences TechnofuturTIC en Wallonie (Belgique) qui est diffusé à plus de 10 000 exemplaires.


Objectif : présenter les caractéristiques du Web 2.0, un panel d'application et de services phare avec une mise en perspective. Titre de ce papier : "Web 2.0, nouveau paradis du Net ou ère de l'internaute Roi lambda ?" ; extrait :

"La masse mondialisée d’internautes permet d’alimenter des services où l’on mesure la popularité des articles de sites Internet les plus cités (technorati.com), où l’on rentre en contact les uns avec les autres par affinité via des centres d’intérêts privés (se faire des amis avec myspace.com) ou professionnels (linkedin.com), où l’on situe ses actions ou ses lieux de vie sur des cartes en ligne (maps.google.fr) et où l’on se présente comme un individu participant activement à agréger du contenu d’autrui (ziki.com).
L’internaute est bien plus qu’un contributeur : il catégorise, valorise et trie l’information. Il est aussi un « consomacteur » convoité (
askville.amazon.com, zlio.com)."

lundi 5 février 2007

Virtual commerce (tendance 052)

La rubrique tendance, c'est un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


Sur son blog marketing, Vanina Delobelle emploie l'expression Virtual commerce dans un contexte particulier, celui du monde virtuel Second Life : "Le virtual commerce vous connaissez ?" :

"(...) On connaissait le e-commerce, le m-commerce (...) mais maintenant il existe le virtual commerce ! Alors pour ceux qui ne sont pas familiers avec ce jeu (...), on est dans un monde virtuel. Mais ce qui est intéressant dans ce monde c'est qu'on peut acheter en "vrai". Ainsi il est possible d'acheter des ordinateurs Dell, des voitures Toyota ou encore une cannette de Coca. Vous configurez en ligne, dans le jeu, le produit que vous souhaitez acheter et ensuite votre monnaie virtuelle sera changée en vrais dollars et vous pourrez acheter directement sur le site du marchand. C'est comme ça que plus de 1,2 millions de dollars de transactions sont effectuées par jour à travers Second Life (...)."


Michel Leblanc évoque ce même terme dès novembre 2006 dans son article : "Le 3D est le futur du Web" :

"cNet a pris pied dans Second Life, de même qu’IBM qui a décidé d’investir massivement dans le jeu. Ils (IBM) ont même inventé un nouveau terme, le v-commerce, pour Virtual commerce. Ils ont déjà 230 employés à plein temps dans l’univers ainsi que plusieurs îles d’expérimentations."


Le 21 janvier 2007, le blog thématique Luxus publie un papier sur l'arrivée de la marque Dior sur Second Life en réemployant l'intitulé Virtual commerce :

"Grande nouvelle dans le domaine du vi-commerce (virtual commerce), Dior est la 1ère marque de luxe à faire irruption dans le monde de 2nd life, auprès de 2.5 millions d’avatars. Sur l’île Belladone, et ce jusqu’à fin juin, seront exposées 4 des 17 pièces de la nouvelle collection créée par Victoire de Castellane."


Le terme Virtual commerce trouve ainsi une nouvelle dénomination. Dans son sens premier, c'est l'un des termes anglais désignant le commerce électronique comme le rappelle le titre de l'ouvrage suivant sur la nouvelle économie : Evans (Philip), Wurster (Thomas), Getting real about virtual commerce, Harvard Business Review, Boston, novembre-décembre 1999 ou encore la page sur l'Electronic commerce de l'Office Québécois de la Langue Française.

Le capital humain engendre l'innovation

La dernière édition d'Innovation européenne, magazine de la Commission Européenne (édition de janvier 2007), propose un article très intéressant intitulé : "Comment le capital humain engendre l'innovation" qui reprend des résultats d'une récente étude de Peer Ederer, Philipp Schuller et Stephan Willms (du groupe de réflexion allemand Deutschland Denken) : "Innovation at Work: The European Human Capital Index" (à télécharger ici en .pdf, 24 pages).


Ce rapport indique que les pays Européens doivent consentir d'importants efforts pour aider au développement des compétences et connaissances des citoyens ; extrait :

"Le capital humain représente beaucoup plus que le niveau d'éducation et le savoir-faire professionnel qu'on reçoit dans les écoles et les universités. Le capital humain englobe aussi les compétences culturelles et les normes sociétales que l'on inculque aux enfants à la maison, l'éducation informelle que les adultes acquièrent volontairement durant leur vie, ainsi que l'apprentissage constant qui accompagne les changements dans l'environnement de travail.

Donc pour appréhender le potentiel d'inventivité d'une société - et la croissance économique qui peut résulter de cette capacité d'innovation - il est nécessaire de prendre en considération chacune des cinq composantes du capital humain : l'éducation parentale, la scolarité, l'enseignement professionnel/universitaire, la formation des adultes et l'éducation sur le lieu de travail. (...)

Il y a lieu d'envisager le lien entre le capital humain et capacité d'innovation dans un sens beaucoup plus large que le seul niveau d'éducation reçu dans les écoles et les universités, ou le volume d'investissement dans la R&D et les installations high-tech."


Peer Ederer est membre de The Innovation and Growth Academy, un groupe international de chercheurs et d'acteursde terrain qui ont pour sujet de prédilection : l'innovation.

Concours innovation et développement durable de la Fondation Macif du 1er janvier au 31 mars 2007

La Fondation MACIF lance un concours ouvert exclusivement aux entreprises d'économie sociale : mutuelles, coopératives et associations. Le but, encourager les initiatives innovantes en matière de développement durable.


Les entreprises candidates seront classées en deux catégories : d'une part celles qui ont 6 mois d'existence au maximum au 30 juin 2007, et d'autre part, celles créées depuis plus de 6 mois à la même date du 30 juin 2007. Des prix seront attribués par catégorie pour chaque région et un prix national récompensera un projet par catégorie.


Pour être sélectionné, le projet devra satisfaire aux critères de création ou de consolidation d'emploi, être original et innovant mais également agir sur les trois piliers du développement durable :

  • le développement économique,
  • le progrès social,
  • la protection de l'environnement.

Renseignements, dossiers de candidatures et règlement complet sur le site Internet de la Fondation MACIF.

lundi 29 janvier 2007

Second Life, jusqu'où ira la fascination médiatique actuelle pour l'univers virtuel Second Life ?

Le samedi 20 janvier, Metropolis, l'émission hebdomadaire d'actualité culturelle de la Chaîne TV ARTE, a consacré un reportage de présentation sur le monde virtuel Second Life (à visionner ici, 5 mn 34 s), un univers persistant qui bénéficie actuellement d'une couverture médiatique mondiale très porteuse lui assurant une visibilité étonnante et un engouement certain dans une frénésie de communication produisant un effet de mode. A la fin du reportage, le journaliste pointe son propos sur certaines limites de Second Life :

"Linden Lab (la société éditrice de Second Life) s'est assurée par contrat tous les droits de régulation des échanges. Linden Lab ne fixe pas seulement les cours, mais aussi le montant des échanges et le délai pendant lequel on peut changer. Linden Lab est la banque mondiale du monde virtuel de Second Life ce qui fait que la partie pourrait bien finir soudainement. Les résidents du jeu en discutent entre eux. Être connecté à l'économie réelle implique certains risques pour le monde virtuel.

Le professeur Winfred Kaminski (Haute Ecole de Cologne, Institut de Recherche des médias) ajoute : "J'ai l'impression que c'est un peu comme le système des chaînes. Je crains que les derniers arrivants y laissent des plumes. Certains peuvent bien évidemment y tirer profit, mais il faut que quelqu'un paye parce que Second Life vit d'espérances. Bien sûr, les espérances font partie de l'économie, mais elles doivent à un moment ou à un autre être exaucées. J'ai peur que pour certains, le réveil soit douloureux. Si les joueurs participants du monde entier veulent transformer leur Linden Dollars en vrais Dollars, nous aurons ce qu'on appelle un crash et la bulle éclatera"."


Sur son blog, l'artiste et philosophe Gregory Chatonsky évoque aujourd'hui Second Life sous l'angle critique d'une façon brillante : "La Seconde fois" :

"Si Second Life a un tel succès médiatique, alors qu’il n’est pas très différent d’Alpha World par exemple, c’est sans doute que l’idéologie technologique a repris espoir avec la seconde vague Internet. Il n’est pas ici question d’innovation technologique mais simplement d’un contexte économique qui permet ou non l’articulation des techniques et des matières et donc l’imaginaire (puisqu’il s’agit de cela) de se développer. Les technologies sont dans une relation de dépendance aux discours qui sont eux-mêmes le produit d’une économie qui elle-même est le fruit d’une spéculation langagière (je te fais croire à mes mots et tu me fournis des investissements pour réaliser mon langage et faire advenir la réalité économique que j’ai anticipé).

Le caractère médiatique de SL reprend les vieux arguments des années 80 et 90 sur la réalité virtuelle et réalise fantasmatiquement la promesse du cyberespace de Gibson: caractère fascinant d’une communauté numérique, effroi devant les risques des abîmes numériques, dénonciation de la coupure psychotique entre la vraie réalité et cette réalité de simulacres (www.getafirstlife.com), etc. Autant de concepts qui plongent de lointaines racines dans notre tradition occidentale et dans la dénonciation de la représentation et de l’image.

Le fait que les médias eux-mêmes aient dénoncés le caractère factice de la surmédiatisation se laissant intoxiqués par le service de communication de Second Life (nombre d’habitants surestimés, gain financier imaginaire, etc.) ne doit pas nous cacher que c’est tout un discours déjà entendu qui se redéploye. Second Life est donc un Second Discours, un goût de déjà-vu (Matrix). Les technologies elles-mêmes se recyclent et l’innovation contemporaine n’est plus celle moderne, elle n’est pas un inanticipable, elle est une revenance."

Tirer profit de la dynamique communautaire sur internet par Manuel Da Rocha (livre blanc)

Manuel Da Rocha (Sopra Business Consulting Group) a publié courant 2006 un livre blanc de 37 pages très intéressant : "Tirer profit de la dynamique communautaire sur internet" (téléchargeable ici en .pdf).


Ces deux dernières années, le développement renouvelé des communautés en ligne ne pouvait pas désintéresser le monde de l'entreprise. Pour le privé, participer à la vie d'une communauté sur Internet, c'est s'inscrire dans une stratégie marketing et commerciale spécifique, qui demande des compétences particulières et une gestion de projet adaptée. La dynamique communautaire demande d'abord a être comprise (clés de lecture) avant de s'engager dans une démarche commerciale et d'une solution de type communautaire.

"Il y a une différence fondamentale entre une action de marketing relationnel et l'animation d'une communauté en ligne : la première utilise la relation comme un moyen de toucher sa cible en collectant au passage toute l'information possible ; la seconde fait de la relation son objectif et de l'authenticité du lien son moyen, pour générer indirectement une meilleure connaissance des individus. Dans cette nouvelle donne, l'entreprise doit savoir perdre une partie du contrôle unilatéral de la relation qui l'unissait jusqu'à présent à son client, et doit au contraire s'attacher à respecter ses valeurs et les rites de la dynamique communautaire auxquels il adhère. Toute action marketing qui voudrait faire de la relation un moyen - et non pas un objectif - entrainerait un rejet immédiat de la part des membres de la communauté."


En présentant une typologie des communautés et l'aspect communautés vs. entreprises, le livre blanc "Tirer profit de la dynamique communautaire sur internet" de Manuel Da Rocha place l'aspect de réseau social sur Internet au coeur de la démarche Internet de l'entreprise pour développer son marché. Via Info TechArt 2.0 par Luc Fayard.

Folksonomies géographiques (tendance 051)

La rubrique tendance, c'est un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


Il faudra s'y faire : les folksonomies deviennent géographiques. En clair, on peut désormais présenter sur une carte sur Internet, les mots-clés (tags) qu'on a associés à des photos postés sur une plateforme. Ce projet expérimental développé par Yahoo s'appelle TagMaps utilise la base cartographique Navteq et des clichés extraits de Flickr mais on imagine facilement l'intégration de systèmes tels Delicious ou Digg.


Il y a donc 3 niveaux d'associations imbriquées : le lieu de prise de vue de la photo (coordonnées géographiques), les mots-clés personnalisés affectés à l'image et la situation géographique representée sur le support médiatique Internet. TagMaps permet de naviguer sur la carte et de rechercher des photos par mots-clés et par lieu et de les pré-afficher sur le côté avec des vignettes. On peut explorer cette carte mondiale de jour et de nuit.


Evidemment, on imagine des classifications collectives cartographiques qui seront pertinentes ou non dans une sorte de tryptique Internet ou bien une recherche multi-critères à 3 facettes. Plus d'explications sur TagMaps à cet URL (notamment le module de recherche World Explorer et l'application ZoneTag qui permet de poster des photos sur FlickR à partir d'un téléphone portable et de la géolocaliser). Via Social-Computing.

dimanche 28 janvier 2007

Constructions durables Aquitaine, site Internet du Centre de ressources construction et aménagement durable en Aquitaine

Capitaliser les informations dans le développement durable sur Internet devient un enjeu de poids tant les savoirs dans ce domaine semblent épars. En outre, les français ont été peu sensibilisés jusqu'à maintenant par les pouvoirs publics aux bons gestes pour sauvegarder l'environnement et avoir une démarche globalement responsable tout au long de la vie.


Internet investit ce champ et en particulier les collectivités territoriales qui au-delà d'une politique d'Agenda 21 ("projet de développement durable, conçu à l'échelle d'un territoire") mettent en place sur leurs sites des informations en premier lieu relatives au recyclage des déchets et aussi à de bonnes pratiques responsables.


Plus rares, les initiatives régionales thématiques exemplaires tel le nouveau site Internet Constructions Durables Aquitaine (Centre de ressources construction durable et aménagement durable en Aquitaine) lancé le 16 janvier 2007 par la Région Aquitainel'Ademe Aquitaine et Nobatek (centre de recherche technologique spécialisé dans la construction durable) avec pour double objectif :

"1) Informer sur les démarches environnementales dans la construction et l’aménagement afin de promouvoir leur application en Aquitaine, en proposant une information claire et structurée sur les démarches et leurs avancées : mise à disposition de références (bibliographie), d’outils, agenda, etc.

2. Capitaliser et illustrer par l’exemple en créant un observatoire des opérations en Aquitaine. Certaines de ces opérations sont analysées de manière détaillée afin de mettre en avant les solutions techniques mises en place pour répondre aux problématiques posées."


Ce site est donc destiné aux institutions, collectivités locales, aux professionnels du bâtiment et au grand public pour répondre à la question  : Comment construire durablement en Aquitaine ? Un enjeu de taille lorsqu'on sait que le secteur du bâtiment représente en France : 46 % des consommations énergétiques, 25% des émissions de CO2, 16% de nos consommations d’eau et plus de 31 millions de tonnes de déchets par an...

Sobjet (tendance 050)

La rubrique tendance, c'est un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


Sylvain Héraut a suggéré par courrier électronique, le néologisme "sobjet". Le 6 janvier 2007, le mot est employé par Vicente Verdu, économiste et journaliste espagnol, auteur de l'ouvrage à paraître "Moi et toi, objets de luxe", à l'occasion d'un entretien publié dans le quotidien Libération : "Le consommateur est devenu critique et conscient de ses droits" où il est question de la figure du consommateur dans la société occidentale :

"Selon vous, cette culture de la consommation a créé une nouvelle figure, à la fois sujet et objet, le «sobjet». Expliquez-nous.

Nous sommes dans un espace général où croît la subjectivité de l'objet, tout comme l'objectivité du sujet. D'où cette créature hybride du «sobjet». On peut donner l'exemple de la relation homme-femme. Fini l'équation l'homme-sujet et la femme-objet. La femme est devenue protagoniste, et l'homme jouit de la satisfaction masculine d'être objet de désir. Dans le monde des marques, même phénomène. Auparavant, les produits n'avaient que des propriétés pratiques ; désormais, ils véhiculent des histoires et des sentiments. «Dessiné pour les sens», dit le slogan de Nokia pour son portable 8800, car les objets naissent aujourd'hui avec la mission de nous séduire, de nous occuper et nous accompagner. Les produits ont aujourd'hui de l'éloquence, ce sont des personnalités. La mascotte est le prototype du «sobjet», le chien de compagnie étant à la fois sujet et objet. De la même façon, les relations humaines relèvent de cette notion mixte. L'autre est à la fois protagoniste et instrument. C'est une sorte d'humanisme utilitariste et affectif. L'autre n'est ni transcendantal ni esclave, il est un mélange des deux."


En Espagnol, on parle de Sobjecto qui est d'ailleurs un personnage de théâtre dans "Mujerfranquicia", une pièce expérimentale de Raquel Tomàs (2006) :

"Quatre personnages cherchent à tirer un rendement optimal d’eux-mêmes et de tout ce qui les entoure. La Mujerfranquicia (La Femmefranchise) ne sait pas qui elle est, mais tout le monde veut lui ressembler. L’Hombreaplazos (L’Hommeàéchéances) ne sait pas ce qu’il veut, mais investit toujours à terme. La NiñaOmega3 (La FilleOméga3) ne sait pas parler, mais elle n’arrête pas de poser des questions. El Sobjeto (Le Sobjet) ne sait pas ce qu’il vaut, mais il achète tout. Quatre velléités de super héros réunies dans le même chapitre d’une histoire éternelle."

Bernard Stiegler, Internet, télécratie, contributions, participativité et démocratie

Le philosophe Bernard Stiegler est de plus en plus présent dans l'émission "Ce soir ou jamais" de France 3. Le mardi 23 janvier, il s'est exprimé sur la puissance de l'Internet en particulier dans l'importance des contributeurs internautes dans le débat démocratique. Voici la transcription de ses propos sur les nouvelles technologies dans le cadre de cette émission :

"Je crois qu'Internet est un phénomène très très important qui ne fait que commencer et qu'il faut garder de juger ce qu'il se passe sur Internet avec le très peu de recul historique dont nous disposons. En revanche, je crois qu'il s’y passe des processus participatifs. Je n'oppose pas participation et représentation. La représentation est un processus de délégation. Si par exemple, on regarde ce qui se passe sur Wikipédia qui est quand même un phénomène très intéressant. C'est une encyclopédie que beaucoup regardent de très haut, universitaires ou professeurs, écrivains et intellectuels ou avec mépris. Beaucoup la regardent de haut, mais beaucoup la pratiquent aussi, l'utilisent. L'encyclopédie Wikipédia est un média extrêmement intéressant qui est en reconfiguration permanente et où chacun peut modifier un article qu'il est en train de lire, avec un contrôle bien entendu puisqu'il y a des responsables de rubriques. Et là, on voit comment quelque chose de très intéressant se produit, qui est arrivé aussi dans une association que je préside qui s'appelle Ars Industrialis, où les internautes veulent contribuer aux choses.


La différence entre le média Internet et les grands médias de masse que nous avons connus comme la radio et la télévision, c'est que dans ces médias de masse, il y a une opposition entre les producteurs d'un côté et les consommateurs de l'autre. Sur Internet, il n'y a pas de consommateurs. Il y a des participants, des contributeurs et c'est un processus d'un type tout à fait nouveau. Ce processus est extrêmement intéressant parce qu'il manifeste que les gens ont besoin d'exister, de pouvoir vivre collectivement, d'échanger et qu'il y a là une possibilité de développement tout à fait nouvelle.


Ici, il est très intéressant de faire un rapport entre ce qui se passe sur Internet par rapport à l'information et d'une façon plus générale, le fait que dans la société industrielle contemporaine, l'opposition entre production et consommation, pas simplement dans le domaine de l'internet, commence à devenir problématique.


Sur Internet, un phénomène s'est développé déjà depuis une quinzaine d'années : la production open source, en particulier le monde de ce qu'on appelle le logiciel libre. C'est un modèle industriel nouveau et un modèle économique nouveau. Un logiciel libre est développé par les utilisateurs du logiciel. Ses sources de développement sont ouvertes à tous. Tout le monde peut contribuer à l'évolution du logiciel et les gens en pratiquant le font évoluer et donc existent aussi à travers le développement de ce logiciel. (...)


Ceci, c'est un nouveau projet industriel, un nouveau projet politique, un nouveau projet économique, un projet technologique. Il faut développer les technologies pour cela (...) C'est un enjeu fondamental des décennies qui viennent. Il faut que la société se mobilise pour obliger les candidats à l'élection présidentielle à développer une politique dans ce domaine.


Il faut bien se rendre compte qu'il y a la convergence des technologies, donc convergence d'Internet (France Télévision a un site Internet ; toutes les chaînes de télévision ont un site Internet).


Sur Internet, on voit apparaître l'autoproduction vidéo. L'écrit a repris une seconde vie et c'est très bien aussi que les gens fassent des images et apprennent à manipuler les caméras. Tout ça est en train de se développer et produit la convergence du numérique, convergence entre les télécommunications, l'informatique et l'audiovisuel. C'est colossal, les transformations qui se produisent là, sans parler de ce qu'on appelle les microtechnologies et, derrière les nanotechnologies. Toutes ces technologies des objets communicants, ce sont d'énormes vagues de transformations qui sont en train de se produire. Il faut regarder cela de très très près et les pratiques des individus.


Il faut voir la vitesse à la quelle s'est socialisé internet. Il faut se souvenir qu'il y a 15 ans, Internet n'existait pas. Aujourd'hui, nous pratiquons pratiquement tous de près ou de loin. J'y passe 7, 8 heures par jour devant Internet. Je travaille avec et des centaines de milliers de gens travaillent avec Internet. C'est quelque chose qui va se développer encore beaucoup plus que tout ce que nous pouvons imaginer et il est fondamental de repenser la société industrielle par rapport à cela.


Je pense qu’Internet va transformer très profondément la vie politique. Je crois que ça va conduire à une participativité, à une implication, à une contribution des gens beaucoup plus grande dans la vie politique et c'est une très bonne nouvelle. Il s’est produit une coupure pendant les dernières décennies du fait des médias de masse qui ont produit des courts-circuits dans l'individuation collective, à travers le fait que la radio et la télévision, les médias se sont substitués aux appareils démocratiques (ce que j'appelle la télécratie). Internet permet d'imaginer une relance de la démocratie. Ce peut être aussi un outil de manipulation beaucoup plus fort aussi."

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