Jean-Luc Raymond

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dimanche 1 novembre 2009

La jetabilité au sein de la société, Bernard Stiegler

Le 25 octobre, dans l’émission Le Temps de le dire sur Europe 1, le journaliste Pierre Louis-Basse a dialogué avec « Un philosophe, un homme rare et précieux, Bernard Stiegler qui donne les clés du passage à la philosophie. Il nous donne le désir d'aimer ce monde pourtant si violent, de le comprendre aussi, de l'affronter et c’est passionnant. » Voici un large extrait de ce mini-entretien :

Pierre-Louis Basse : Le métier de philosophe, c'est vivre avec les idées, la pensée et la société. C'est un acte compliqué de contraintes, un grand effort, le fait d'aller vers la philosophie ?

Bernard Stiegler : Il y a deux façons d'aller vers la philosophie. La philosophie telle que la connaissent la plupart des gens, c'est un cours qui se passe en dernière année du lycée, ce qu’on appelle la terminale et c'est une activité scolaire. Il y a une autre façon de faire de la philosophie qui est plutôt un mode existentiel. Tout à l'heure Jacques Weber parlait du théâtre comme une façon de prendre soin de soi-même et des autres ; la philosophie, c'est du même acabit. La philosophie, cela dit, est née en Grèce dans un contexte de conflit, de combat. On ne le dit pas assez. Les philosophes se sont des gens qui se sont élevés contre une dégradation de la vie collective, de la cité Grecque et donc, dans ma conception, la philosophie c'est d'abord une lutte que l'on mène dans l'espace public.

Pierre-Louis Basse : Vous nous dites : Attention, n'évacuez pas la philosophie, ne vous contentez pas des bavardages savants, souvenez-vous de Socrate qui en est mort. La philosophie doit être au centre de la société. Finalement, de nos préoccupations y compris politiques ?

Bernard Stiegler : Surtout en ce moment. Tout le monde a bien pris conscience depuis un an, depuis la crise de 2008 que nous sommes dans une situation mondiale, planétaire où le destin de l'humanité est entre ses mains. Donc, il est absolument essentiel si on veut que les choses s'arrangent, ce qui n'est absolument pas du tout gagné évidemment, qu'une nouvelle intelligence collective se développe au niveau international et cela, ça suppose de lutter contre ce que j'ai appelé, dans un petit livre récemment, la bêtise systémique.

Qu'est-ce qui s'est passé l'année dernière, précisément au mois d'octobre 2008 lorsque General Motors a décroché, lorsque Ford a décroché, etc. C'est un modèle industriel qui a un siècle qui s'appelle le consumérisme qui s'est effondré pour des raisons qu'il faudrait analyser très en détails. Il s'est effondré en grande partie parce qu'il a reposé sur un contrôle des comportements qui a amené les gens de plus en plus à être soumis à la pression du marketing et à ne plus avoir leur propre existence en main. Par exemple, les parents savent très bien qu'aujourd'hui le marketing est beaucoup influent sur leurs enfants qu'eux ne le sont eux même.

Ceci est une situation dont maintenant nous sentons qu'elle ne peut pas durer. D'abord parce qu'elle produit de la toxicité, du CO2. Elle pollue la planète. C'est ce que les économistes appellent des externalités négatives c'est-à-dire des phénomènes d'empoisonnement qui ne sont pas supportés par les acteurs économiques qui les produisent mais qui sont supportés par tout le monde. D'autre part, elles induisent des phénomènes comme la perte d'attention chez les enfants, des situations qui sont extrêmement dangereuses.

Pierre-Louis Basse : Est-ce que c'est une partie visible de l'iceberg, de la souffrance qui existe au travail ?

Bernard Stiegler : Absolument, il y a un phénomène de destruction de toutes les motivations. Qu'est-ce qui s'est passé ? Le consumérisme qui repose sur une obsolescence toujours plus grande des produits, une jetabilité toujours plus grande des objets.

On consomme quelque chose, on achète, je ne sais pas un Blackberry et un an plus tard, on s’aperçoit qu'on est dépassé, qu'on devrait être à l'iPhone qui lui-même, etc. Il y a une espèce de fuite en avant dans la consommation qui se traduit aussi sur les entreprises par une jetabilité accrue et des entreprises - parce que maintenant ce qu'on appelle le management actionnarial fait que les actionnaires arrivent ; ils passent 2 ans à prendre le maximum de plus-value et ils s'en vont et laissent comme des pirates, on dirait en quelque sorte, une entreprise exsangue - et ils font pareils avec les salariés.

lundi 18 mai 2009

La vie en ligne et en flux



Dans l'espace-temps contemporain, la vie se confond en la gestion de flux de différentes natures. Ces flux tendent à disputer la place au mode relationnel classique. Dans les univers technologiques, les flux s'adoptent, se maîtrisent, se corrèlent, se rapprochent et jouent de leur multi-diffusion, de la multiplicité de leur captation, d'un accaparement éphémère de la part de l'utilisateur qui a des difficultés à en épouser le sens. Les informations se fanent dans des annexes documentées ou non, archives classées souvent dans des modes empiriques.

Les "channels" comme signaux de monstration

Dans le corps de l'existence du flux, se retrouvent les "channels", ces canaux qui telle la Citizen Band dans les années 1970-1980 célèbrent le pseudonyme, la personnalité (plus que la personne), un avatar de soi plus ou moins disposé à interagir avec d'autres. Le flux oblige à la constance du média, à une stabilité de la présentation, à des habitudes qui s'appuient plus sur la monstration (paraître) que la démonstration (parcours réflexif).

Des individus renseignés

L'économie des flux prédomine aujourd'hui dans une effervescence dont les modèles économiques demeurent incertains car le flux connaît un coût récurrent de fonctionnament considérable (bande passante des vidéos chez YouTube et DailyMotion) bien que se substituant de plus en plus au téléchargement (cf. le succès de Deezer, service d'écoute de musique en ligne). L'économie du flux s'appuie sur une économie de l'attention en offrant une hyper-personnalisation des flux (sélection des sources, des thèmes, des variations musicales ou des vidéos). Cette nouvelle programmatique s'affiche abondamment dans les médias comme variable de remplacement des mass media traditionnels. La monétisation des flux est consubstantielle à la notion de profil et donc de qualification de l'individu, une représentation en ligne renseignée (avec précision) dans ses flux d’interactions avec d’autres flux. Facebook et surtout Twitter s'inscrivent dans ce cadre de flux d'interactions perturbés par le bruit de la massification de l'utilisation d'une plateforme à la recherche permanente de signifiances.

L'acte de présence

Dans ces agglomérats organisés en flux, chaque personnalité joue d’une stratégie habile, malhabile ou d’une naïveté (socio-cognitive) pour attraper ce temps si précieusement disponible. La présence vaut acte de constance, d’installation d’un pouvoir qui occupe le terrain des mots, des échanges dans les espaces médiatiques. L’absence est aussi pouvoir sur Internet ; on l’oublie trop souvent. Occuper le terrain de l’expressivité, c’est proposer du contenu de flux, du contenu redistribuable… Le devoir de présence devient une obsession communicationnelle de notre temps ("à la demande"), bien plus que la problématisation du contenu produit… Drôle d’invariance sublimée et évaporée, un oubli...

Crédit illustration : Geek And Poke "
Social duties", 21 janvier 2008 sous Licence Creative Commons.

lundi 12 janvier 2009

Zygmunt Bauman : 3 traits caractéristiques des réseaux sociaux

Zygmunt Bauman est un sociologue et philosophe polonais et anglais qui a traversé le 20e siècle avec une description du monde qu’il désigne « liquide », les liens sociaux devenant de plus en plus difficiles à décrire car improbables à saisir.

Dans son dernier ouvrage traduit en français "S'Acheter une vie" (Editions Jacqueline Chambon ; septembre 2008), passionnant s’il en est, Zygmunt Bauman franchit un pas, en indiquant que les individus sont à la fois les promoteurs des produits et les produits dont ils assurent la promotion, le marketing et la communication. Nous sommes tout à la fois la marchandise et le vendeur, les biens et leurs prescripteurs… Dans un même espace social : le « marché ».

Aussi, pour accéder à une position sociale favorable, il convient que les individus se reconditionnent sans cesse en produits pour attirer une attention continue ou discontinue. Cette captation permanente de l’attention est un fait majeur de notre monde contemporain occidental. Autrement dit, sans consommation, nous ne sommes pas.

Dans le 3e chapitre de l’ouvrage (« La culture consumériste »), Zygmunt Bauman définit 3 angoisses du monde moderne qui épousent étrangement 3 traits caractéristiques des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, LinkedIn...) :

L’angoisse d’être de rester en tête

« Le fait d’être « en tête » présage une possibilité de sécurité, de certitude et de certitude de la sécurité – précisément les types d’expérience qui font le plus terriblement défaut à la vie de consommation, bien qu’elle soit guidée par le désir de les acquérir.

La référence au fait d’ « être en tête du peloton du style » semble promettre une forte valeur marchande et une demande abondante (traduites l’une comme l’autre par une certitude de reconnaissance, d’approbation et d’inclusion). Dans le cas d’une tentative globalement réduite à la présentation d’emblèmes, une tentative qui commence par l’achat d’emblèmes, puis passe par l’annonce publique de leur possession avant d’être perçue comme achevée une fois que la possession devient publique, cela se traduit alors par un sentiment d’ « appartenance ». »

Le message s’accompagne d’une date limite d’utilisation

« Le message ne vaut que « pour les mois à venir », pas plus. Il s’accorde bien avec l’expérience du temps pointilliste composé d’instants, d’épisodes à durée déterminée et de nouveaux départs ; il libère le présent, qu’il convient d’explorer et d’exploiter à fond, des distractions du passé et du futur qui auraient pu empêcher la concentration  et gâter l’ivresse du libre choix. Il offre un double bonus : celui d’être momentanément à la page, tout en comportant une garantie contre tout décrochage futur (du moins pour ce qui est du futur prévisible, si tant est qu’il existe). Les consommateurs chevronnés comprendront ce message ; celui-ci les poussera à se presser et leur rappellera qu’ils n’ont pas de temps à perdre.

Ce message comprend donc un avertissement, qu’on aurait tort d’ignorer : les bénéfices qu’on retire d’une réponse rapide à l’appel, pour mirifiques qu’ils puissent être, ne sont pas éternels. Toute assurance de sécurité acquise devra être renouvelée une fois les « mois à venir » passés. « Le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli ». Pourquoi ? Parce que si la conquête de la scène implique d’en tenir à l’écart d’autres personnes, alors la conquête de la scène connue sous le nom d’ « attention publique » (plus exactement, l’attention du public désigné pour être recyclé sous la forme de consommateurs) exige d’en écarter d’autres objets d’attention – d’autres personnages et d’autres intrigues, y compris celles que les chercheurs d’attention avaient montées hier (…) Dans le monde moderne liquide, la lenteur annonce la mort sociale. »

Le choix du look

« On peut se choisir un look, choisir, en soi – choisir un look -, n’a pas d’intérêt puisque c’est ce qu’on doit faire, et que l’on ne peut s’en désister ou y échapper qu’au risque de se faire exclure. On n’est pas non plus libre d’influencer l’ensemble des choix disponibles (de looks) : il n’en reste pas d’autres puisque toutes les possibilités réalistes et recommandables ont déjà été présélectionnées, pré-écrites et prescrites.

(…) La pression du temps, la nécessité de se faire bien voir aux yeux du « peloton du style » au cas où ses membres vous regarderaient, au cas où ils remarqueraient et mémoriseraient votre tenue et votre maintien, ou le nombre strictement limité des choix que vous pouvez faire (« une demi-douzaine », pas plus). Ce qui compte vraiment, c’est ce que ce soit vous qui ayez maintenant les choses en main. Et vous devez les avoir en main : le choix vous revient peut-être, mais n’oubliez pas qu’il est obligatoire de choisir (…) Dans la culture de consommation, choix et liberté désignent la même condition ; on aura donc raison de les traiter en synonymes, du moins au sens où l’on ne peut s’abstenir de choisir qu’en abdiquant en même temps sa liberté ».

Les mots de Zygmunt Bauman font réfléchir sur ce que nous sommes comme êtres dans cette réalité virtuelle si attachée au réel.

vendredi 28 septembre 2007

Changer le Monde, Un Guide pour le Citoyen du XXIe Siècle sous la direction d'Alex Steffen : la force des idées traduites en actions pour sauvegarder notre planète

Il est de ces livres dans lequel on se plonge pour apprendre, comprendre, s'abreuver de mille et une informations. Il est de ces textes où chaque pas est un espoir, de projet en projet, des petites pierres qui forment un parcours sinueux vers un avenir plus respectueux de l'environnement. Il est de ces ouvrages qui transforment notre manière de pensée, nourrissent mille et une idées qui font de la participation et de l'échange une nécessité de vie, une façon de penser et d'agir aussi. Il est de ces livres qu'on choye parce qu'ils tracent des engagements passionnés, des destins modestes qui portent l'avenir entre leurs mains. Des dizaines et dizaines d'initiatives, une Bible d'actions pour être un citoyen responsable de notre planète et de notre Siècle heurté.

Il y a un an, paraissait "World Changing. A User's Guide for the 21st Century" sous la direction d'Alex Steffen (préfacé par Al Gore), un beau livre collectif (au sens noble du terme), épais dictionnaire d'actions dans le monde entier qui tentent invariablement de répondre à cette question de notre temps : Quel genre de futur voulez-vous créer ? Des idées, modèles et outils, c'est ce que propose désormais en français cette Bible enfin traduite : "Changer le monde. Un guide pour le citoyen du XXIe siècle", anti-catalogue par excellence, ouvrant des volets d'exploration sans fin, des actions nouvelles d'une génération de héros ordinaires fourmillant d'idées imaginées pour sauvegarder notre avenir et notre planète ; un livre découpé en 7 chapitres thématiques : Les choses ; L'habitat ; Les villes ; La communauté ; Les affaires; La politique ; La planète, le tout adossé au site participatif World Changing (Change Your Thinking). A lire, à offrir, à faire connaître à sa famille et à ses amis... Passionné et passionnant!

"Changer le Monde, Un Guide pour le Citoyen du XXIe Siècle" est une somme de solutions peu connues mais éprouvées, d'autres innovantes, d'autres encore audacieuses mais plus incertaines. L'ouvrage nous montre ce qui est déjà possible et nous aide à imaginer ce que nous pourrions faire - dans nos propres foyers, dans nos communautés, et pour la planète dans son ensemble. Ainsi rassemblées, ces solutions offrent l'image d'un futur qui n'est ni sombre ni catastrophique, mais au contraire plein d'espoir et à notre portée." (extrait de la préface d'Al Gore)


"Changer le Monde, Un Guide pour le Citoyen du XXIe Siècle" sous la direction d'Alex Steffen est paru aux Editions de la Martinière (596 pages, Septembre 2007 - 39 Euros).

samedi 19 mai 2007

Chris Anderson, la longue traîne, internet et consommation

Chris Anderson, rédacteur en chef du magazine Wired, est en interview dans Le Monde daté du samedi 19 mai 2007 sur le thème des habitudes, modes de consommation et de distribution renouvelés à l'ère de l'Internet : "Des consommateurs li-bé-rés !".

Il développe allègrement sa théorie de la Long Tail (longue traîne) à travers ces propos :

"Si on propose en ligne au consommateur 10 ou 100 fois plus de produits, son choix se répartit sur un nombre bien plus important d'articles. En conséquence, les 10 produits phares sont proportionnellement moins vendus. Cela paraît logique, mais nous en avons désormais les preuves, chiffres à l'appui, sur des marchés de plusieurs millions de produits."

Chris Anderson, dont l'ouvrage "La Longue Traîne" est désormais disponible en français (chez Pearson Education) s'attache aussi à évoquer la consommation chez les jeunes et comment elle se "modélise" au quotidien et offre de nouvelles perspectives au marketing et au mode relationnel entre les marques et les adolescents :

"Cette activité qui consiste à deviner ce qui va se vendre ou pas ne me semble plus promise à un si bel avenir. Bientôt, tout arrivera sur le marché en ligne, et la grande aventure sera d'en faire le tri. (...)

Ce seront ensuite des filtres, comme Google, qui mesureront l'intérêt des consommateurs. Les blogs sont également de plus en plus une source de recommandation. Nous avons déjà sur Internet une génération pour laquelle la valeur d'une marque n'est pas ce qu'une entreprise dit mais ce qui apparaît sur Google. (...)

La génération qui grandit actuellement sur le Net, bien qu'elle n'achète pas tout en ligne, établit ses goûts à partir du réseau. Ces jeunes, en gros les moins de 25 ans, ont la certitude qu'ils peuvent tout trouver grâce au Net. C'est la première génération exposée à une telle richesse culturelle, d'une diversité infinie. Cela va influer sur la façon dont elle s'habille, ce qu'elle mange, les vidéos qu'elle regarde, ses hobbies... En Californie, par exemple, les enfants sont désormais fans de mangas. Pas des mangas américanisés, non, des mangas japonais, et ils apprennent des mots pour les comprendre. Je pense que cette génération sera moins satisfaite que la précédente des produits imaginés pour plaire au plus grand nombre. D'ailleurs, les entreprises de grande consommation l'ont compris et sont en train de cibler ces différentes niches de consommation, l'underground, la culture souterraine."

vendredi 18 mai 2007

Jean-Marie Dru, La publicité autrement, le consommateur devient un média

Dans Le Monde 2 de ce vendredi, le Président du Réseau International TBWA et auteur du slogan d'Apple "Think Different", Jean-Marie Dru est interviewé à l'occasion de la sortie de son ouvrage "La publicité autrement" (aux Editions Gallimard, collection Autrement) avec un titre d'article choc "La publicité sera créative ou ne sera plus".

Dans cette entrevue, Jean-Marie Dru parle du nécessaire renouvellement de la publicité avec l'usage personnalisé des nouvelles technologies. Il conte comment les gens peuvent, dès maintenant et encore plus dans le futur, créer leur propre environnement médiatique et musical, leur divertissement grâce au téléchargement, aux consoles de jeux, aux télévisions auto-programmées, aux portables transformés en multimédias.

"A côté de la publicité classique, celle de l'affichage public et des magazines qui restera importante, il va falloir imaginer une nouvelle interactivité, de nouveaux messages, de nouveaux films que les consommateurs blasés auraient envie de voir. Faut-il d'ailleurs encore parler de "consommateurs" ? Aujourd'hui, chacun devient capable de créer son blog, des wikis (les pages Internet ouvertes à tous), des films, son ambiance musicale, ses avatars dans les mondes virtuels. Le consommateur devient un média, l'élément actif d'un réseau. Dans ce contexte, la plupart des gens acceptent de regarder un message publicitaire une fois ou deux, pas plus. Il faut que celui-ci les attire, les amuse, sinon ils s'en vont. Moi, je crois au retour des spots publicitaires longs, talentueux, des 60 ou 90 secondes, véritables "courts-métrages" que les gens voudront regarder, conserver. Je crains que les petits films répétitifs, didactiques, de 15 secondes apparaissent comme du matraquage. La publicité va devoir arrêter le rabâchage pour redevenir un divertissement."


Pour l'anecdote, Jean-Marie Le Dru envoie tous les jeudis un texte appelé "Jeudi" à toutes les agences du réseau TBWA, une note d'une page présentant une idée médiatique nouvelle ou un paradoxe de notre époque.

samedi 5 mai 2007

Quartier numérique à Paris, le 2e arrondissement vit à l'heure du multimédia et des services internet à partir du 22 mai pendant 18 mois

A partir du 22 mai, le 2e arrondissement de Paris devient Quartier Numérique avec le slogan "Le quartier se connecte, la vie s'embellit". Pendant 18 mois, ce quartier va être dédié aux nouvelles technologies au service des habitants, commerçants et entreprises.

Quartier Numérique complémentera les services Internet et Wi-Fi dont chacun dispose via un abonnement à un opérateur, par une mise à disposition de connexions gratuites à l'extérieur, et ce pendant 18 mois. Quartier Numérique proposera en outre des services et outils mobiles, de nouvelles technologies permettant de nouveaux usages de votre téléphone mobile et de votre ordinateur.

Dès le 22 mai, le site Quartier Numérique devient un portail Internet mentionnant les initiatives dans le cadre de cette opération et fournissant un agenda d'ateliers et de rencontres. L'initative souhaite faire émerger des initiatives locales : "Le projet vivra grâce à vos initiatives, au retour que vous apporterez sur les technologies et les services qui seront mis à votre disposition. Le Quartier Numérique c’est avant tout une ambition partagée : apporter à la vie de quartier la qualité, la facilité et l'intensité de vie des technologies numériques."

Le 22 mai à 18h30 au Centre Cerise, 46 rue Montorgueil, sera fêté le lancement de Quartier Numérique. Des informations utiles et pratiques, ainsi que l'équipement du nouveau membre de la communauté Quartier Numérique seront présentés et mis à disposition lors de cet évènement.

Ce projet est porté par un groupe d'acteurs urbains et des nouvelles technologies, engagés dans un esprit de collaboration et de soutien : Silicon Sentier, la Mairie du 2ème arrondissement de la Ville de paris, la Région Ile de France et es acteurs privés (Orange, 9 Telecom, Fon, Adael, Wistro, Ozone, Mobiluck, Peer2Phone, Airlist, EMI, Abricoo, Dailymotion, Peuplade, Vpod TV...).

Plus de renseignements sur Quartier Numérique dans ce communiqué de Presse en .pdf qui précise les objectifs de l'initiative tout comme cette page du site Internet de Silicon Sentier.

Contact : Silicon Sentier - Quartier Numerique, Marie-Vorgan Le Barzic, Tél.: +33 1 42 72 19 70
marie@siliconsentier.org - 42, boulevard Sébastopol, 75003 Paris, France.

mercredi 2 mai 2007

Web 2.0, nouvel âge du net ? Dossier d'Aquitaine Numérique

Dans sa publication bimestrielle "L'Aquitaine Numérique" (n°5, mai 2007), Aquitaine Europe Communication consacre un dossier de 8 pages sur le nouveau Web : "Web 2.0, nouvel âge (du net) ?" (en .pdf, à télécharger à cette adresse) complet en terme de pratiques, d'enjeux, de modèles d'affaires, du rôle central de l'internaute. Au sommaire :

1. Massification des accès, démocratisation des outils : Toujours plus d'internautes à haut débit ; des usages qui se diversifient ; équipement numérique à grande vitesse ; capacité individuelle accrue d'édition ; publication pour (presque) tou ; vers un internaute Web 2.0 ?

2. Web communautaire et web lego : Créations de contenus par l'internaute ; création de valeur par les internautes ; le "virage social" du Web ; gratification "sociale" de la participation ; toujours plus de transversalité ; la force de la syndication ;  le Web "Lego".

3. Vers un nouvel âge : Les "widgets" débarquent sur le bureau ; "Webisation" des applicatifs ; entreprise 2.0 ; bénéfice 2.0 ? ; Régulation 2.0 ; foisonnement à la marge, concentration au centre.


Ce long article comprend également un lexique de l'usager 2.0, un point juridique sur le Web 2.0 et 2 mini-interviews : Benjamin Rosoor (gérant de Web Report) sur la question de la qualité des contenus et Claire Decroix (animatrice à l'Echangeur Bordeaux Aquitaine) sur le thème des outils de travail collaboratifs (blogs, wikis) pour les PME et TPE. Des références complémentaires au dossier Web 2.0 figurent en ligne à cet URL.

"L’expression «Web 2.0» a commencé à circuler sur internet il y a bientôt deux ans; elle formalise le sentiment qu’après la période initiale de la bulle internet et des désillusions engendrées par son éclatement, une deuxième période aurait commencé, fondée sur des bases à la fois technologiques, sociales et économiques différentes. Le concept comme l’étiquette ont désormais largement débordé de la sphère spécialisée, y compris dans le monde «réel» où apparaissent des services estampillés 2.0, pour peu qu’ils aient une dimension communautaire ou participative – certains y voient une révolution encore plus profonde, de nature à transformer nos sociétés : n’a-t-on pas récemment organisé une conférence «Politique 2.0»? Le présent dossier s’attache à remettre cette évolution en contexte, à en cerner les composantes techniques et sociétales, en un mot : à faire le point avant que ne s’ouvre la prochaine étape, que certains se sont empressés de baptiser… web 3."

mardi 1 mai 2007

The long tail, l'ère de l'hyperchoix par Geoffrey Delcroix

Dans l'édition d'Avril 2007 (n°329) du magazine scientifique d'analyse et de prospective Futuribles, Geoffrey Delcroix, chargé d'études, analyse le phénomène de Long Tail conceptualisé par le journaliste Chris Anderson dans son article de Wired magazine en octobre 2004, qui fait désormais référence.

Dans son papier "L'ère de l'hyperchoix" pour Futuribles, Geoffrey Delcroix met en perspective The Long Tail : "Les marchés de biens culturels fonctionneraient désormais grâce au principe de la "longue traîne", selon lequel les quelques produits culturels qui se vendent le plus sont côtoyés par des "niches" de produits plus discrets mais qui trouvent aussi leur public. (...) Grâce au e-commerce, il devient possible de disposer d'une multitude d'articles sur Internet pour une durée indéfinie et des coûts minimaux. Un concept qui au final, il faut l'admettre, se révèle également favorable aux consommateurs et à la diversité culturelle."

Il explicite les deux principes et neuf règles de la longue traîne :

"Deux principes :
1) Rendre tout disponible.
2) Aider l'utilisateur à trouver.

Neuf règles :
1) Posséder un inventaire large sans les stocks qui vont avec.
2) Faire travailler les clients.
3) Il n'existe pas une seule méthode de distribution idéale.
4) Il n'existe pas un type de produit normé (par exemple, pour vendre de la musique, il est possible de vendre des disques compacts, des chansons à l'unité...).
5) Il n'existe pas un prix unique.
6) Partager des informations.
7) Penser "et" et pas "ou".
8) Il faut avoir confiance dans le marché pour faire son travail.
9) Il faut comprendre le pouvoir de la gratuité."

mardi 3 avril 2007

Google par Jacques-Alain Miller, Mythologie 2007

Dans son édition du 15 au 21 mars 2007 (n°2210), Le Nouvel Observateur fête les 50 ans du livre culte de Roland Barthes : Mythologies. Le magazine a demandé a des personnalités de faire une liste des mythologies d'aujourd'hui et de les expliciter. Le philosophe et psychanalyste Jacques-Alain Miller, auteur du "Neveu de Lacan" (Verdier) y dresse un portrait au vitriol de Google.

"Google est l'araignée de la Toile. Il y assure une métafonction : celle de savoir où est le savoir. Dieu ne répond pas ; Google, toujours, et tout de suite. On lui adresse un signal sans syntaxe, d'une parcimonie extrême ; un clic, et... bingo! C'est la cataracte : le blanc ostentatoire de la page se noircit soudain, le vide se renverse en profusion, la concision en logorrhée. A tous les coups l'on gagne.

Organisant la Très Grande Quantité, Google obéit à un tropisme totalitaire, glouton et digestif. D'où le projet de scanner tous les livres ; d'où les raids sur toutes les archives : cinéma, télévision, presse ; au-delà, la cible logique de la googleïsation, c'est l'univers entier : le regard omnivoyant parcourt le globe, tout en convoitant les petites unités d'information de tout un chacun. Confie-lui ton fatras documentaire, et il mettra chaque chose à sa place - et toi-même par-dessus le marché, qui ne seras plus, et pour l'éternité, que la somme de tes clics. Google "Big Brother" ? Comment ne pas y penser ? D'où la nécessité pour lui de poser en axiome sa bonté foncière.

Est-il méchant ? Ce qui est sûr, c'est qu'il est bête. Si les réponses foisonnent à l'écran, c'est qu'il comprend de travers. Le signal initial est fait de mots, et un mot n'a pas qu'un seul sens. Or le sens échappe à Google, qui chiffre, mais ne déchiffre pas. C'est le mot dans sa matérialité stupide qu'il mémorise. C'est donc toujours à toi de trouver dans le foin des résultats l'aiguille de ce qui fait sens pour toi.

Google serait intelligent si l'on pouvait computer les significations. Mais on ne peut pas. Tel Samson tondu, c'est en aveugle que Google tournera sa meule jusqu'à la fin des temps."

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