Jean-Luc Raymond

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Tag - culture

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mercredi 6 septembre 2006

Web 2.0 et Web selon Philippe Quéau

Philippe Quéau, penseur, chercheur et expert reconnu du monde de l'Internet, représentant de l'UNESCO pour le Maghreb, s'exprime aujourd'hui sur son blog Metaxu, sur le Web 2.0 et la vie économique actuelle de l'internet avec son billet The Winner Takes All ; extrait :

"Je ne crois pas que Web 2.0 soit foncièrement différent de Web 1.0 car dans les deux cas il y a un phénomène profondément identique qui est à l’oeuvre, celui des "rendements croissants". Ce phénomène n’est pas propre au web, mais existe dans beaucoup d’aspects de la vie économique, en particulier dans le domaine des réseaux, et explique en partie la création des monopoles.
Le problème c’est que dans le monde du web, comme jadis dans le ferroviaire (on se rappelle les "barons voleurs" du 19e siècle), il y a une tendance à exacerber les rendements croissants jusqu’à des monopoles absolus. Alors, le vainqueur prend tout. "The winner takes all".

(...)

Ce qu’il importe de voir, c’est que le Web, malgré l’apparente facilité donnée à l’expression des individus (blogs, vlogs, etc.) nous enferme dans une logique de masse, qui nous livre poings et pieds liés aux futurs Léviathan du contrôle social et économique. Une prise de conscience elle-même massive, de nature politique, démocratique, est sans doute la seule solution."


Source :

Quéau, Philippe (5 septembre 2006). "The Winner Takes All" (En ligne), Philippe Quéau, Rabat, Blog (Page consultée le 6 septembre 2006)

samedi 19 août 2006

Jean-Noël Jeanneney : Internet est une innovation aussi importante que l’invention de l’imprimerie

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Dans le magazine L’Express du 17 août 2006, Dominique Simonnet interroge Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque Nationale de France, sur le devenir de l’écriture au regard de l’Internet, ceci dans le cadre du 7e et dernier volet de la série d’entretiens “Il était une fois l’écriture” ; extraits :

“En cinq millénaires, depuis les scribes de Sumer, l’histoire de l’écriture a connu plus d’une mutation. Avec Internet, voici maintenant le temps des textes mondialisés, numérisés, instantanés. Révolution majeure ?

Il s’agit d’une innovation aussi importante que l’invention de l’imprimerie, qui bouleverse non seulement la diffusion de l’héritage culturel, mais aussi les comportements des gens, leurs pratiques quotidiennes, leurs désirs. De là à dire que rien ne sera plus comme avant… Chaque fois que naît un nouveau média, on craint qu’il ne tue le précédent. Dans l’entre-deux-guerres, on était persuadé que la radio allait éliminer les journaux. Dans les années 1980, quand je présidais Radio France, on me disait que la radio publique allait disparaître si on autorisait la télévision le matin. Or Gutenberg n’a pas supprimé l’écriture manuscrite, la presse n’est pas morte avec la radio, et celle-ci rassemble aujourd’hui plus d’auditeurs le matin qu’il y a vingt-cinq ans… Je ne crois pas davantage que la numérisation marque une rupture dans l’histoire de l’écriture. Elle s’inscrit dans le prolongement de ce qui existait auparavant. Les différents types d’écriture vont perdurer, en concomitance (…)

On dit que l’acte d’écrire, lui aussi, change devant l’écran, que l’écriture s’abâtardit, se désacralise…

J’ai commencé ma carrière d’historien en étudiant les lettres des combattants de 14-18 dans les archives des commissions de contrôle postal : il y avait déjà une très grande diversité dans la manière de s’exprimer, une inégalité dans la qualité de plume. L’évolution des écritures tient plutôt à un climat, à l’évolution des rhétoriques, qu’à l’outil technologique. Malgré ce qu’on répète, le contenant a une influence limitée sur le contenu. L’arrivée de la machine à écrire n’a pas beaucoup transformé le style des écrivains. D’une certaine manière, nos écrans sont plus proches de l’écriture manuscrite que ne l’était la machine à écrire: on peut corriger, recommencer sans fin. L’orthographe va-t-elle se simplifier ? Y aura-t-il une “novlangue” ? Là encore, à chaque nouvelle invention, on nous explique que la pensée va être bouleversée. Daniel Halévy, en 1948, se plaignait de la TSF en ces termes : “Énorme, informe, incessante, la chronique de la planète Terre est portée à domicile, à la table et au lit. La lecture est remplacée par un gavage sonore qui engloutit le tragique même. Le Français reçoit les sons avec soumission et méfiance, l’une et l’autre instinctives, moins humaines qu’animales…” Rien que ça! Aujourd’hui, je ne nie pas le formidable changement que constitue cette circulation nouvelle dans l’espace et le temps : là est la vraie révolution de Gutenberg et d’Internet. Mais n’exagérons ni l’inédit ni l’inéluctabilité des conséquences qu’imposerait la technique à nos pauvres intelligences prétendument bousculées. Tant qu’il y aura des hommes, beaucoup auront envie de se colleter à l’expression la plus juste, la plus pertinente, la plus subtile, et il y aura des lecteurs pour les suivre.”


Source :

Simonnet, Dominique (17 août 2006) “L’Entretien : Jean-Noël Jeanneney : “Le livre utilisera Internet en riant sous sa cape…” [En ligne], L’Express n°2876, Dossier Il était une fois l’écriture, 7. Le futur de l’écrit, Paris, pp.76-79 (Page consultée le 19 août 2006)

mardi 25 juillet 2006

Révolutions numériques et industries culturelles par Philippe Chantepie et Alain Le Diberder

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En avril 2005, Philippe Chantepie (chef du Département des Études, de la prospective et des statistiques au Ministère de la Culture et de la Communication) et Alain Le Diberder (PDG de CLVE, société de développement de logiciels pour les nouveaux médias, initiateur de la commmunauté virtuelle Le Deuxième Monde et ancien directeur des nouveaux programmes de Canal Plus) ont publié un ouvrage sur la mise en cause par le numérique des anciens équilibres des industries de la culture et de la communication : ”Révolutions numériques et industries culturelles” :

Ce livre présente le nouveau paysage numérique, les filières de contenus face à la numérisation, le changement dans l’exploitation numérique, les régulations de la communication numérique. Enfin, Philippe Chantepie et Alain Le Diberder montrent des stratégies et tendances actuelles des industries culturelles ; extrait :

“Les mutations numériques ébranlent (…) le fondement des industries de contenu et de leur économie par l’aval. Le contrôle de la reproductibilité pour les industries de supports (musique enregistrée et cinéma), le brouillage des frontières entre le flux et le stock pour les autres, modifient les conditions de commercialisation des programmes. Le rôle des médias de masse est renforcé, même si émerge un champ hybride de médias de masse interactifs et communautaires amalgamant l’information sur les contenus, leur commercialisation et la réaction du public à ces contenus. Le contrôle d’accès généralisé est la réponse marchande à un phénomène qui n’est pas que marchand et qui oblige à repenser l’équilibre entre économie d’accès et économie d’audience, et plus largement entre économie marchande et économie non marchande.

 L’offre des industries culturelles est animée par deux mouvements opposés, celui de la concentration autour d’une poignée de firmes géantes et mondiales d’une part, et celui de la montée de la production de programmes par des particuliers ou de petits groupes dans un cadre non marchand d’autre part.

Les conditions techniques et sociologiques d’une croissance sans précédent de la consommation et de la production d’oeuvres de toute nature sont réunies. Mais cette croissance bute pour l’instant sur la mise en place de nouvelles régulations, car elle se manifeste de manière parfois pathologique (piratage), reste en partie souterraine (le non-marchand) et fait l’objet de discours dévalorisants tant de la part des organisations professionnelles que d’une partie des pouvoirs publics. Les firmes de contenus traversent cette période de transition en renforçant des tendances anciennes (superproduction, star-system, croissance des dépenses marketing, etc.). Les industries techniques se livrent à des guerres de standards de fait (sanctionnées par des effets réseaux conduisant à des monopoles) qui prennent souvent le pas sur la coopération. Les États voient leurs prérogatives traditionnelles dans ce domaine s’éroder et s’en remettent aux tribunaux, dans l’espoir que le droit de la concurrence sera le régulateur suprême qui permettra de franchir cette période de transition, alors même qu’il est soumis à de réels dilemmes pour respecter aussi les droits de propriété intellectuelle et doit respecter des règles d’intérêt général qui le dépassent (pluralisme, diversité, services publics). Mais le mouvement le plus profond, celui qui aura sans doute le dernier mot, est celui des consommateurs de programmes des industries culturelles, de plus en plus nombreux, de plus en plus équipés d’instruments de reproduction et aussi de production, et de moins en moins disposés à n’être qu’un simple “public”.”


Source :

Chantepie, Philippe et Le Diberder, Alain (avril 2005). “Révolution numérique et industries culturelles”, Editions La Découverte, Collection Repères, n°408, Paris, pp. 108-109

lundi 17 juillet 2006

Alain Milon : “Dans la cyberculture, le corps n’a plus de chair”

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Alain Milon, Docteur en philosophie et docteur en sciences sociales, est professeur de philosophie à l’Université de Paris 10 - Nanterre. Dans l’ouvrage “La Réalité virtuelle, avec ou sans le corps” (Autrement, 2005, cf. cet article du Journal du CNRS), il distingue le “corps virtuel” que produit la modélisation informatique du “cybercorps” mis en scène dans la cyberculture. Dans un entretien pour Enjeux-Les Echos (numéro de l’Eté 2006), Alain Milon explicite les représentations de la cyberculture ; extrait :

“La cyberculture nous enlise dans un fantasme de perfection. Les individus n’ont plus de visages mais des interfaces, ils ne sont pas des sujets mais des avatars, ils n’ont pas de désir mais du plaisir sans sujet (la cybersexualité).

La cyberculture fabrique ainsi un corps sans chair ni souffrance, sans fragilité ni désir, un corps absent accompagné d’un imaginaire fantasmatique de toute-puissance, de réversibilité, de possession, de désincarnation, de délocalisation, hors de toute temporalité. Ce n’est pas un corps fragile, un corps sexuel, un corps tour à tour impudique et pudique, un corps obstacle, un corps avec une figure, un visage, sa chair, sa viande, sa peau, autrement dit ce qui fait son intériorité. Il ne reste de lui que des métaphores psychiatriques : autisme, narcissisme, schizophrénie, délire de grandeur…

La cyberculture cautionne l’idée d’un super-organisme qui n’aurait plus à subir les contraintes physiques d’un corps naturel sans comprendre que c’est la fragilité du corps qui lui permet d’affirmer son principe d’existence, d’appréhender et de mesurer ses limites. Les cybercréatures cinématographiques sont souvent sans faille, autonomes et coupées de la réalité. L’idéologie de la toute-puissance est récurrente. Le corps, sans contrainte et sans matière, est une métaphore de la puissance, de l’omniprésence et de l’omnipotence divine.”


Source :

Vincent, Claude (Juillet-Août 2006). “Entretien avec Alain Milon : “Dans la cyberculture, le corps n’a plus de chair”, Enjeux-Les Echos, n°226, Paris, pp.92-93

samedi 15 juillet 2006

Michel Serres : fracture numérique et fracture de la langue écrite

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Michel Serres s’est exprimé sur l’expression “fracture numérique” le dimanche 20 novembre 2005 sur l’antenne de la station de radio France Info, pour la chronique “Le Sens de l’Info” avec Michel Polacco :

“Le Sommet Mondial de la Société de l’Information vient de se tenir à Tunis. Une autre forme de sommet nord-sud qui divise la planète entre les “connectés” et les “non connectés” près d’un milliard sur la toile, et cinq qui attendent… Alors ? fracture numérique demande Michel Polacco à Michel Serres, ou n’est-ce pas comme pour toutes les avancées technologiques, elles mettent du temps à toucher les masses.”

Voici la transcription de cette chronique :

“Nous savons aujourd’hui qu’il y a entre 700 et 800 millions de personnes connectées sur ce qu’on appelle les nouvelles technologies et que nous approchons très rapidement du premier milliard de gens connectés. Donc, si nous pensons que sur la population du monde, on atteint les 6,2 milliards, on devrait avoir à peu près 1 personne sur 6 connectées sur la planète. Le curieux est que ce chiffre se répète aussi pour les téléphones portables. On n’est pas loin du même chiffre pour les ordinateurs d’une part et d’autre part pour les téléphones portables c’est-à-dire autour d’un milliard, une personne sur 6.

La première question à poser est celle du chiffre et aussi celle du temps. La connexion a commencé entre 10 et 15 ans et donc la croissance qui a amené les connexions à partir des années 94-95 est verticale. Or, il n’y a pas sans doute dans l’histoire des technologies ou de techniques qui aient crues si rapidement.

Alors, parler de fracture numérique aujourd’hui, c’est, je crois un abus. Pourquoi ? Je voudrai essayer de le démontrer vraiment parce que d’une part, il y a les chiffres et le temps, mais il y a aussi les conditions.

Quelle est la condition pour se servir vraiment d’un ordinateur (je ne parle pas d’un portable) ? Il y a deux conditions me semble-t-il : l’une est individuelle, il faut savoir lire et écrire puisqu’il faut savoir déchiffrer ce qui est sur un écran et puis quand on appelle un moteur de recherche, il faut bien pouvoir écrire le signal et pouvoir taper sur une console c’est à dire reconnaître les lettres, etc. Il faut donc avoir un minimum d’instruction. Mais ceci suppose une seconde condition qui me paraît alors là, décisive. Parce que savoir lire et écrire est une condition de l’individu, de la personne : “il a appris ou il n’a pas appris, lui personnellement”. Cela suppose deuxièmement, quelque chose qui est collectif, sociétaire et presque historique, c’est que la langue qu’il parle soit une langue écrite et par conséquent, on ne peut afficher sur l’ordinateur et même maintenant sur le portable, que des langues avec écriture. Je vous présente un second chiffre : aujourd’hui, il y a 200 langues écrites dans le monde sur 6800 langues existantes. Par conséquent, la vraie fracture, avant qu’on parle de fracture numérique, c’est une fracture réelle qui sépare les langues sans écriture et les langues avec écriture.

Les langues sont plus favorisées lorsque ce sont des langues écrites. Par rapport aux 10-15 ans évoqués, la fracture de l’écriture date, elle, de 3000 ans. Or, elle n’a pas été réduite depuis 3000 ans. Il n’y a pas eu de croissance réelle de langues qui deviennent écrites alors qu’elles ne l’étaient pas. Il faut par exemple faire l’éloge des jésuites qui au Paraguay ont rendu certaines langues info-amérindiennes écrites. Le Quechua est aujourd’hui une langue officielle… Pourquoi ? Parce qu’elle a été versée du côté de l’écriture à l’époque des Jésuites et la vraie fracture alors qui me paraît décisive, c’est la décision des Occidentaux d’avoir dit que l’Histoire commençait avec l’Écriture. Dès le moment où l’on dit cela, on désigne du doigt la fracture profonde dont je parle c’est-à-dire : vous excluez de l’Histoire les peuples sans écriture ce qui permet ce scandale de dire de certaines gens qu’on rencontre dans certaines jungles qu’ils datent de l’Age de Pierre alors qu’ils sont contemporains.

La seconde partie de ma démonstration : je crois en effet, il y a des linguistes brésiliens qui disent aujourd’hui que les langues amérindiennes commencent à rentrer dans l’ordinateur grâce à cette technique-là et je suis assez pratique de cette chose-là pour savoir que dans les pays défavorisés voire dans les banlieues, l’appétit d’accéder à cette technologie accélère le désir d’apprendre à lire et à écrire.

La fracture numérique sera très rapidement réduite d’autant plus qu’à cette croissance numérique et temporelle dont je parle s’ajoute une croissance spatiale. Il suffit de se promener dans des villes ou même de villages d’Amérique du Sud ou d’Afrique pour savoir qu’il y a des cafés Internet où on peut aller et j’y suis allé souvent. Ils sont tellement pratiqués que les traces sur la console des lettres sont effacées de sorte qu’eux savent très bien s’en servir et moi qui ne voyais pas les lettres, je ne savais pas m’en servir et parmi ces peuples-là qui étaient illettrés, moi je devenais illettré parmi ces populations que vous traitez précisément d’illettrés. C’était moi l’illettré.

Sont plus heureux ceux qui peuvent s’affranchir de cette société de l’information ? Cette idée romantique est très intéressante et belle, mais pour être vraiment libéré de la Culture, il faut vraiment être un homme cultivé. On ne peut pas se libérer de la Culture par l’inculture, mais à l’intérieur de la Culture. On peut se libérer en effet de la technique lorsqu’on la possède vraiment.”

Source :
Polacco, Michel (20 novembre 2005). “Fracture numérique” [En ligne], France Info, Le sens de l’info, 1 p. (Page consultée le 15 juillet 2006)

dimanche 4 juin 2006

“Les TIC et la société du savoir” par Jérôme Binde, UNESCO

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Jérôme Binde, sous-directeur général adjoint pour les sciences sociales et humaines à l'UNESCO s'est exprimé sur la notion de "TIC et la société du savoir" lors de TIC 21, Forum économique international sur les Technologies de l'Information et le développement durable qui s'est déroulé à Valenciennes les 28 et 29 mars 2006 et dont les actes sont disponibles en ligne. Extrait de cette intervention de Jérôme Binde, directeur de la publication du Rapport de l'UNESCO 2005 : "Vers les sociétés du savoir" (322 pages, téléchargeable sur Internet) :

"Qu'est-ce la société du savoir ? Rien, car il faut parler des sociétés du savoir, au pluriel. Les sociétés du savoir on toujours existé, comme l'Egypte ancienne ou la civilisation aztèque, mais il s'agissait de sociétés réservées à des cercles initiés, desquels la plus grande partie de la population était exclue.

Aujourd'hui, on observe une nouvelle articulation entre l'information et le savoir lui-même. Malheureusement, ces deux aspects différents sont souvent confondus.

La nouveauté est l'émergence d'une société de l'information mondiale (terme relatif, car seul 11% de la population mondiale a accès à Internet). Cette émergence n'est pas suffisante, il faut aller vers la création de sociétés du partage des savoirs, fondées sur la diversité. Les savoirs locaux, autochtones sont donc importants pour éviter qu'un unique savoir écrase les autres.

(…) Les sociétés du savoir rencontrent de nombreux obstacles. La fracture de la connaissance est encore plus importante que la fracture numérique, car plus ancienne et plus profonde, elle est plus difficile à combler. La 3e révolution industrielle a creusé ce fossé d'exclusion car il est devenu indispensable de savoir lire et écrire, ce qui exclut 30 à 40 % de la population.

Ces sociétés du savoir ne sont pas réservées aux plus privilégiés des pays du Nord. Au contraire, ce style de développement peut être une chance pour les pays du Sud. A l'ancienne conception du développement fondé sur le sacrifice ("la sueur, le sang et les larmes", formule de Churchill), a succédé un développement fondé sur l'intelligence, sur le savoir et sa valeur ajoutée. Cependant, les sociétés du savoir ne se résument pas à l'économie du savoir, elles concernent aussi les dimensions politiques, sociales, économiques et éthiques de la société.

Par exemple, Villa El Salvador, au Pérou, s'est construite dans le désert aux portes de Lima. Avec l'aide de Miguel Azcueta, ce nouveau bidonville auto-organisé a vu le jour, basé sur le développement communautaire et participatif, dans lequel les femmes ont joué un grand rôle. Partant de rien, Villa El Salvador est ainsi devenue une nouvelle société du savoir. Aujourd'hui, c'est une ville de 400 000 habitants ayant le taux d'analphabétisation d'adultes le plus bas du Pérou (45 %), qui a créé sa propre université (15 000 étudiants) où les citoyens sont reliés par Internet à la municipalité et où ils peuvent s'exprimer sur les décisions. Cette expérience s'est créée dans les conditions les plus défavorables possibles et constitue un exemple magnifique.

Les pays du Nord ont beaucoup à apprendre de cette étude sur les sociétés du savoir. A l'heure actuelle, les collectivités qui ne consacrent pas assez de ressources à la recherche et au développement, s'excluent d'elles-mêmes. Des différences sont en train de se créer et ces nations sont en passe de devenir des "nations tombeaux" qui feront fuir la jeunesse.

La notion de développement durable ne peut, par définition, pas fonctionner sans sociétés du savoir. Les nouvelles sociétés en réseau sont un grand moyen profitable au développement durable. Il y a aujourd'hui des moyens concrets comme le "collaboratoire", un laboratoire de chercheurs dispersés à travers le monde qui travaillent sur les réseaux électroniques. Ce "collaboratoire" a permis notamment le décryptage du génome humain et travaille sur des projets portant sur l'immunité dans le domaine du SIDA ou les changements climatiques. Par exemple, nous mettons actuellement au point un réseau mondial de prévention contre les tsunamis, que nous réclamions malheureusement depuis des années mais qui ne constituait pas une priorité budgétaire.

Nous sommes dans un espace prospectif et c'est dans cette idée de démocratie prospective qu'il faut avancer."

Sources :
Berhault, Gilles (dir.) (28 et 29 mars 2006). TIC 21 : Technologies de l'information & développement durable. Forum économique international. Les actes [En ligne], Acidd, Valenciennes, pp.177-178 (Page consultée le 4 juin 2006)
Binde, Jérôme (dir.) (2005). Vers les sociétés du savoir [En ligne], UNESCO, Paris, 232 p. (Page consultée le 4 juin 2006)

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