50 ans après sa mort, le génie pluriel de Boris Vian (chanteur, auteur, romancier, poète, ingénieur, inventeur) demeure inclassable. L’homme savait rêver, imaginer et fut en avance sur son époque. Une vie trop brève, pleine de sens ; une œuvre pléthorique et un personnage hors du commun que l’on a plaisir à redécouvrir dans le mensuel Lire (n°374, avril 2009).

François Roulmann, expert en livres anciens et auteur de "Boris Vian, le swing et le verbe" (Textuel) avec Nicole Bertolt, évoque le travail de Boris Vian à l’AFNOR (Association Française de Normalisation) et à l’Office du papier :

"Il a été déçu de se retrouver à faire de la normalisation de tubes en verre. Et il avait manifestement pas mal de temps à lui. Il faisait un travail d’ingénieur, mais assez fonctionnarisé. Ses différents postes sont vite devenus alimentaires, car l’autre facette de sa vie, la volonté de devenir écrivain, s’est épanouie à ce moment-là. Il a pu écrire, pendant ses heures de bureau, "L’Écume des jours" et "L’Automne à Pékin", entre autres. Mais il a conservé cet esprit d’ingénieur. Il a déposé en 1955, un brevet tout à fait sérieux de « roue à élastique ». C’était en fait un pneu sans chambre à air, qui a été testé, je crois, sur le tramway de Saint-Étienne (…)
maticien-avant-l-heure
Dans un texte, il parle d’une "machine à fabriquer du Mozart". Dans les années 50, on était au tout début des ordinateurs et il avait été frappé par une machine qui repérait les passages apocryphes dans Saint-Thomas-d'Aquin. Il a déclaré qu’en repérant les différentes formules musicales dans l’œuvre de Mozart, on pouvait écrire du Mozart. Et il ne se trompait pas. Il a eu l’intuition des développements de l’informatique, des compressions et des repérages de mots, comme on le fait aujourd’hui avec Google."