Jean-Luc Raymond

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mardi 6 octobre 2009

Digitainable, Monde transparent, Consubstantielle fragilité démocratique, Ciblage comportemental

La rubrique Tendances, c'est un condensé de ce temps qui s'hume au présent avec un goût d'avenir. Expressions figurées et imagées d'aujourd'hui, bribes de sens sur notre temps, concepts du moment... Les mots soulignés correspondent à des traits de Tendances. Notre monde est en invitation permanente de signifiance. Bonne lecture!

Digitainable : l'open space intelligent

"L'open space avait montré la voie à la rationalisation des m2. Sa version 2009, étendue, pourrait sceller l'union de la rentabilité financière et du bénéfice environnemental par réduction de l'empreinte écologique des entreprises, sur fond de "Clean Tech" alliant numérique et développement durable. "Digitainable" (digital + substainable), c'est justement la formule choisie par François Denieul pour prolonger son défunt "Laboratoire des espaces intelligents" de l'université Paris XIII. Ce gourou, qui conseille banques et multinationales, n'oublie pas la question humaine. "Si les entreprises ont besoin de souplesse dans la gestion de l'espace, l'individu, lui, a toujours besoin de s'approprier un territoire", explique-t-il. Solution du futur (à l'état de prototype) : un poste de travail sensible, capable grâce à ses capteurs, de distiller l'éclairage (LED, bien sûr) approprié, tel un "cocon" lumineux".

(Thalyscope, Septembre-Octobre 2009)

Un monde transparent

"Raphaël Enthoven, philosophe : "Vous avez aimé 1984 ? Vous adorerez les années 2000, c'est-à-dire l'époque où le danger ne vient pas d'en haut, mais d'à côté. Méfiez-vous les uns les uns des autres : désormais, ce n'est plus Big Brother qui vous regarde, c'est votre voisin de portable, que son téléphone transforme en mini-Fouché. Nous avons moins à craindre un retour de la dictature ou de l'ordre moral que le despotisme sournois de la transparence, la transformation de l'espace public en une cage de verre où, devant le tribunal sans appel de l'opinion publique, l'indiscrétion tient lieu de délation, l'information disparaît sous le buzz, Internet et la presse trash font office de police secrète, où la rumeur succède à la calomnie et où l'oeil de Moscou cède la place à l'oeil de boeuf d'un appareil numérique"."

(L'Express, 1er octobre 2009)

La consubstantielle fragilité démocratique

"Jean-Claude Guillebaud : "Comment sauverons-nous la démocratie sans l'élixir de la croissance ? Nul ne le sait. C'est d'ailleurs vers cette Asie mirobolante, cette Chine affolée d'enrichissement et d'Orient industrieux que la croissance s'est expatriée. Ainsi, un fantasme nouveau hante-t-il désormais l'Europe, celui de la consubstantielle fragilité démocratique. Voyez déjà comme nos démocraties se durcissent, se raidissent tandis que réapparaissent, après démaquillage, les corporatismes, les frivolités people, les individualismes obstinés, les égoïsmes nus et cette "avidité des riches" que - bien avant le Christianisme - condamnait Aristote. Danserons-nous encore longtemps sur le Pont d'Avignon ?""

(TéléObs, 1er octobre 2009)

Ciblage comportemental des internautes

"Voilà plus d'un an que les grandes régies publicitaires sur Internet mettent en oeuvre, en catimini, ce "ciblage comportemental". (...) A en croire leurs promoteurs, une campagne ainsi conçue serait 2 à 3 fois plus efficace qu'une publicité classique. Plus besoin de se cantonner aux sites proches de son secteur d'activité pour acheter de l'espace (ciblage contextuel). (...) Tous les grands ténors du Web - Microsoft, Yahoo, AOL... - ont concocté leur offre. Google teste une solution qui devrait être commercialisée avant la fin de l'année (...) Dans son principe, le ciblage comportemental repose sur 2 procédures : le traçage de l'internaute, puis son profilage. La première opération s'effectue à l'aide d'un cookie. Ce fichier informatique envoyé par le site visité sur le disque dur de l'internaute permet de tracer l'historique de sa navigation à chaque connexion. La phase de profilage est plus délicate. Pour être efficace, une régie doit pouvoir s'appuyer sur une audience importante (10 à 15 millions de visiteurs uniques) et suffisamment diversifiée pour constituer un large panel de profils (...) A partir de quand un internaute est-il suffisamment "cerné" pour être rangé dans une famille donnée (cluster) ? L'expertise des opérateurs est encore empirique. Chacun utilise ses propres algorithmes."

(Enjeux Les Echos, Octobre 2009)

Crédit photo : Jean-Luc Raymond. Oeuvre de Street Art. Galerie Agnès B. Paris 4e. Octobre 2009.

dimanche 6 mai 2007

Petit Précis d'Efficacité Collective : Travailler autrement en téléchargement

En 2006, Microsoft France (en partenariat avec l'AFNET, le CIGREF, l'ENSAM, La Tribune...) publiait à l'occasion des Rencontres ICC 2006 (Innovation, Compétitivité, Connaissance) le "Petit Précis d'Efficacité Collective : Tome 01 : Travailler autrement" disponible uniquement lors de cet évènement ou par correspondance sur demande à partir de cette adresse.

Cet ouvrage destiné aux organisations formelles et informelles envisage l'efficacité collective sous l'angle du développement des compétences, des modes de travail renouvelés, de la contribution de chacun à produire, réorganiser et animer des réseaux de connaissances.

Sont notamment abordées des notions-clés comme les conditions pour le bon usage des outils d'efficacité collective et de travail collaboratif, la mise en place d'un responsable de l'efficacité collective dans les organisations, l'efficacité collective et l'organisation apprenante, la convergence des intérêts individuels et collectifs...

NextModernity qui a participé à l'élaboration du Petit Précis d'Efficacité Collective, le rend disponible en téléchargement gracieux (fichier .pdf, 128 pages) et en intégralité à cet URL.

A noter que les Rencontres ICC 2007 auront lieu les 2 et 3 octobre 2007 au Palais des Congrès de Paris.

samedi 5 mai 2007

Quartier numérique à Paris, le 2e arrondissement vit à l'heure du multimédia et des services internet à partir du 22 mai pendant 18 mois

A partir du 22 mai, le 2e arrondissement de Paris devient Quartier Numérique avec le slogan "Le quartier se connecte, la vie s'embellit". Pendant 18 mois, ce quartier va être dédié aux nouvelles technologies au service des habitants, commerçants et entreprises.

Quartier Numérique complémentera les services Internet et Wi-Fi dont chacun dispose via un abonnement à un opérateur, par une mise à disposition de connexions gratuites à l'extérieur, et ce pendant 18 mois. Quartier Numérique proposera en outre des services et outils mobiles, de nouvelles technologies permettant de nouveaux usages de votre téléphone mobile et de votre ordinateur.

Dès le 22 mai, le site Quartier Numérique devient un portail Internet mentionnant les initiatives dans le cadre de cette opération et fournissant un agenda d'ateliers et de rencontres. L'initative souhaite faire émerger des initiatives locales : "Le projet vivra grâce à vos initiatives, au retour que vous apporterez sur les technologies et les services qui seront mis à votre disposition. Le Quartier Numérique c’est avant tout une ambition partagée : apporter à la vie de quartier la qualité, la facilité et l'intensité de vie des technologies numériques."

Le 22 mai à 18h30 au Centre Cerise, 46 rue Montorgueil, sera fêté le lancement de Quartier Numérique. Des informations utiles et pratiques, ainsi que l'équipement du nouveau membre de la communauté Quartier Numérique seront présentés et mis à disposition lors de cet évènement.

Ce projet est porté par un groupe d'acteurs urbains et des nouvelles technologies, engagés dans un esprit de collaboration et de soutien : Silicon Sentier, la Mairie du 2ème arrondissement de la Ville de paris, la Région Ile de France et es acteurs privés (Orange, 9 Telecom, Fon, Adael, Wistro, Ozone, Mobiluck, Peer2Phone, Airlist, EMI, Abricoo, Dailymotion, Peuplade, Vpod TV...).

Plus de renseignements sur Quartier Numérique dans ce communiqué de Presse en .pdf qui précise les objectifs de l'initiative tout comme cette page du site Internet de Silicon Sentier.

Contact : Silicon Sentier - Quartier Numerique, Marie-Vorgan Le Barzic, Tél.: +33 1 42 72 19 70
marie@siliconsentier.org - 42, boulevard Sébastopol, 75003 Paris, France.

Thierry Maillet, l'accès à l'information n'est plus réservée aux sachants

Dans le quotidien gratuit Métro du 4 mai, une tribune libre est offerte à Thierry Maillet, auteur du récent ouvrage "Génération participation : de la société de consommation à la société de participation" (M21 Editions). Thierry Maillet s'exprime sur une frange de la population qui se réunit autour de valeurs... techniques et donc technologiques :

"Internet et le téléphone portable ont, il est vrai, modifié la géographie de la France. Ses habitants sont devenus des "consom'acteurs" qui admettent dorénavant que la satisfaction matérielle n'est plus la seule réponse à leurs attentes du vivre-ensemble. Ils s'impliquent et se passionnent pour la politique car ils voient la vie en réseau grâce aux nouvelles technologies. Ils sont jeunes dans leur tête et ne représentent pas une classe d'âge mais une classe de valeurs.

L'avènement de la société numérique engage les sociétés du XXIe siècle dans une voie différente car l'accès à l'information n'est plus réservée aux sachants. L'individu de la génération participation veut coconstruire sa vie avec les pouvoirs existants en participant aux processus de décision comme l'illustre l'augmentation de la vie associative. Cette génération diffuse ses nouvelles idées collaboratives en préférant le "où vas-tu ?" plutôt que le "qui es-tu ?"."

samedi 31 mars 2007

Fraternité, j'écris ton nom : la correspondance pour sortir de la difficulté

L'association Fraternité, J'écris ton nom a été récompensée début mars du Prix Planéte citoyenne (La Vie - France Info - Fédération Nationale des Caisses d'Epargne) pour son initiative "J'écris ton nom" lancée par le Docteur Philippe Rodet.

L'association a développé une idée toute simple : permettre l'échange de courriers réguliers écrits entre des jeunes en difficulté de 12 à 20 ans et des adultes volontaires qui aident. Chaque jeune a un deuxème correspondant adolescent dans un pays francophone (Sénégal, Maroc...). 860 jeunes entretiennent actuellement une correspondance avec deux personnes. Ce projet permet aux jeunes de se remobiliser via l'effort de l'écriture et de ne pas se sentir isolés dans leurs démarches de reprise de confiance en soi.

Fraternité, j'écris ton nom est soutenu par plusieurs fondations d'entreprises : Air France, Solidarité SNCF, Club Méditerranée, Gaz de France.

jeudi 8 février 2007

A vous de juger sur France 2 introduit un nouveau dispositif participatif via webcam

Prenant exemple sur ses homologues chaînes de télévision aux Etats-Unis, France 2, inaugure ce soir 8 février en prime time, avec l'émission politique de Arlette Chabot "A vous de juger", un nouveau dispositif participatif intéressant intégrant Internet qui pourrait faire tâche d'huile et se généraliser dans des émissions politiques et de débat sur les chaînes généralistes à des grandes heures de grande écoute.


Ce service permet à tout internaute, via une webcam, d'enregistrer ses questions, à l'adresse des invités d'Arlette Chabot pour son émission, et dans un deuxième temps, d'enregistrer des réactions à l'émission et de visionner en vidéo les commentaires des internautes. Vos contributions peuvent être postées dès maintenant à partir de la page d'accueil de l'émission. Via Ars Industrialis.

mardi 6 février 2007

DixiemeFamille.com, la solidarité de proximité multipliée par dix

A dix, sommes-nous plus solidaires ? Oui, on est certainement plus forts et mieux à même de porter des initiatives solidaires. Dans l'innovation sociale, le principe de tutorat est adapté pour partager des compétences, épauler, motiver.


Gary Généreux, simple citoyen, a réussi à adapter un principe d'entraide efficace : l'association qu'il a créée en 2003, DixièmeFamille.com met en relation via un site Internet une famille en grande difficulté aidée par 9 autres familles, résidant tous dans la même ville ou à proximité. Les 9 familles interviennent selon leurs disponibilités et compétences dans un partage de savoirs. Ce sont donc entre 30 et 40 personnes qui forment autour du foyer en difficulté une galaxie où chacun apprend à se connaître, à résoudre au jour le jour des problèmes, en élaborant des solutions concrètes à partir d'idées par le relationnel et la rencontre de gens qui ne se connaissent pas en amont. L'association Dixième Famille crée du lien social avec cette façon nouvelle de parrainer et d'aider ceux qui en ont besoin en favorisant les échanges intergénérationnels et de différents milieux sociaux.


Le site Internet DixièmeFamille.com permet de s'inscrire en tant que famille ressource ou d'obtenir l'aide d'une famille. Le réseau de partage est organisé en compétences que l'on déclare maîtriser (figurant dans une Banque Universelle des Savoirs) afin de créer de échanges solidaires.


Enfin, dernier projet en date, l'association Dixième Famille souhaite gracieusement mettre à disposition du milieu associatif solidaire, le Solidariciel : "son application logicielle disponible en ligne et permettant  de rassembler la multitude d'initiatives mise en oeuvre sur le terrain dans une banque des actes solidaires, de mutualiser l'expérience de terrain et les ressources en s'appropriant ces idées et d'offrir aux acteurs du tissu associatif une plate-forme permettant de faire connaître et reconnaître le travail réalisé localement".

dimanche 28 janvier 2007

Bernard Stiegler, Internet, télécratie, contributions, participativité et démocratie

Le philosophe Bernard Stiegler est de plus en plus présent dans l'émission "Ce soir ou jamais" de France 3. Le mardi 23 janvier, il s'est exprimé sur la puissance de l'Internet en particulier dans l'importance des contributeurs internautes dans le débat démocratique. Voici la transcription de ses propos sur les nouvelles technologies dans le cadre de cette émission :

"Je crois qu'Internet est un phénomène très très important qui ne fait que commencer et qu'il faut garder de juger ce qu'il se passe sur Internet avec le très peu de recul historique dont nous disposons. En revanche, je crois qu'il s’y passe des processus participatifs. Je n'oppose pas participation et représentation. La représentation est un processus de délégation. Si par exemple, on regarde ce qui se passe sur Wikipédia qui est quand même un phénomène très intéressant. C'est une encyclopédie que beaucoup regardent de très haut, universitaires ou professeurs, écrivains et intellectuels ou avec mépris. Beaucoup la regardent de haut, mais beaucoup la pratiquent aussi, l'utilisent. L'encyclopédie Wikipédia est un média extrêmement intéressant qui est en reconfiguration permanente et où chacun peut modifier un article qu'il est en train de lire, avec un contrôle bien entendu puisqu'il y a des responsables de rubriques. Et là, on voit comment quelque chose de très intéressant se produit, qui est arrivé aussi dans une association que je préside qui s'appelle Ars Industrialis, où les internautes veulent contribuer aux choses.


La différence entre le média Internet et les grands médias de masse que nous avons connus comme la radio et la télévision, c'est que dans ces médias de masse, il y a une opposition entre les producteurs d'un côté et les consommateurs de l'autre. Sur Internet, il n'y a pas de consommateurs. Il y a des participants, des contributeurs et c'est un processus d'un type tout à fait nouveau. Ce processus est extrêmement intéressant parce qu'il manifeste que les gens ont besoin d'exister, de pouvoir vivre collectivement, d'échanger et qu'il y a là une possibilité de développement tout à fait nouvelle.


Ici, il est très intéressant de faire un rapport entre ce qui se passe sur Internet par rapport à l'information et d'une façon plus générale, le fait que dans la société industrielle contemporaine, l'opposition entre production et consommation, pas simplement dans le domaine de l'internet, commence à devenir problématique.


Sur Internet, un phénomène s'est développé déjà depuis une quinzaine d'années : la production open source, en particulier le monde de ce qu'on appelle le logiciel libre. C'est un modèle industriel nouveau et un modèle économique nouveau. Un logiciel libre est développé par les utilisateurs du logiciel. Ses sources de développement sont ouvertes à tous. Tout le monde peut contribuer à l'évolution du logiciel et les gens en pratiquant le font évoluer et donc existent aussi à travers le développement de ce logiciel. (...)


Ceci, c'est un nouveau projet industriel, un nouveau projet politique, un nouveau projet économique, un projet technologique. Il faut développer les technologies pour cela (...) C'est un enjeu fondamental des décennies qui viennent. Il faut que la société se mobilise pour obliger les candidats à l'élection présidentielle à développer une politique dans ce domaine.


Il faut bien se rendre compte qu'il y a la convergence des technologies, donc convergence d'Internet (France Télévision a un site Internet ; toutes les chaînes de télévision ont un site Internet).


Sur Internet, on voit apparaître l'autoproduction vidéo. L'écrit a repris une seconde vie et c'est très bien aussi que les gens fassent des images et apprennent à manipuler les caméras. Tout ça est en train de se développer et produit la convergence du numérique, convergence entre les télécommunications, l'informatique et l'audiovisuel. C'est colossal, les transformations qui se produisent là, sans parler de ce qu'on appelle les microtechnologies et, derrière les nanotechnologies. Toutes ces technologies des objets communicants, ce sont d'énormes vagues de transformations qui sont en train de se produire. Il faut regarder cela de très très près et les pratiques des individus.


Il faut voir la vitesse à la quelle s'est socialisé internet. Il faut se souvenir qu'il y a 15 ans, Internet n'existait pas. Aujourd'hui, nous pratiquons pratiquement tous de près ou de loin. J'y passe 7, 8 heures par jour devant Internet. Je travaille avec et des centaines de milliers de gens travaillent avec Internet. C'est quelque chose qui va se développer encore beaucoup plus que tout ce que nous pouvons imaginer et il est fondamental de repenser la société industrielle par rapport à cela.


Je pense qu’Internet va transformer très profondément la vie politique. Je crois que ça va conduire à une participativité, à une implication, à une contribution des gens beaucoup plus grande dans la vie politique et c'est une très bonne nouvelle. Il s’est produit une coupure pendant les dernières décennies du fait des médias de masse qui ont produit des courts-circuits dans l'individuation collective, à travers le fait que la radio et la télévision, les médias se sont substitués aux appareils démocratiques (ce que j'appelle la télécratie). Internet permet d'imaginer une relance de la démocratie. Ce peut être aussi un outil de manipulation beaucoup plus fort aussi."

samedi 20 janvier 2007

Industrie musicale, dématérialisation, modèle économique publicitaire renouvelé, culture remix et nouvelles formes de créations musicales snacking

Depuis le début des années 2000, l'Internet, la téléphonie mobile et l'apparition des lecteurs mp3 bouleversent l'univers de la musique avec comme effet visible, des modes de distribution de la musique qui changent : on passe d'un support matériel à immatériel d'où un changement de valeurs et de symbolique importants de ce type de création artistique dans notre esprit associé à la consommation même de l'oeuvre sonore construite.


Les modèles économiques des major companies du disque stabilisés depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale ne sont plus pertinents et rentables. Production, composition, édition, fabrication, distribution, promotion et répartition des Droits sont aujourd'hui remis en cause.


La massification du nombre d'utilisateurs d'Internet, de possesseurs de téléphones portables et de lecteurs mp3 a favorisé cette "perte" de valeurs patrimoniales d'une culture métier de l'industrie du disque en faveur d'une musique instrumentée par d'autres acteurs de l'industrie : les fournisseurs d'accès à Internet (passage obligé), les opérateurs de téléphonie mobile, les constructeurs d'appareillage physique (lecteurs mp3, téléphones portables) et logiciels principalement pour lire des fichiers. La "convergence" téléphonie portable - lecteur mp3 magnifiée actuellement par la campagne de communication de l'iPhone générée et relayée sur Internet est l'une des étapes de ce processus.


Il faut se souvenir que les acteurs du marketing sans une véritable culture métier du disque ont investi les organigrammes de direction de l'industrie du disque au début des années 90 suite à l'apparition du support CD.


Cette nouvelle industrie musicale est dominée aujourd'hui par des acteurs médiatiques informatiques qui ont façonné une restriction des droits d'usage et de partage des créations (Microsoft, Apple, Sony), des médias traditionnels qui ont investi dans des plateformes en ligne comme News Corp. de Rupert Murdoch (qui possède MySpace), des sociétés informatiques médiatiques ayant valorisé la musique via des capacités de recherche et d'indexation multimédia textuelles, imagées, animées et vidéo (Google, Yahoo) et tout un champ qui se façonne mêlant le non marchand au marchand (BitTorrent, réseaux de pair à pair...). Tous ont un point commun : chercher dans la publicité le nirvana d'une nouvelle rentabilité où la musique devient en quelque sorte un "addendum" à une promotion autre.


En parallèle, l'irruption du peer-to-peer (au sens large et générique) et de réseaux d'échanges immatériels induisent un nouveau changement de paradigme chez les consommateurs de musique : la remise en cause de la valeur du coût de la démarche de création musicale et une course à se procurer de manière gratuite ce qui était "traditionnellement" payant. Les acteurs de ce marché, en amont, intermédiaires ou utilisateurs doivent supporter le coût incompressible de la bande passante, donc de l'utilisation des tuyaux.


Au-delà du changement des modes de distribution, ce nouveau "business model" publicitaire renouvelé (la musique a toujours entretenu depuis le début du 20e siècle un rapport très étroit avec l'univers publicitaire et le marketing) est micro-discriminant car il induit une communautarisation des genres musicaux et au sein de plateformes "reliant" des individus profilés ayant les mêmes désirs et affects (gothiques, punk, rap...).


Cet écosystème publicitaire médiatique et économique (adjectif intimement liés) fait renaître d'une part une culture du remix (générer une oeuvre musicale d'autres oeuvres musicales existantes) ; lire à ce propos l'article d'Anne-Marie Boisvert : "Idées sur le remix : du bricolage : une culture assemblée avec les moyens du bord" (avril, mai 2003) :

"(...) La culture remix : une culture qui embrasse le recyclage et le glanage, et dont l'originalité est d'avoir transformé les oeuvres préenregistrées et les moyens de diffusion comme les tables tournantes (outils traditionnels des DJs) en moyens de création. Ici, ce sont les moyens de reproduction qui précèdent et servent à la production6. Ainsi, le concept même d'oeuvre originale s'estompe et perd son sens.

La culture remix est une culture de la citation et du remake, certes, mais aussi une culture de l'intervention et de la réinvention, avec pour but le divertissement, mais aussi la communion et la libération. L'artiste aux commandes fait sciemment place au hasard (entre autres, sous la forme de glitches) et aux moyens du bord dans son processus créatif. Car le résultat importe, mais moins que le processus, la performance et l'événement. La culture remix emprunte ainsi à la société postindustrielle sa sursaturation sensorielle, en la reproduisant dans un contexte esthétique qui la canalise. Ses oeuvres demeurent ouvertes, introduisant, au moins pour un moment, un sens dans la cacophonie du monde, au moyen d'assemblages bricolés et éphémères, toujours sujets à transformation et toujours susceptibles d'une réorganisation."


D'autre part, l'écosystème publicitaire médiatique et économique génère des nouvelles formes courtes d'oeuvres (sonneries musicales, mini-extraits vidéo, cartes postales virtuelles musicales) que le quotidien Le Monde qualifie du côté des consommateurs, d'effet snacking dans un article du 19 janvier 2007 : "L'image en renfort de la musique", venant peu à peu se placer à côté des traditionnels morceaux et albums mais ne qui manqueront pas, avec le temps, à se substituer à ces derniers, dans la forme même créative :

""Carl Watts, directeur des programmes chez Sony-BMG, est chargé de développer des formats vidéo courts (1 min 30 maximum), adaptés aux usages des nouveaux médias, aux sites d'artistes et aux baladeurs vidéo, téléphones portables, consoles de jeu numériques. Ces "divertissements informatifs" ont gagné des noms génériques : le blogsong (un artiste explique, avec son morceau en fond sonore, son état d'esprit lors de la création du titre) ; le live and rare (extrait de concert inédit) ; le in the mix (travail en studio)... Chez Sony-BMG, on travaille à la réalisation de "documentaires" sur les artistes, des 52-minutes faciles à tronçonner sous forme de feuilleton quotidien, et destinés à forger l'image marketing d'un artiste.

Après le clip, le "snacking"

Tout cela devient du "contenu embarqué", c'est-à-dire proposé à la vente sur les consoles, téléphones, cartes mémoires, clés USB. On peut aussi les visionner sur le Net - nous voici dans la sphère du "marketing viral", où l'internaute sert de relais immédiat. "Les années 1980 ont connu le clip, poursuit Carl Watts. En 2006, les formats courts correspondent aux habitudes du "snacking" (picorage) des consommateurs.""

mercredi 10 janvier 2007

L'Internet et les réseaux de solidarités, une étude sur les solidarités numériques en réseau

En février 2005, l'Eurotechnopolis Institut a publié un document remarquable sur l'Internet et des initiatives liées aux solidarités et à l'Economie Solidaire : "L'Internet et les Réseaux de Solidarités" (31 pages en .pdf, à télécharger ici). Intéressant car cette étude rapporte des dizaines de projets, montre leur implantation dans une dynamique territoriale locale ou plus sectorielle et les classe de manière pertinente dans des champs participatifs divers et variés.


Ce document met en lumière la solidarité numérique comme un fait ancien sur Internet souvent lié à un activisme politique et à des préoccupations d'une vision différente de la société en matière d'environnement, d'économie sociale et solidaire et de réseaux non monétaires. Souvent, les réseaux de solidarités sur le Web sont l'écho ou précurseurs de mobilisations citoyennes, ont un aspect extrêmement pratiques et cherchent à recréer du "lien social" ; Internet n'étant qu'un outil pour des objectifs concrets.


L'étude "L'Internet et les Réseaux de Solidarités" souligne l'importance des animateurs des réseaux ("les médiateurs du lien social") et livre quelques enseignements pour l'avenir. Il est notamment proposé de favoriser la création de services d'épargnes solidarité (par système de points, de temps troqué), de soutenir les écoles qui veulent lancer des projets de solidarités entre jeunes et d'aider plus avant les actions de solidarités numériques des collectivités territoriales.

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