Jean-Luc Raymond

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samedi 14 octobre 2006

Cyber-réputation et notoriété en ligne

Dans son édition du 12 octobre 2006, L'Express sous la plume de la journaliste Mélodie Proust consacre un article à la cyber-réputation avec cette accroche "Pour la recherche d'information ou les affaires, la Toile peut s'avérer très indiscrète. Des agences spécialisées proposent d'améliorer votre image en ligne".


La notoriété en ligne ou cyber-réputation peut aussi jouer des tours. Lorsqu'un employeur reçoit un CV, il utilise de plus en plus Internet pour en savoir plus, en recherchant le nom du candidat dans un simple moteur de recherche.


Des sociétés se spécialisent dans la gestion de la cyber-réputation et pour la corriger en agissant sur le classement des requêtes dans les moteurs de recherche les plus connus ou en créant une notoriété sur le nom d'une personne.


Ainsi, IC Agency (Interactive Communication Agency), agence basée en Suisse s'est spécialisée dans ce secteur ; citation de David Sadigh, cofondateur d'IC Agency :

"Quelqu'un qui a eu des problèmes avec la justice dans les années 1970 n'a aucune envie de voir ressurgir son passé trente ans plus tard. Nous lui permettons de gommer cet antécédent préjudiciable qui l'empêcherait de se réinsérer socialement."

Source :

Proust, Mélodie (12 octobre 2006). "La Cyber-réputation" (En ligne), L'Express, n)2884, Paris, p.96

mercredi 11 octobre 2006

Bernard Stiegler, La Télécratie contre la démocratie : le Web 2.0 défini par Vincent Puig, un nouveau milieu de transindividuation

Dans son nouvel ouvrage "La Télécratie contre la démocratie", le philosophe Bernard Stiegler cite une définition documentaire et technique du Web 2.0 de Vincent Puig (Institut de Recherche et d'Innovation du Centre Pompidou à Paris) (document de travail) :

"L'appellation Web 2.0 (...) s'appuie sur (une) approche en termes de modélisation et de manipulation des structures documentaires (instrumentées par les schémas en ingénierie documentaire) et sur la modélisation et la manipulation des représentations du contenu (instrumentées par les ontologies en ingénierie des connaissances) pour se contenter sur les activités relationnelles et l'organisation des communautés. Le Web 2.0 est relationnel dans la perspective où il s'agit donc de repenser l'utilisateur et ses relations avec les autres, plutôt qu'à des contenus ou des machines. L'unité d'information n'est plus le site ou la page mais le service et ses objets, flux ou sources de données qui sont publiées (RSS). L'unité de recherche n'est plus le mot-clé mais le "tag" (marqueur) qui décrit un contenu. L'ensemble des tags apposés par les utilisateurs crée du sens, un néologisme existe pour définir l'utilisation de ce système de classification collaboratif : folksonomy (folk + taxonomy). À l'inverse des systèmes hiérarchiques de classification, les contributeurs d'une folksonomy ne sont pas contraints à une terminologie prédéfinie mais peuvent adopter les termes qu'ils souhaitent pour classifier leurs ressources. Ainsi, pour une ressource donnée, sa classification est l'union des classifications de cette ressource par les différents contributeurs.

(...)

Les tags sont personnels, partageables et permettent des outils de recherche et de représentation adaptés (nuages de mots, cartographie sémantique, etc.). Le web devient le lieu de la participation car il n'est plus seulement un espace de collecte d'informations mais développe les outils d'un retour de connaissances dans lesquels les utilisateurs sont à la fois lecteurs et auteurs : ils sont écrivants. Ils possèdent des blogs, publient et partagent des photos, podcasts et liens, postent des commentaires sur d'autres sites, etc. Les actions cumulées des utilisateurs et les données qu'ils produisent ajoutent de la valeur au système global.

(...)

Ainsi ce n'est plus seulement la qualité du service qui définit sa valeur mais la qualité et la fréquence des contributions apportées par ses utilisateurs qui ne sont donc plus des utilisateurs mais des praticiens."


En outre, Bernard Stiegler évoque le Web 2.0 comme "nouveau milieu de transindividuation, qui concrétise le potentiel du réseau Internet constituant par lui-même un nouveau type de milieu associé en tant que milieu technique".


Le concept de transindividuation (ou transduction) est exposé notamment par Gilbert Simondon et reexplicité par Bernard Stiegler dans plusieurs de ces écrits. On définit ainsi la transduction de façon imagée :

"Opération, physique, biologique, mentale, sociale, par laquelle une activité se propage de proche en proche à l'intérieur d'un domaine, en fondant cette propagation sur une structuration du domaine opérée de place en place : chaque région de structure constituée sert à la région suivante de principe de constitution."



Source :

Stiegler, Bernard (4 octobre 2006). La Télécratie contre la démocratie. Lettre ouverte aux représentants politiques, Flammarion, Paris, pp.229-231

lundi 9 octobre 2006

Manuel Castells, émergence des médias de masse individuels, mass self communication

Paru en août 2006 dans Le Monde Diplomatique, l'article de Manuel Castells (Professeur de Communication et chercheur spécialiste des réseaux et de la galaxie Internet) intitulé "Émergence des "médias de masse individuels" " figure désormais en intégralité dans les archives du site Internet du mensuel.

Dans ce papier, Manuel Castells évoque comment s'est constitué ces dernières années, via l'utilisation des technologies, "une nouvelle forme sociale de communication, certes massive, mais produite, reçue et ressentie individuellement" qu'il définit comme "la Mass Self Communication (la communication de masse individuelle)" :

"Techniquement, cette communication de masse individuelle participe d'Internet, mais aussi du développement des téléphones portables. Il y aurait à ce jour plus d'un milliard d'utilisateurs de la Toile et près de deux milliards d'abonnés au téléphone mobile. Les deux tiers des habitants de la planète peuvent communiquer grâce à un portable, y compris là où il n'y a ni électricité ni lignes de téléphone fixe. En très peu de temps, les nouvelles formes de communication ont explosé. Les gens ont développé leurs propres systèmes : SMS, blogs, skype... Le peer-to-peer (en français,"poste à poste") ou P2P rend possible le transfert de n'importe quelle donnée numérisée."

(...)

"Ce phénomène constitue ainsi une nouvelle forme sociale de communication certes massive, mais pourtant produite, reçue et ressentie individuellement. Partout dans le monde, elle a été récupérée par les mouvements sociaux. Mais ils ne sont en aucun cas les seuls à utiliser ce nouvel outil de mobilisation et d'organisation. À leur tour, les médias traditionnels tentent de s'arrimer à ce mouvement, et, en utilisant leur puissance commerciale et médiatique, ils sont en train de créer un maximum de blogs possible autour d'eux. Il n'en reste pas moins que, à travers la communication de masse individuelle, les mouvements sociaux comme les individus en rébellion sont en mesure d'agir sur les grands médias, de contrôler les informations, de les démentir le cas échéant, ou même d'en produire."


Dans une conclusion dans le champ des possibles, Manuel Castells voit dans ces phénomènes, une ressemblance avec la reconstruction de nouvelles formes politiques, dont on ne connaît pas le futur :

"L'existence et le développement des réseaux électroniques offrent à la société une plus grande faculté de contrôle, d'intervention. Et une capacité supérieure d'organisation politique à ceux qui se tiennent en dehors du système traditionnel."


L'article du Monde Diplomatique est tiré de l'intervention de Manuel Castells au séminaire "Media Between Citizens and Power" qui s'est tenu les 23 et 24 juin 2006 à San Servolo, Italie.


Source :

Castells, Manuel (août 2006). "Émergence des "médias de masse individuels"" (En ligne), Le Monde Diplomatique, Paris, n°629, pp.16-17

Patient Opinion : Les patients anglais donnent avis et suggestions sur leurs hôpitaux et partagent ces témoignages sur Internet

Le pouvoir de l'internet est aussi celui des citoyens... et donc aussi des assurés sociaux. Lancé en septembre 2005, le service Patient Opinion est un site internet interactif créé au Royaume-Uni par Paul Hodgkin, Médecin à Sheffield et le Department of Health and South Yorkshire Strategic Health Authority, avec un groupe d'associés et bénéficiant d'un développement informatique de la société Headshift qui permet aux patients du système de santé britannique d'exprimer ce qu'ils pensent des services hospitaliers locaux et d'écrire leur vécu sur les satisfecit, opinions ou conseils qu'ils ont à formuler pour améliorer les conditions de soins en Angleterre.


Patient Opinion est une organisation à but non lucratif qui inscrit son action dans la durée en signalant aux autorités publiques les dysfonctionnements notoires et les difficultés rencontrées par les patients dans leur parcours à l'hôpital que ce soit pour une simple consultation ou une intervention chirurgicale.


Grâce à ce système, le Dr. Hodgkin espère une meilleure orientation des citoyens britanniques vers des médecins spécialistes correspondant à leurs pathologies et aussi délivrer des informations crédibles en terme d'accessibilité sur les lieux de soins (modalités de transports, accès aux personnes à mobilité réduite...). Patient Opinion permet aussi de noter des défaillances et difficultés redondantes pour les notifier aux pouvoirs locaux et à l'administration de Santé au Royaume-Uni.


Concrètement, le système s'appuie sur des écrits postés sur le site par des patients à partir d'un formulaire très simple à compléter (rappelant une page d'un logiciel de traitement de texte) où l'on doit indiquer le lieu de soin (code postal) et sa remarque classée par catégorie (histoire, suggestion, critique, remerciement, aide, remarque négative). Chaque texte est ensuite modéré avant d'être disponible sur la plateforme par tout internaute qui souhaite consulter ces témoignages (avec une recherche par nom du centre hospitalier ou code postal).


Le contenu de chaque remarque est anonyme et les informations personnelles n'y figurent pas. 2000 contributions ont été postées depuis septembre 2005. Expérimenté dans le South Yorkshire depuis septembre 2005, le service a été étendu en janvier 2006 à tous les établissements hospitaliers de l'Angleterre. Ce sont les hôpitaux et le Primary Care Trusts qui financent ce site. En échange, ils peuvent répondre aux patients et comparer leurs rapports d'activités avec les remarques des patients placés sur Patient Opinion. Le site est sous une licence Creative Commons et répond aux normes d'accessibilité du W3C. Un site interactif, utile et solidaire!


Source :


Hodgkin, Paul (octobre 2006). Patient Opinion (En ligne), Patient Opinion, Sheffield, Site (Page consultée le 9 octobre 2006).

mardi 3 octobre 2006

Dominique Pasquier : pratiques culturelles des jeunes et technologies au sein du foyer

Dans le numéro n°4 des Grands Dossiers de Sciences Humaines (septembre 2006) consacré à la jeunesse, le journaliste Xavier Molénat interroge la sociologue Dominique Pasquier (directrice de recherche au C.N.R.S., membre du Centre d'Études des mouvements sociaux à l'E.H.E.S.S.), spécialiste des cultures adolescentes, sur une crise des transmissions de la culture. Il y est question d'autonomie relationnelle et de technologies au sein de l'habitation :

"Désormais les foyers sont des territoires clivés selon les générations, où l'on ne trouve plus d'objet culturel commun. La chambre des enfants est ainsi devenue un espace personnel (les parents frappent avant d'entrer en demandant s'ils ne dérangent pas), avec souvent tout l'éventail des nouveaux médias qui permettent d'entretenir leurs pratiques culturelles : la télévision, l'ordinateur, les jeux vidéo, Internet, sans compter évidemment le téléphone portable.
Je pense que cette individualisation, cette privatisation de la culture pour les jeunes, autorisée par les parents, financée par eux sans aucune conflictualité, est un phénomène franchement nouveau, qui contribue massivement à renforcer le poids de la culture générationnelle au détriment de celle des parents."

Source :

Molénat, Xavier (septembre 2006). Dominique Pasquier, sociologue, Culture ; une crise des transmissions (En ligne), in Les Grands Dossiers des Sciences Humaines n°4, Sciences Humaines, Paris, pp.42-43

vendredi 29 septembre 2006

Ivresses de brumes, griserie de nuages : un nuage vagabond traverse l'azur

"Un nuage vagabond traverse l'azur

Fin de printemps sur fleuve et lac, vent de la chute des fleurs,
Au coucher du soleil un nuage vagabond traverse l'azur,
A son aune on mesure la vanité du monde,
Dix mille affaires toutes oubliées dans un rire"

Ivresse de brumes, griserie de nuages (paru cette année chez Gallimard) contient d'admirables poésies coréennes en une anthologie qui réunit pour la première fois des oeuvres courtes et singulières sur la vie, comme celle mentionnée ci-dessus.

Source :

Collectif. Trad. Ann-Baron, Ok-Sung (3 mai 2006). Ivresse de brumes, griserie de nuages. Poésie bouddhique coréenne (XIIIe - XVIe siècle). Collection Connaissance de l'Orient, Gallimard, Paris, 290 p.

jeudi 28 septembre 2006

Le Programme d'Accès Communautaire canadien en péril, les Espaces Publics Numériques canadiens en difficulté

Le Programme d'Accès Communautaire (P.A.C.) Canadien est-il en train de mourir ? C'est la question que l'on peut se poser. Cette initiative qui compte 11 années d'existence et qui a donné naissance à des milliers de C.A.C. (Centres d'Accès Communautaire) dans le pays a été précurseur de nos Espaces Publics Numériques à la Française et a inspiré de nombreux programmes de mise en place d'espaces publics multimédias à but non lucratif par des Etats ou des régions dans le monde.


Dès 1995, le Gouvernement Fédéral Canadien décide d'un vaste plan de création de points d'accès publics à internet (C.A.C.) accompagnés sur l'ensemble du pays animé le plus souvent par des bénévoles afin de faire découvrir Internet au plus grand nombre et d'aider les citoyens à s'approprier les outils informatiques et l'Internet. Aujourd'hui, ce le financement du P.A.C. est remis en cause par le Gouvernement Canadien et la décision sera entérinée à la fin du mois septembre.


Coordonné par l'organisme à but non lucratif Communautique, le blog Numérique s'interroge à juste titre sur cette décision politique :

"La fin du Programme d'accès communautaire dans son ensemble ainsi que de l'Initiative jeunesse de ce même programme aura des conséquences importantes pour plusieurs communautés à travers le Québec et le Canada et plus particulièrement pour les personnes les plus touchées par la fracture numérique soit : les personnes handicapées, les personnes en processus d’alphabétisation, les personnes voulant intégrer le marché du travail, les nouveaux arrivants, les Premières nations et les personnes vivant en région éloignée.De plus, la mise en ligne des services gouvernementaux exclue et continuera d'exclure une large part de la société de l’accès à l'information essentielle à une participation pleine et entière à la société d’aujourd'hui. Que fait-on du 37% restant des gens qui n'utilisent pas Internet ou qui n'y ont pas accès? Si j'en crois le succès de nos activités (Plus de 7700 ateliers de formations donnés cet été, par 106 animateurs, un record!) ce programmme a toujours sa raison d'être..."


Sur les listes de discussion internationales sur les "telecentres", les doigts s'échauffent sur les claviers pour que le Gouvernement canadien revienne sur cette décision.


La Presse au Canada commence à se faire l'écho de la disparition du P.A.C. comme le Chronicle Herald de ce jour qui y consacre un article : "CAP has been cut -- officials" en retenant la mise en péril de 279 Espaces Publics Numériques locaux et communautaires utiles pour la population dans la région de Nova Scotia, le rôle culturel et patrimonial d'informations historiques locales collectées et enregistrées dans ces lieux d'accès publics par des bénévoles.


A l'initiative de TéléCommunautés, Communautique lance une campagne de courriel pour la sauvegarde du Programme d'Accès Communautaire à partir de cette page :

"Vous n'êtes pas sans savoir que le Programme d'accès communautaire (PAC) ainsi que l'Initiative jeunesse du PAC (IJ-PAC) se termineront sans doute bientôt faute de financement. Pourtant, nous demeurons convaincus de l'utilité de ce programme et de ses bienfaits sur les collectivités qu'il dessert. Il va sans dire qu'un financement récurrent de ce programme faciliterait grandement la tâche des personnes qui travaillent sans relâche pour mener à bien ce projet, mais surtout pour aider les gens qui fréquentent les Centres d'accès communautaire Internet à franchir le fossé numérique."

Premier billet. Modifiez-moi

Je suis le premier billet. Modifiez moi. Voilà donc...

"On connaît le bruit de deux mains qui applaudissent. Mais quel est le bruit d'une seule main qui applaudit ? A. Zen Koan"

Citation en exergue des Nouvelles de Jerome David Salinger, publiées en 1948, en édition compilée originale.

mercredi 6 septembre 2006

Web 2.0 et Web selon Philippe Quéau

Philippe Quéau, penseur, chercheur et expert reconnu du monde de l'Internet, représentant de l'UNESCO pour le Maghreb, s'exprime aujourd'hui sur son blog Metaxu, sur le Web 2.0 et la vie économique actuelle de l'internet avec son billet The Winner Takes All ; extrait :

"Je ne crois pas que Web 2.0 soit foncièrement différent de Web 1.0 car dans les deux cas il y a un phénomène profondément identique qui est à l’oeuvre, celui des "rendements croissants". Ce phénomène n’est pas propre au web, mais existe dans beaucoup d’aspects de la vie économique, en particulier dans le domaine des réseaux, et explique en partie la création des monopoles.
Le problème c’est que dans le monde du web, comme jadis dans le ferroviaire (on se rappelle les "barons voleurs" du 19e siècle), il y a une tendance à exacerber les rendements croissants jusqu’à des monopoles absolus. Alors, le vainqueur prend tout. "The winner takes all".

(...)

Ce qu’il importe de voir, c’est que le Web, malgré l’apparente facilité donnée à l’expression des individus (blogs, vlogs, etc.) nous enferme dans une logique de masse, qui nous livre poings et pieds liés aux futurs Léviathan du contrôle social et économique. Une prise de conscience elle-même massive, de nature politique, démocratique, est sans doute la seule solution."


Source :

Quéau, Philippe (5 septembre 2006). "The Winner Takes All" (En ligne), Philippe Quéau, Rabat, Blog (Page consultée le 6 septembre 2006)

mardi 5 septembre 2006

William J. Mitchell, la ville du XXIe siècle

William J. Mitchell est professeur au MIT (Massachusetts Institute of Technology, voir son site) et à la tête du MIT's Program in Media Arts and Sciences qui comprend le MIT media Lab.


Dans le numéro 91 de la revue scientifique en sciences humaines et sociales Sociétés, il s'interroge via l'article "L'espace entre les mots : Symboles, espace et ville" sur l'organisation de l'espace urbain comme constitutive de la relation de la communication dans une dimension narrative ; l'espace comme comme environnement qui se dote technologiquement d'éléments, de symboles et d'informations importés et valorisés in situ ; extrait :

"Ces déplacements, dislocations, insertions et combinaisons d'information numérique en rapport avec les environnements architecturaux et urbains ont toujours été lourds de conséquences, et le seront encore davantage à l'avenir. Un acheteur jadis était cantonné au monde clos d'un magasin ; on peut maintenant passer un coup de fil de son portable pour savoir quoi acheter pour le dîner, ou surfer sur Internet pour comparer les prix. Au moment de payer, un appareil sans fil lira les codes barres sur les produits achetés, les encaissera tout en mettant à jour le système d'inventaire des stocks. Un responsable politique peut désormais rester en contact au moyen de son Blackberry et donner des instructions, le tout sans quitter la salle de réunion, ni interrompre le débat qui s'y tient. L'étudiant dans son amphithéâtre n'interagissait auparavant qu'avec les éléments fournis par le professeur ; il peut désormais taper sur Google le sujet de l'intervention depuis son ordinateur portable, et rassembler des ressources accumulées autour du sujet du cours. (...) 

Contrairement à ce qu'on imaginait couramment il y a quelque temps pourtant, l'ubiquité qui caractérise les réseaux numériques n'a pas tout simplement gommé les différences entre les lieux, permettant à n'importe quoi de se produire n'importe où, à n'importe quel moment. Au contraire, cela s'est mué en mécanisme d'injection permanente d'informations au sein de contextes autrefois inaccessibles, ajoutant une nouvelle couche de sens. 

À mesure que ces différents modes et moyens de communication ont fait leur apparition les uns après les autres, ils se sont partiellement substitués à leurs prédécesseurs ; on peut, par exemple, choisir de décrocher le téléphone ou d'envoyer un e-mail au lieu de donner rendez-vous quelque part à un ami pour une conversation en tête à tête. La plupart du temps cependant, les nouvelles formes d'information se surajoutent et viennent compléter ce qui existait auparavant. Le mot écrit n'a pas mis un terme aux échanges parlés, et le mot électronique n'a pas tué l'imprimerie.

Toutes les pratiques de communication que j'ai décrites ici - de la discussion entre personnes rassemblées à portée de voix à propos de choses à portée de main à l'inscription et la lecture d'étiquettes, la construction et le téléchargement de pages web accessibles à l'échelle planétaire, l'envoi et à la réception d'e-mails jusqu'aux réunions en ligne depuis son ordinateur - travaillent ensemble à la fois dans le but de donner sens aux édifices et aux villes et d'en tirer du sens. Les fonctions sociales et culturelles des espaces construits sont devenues indissociables de l'opération simultanée de multiples systèmes de communication à l'oeuvre autour et à l'intérieur d'eux. On ne peut plus (n’a-t-on jamais pu ?) comprendre l'architecture en tant que médium autonome fait de masses, d'espaces et de lumière ; elle sert de nos jours de base construite à la rencontre et à l'extraction de sens à partir de flots d'information auditive, textuelle, graphique et numérique se recoupant au travers de réseaux planétaires."


Source :

Mitchell, William J. (2006). Trad. Bosqué, Clément. "L'espace entre les mots : Symboles, espace et ville" in Sociétés n°91, De Boeck, Bruxelles, pp.20-21

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