Jean-Luc Raymond

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lundi 1 janvier 2007

Daphne Bavelier, Jeux vidéo et attention visuelle

Daphne Bavelier est professeur de neurosciences à l'Université de Rochester (New York) et directrice associée du Rochester Center for Brain Imagining. Elle s'intéresse aux effets cognitifs des jeux vidéo, et est l'auteure d'un article avec C. Shawn Green "Action video game modifies visual selective attention" (Nature n°423, 29 mai 2003). Dans le numéro de janvier 2007 du magazine Sciences Humaines, elle est interrogée par Celia Hodent-Villaman (docteur en psychologie Université de Paris V et psychologue) sur le thème des jeux vidéo et de l'attention visuelle dans un dossier intitulé "Les jeux vidéo sont-ils bons pour le cerveau ?".

"Vous écrivez dans votre article publié dans Nature que, habituellement, l'apprentissage perceptif, lorsqu'il est mis en évidence dans les recherches, tend à être spécifique à la tâche pour laquelle le sujet a été entraîné. Pourquoi ?

La plupart des chercheurs travaillant sur la plasticité cérébrale tentent d'apporter une réponse à cette question. Jusqu'à la fin des années 80, on croyait que le cerveau était figé. Cette croyance a sûrement été alimentée par l'observation des conséquences importantes d'une attaque ou une lésion cérébrale peut avoir chez l'adulte. Ces vingt dernières années, nous avons découvert que le cerveau adulte a les capacités de se modifier. Cependant, les changements semblent se limiter à ce quoi les personnes se sont entraînées. Ceci est particulièrement vrai pour la vision. Il semble qu'il y ait plus de plasticité dans le domaine moteur, comme cela a été illustré par les progrès de la thérapie CI (constraint-induced therapy), qui propose par exemple à une personne handicapée du bras droit d'immobiliser le bras gauche pour la forcer à utiliser son bras affaibli) ou la réhabilitation assistée par robot. Nous ne savons pas pourquoi certains systèmes cérébraux semblent présenter plus de plasticité que d'autres, ni pourquoi la plasticité tend à être hautement spécifique. Des cas d'apprentissage étendu sont typiquement observés lorsque l'apprentissage est induit par des tâches plus complexes et des environnements plus riches. Par exemple, Eric Knudsen a montré que des chouettes élevées en cage n'étaient pas capables d'adapter leur comportement à la suite d'une transformation visuo-motrice induite par des lunettes munies de prisme déviant leur image visuelle. Cependant, ces mêmes chouettes placées dans une grande volière avec des congénères et devant chasser pour survivre ont appris à s'adapter à cette déformation..."

Prédictions 2007 technologiques à foison

Les prédictions 2007 en matière d'utilisation des technologies, de leur appropriation ne cessent de résonner aux quatre coins de l'Internet. Une petite revue de circonstance de quelques visions futorologiques ou prospectivistes pour la nouvelle année.


Quelques tendances fortes se dégagent autour de ces discours ambiants : un développement de services mobiles, des modes de distribution de logiciels évoluant vers le "en ligne", une croissance importante du secteur de la sécurité Internet et de l'identité numérique, la forte pénétration d'échanges de vidéos via des plateformes et l'apparition de nouveaux systèmes de peer to peer générant de véritables micro-chaînes TV thématiques par syndication/agrégation de contenus.


Médéric Morel de SQLI pense que se dessine une informatique-on-demand et ajoute que "les produits Open-Source continueront leur progression, mettant encore davantage la pression sur les éditeurs de logiciels. Leur utilisation en environnements critiques va se banaliser."


Guillaume Frat prédit l'avènement de la mobilité : "Les services mobiles explosent, le "m-Commerce" et la "m-Publicité" montent en flèche".


Anne-Claire Orban fait des prédictions axées sur les jeunes et les nouvelles technologies ; en première première position du Top 5 : ""Sur le Young Web : l'important est d'exister", pas de produire, ou de créer. Une diffusion des contenus des autres, une réappropriation personnelle de textes, vidéos et musiques hébergées par ailleurs. La blogosphère jeune est peu créative. Blogs "larsen" de DailyMotion et YouTube."


Lapnet traduit les 10 prédictions de l'Institut Gartner concernant l'Internet dans les organisations dans cet article avec ce point fort à relever : "Windows Vista sera la dernière publication majeure de Microsoft. La prochaine génération de systèmes d'exploitation se présentera sous la forme de modules et les mises à jour se feront de façon régulière. L'ère de la publication de logiciels monolithes tire vers sa fin. Microsoft fera partie de ce mouvement et les mises à jours de Windows seront plus flexibles et une emphase nouvelle sur la qualité globale du produit sera de mise."


Le journaliste Francis Pisani reprend les prévisions 2007 de Mark Anderson parmi lesquelles "le paiement par téléphones mobiles (qui) devient possible aux États-Unis (les opérateurs ont formé un consortium pour encourager cet usage) ; (la) généralisation des pratiques d'identification personnelles (empreintes digitales sur les ordinateurs et autres reconnaissances biométriques sur un nombre croissant d'appareils)."


Les 30 prédictions 2007 de Fimoculous pour 2007 sont à consulter : médias, technologie et personnalités se côtoient dans cet exercice de futurologie.


Toujours en anglais et plus sérieux, le Top 10 Predictions for Worldwide System Infrastructure Software, 2007 avec ce point très intéressant : "Software appliances will become a household word in 2007. The convergence of virtual machine technology and a new initiative by several tool vendors is giving birth to this new form of software packaging".


Le consultant américain Steve Rubel rêve de découvrir de nouvelles voix dans le monde des blogs.


Robin Good publie ses prédictions 2007 dans le domaine des médias en terme de tendances et d'opportunités en 15 points clés. Les outils ou plateformes évoqués existent déjà pour la plupart mais vont s'amplifier notamment l'agrégation de contenu, le partage vidéo et une plus large reconnaissance par le grand public des moteurs de recherche visuels comme Kartoo ou Grokker.


Dan Gillmor, spécialiste des médias internet, produit une série de prédictions pour les médias en 2007 sous la forme d'un Questionnaire à Choix Multiple. Il pense notamment que Google pourrait lancer un show vidéo en ligne en sélectionnant des vidéos sur YouTube sur la base de leurs audiences et de leurs auteurs afin de mettre à disposition ce programme pour des Chaînes TV indépendantes.

Année nouvelle

"Il n'est aucune chose qui aille plus vite que les années."
attribué à Leonardo de Vinci.

Bonne et joyeuse nouvelle année avec des moments simples et d'exception.

samedi 30 décembre 2006

Dossier Web 2.0 sur Défidoc

Via le Café Pédagogique, A-Brest et Isabelle Lemaitre, Didier Frochot et Fabrice Molinaro (deux consultants-formateurs indépendants spécialisés dans la documentation) publient sur leur site Défidoc, un dossier spécial Web 2.0, organisé, clair, explicatif, synthétique et bien conçu pour appréhender ce que recouvre l'expression Web 2.0 dans son aspect diffus et multipolaire. Loin d'un enthousiasme idéaliste pour le Web 2.0, les deux auteurs du dossier donnent une vision équilibrée d'un concept en devenir :

"Toujours est-il que le Web 2.0 est devenu une réalité tangible parce qu'il est avant tout sous-tendu par des avancées techniques importantes, qui globalement permettent au plus grand nombre d'internautes de devenir auteur et acteur sur le réseau. Un pas de plus dans ce sens, et non une nouveauté puisque – déjà – le "premier" Web offrait beaucoup de souplesse pour que toute personne puisse communiquer. Mais aujourd'hui c'est encore plus facile et tout aussi peu cher. Deux critères qui vont sans doute donner un nouveau souffle au Web, et faire exploser à la fois le trafic et le nombre de sites, notamment les blogs qui déjà pullulent.

Pour aborder cet univers du Web 2.0, nous proposons des articles de vulgarisation technique, mais aussi de réflexion, pour tenter d'échapper au regard simplement béat face au progrès technique, et mieux comprendre au sein de quels enjeux informationnels et de pouvoirs ce nouveau souffle du Web vient s'insérer."

Cartes de voeux électroniques, la correspondance à haut débit par Pierre Assouline

Pierre Assouline, écrivain et journaliste, regrette les voeux de la nouvelle année, ceux de la carte choisie, de l'écriture manuscrite et de l'encre apposé sur le papier. Le courrier électronique tue-t-il la correspondance traditionnelle ? Sans doute.


Dans Le Monde 2 du 30 décembre 2006, Pierre Assouline rêve d'une jolie carte cachetée de cire dans sa chronique hebdomadaire Juste un détail, titrée "Texto de château" ; extrait :

"Les voeux électroniques font appel à ce que notre sensibilité a de plus pragmatique. Un clic et l'on répond. C'est autre chose que de calligraphier une réponse, d'adresser une enveloppe, de la timbrer et de la poster, toutes choses qui semblent désormais relever d'une attitude d'un autre temps. On écrit dorénavant une lettre au risque de paraître démodé. Après l'ère des salons littéraires puis celle d' "Apostrophes", nous entrons désormais dans un nouvel âge de la conversation, par le truchement des forums, chats, blogs et courriels.

Dans ce bouleversement technologique qui voit le triomphe de l'algorithme, la lettre demeure plus que jamais une conversation avec un absent. Mais c'est le genre épistolaire même qui est menacé. La solitude, qui en était le pivot, s'est déplacée du papier vers l'écran. C'est là que ça se passe désormais. Là qu'on s'y retrouve pour s'y consoler. Même le solitaire et l'insomniaque sont désormais pressés. Ils n'ont plus la patience d'attendre la réponse à leur lettre. Ce sont des correspondants à haut débit. Mais quoi qu'on en dise, le support a modifié le genre. Le courriel n'aura jamais l'intimité du courrier. La main qui martèle le clavier ne chuchote pas à l'oreille comme la main qui court sur la page."

vendredi 29 décembre 2006

Lache tes coms, la sociabilité numérique des adolescents via les blogs, Dominique Cardon et Hélène Delaunay-Teterel

Le dernier numéro de la revue scientifique Réseaux (Volume 24, n°138, 2006, chez Hermès/Lavoisier) porte le titre "Les blogs" avec un dossier complet sur ce type de publications. Le sommaire, la présentation du dossier et les résumés des articles sont téléchargeables à cette adresse.


Les articles présentés : "Le blogueur à l'épreuve de son blog" par Mathieu Paldacci ; "La sociabilité juvénile instrumentée. L'appropriation des blogs dans un groupe de collégiens" par Cédric Fluckiger ; "Etats-Unis : les weblogs d'actualité ravivent la question de l'identité journalistique" par Florence Le Cam ; "La blogosphère, un cinquième pouvoir ? Critique du journalisme et reconfiguration de l'espace public au Portugal" par Marcia Rogerio Grilo et Nicolas Pélissier ; "Wikipédia, un dispositif médiatique de publics participants" par Julien Levrel ; "L'histoire de la "dog poop girl" revisitée. Usages et mésusages d'un médium hétérotopique" par Samuel Bordreuil.


Dans le premier article "La production de soi comme technique relationnelle. Un essai de typologie des blogs par leurs publics" de Dominique Cardon et Hélène Delaunay-Teterel, on s'attache notamment à évoquer le rôle de ce type de publication en ligne chez les jeunes et des dominantes de pratiques chez les adolescents dans la partie ""Lâchez vos coms!", la sociabilité digitale des adolescents" :

"Le réseau social "gigogne" des adolescents se caractérise par le volume, la faible spécialisation, l'intensité et la variété des liens mêlant amis très proches et simples connaissances, amis d'enfance et connaissances lycéennes, liens forts et liens faibles. Or le blog offre des ressources particulièrement adaptées à la gestion de ces variations d'intensité au sein d'un réseau amical large.

En premier lieu, à la différence du régime de communication des intériorités, le public destinataire du blog est clairement adressé par l'énonciateur. (...)

La constitution du public répond alors à une logique de bande coalisée en amont de la réalisation du blog. En avançant en âge, les jeunes blogueurs écartent progressivement leur famille de leurs blogs pour le réserver à la seule conversation avec les copines et copains. Le blog s'insère, à côté de l'IM et du téléphone portable, parmi les technologies conversationnelles permettant de maintenir un contact continu avec eux. Alors que le téléphone portable est utilisé pour la coordination et l'IM pour des échanges interpersonnels quasi-synchrones en présence intermittente, le blog vient davantage enregistrer les moments forts de la vie collective des adolescents. On y affiche ses goûts, ses emblèmes culturels et le ressenti des auteurs. De sorte que les usages entrelacés du portable, de l'IM et des blogs permettent aux adolescents de confier à ces derniers la mémoire vivante du collectif. En s'inscrivant dans la gamme des technologies de la conversation juvénile, la possession du blog apparaît aussi comme une quasi-obligation pour ne pas être exclu du groupe de pairs. Et cette pression sociale s'exerce encore sur la vie du blog qu'il faut constamment nourrir et commenter. Le public réclame des mises à jour, des nouveautés pour que la conversation dans les commentaires soit dense et régulière. La quête des commentaires constitue alors un défi central pour les jeunes blogueurs, qui demandent inlassablement aux autres sur leur post : Lâchez vos coms!. La réputation des personnes et de leurs blogs se mesure en effet par l'importance du nombre de commentaires reçus et, pour certains skyblogueurs, celle-ci fait l'objet d'une véritable compétition.

En second lieu, la gestion du public s'exerce aussi par l'affichage des goûts et des pratiques culturelles de l'énonciateur. L'affirmation de ses préférences culturelles joue en effet un rôle décisif à la fois comme instrument de conquête d'une réputation auprès des liens faibles et de singularisation auprès des liens forts. Cette affirmation identitaire passe par un processus de stylisation des goûts "qui tend à radicaliser les appartenances culturelles en public". A travers l'énorme production de collages de photos de stars, de paroles de chanson, d'images de films ou de clips vidéo, les blogueurs produisent un travail de stylisation afin d'articuler une image d'eux-mêmes mettant en cohérence, selon des codes complexes, goûts musicaux, pratiques sportives, tenue vestimentaire et rapport aux différents sous-genres cinématographique ou littéraire. Ce travail de stylisation collective à partir des productions culturelles de masse est indispensable aux logiques d'affiliation qui se constituent dans la formation des sociabilités au collège et au lycée. Cependant, les productions de contenus culturels sur les blogs permettent aussi un travail d'individuation de la relation que chacun entretient avec le style collectif que s'est donné le réseau d'amis."

mercredi 27 décembre 2006

Autorité informationnelle (tendance 033)

Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, un lieu, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile, lieu en devenir...


L'autorité informationnelle est un concept de l'univers documentaire du Web. Dans un article scientifique intitulé "Construction de l'autorité informationnelle sur le web" (11 pages, à télécharger ici en .pdf), la chercheuse Evelyne Broudoux examine ce concept au regard de plusieurs contextes de médiation d'un document numérique (sphère privée, sphère collective et sphère publique) avec des critères :

"l'autorité énonciative personnelle s'appuyant sur l'auteur et sa notoriété, l'autorité de groupe ou institutionnelle triant et établissant les conditions de la confiance en la fiabilité des informations, l'autorité du contenu concernant le document lui-même, son genre et sa qualité, et enfin l'autorité du support qui fixe les frontières matérielles du document."


La notion d'autorité informationnelle est l'un des repères majeurs de notre temps pour mieux situer notre rapport  à l'information, au savoir, à la transmission du savoir, voire à la notion de compétences. L'autorité informationnelle change dans le contexte numérique : "Le changement de support dû au passage au numérique remet en question les "autorités" sur lesquelles étaient basées l'attribution de confiance, la vérification et la légitimation de l'information."


Dans ces travaux de septembre 2004 à juin 2005 , l'atelier-auteur du groupe de travail de recherche RTP-DOC, Programme Société de l'Information (CNRS) délivre une acception de l'autorité informationnelle dans un document de 98 pages (téléchargeable ici en .pdf) : "Documents et contenu : création, indexation, navigation"  :

"Autorité informationnelle (proposition de définition)
- Enonciative (personnelle)
- Institutionnelle (éditeur vérifie la fiabilité des informations)
- Documentaire (type et qualité du document)
- Enoncé (contenu du document)".

Danilo Martucelli, les revers de la mobilité généralisée

En 2004, l'Institut pour la Ville en Mouvement a publié un recueil de textes aux Editions Belin dans l'ouvrage "Le sens du mouvement, modernités et mobilités dans les sociétés urbaines contemporaines" (sous la direction de Sylvain Allemand, François Ascher et Jacques Lévy) suite au Colloque du même nom en juin 2003 au Centre Culturel inernational de Cerisy-la-Salle.


Dans la deuxième partie de ce recueil "Individu et lien social", Danilo Martucelli (sociologue  au CNRS, CLERSE - Centre Lillois d'Etudes et de Recherches Sociologiques et Economiques - Université de Lille 1) met en évidence le fait que la mobilité s'impose, avec la suractivité et l'immatériel, comme un des indicateurs du prestige social. Pour Danilo Martucelli, ce ne sont plus seulement les modes et les goûts de consommation des classes aisées qui servent à définir le réel mais la globalité de leur existence. Son article "Les revers de la mobilité généralisée" montre que cette existence se caractérise a priori par la suractivité professionnelle, le primat de l'immatériel (gage d'esthétisme) sur le matériel, enfin la mobilité, concrètement la fréquence des voyages et autres déplacements.

"Le réel par excellence est fortement associé, au sens précis du terme, à la mobilité. Elle devient un indicateur du prestige social (faut-il rappeler que la "valeur" d'un cadre se mesure aussi par le nombre de voyages qu'il effectue par mois ?) ; une manière de se représenter les capacités individuelles de vaincre l'espace et le temps, de réaliser un fantasme d'ubiquité, d'agir, en même temps, à différents endroits. En dépit de certaines exagérations, Bauman a justement insisté sur une des significations majeures de la mobilité aujourd'hui en soulignant à quel point la mobilité de l'espace "est devenue le facteur de stratification sociale le plus puissant et aussi le plus recherché" (Bauman Z., Globalization. The human consequences, New York, Columbia University Press, 1998 paru en français sous le titre : Le coût humain de la mondialisation, Paris, Hachette, 1999).

Dans un univers où l'espace cesse en quelque sorte d'être une limite incontournable à l'action et à la communication, le signe majeur de reconnaissance, sous l'emprise de la "mobilité généralisée", devient la co-présence physique. Dans la mesure où les individus peuvent davantage agir ou se manifester à distance, à l'aide de nouvelles technologies de communication, la présence physique directe, et donc la possibilite de la mobilité, devient le critère suprême permettant de mesurer la valeur réelle octroyée à l'activité ou à la rencontre. Walter Benjamin l'a bien entrevu jadis, lorsqu'il s'est penché sur la reproductibilité de l'art : la possibilité de la multiplication des copies ne fait qu'augmenter l'aura de l'original. De même, le fait de pouvoir multiplier votre présence grâce à l'action à distance donne à l'interaction en face à face une valeur, normative et marchande, toute nouvelle.

Néanmoins, pour importante que soit la mobilité, elle ne saurait pas, à elle seule définir ce qu'est le "réel" aujourd'hui. C'est la réunion de ces trois facteurs, plus ou moins imaginaires ou fantasmatiques, qui finissent par condenser, dans la représentation sociale, le sens du réel.

Bien entendu, il faudrait encore ajouter bien d'autres éléments afin d'avoir une représentation plus exacte du "réel", et pourtant ces trois-là en constituent bel et bien le triangle de base. En s'aimantant entre eux, ils dessinent la définition légitime du réel. Certes, il est vrai que dans ses formulations les plus fantasmées, cette zone d'expérience, cette vie-là, ne concerne qu'une toute petite minorité d'individus. Davantage même : ceux qui l'éprouvent vraiment n'en sont pas moins, même si c'est autrement, assaillis également par le sentiment que la "vraie vie" est ailleurs. Mais il n'en est pas moins vrai que c'est au travers de cette zone d'expérience que se définissent en cascade toute une série d'autres expériences sociales, dans le vertige, plus ou moins achevé, de la déréliction. Il s'agit bien de deux zones parallèles d'expériences (mi-vraies, mi-imaginaires mais ayant des conséquences toujours effectives), qui ne cessent de s'entre-regarder : l'une, de manière oblique et épisodique afin de mieux asseoir sa distance ; l'autre, de manière constante et agonique, afin de mieux se rappeler son infortune. Et lorsque, par hasard, ceux qui sont dans cet "autre monde" s'aventurent dans le premier, comme le personnage de Proust dans le salon des Guermantes, on ne peut que faire l'étrange constat de l' "irréalité" du lieu que l'on "souille" : la "vraie vie" est par définition même celle dont on est à jamais exclu."

mardi 26 décembre 2006

Wifi communautaire à Blanquefort, ARTE Radio qui fait des émules, site Internet L'Ecole Ensemble... (brèves citoyennes de clavier)

La municipalité de Blanquefort (15 000 habitants) a décidé d'une voie originale et citoyenne pour partager les accès à Internet des citoyens : délivrer un routeur Wifi Fon aux foyers qui le souhaitent. Coût de l'opération : 20 000 euros soit un faible investissement au regard d'une infrastructure Wifi habituelle pour couvrir toute une ville. ZDnet délivre des explications sur cette opération décidée par Vincent Feltesse, Maire de Blanquefort : "Blanquefort couvre son territoire en haut débit grâce au Wi-Fi communautaire". "Le partenariat entre Fon et la commune de Gironde ne devrait pas rester un cas isolé. "Nous sommes en discussion avec trois autres villes françaises ayant le même profil, entre 15.000 et 20.000 habitants", nous confie Jean-Bernard Magescas, responsable de Fon en France."


"Le modèle d'ARTE Radio fait des émules" signale le quotidien Le Monde dans un article de Macha Séry. Cette station de radio 100% internet née il y a quelques années, est atypique car sans publicité, axée sur les sons, proposant des reportages aux formats courts... Et avec un auditoire fidèle. "Cette curiosité s'explique par le modèle atypique inventé par Arteradio.com. Avec 400 000 visiteurs par mois en moyenne, dont 90 000 abonnés au podcast, Arte Radio a été pionnière en offrant la possibilité de télécharger par Internet les nouveautés hebdomadaires de son magazine audio qui paraît chaque mercredi."


Serge Soudoplatoff (ex-France Telecom, direction de l'innovation) publie un article passionnant sur AgoraVox : "Forums sur Internet et participation collaborative" qui explicite la richesse et l'expression massive des échanges sur les forums de discussion en France. "Le forum de discussion est la forme première et puissante d'expression d'une intelligence collective, et un puissant lieu d'émergence d'opinions. Internet a renforcé cette caractéristique, et quelques analyses qualitatives et quantitatives de ces forums montrent que les internautes ne s'y sont pas trompés" (...) "Si l'on analyse ces forums selon les valeurs du Web 2.0 alors ils sont, bien plus que les blogs, encore bien plus que les études de marchés, d'extraordinaires lieux d'émergence de formes et d'opinions."


Excellente initiative de l'UNAPEI avec la mise en ligne du site Internet Lecole-ensemble.org et un DVD offert aux enseignants et étudiants en IUFM pour faire mieux comprendre la scolarisation des enfants handicapés. "Ce DVD propose des ressources pédagogiques, ludiques et animées adaptées aux divers programmes des cycles du primaire et diffusables sur un téléviseur afin d’organiser des séances de travail collectives. Le DVD s'adresse aux enfants de tous âges avec des thèmes comme la différence, le civisme, la tolérance, le développement durable, la génétique, etc. Animations, reportages et interviews, fiches d’information et ressources pédagogiques... pour travailler avec les élèves de façon ludique."


Sur le portail Menara : "Nouli Ahmed Amine: dessiner autrement", reportage étonnant sur Amine, un adolescent handicapé de 13 ans au Maroc qui utilise l'ordinateur en manipulant la souris avec son pied gauche. Créatif, il fait des dessins sur ordinateur. "Amine vient de terminer le dessin de sa première bande dessinée : Niâma et l'ours. Amine aimerait bien trouver des sponsors pour étudier avec lui la possibilité de publier sa première bande dessinée."

Gilles Brougère, le jouet comme interaction avec les médias

Gilles Brougère, universitaire, professeur de sciences de l'éducation à l'Université de Paris 13 et spécialiste du jeu, auteur du livre "Jouets et compagnie" (Stock, 2003) s'exprime sur la symbolique et le rôle des jouets dans notre société dans un entretien pour le magazine Epok (distribué en Fnac) : "Des jouets à prendre très au sérieux" (n°60, semaine du 15 au 21 décembre 2006). Il répond aussi aux questions de la journaliste Fabienne Jacob sur les jouets au regard des technologies.

"Le jouet a considérablement évolué avec sa médiatisation. Avec les nouvelles technologies aussi. Quels sont les enjeux de cette évolution qui, à bien des égards, ressemble à une révolution ?

Outre l'importance du jeu vidéo, des nouvelles technologies et de l'électronisation des jouets (qui ressemble encore trop souvent à une gadgétisation), le plus notable est à mon sens l'accélération d'un mouvement qui s'est développé il y a 20 ans. Le jouet est au centre de la circulation entre différents supports. Il est pris dans une relation complexe avec les autres médias. C'est ce qu'on appelle les "licences", les mises en relation avec des jeux, des séries télévisées, des dessins animés, des livres... Les jouets prennent naissance dans des films, des séries télé. C'est aussi l'inverse. Tout un système s'instaure et modifie la culture populaire enfantine et, au-delà, la place même de l'enfant dans la société. Une nouvelle norme s'impose. Du fait de cette interaction avec les médias, le jouet n'est plus un objet isolé. Il est accompagné d'une histoire, même potentielle. Ce phénomène n'est pas apparu brutalement.
Auparavant, on produisait déjà des jouets qui s'inspiraient de bandes dessinées, par exemple. Le jouet est de plus en plus narratif et, inversement, les séries télé sont de plus en plus liées au jeu. Les créateurs de séries télé imitent plus ou moins consciemment les "scripts des jeux pour enfants.

On a beaucoup accusé les jeux vidéo sinon de rendre les enfants un peu "autistes", du moins de les enfermer dans un individualisme forcené...

L'argument de la solitude est de plus en plus obsolète. Le jeu vidéo se développe sur une logique collective potentielle puisque l'on peut jouer à plusieurs sur une console. Même sur Internet, on joue en équipe."

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