Jean-Luc Raymond

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - citation

Fil des billets

dimanche 28 janvier 2007

Bernard Stiegler, Internet, télécratie, contributions, participativité et démocratie

Le philosophe Bernard Stiegler est de plus en plus présent dans l'émission "Ce soir ou jamais" de France 3. Le mardi 23 janvier, il s'est exprimé sur la puissance de l'Internet en particulier dans l'importance des contributeurs internautes dans le débat démocratique. Voici la transcription de ses propos sur les nouvelles technologies dans le cadre de cette émission :

"Je crois qu'Internet est un phénomène très très important qui ne fait que commencer et qu'il faut garder de juger ce qu'il se passe sur Internet avec le très peu de recul historique dont nous disposons. En revanche, je crois qu'il s’y passe des processus participatifs. Je n'oppose pas participation et représentation. La représentation est un processus de délégation. Si par exemple, on regarde ce qui se passe sur Wikipédia qui est quand même un phénomène très intéressant. C'est une encyclopédie que beaucoup regardent de très haut, universitaires ou professeurs, écrivains et intellectuels ou avec mépris. Beaucoup la regardent de haut, mais beaucoup la pratiquent aussi, l'utilisent. L'encyclopédie Wikipédia est un média extrêmement intéressant qui est en reconfiguration permanente et où chacun peut modifier un article qu'il est en train de lire, avec un contrôle bien entendu puisqu'il y a des responsables de rubriques. Et là, on voit comment quelque chose de très intéressant se produit, qui est arrivé aussi dans une association que je préside qui s'appelle Ars Industrialis, où les internautes veulent contribuer aux choses.


La différence entre le média Internet et les grands médias de masse que nous avons connus comme la radio et la télévision, c'est que dans ces médias de masse, il y a une opposition entre les producteurs d'un côté et les consommateurs de l'autre. Sur Internet, il n'y a pas de consommateurs. Il y a des participants, des contributeurs et c'est un processus d'un type tout à fait nouveau. Ce processus est extrêmement intéressant parce qu'il manifeste que les gens ont besoin d'exister, de pouvoir vivre collectivement, d'échanger et qu'il y a là une possibilité de développement tout à fait nouvelle.


Ici, il est très intéressant de faire un rapport entre ce qui se passe sur Internet par rapport à l'information et d'une façon plus générale, le fait que dans la société industrielle contemporaine, l'opposition entre production et consommation, pas simplement dans le domaine de l'internet, commence à devenir problématique.


Sur Internet, un phénomène s'est développé déjà depuis une quinzaine d'années : la production open source, en particulier le monde de ce qu'on appelle le logiciel libre. C'est un modèle industriel nouveau et un modèle économique nouveau. Un logiciel libre est développé par les utilisateurs du logiciel. Ses sources de développement sont ouvertes à tous. Tout le monde peut contribuer à l'évolution du logiciel et les gens en pratiquant le font évoluer et donc existent aussi à travers le développement de ce logiciel. (...)


Ceci, c'est un nouveau projet industriel, un nouveau projet politique, un nouveau projet économique, un projet technologique. Il faut développer les technologies pour cela (...) C'est un enjeu fondamental des décennies qui viennent. Il faut que la société se mobilise pour obliger les candidats à l'élection présidentielle à développer une politique dans ce domaine.


Il faut bien se rendre compte qu'il y a la convergence des technologies, donc convergence d'Internet (France Télévision a un site Internet ; toutes les chaînes de télévision ont un site Internet).


Sur Internet, on voit apparaître l'autoproduction vidéo. L'écrit a repris une seconde vie et c'est très bien aussi que les gens fassent des images et apprennent à manipuler les caméras. Tout ça est en train de se développer et produit la convergence du numérique, convergence entre les télécommunications, l'informatique et l'audiovisuel. C'est colossal, les transformations qui se produisent là, sans parler de ce qu'on appelle les microtechnologies et, derrière les nanotechnologies. Toutes ces technologies des objets communicants, ce sont d'énormes vagues de transformations qui sont en train de se produire. Il faut regarder cela de très très près et les pratiques des individus.


Il faut voir la vitesse à la quelle s'est socialisé internet. Il faut se souvenir qu'il y a 15 ans, Internet n'existait pas. Aujourd'hui, nous pratiquons pratiquement tous de près ou de loin. J'y passe 7, 8 heures par jour devant Internet. Je travaille avec et des centaines de milliers de gens travaillent avec Internet. C'est quelque chose qui va se développer encore beaucoup plus que tout ce que nous pouvons imaginer et il est fondamental de repenser la société industrielle par rapport à cela.


Je pense qu’Internet va transformer très profondément la vie politique. Je crois que ça va conduire à une participativité, à une implication, à une contribution des gens beaucoup plus grande dans la vie politique et c'est une très bonne nouvelle. Il s’est produit une coupure pendant les dernières décennies du fait des médias de masse qui ont produit des courts-circuits dans l'individuation collective, à travers le fait que la radio et la télévision, les médias se sont substitués aux appareils démocratiques (ce que j'appelle la télécratie). Internet permet d'imaginer une relance de la démocratie. Ce peut être aussi un outil de manipulation beaucoup plus fort aussi."

samedi 20 janvier 2007

Jean-Pierre Vernant, le progrès

Agrégé de philosophie et spécialiste de la Grèce Antique, Jean-Pierre Vernant est décédé le 9 janvier 2007 à Sèvres à l'âge de 93 ans. Son oeuvre a été marquée par une connaissance renouvelée des Grecs vs. l'Occident moderne, notamment en terme d'exercice de la démocratie.


Le Nouvel Observateur de cette semaine rend hommage à Jean-Pierre Vernant avec un article intitulé "Ma traversée du siècle" qui reprend ses mots dans un entretien pour l'hebdomadaire en juillet 2004. Le philosophe aborde notamment la notion de progrès :

"Il y a eu toute une période où un grand nombre de gens, en Occident, ont vécu avec l'idée que le passé et le présent n'avaient pas d'autre sens que de préparer un avenir qui apporterait des solutions et briserait les égoïsmes nationaux et les injustices sociales. Je ne crois plus au progrès. J'ai cru à un moment donné dans ma jeunesse, qui n'était pas une jeunesse folle, qu'il y avait un progrès. (...) De la même façon que le développement des sciences physiques et chimiques donnait une maîtrise de la nature, l'essor de la sociologie pouvait nous apporter une certaine maîtrise de l'évolution sociale. (...) Aujourd'hui, je me rends compte qu'il y a un élément temporel capital : l'imprévisibilité. Après tout, la physique contemporaine ne croit plus à la causalité mécanique. Dans le domaine de la vie sociale ou intellectuelle, il y a également de l'imprévisibilité, et je dirais que c'est ce qui nous sauve : c'est d'autant plus intéressant que c'est imprévisible. C'est-à-dire qu'on est toujours surpris par ce qui arrive, et que l'explication du fait intervient toujours a posteriori. On s'aperçoit que les techniques que nous avons développées, les formes d'énergie que nous avons découvertes, peuvent avoir des conséquences que leurs découvreurs n'imaginaient pas du tout. Notre avenir humain est remis en cause par le développement technique. Il y a le Prométhée de Marx, qui veut changer le monde. Mais le Prométhée grec n'était pas celui-là. Le progrès est une idée grecque dans la mesure où l'on passe du stade de la barbarie ou de la vie quasi animale à la vie civilisée. Le tout, pour Prométhée, est de ne jamais renoncer."

jeudi 11 janvier 2007

Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix 2006, et la mondialisation

Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix 2006, économiste, surnommé le banquier des pauvres, est fondateur de la Grameen Bank au Bangladesh, un organisme spécialiste du micro-crédit qui compte près de 7 millions de bénéficiaires.


Muhammad Yunus est interrogé dans la dernière édition du magazine L'Express (11 janvier 2007, n°2897) par son ami Jacques Attali, Eric Chol et Christian Makarian. Le Prix Nobel de la Paix 2006 s'exprime sur des enjeux majeurs du monde : l'extrême pauvreté, l'éducation, la santé, la paix et aussi sur la mondialisation ; extrait :

"Je comparerais la mondialisation à une centaine de voies d'autoroute traversant le monde de part en part. Sur ces autoroutes circulent de gros camions qui sont les grandes multinationales issues des pays riches. Il n'y a guère de couloir réservé à des pays tels que le Bangladesh. Donc, si l'on veut donner un sens à la mondialisation, il faut discerner la bonne de la mauvaise. La "bonne mondialisation", pour moi, cela consiste à instaurer un code de la route avec des voies rapides, des voies ouvertes aux poids lourds, mais aussi des voies réservées aux véhicules roulant à faible allure. Sans ces règles, la liberté de circuler ne profitera qu'aux poids lourds : c'est ce que j'appelle la "mauvaise mondialisation". Cela dit, la "bonne mondialisation" ne viendra pas d'elle-même, automatiquement. Car l'automaticité, c'est avant tout la mécanique des puissants et l'écrasement des faibles. Il faut donc instaurer un code de la route qui soit d'abord acceptable et respecté par les Grands. Des principes fondamentaux, au nombre de cinq ou de dix, posés à l'échelle internationale et appliqués par toutes les grandes compagnies partout dans le monde. Cela permettrait de limiter les dégâts de la mondialisation et d'ouvrir un espace de négociation pour les pays les plus pauvres. Le problème est de convaincre les puissants de la nécessité d'instaurer ces règles de conduite."

mercredi 10 janvier 2007

La convergence numérique, où en est-on ?

Dans le quotidien Libération daté du mercredi 10 janvier 2007, le journaliste Christophe Alix signe l'article : "Convergence numérique: l'ère de la grande pagaille : Informatique, téléphonie et télévision multiplient standards et appareils de lecture" qui donne la parole à Olivier Bomsel et Gilles Le Blanc, chercheurs au CERNA, laboratoire d'économie industrielle de l'Ecole des mines de Paris et spécialistes de l'économie du numérique.


Olivier Bomsel et Gilles Le Blanc sont deux des coauteurs d'un essai paru en 2006 sur la monétisation des contenus culturels comme objets économiques différents des autres flux d'information : "Modem le Maudit : Economie de la distribution numérique des contenus" (aux Presses de l'École des Mines).


Au coeur de cet entretien, le concept de convergence numérique, souvent présenté comme inévitable mais qui est un serpent de mer dans les nouvelles technologies depuis plus de 10 ans. Les aficionados de l'informatique et de l'internet en rêvent. Encore faut-il être d'accord sur ce qu'on désigne par convergence numérique :

"Olivier Bomsel : C'est un terme passe-partout pour dire que, à l'ère du numérique, toutes les machines (téléphone, ordinateur, téléviseur, baladeur...) sont conçues pour capturer, traiter, lire, stocker des suites de 0 et de 1, autrement dit le code binaire permettant de formater n'importe quel son, image ou texte. Comme le montre cette grande foire qu'est le rendez-vous annuel de Las Vegas (CES - Consumer Electronic Show), cet ensemble de techniques n'est pas appréhendé de la même manière par les différents acteurs du numérique. D'où ce mélange permanent de concurrence et de complémentarité. C'est plutôt la confusion qui règne !

Gilles Le Blanc : Pour moi, la convergence représente à la fois la compatibilité potentielle d'un très grand nombre de services et la multiplication du nombre d'équipements, les deux étant intimement liés. C'est parce qu'un mobile peut être compatible avec un PC qu'il y a convergence des télécoms et de l'informatique. La différence par rapport à la convergence version an 2000 telle qu'elle était présentée par un Jean-Marie Messier, c'est que tout ne passe plus par le tuyau unique d'un seul fournisseur à destination d'une multitude de supports."

dimanche 7 janvier 2007

Jacques Attali, les sociétés occidentales à l'épreuve de penser l'avenir

Dans le quotidien Le Monde du 6 janvier 2007, Jacques Attali, souligne la vision à court terme des sociétés occidentales et cette incapacité à se projeter dans l'avenir : "La démocratie à l'épreuve du futur" ; un entretien qui fait écho à son dernier essai best seller de prospective à l'horizon 2030 : Jacques Attali Une brève histoire de l'avenir (chez Fayard).


Il y évoque le pouvoir des technologies comme moyen de surveillance accru ; extrait :

"Quelles peuvent être les solutions pour les démocraties des grands pays ?

Une des réponses actuelles est le rajeunissement de la classe politique, alors que le monde vieillit. Le pouvoir est ainsi donné à des personnes qui vont en rendre compte pendant vingt ans, d'où leur intérêt à s'occuper du long terme. C'est déjà fait partout dans le monde, sauf en France. L'opinion publique va dans ce sens. Les jeunes sont mûrs plus tôt. Même s'ils ne votent pas, ils s'inquiètent du monde qu'on va leur laisser. D'autant plus qu'ils ont à leur disposition des moyens d'expressions de plus en plus efficaces : Internet, les blogs, le Web 2.0.

Les démocraties arriveront-elles assez vite à se projeter dans l'avenir ? Rien n'est moins sûr. Le retour de la dictature est possible. Ainsi, dès aujourd'hui, l'émergence des nouvelles technologies et des techniques de surveillance menace les libertés individuelles. Il faut donc les intégrer dans une nouvelle conception du droit. Si cela n'a pas lieu, le XXIe siècle sera peut-être aussi terrible que le XXe siècle, avec la même parenthèse totalitaire (1917-1989), mais avec encore plus de dommages."

Léon Saussine, devineur d'Internet au début du 20e siècle, le cinéma-phono-télégraphique

Frédéric Lambert (professeur et sémiologue à l'Institut Français de Presse) s'intéresse dans le numéro de novembre 2006 du mensuel gratuit Citato, dans un article intitulé "L'avenir du passé, le futur du présent" à un français qui a prédit, il y a plus d'un siècle, l'Internet. Incroyable précurseur que Léon Saussine :

"Au début du XXe siècle, monsieur Léon Saussine, dessinateur et lithographe, s'est amusé à imaginer comment vivraient les habitants de la planète Terre au moment du passage à l'an 2000 en proposant une série d'images intitulées : "En l'An 2000".

Parmi toutes ces propositions qui nous font sourire (...), notre artiste-devin avait prédit la correspondance "cinéma-phono-télégraphique"! Un homme en costume, confortablement installé dans un fauteuil, tient dans sa main un "micro". Une jeune femme, grandeur nature, dans une toilette très recherchée, lui fait face. Mais il ne s'agit que de son image, projetée sur un grand écran. Elle semble cependant lui parler.

(...) Ce qui prime, c'est le dispositif qui autorise cet échange en direct. Un technicien s'affaire et le réseau de fils électriques, d'écouteurs, de sonnettes et de pavillons d'électrophones laisse deviner un appareillage complexe.

Notre peintre en avenir, inspiré par le génie du fantastique, n'avait-il pas inventé tout simplement l'Internet ? Certes, nos ordinateurs et nos web-cams ne ressemblent pas à cette machineri lourde. Mais on peut rendre justice à notre dessinateur d'avioir conçu au début du XXe siècle ce que serait le XXIe siècle et sa révolution numérique : la simultanéité audiovisuelle de nos modes d'échanges."


Cette image peut être vue à l'Historial de la Grande Guerre, Château de Péronne, 80 201 Péronne, France.

samedi 6 janvier 2007

La démocratie participative numérique et les collectivités territoriales

La Gazette des Communes consacre sa une du 8 janvier 2007 à : "Internet : Les nouveaux usages de la démocratie participative" avec un dossier de 8 pages sur le sujet, coordonné par Maud Parnaudeau. C'est à ma connaissance une première pour l'hebdomadaire de référence des collectivités territoriales en France.


Selon la Gazette, l'essor des réseaux numériques dans la démocratie locale est une "extension" de l'utilisation des Technologies de l'Information et de la Communication. Pourtant, les expériences de démocratie locale sur Internet ont été moteurs dans le processus historique d'Internet. On redécouvre aujourd'hui cette espoir de démocratie locale via le réseau avec la massification du nombre d'internautes.
Le numérique participatif est dans l'air du temps et les Technologies de l'Information et de la Communication sont d'abord considérées par l'immense majorité des collectivités locales comme un média.
Le souci de la transparence via Internet contribue-t-il à un effort démocratique ? Rien ne le prouve. Si le pouvoir des internautes semble plus grand, les actions individuelles ou collectives peuvent faire pression sur les élus mas c'est d'abord l'information et la consultation qui prime pour la collectivité territoriale.


Quid de la liberté d'expression ? Elle est présente sur Internet remettant en cause le fonctionnement même de la démocratie représentative. Si la communication et la publication d'internautes est possible dans les faits et techniquement par le citoyen lambda sous forme de blogs, forums, podcasts audio, vidéos, ce fait en ligne qui agrège les opinions n'est pas forcément représentatif des opinions des citoyens.
Soulignons que le nombre d'internautes en France n'est pas encore écrasant et que les outils techniques évolués sont exploités par les personnes qui savent s'en servir ; une partie très importante de la population n'y a pas recours faute d'accès, de compétences, du niveau d'instruction et d'une culture numérique inexistante.


Dernier point, l'essor des réseaux numériques joue le rôle certain d'aiguillon auprès des pouvoirs politiqurs locaux même si cette forme est largement surévaluée dans le paysage médiatique ambiant.
L'expression citoyenne n'est pas l'expression politique traditionnelle même si elle est foncièrement une expression politique d'engagement dans une réflexion et/ou une critique de la vie de la cité.
Cette distanciation entre ces deux modes d'expression n'est pas seulement culturelle ; elle mêle des intérêts de pouvoir, de représentation, de marchés économiques et de questions sociales redondantes.


Vincent Feltesse, maire de Blanquefort en Gironde, résume ainsi cette nouvelle forme de contestation dans le dossier de la Gazette des Communes :

"Il est vrai qu'internet est davantage un outil de contestation que de construction. Les personnes peinent à s'emparer des espaces de discussion ouverts par les institutions ; il y a un phénomène de défiance. Aussi, pour provoquer des échanges, il peut être plus efficace de poster des messages sur des blogs citoyens que de créer des blogs institutionnels".


Quelques expériences des collectivités locales évoquées dans ce dossier sur la démocratie locale à l'heure du numérique :

Wiki-Brest (encyclopédie brestoise dans lequel chaque internaute peut publier des textes, images ou des sons ayant trait au territoire) ;
- Ma ville en poche à Laxou (portail local consultable sur téléphone mobile) ;
- La WebTV du département de la Seine-Maritime ;
- les blogs Au Fil de Dream+ (mis en place dans le cadre d'un projet de la Région Nord-Pas-de-Calais sur la démocratie locale numérique) et Démocratie participative (initié par le Conseil Régional Rhône-Alpes).

jeudi 4 janvier 2007

Internet comme système de production vertical d'un nouveau cinéma

Eric Libiot, critique de cinéma pour L'Express, introduit décrit comment Internet bouleverse l'industrie cinématographique dans sa première chronique de l'année 2007 pour l'hebdomadaire généraliste (numéro du 4 janvier 2007) : "Remue-ménage d'images" ; extrait :

"En 2007, les bouleversements de l'économie du 7e Art, au sens large, vont s'accélérer. Là encore, Internet, par sa technologie et par l'utilisation qu'en fait chacun (producteur autant que consommateur), transforme la donne en profondeur. S'il est difficile de croire à la mort du cinéma en salles quand 2006 aligne, en France notamment, des chiffres de fréquentation en grande forme (tant mieux!), (...) le succès de la vidéo à la demande (les opérateurs vont-ils se transformer en producteurs?), le rapport toujours plus étroit entre l'homme et la machine (des films voient le jour par, et pour, la Toile), tout cela concourt à faire évoluer l'offre du monde des images, donc à en bouleverser le paysage financier et artistique. Si Internet (ou tout autre support numérique) propose, aujourd'hui, une fenêtre autre que le grand écran pour diffuser le cinéma, il devient également, et davantage chaque jour, un système de production vertical que les professionnels de la profession doivent intégrer à leur réflexion sur l'avenir de leur métier."

mercredi 3 janvier 2007

Internet et la fin du journalisme ?

Dans le numéro de Enjeux - Les Echos de janvier 2007, François Ewald, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (philosophe et ancien assistant de Michel Foucault) publie un point de vue sur le journalisme au coeur du modèle d'une presse opinion, aujourd'hui battu en brêche par le développement des médias participatifs. La question est posée dans le titre : "Internet, la fin du journalisme ?" François Ewald tente d'y répondre :

"Les journalistes et les journaux d'opinion n'existeront peut-être bientôt plus, en tout cas au sens où nous les connaissons aujourd'hui. A cause des nouvelles technologies. Avec Internet et les moteurs de recherche, l'information ne se fait plus du haut vers le bas, d'une élite journalistique vers un peuple dépendant et assoiffé d'une information rare et contrôlée, mais dans une capacité infinie de communication latérale de chacun avec tous. La grande révolution de la démocatie en cours est que le citoyen trouve avec Internet l'espace et le moyen d'une liberté d'expression affranchie de tout pouvoir - y compris de ce pouvoir de la Presse - censé l'affranchir de tous les pouvoirs. (...)

Pour mesurer cette révolution, le mieux est d'écouter ceux qui la font. Pierre Bellanger, le patron de Skyrock, parle de l'avènement "d'une culture participative, c'est-à-dire d'une oeuvre contributive et collective, le passage à une société d'auteurs." Jean-François Fogel et Bruno Pattino*, qui ont travaillé à construire le site Internet du Monde, soulignent "qu'Internet génère une implacable disruption : information gratuite et déconstruction/reconstruction permanente de l'oeuvre collective. Tout est à rebâtir autour du seul point de référence : l'audience. Pour elle, le temps nécessaire à prendre connaissance de l'information est devenu un bien plus rare que l'information elle-même.""


* Jean-François Fogel et Bruno Pattino sont les auteurs d'un livre-essai très réussi : "Une Presse sans Gutenberg" (2005) aux Editions Grasset qui traite du journalisme transformé à l'Ere de l'Internet.

mardi 2 janvier 2007

Second life, un monde virtuel et en 3D qui ressemble à un jeu vidéo mais qui n'en est pas un

Dans son édition du samedi 2 décembre 2006, Le Monde 2 consacre sa couverture et un dossier de 8 pages sur Second Life, un univers accessible via Internet, nouvelle utopie, un monde où tout paraît possible : "Une journaliste sur Second Life : Ma vie virtuelle". Diane Wulwek décrypte le phénomène Second Life en créant son avatar et en naviguant dans ce monde virtuel à la rencontre d'autres avatars pendant plus d'un mois ; une expérience troublante.


Qu'est-ce que Second Life ?

"Un monde virtuel en ligne et en 3D qui ressemble à un jeu vidéo... mais qui n'en est pas un. Un "univers persistant social et collaboratif" créé en 2003 par Linden Lab, une société californienne, dans lequel on vient s'offrir une deuxième vie. Une simulation de la réalité qui permet de se divertir, nouer des amitiés, expérimenter des formes de sexualité inédite, créer des biens et des services et pourquoi pas gagner sa vie.

Mais aussi, une économie parallèle qui dispose de sa propre monnaie, le linden dollar (L$), convertible en billets verts (environ 275 L$ pour 1 US$), et où les échanges commerciaux s'élèvent jusqu'à 600 000 US$ par jour. Une sorte de Terre promise qui accueille déjà plus d'un million de participants - chiffre qui croit au rythme de 36 % par mois - de toutes nationalités, et qui, en dehors des technophiles et des amateurs de jeux multijoueurs en ligne, attire désormais les médias, les artistes, les marques, les multinationales, les organisations gouvernementales et même des hommes politiques. Second Life : un phénomène qui bouleverse complètement les frontières entre réel et virtuel et qui préfigure l'Internet de demain."


Les mots de Wolkman, 36 ans, de son vrai prénom Pierre-Etienne, chef de projet Internet à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Toulouse qui tient un blog sur Second Life : SLObserver.com :

"Même si ce ne sont que des formes, des volumes ou des animations virtuelles, on dispose ici (dans Second Life) de la totale propriété, et donc des copyrights, de chacune de nos créations. Cette décision a été prise par Linden Lab quelques mois après l'ouverture de la plate-forme. De facto, un vrai marché s'est constitué. C'est ce qui a donné naissance à la première économie mixte à cheval entre le monde réel et le monde virtuel!

Tout ce que je produis ici m'appartient et je peux le vendre à d'autres avatars. Bien sûr, ils me paient en linden dollars. Mais ensuite, je peux convertir cet argent en dollars américains, via le Lindex, la Bourse d'échange et Second Life.

Certains passent ici 80 heures par semaine. On a même créé pour eux des groupes de soutien! C'est troublant, oui, mais tu es ici dans un monde ultra-complet, un monde qui pourrait très bien s'autosuffire..."


A noter la parution d'un livre en partie sur Second Life, avec des clichés de personnes réelles et leurs équivalent en avatars, en mai 2007, chez Chris Boot par le photographe Robbie Cooper : "Alter Ego". L'ouvrage sera préfacé par Julian Dibbell qui officie au magazine Wired.

- page 3 de 14 -