Jean-Luc Raymond

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dimanche 20 mai 2007

Notre seconde vie par Alain Monnier

Le romancier Alain Monnier vient de faire paraître "Notre Seconde vie" (chez Flammarion), un roman inspiré de l'univers virtuel Second Life où il décrit une société privée de transports et d'emplois avec des individus livrés à la virtualité.

Le quotidien suisse Le Temps a interrogé Alain Monnier pour son édition du 19 mars : "Pour un romancier, le monde virtuel, c'est du pain bénit!".

L'auteur y livre un regard très critique sur Second Life. Extrait :

"Je me projette quelques années en avant. Les mondes virtuels de demain permettront de donner beaucoup plus de réalisme à la virtualité (...) Je décris une société du spectacle, une société du client roi, où tout le monde peut se faire enterrer au Panthéon, rencontrer Jeanne d'Arc ou Marilyn Monroe. Pour un romancier, le monde virtuel, c'est du pain bénit. C'est le lieu de tous les possibles (...) J'explorerais davantage le relationnel, les contacts qui se créent les ressentis qui sont très différents dans un monde virtuel. Quand je rencontre une vraie femme, je sais quoi lui dire. Mais quand je rencontre un avatar féminin, je suis bloqué. Cela remet en cause tout mon réseau de certitudes et d'échelles de valeur. C'est très intéressant. Un peu comme si je replongeais dans l'adolescence."

samedi 19 mai 2007

Chris Anderson, la longue traîne, internet et consommation

Chris Anderson, rédacteur en chef du magazine Wired, est en interview dans Le Monde daté du samedi 19 mai 2007 sur le thème des habitudes, modes de consommation et de distribution renouvelés à l'ère de l'Internet : "Des consommateurs li-bé-rés !".

Il développe allègrement sa théorie de la Long Tail (longue traîne) à travers ces propos :

"Si on propose en ligne au consommateur 10 ou 100 fois plus de produits, son choix se répartit sur un nombre bien plus important d'articles. En conséquence, les 10 produits phares sont proportionnellement moins vendus. Cela paraît logique, mais nous en avons désormais les preuves, chiffres à l'appui, sur des marchés de plusieurs millions de produits."

Chris Anderson, dont l'ouvrage "La Longue Traîne" est désormais disponible en français (chez Pearson Education) s'attache aussi à évoquer la consommation chez les jeunes et comment elle se "modélise" au quotidien et offre de nouvelles perspectives au marketing et au mode relationnel entre les marques et les adolescents :

"Cette activité qui consiste à deviner ce qui va se vendre ou pas ne me semble plus promise à un si bel avenir. Bientôt, tout arrivera sur le marché en ligne, et la grande aventure sera d'en faire le tri. (...)

Ce seront ensuite des filtres, comme Google, qui mesureront l'intérêt des consommateurs. Les blogs sont également de plus en plus une source de recommandation. Nous avons déjà sur Internet une génération pour laquelle la valeur d'une marque n'est pas ce qu'une entreprise dit mais ce qui apparaît sur Google. (...)

La génération qui grandit actuellement sur le Net, bien qu'elle n'achète pas tout en ligne, établit ses goûts à partir du réseau. Ces jeunes, en gros les moins de 25 ans, ont la certitude qu'ils peuvent tout trouver grâce au Net. C'est la première génération exposée à une telle richesse culturelle, d'une diversité infinie. Cela va influer sur la façon dont elle s'habille, ce qu'elle mange, les vidéos qu'elle regarde, ses hobbies... En Californie, par exemple, les enfants sont désormais fans de mangas. Pas des mangas américanisés, non, des mangas japonais, et ils apprennent des mots pour les comprendre. Je pense que cette génération sera moins satisfaite que la précédente des produits imaginés pour plaire au plus grand nombre. D'ailleurs, les entreprises de grande consommation l'ont compris et sont en train de cibler ces différentes niches de consommation, l'underground, la culture souterraine."

vendredi 18 mai 2007

Jean-Marie Dru, La publicité autrement, le consommateur devient un média

Dans Le Monde 2 de ce vendredi, le Président du Réseau International TBWA et auteur du slogan d'Apple "Think Different", Jean-Marie Dru est interviewé à l'occasion de la sortie de son ouvrage "La publicité autrement" (aux Editions Gallimard, collection Autrement) avec un titre d'article choc "La publicité sera créative ou ne sera plus".

Dans cette entrevue, Jean-Marie Dru parle du nécessaire renouvellement de la publicité avec l'usage personnalisé des nouvelles technologies. Il conte comment les gens peuvent, dès maintenant et encore plus dans le futur, créer leur propre environnement médiatique et musical, leur divertissement grâce au téléchargement, aux consoles de jeux, aux télévisions auto-programmées, aux portables transformés en multimédias.

"A côté de la publicité classique, celle de l'affichage public et des magazines qui restera importante, il va falloir imaginer une nouvelle interactivité, de nouveaux messages, de nouveaux films que les consommateurs blasés auraient envie de voir. Faut-il d'ailleurs encore parler de "consommateurs" ? Aujourd'hui, chacun devient capable de créer son blog, des wikis (les pages Internet ouvertes à tous), des films, son ambiance musicale, ses avatars dans les mondes virtuels. Le consommateur devient un média, l'élément actif d'un réseau. Dans ce contexte, la plupart des gens acceptent de regarder un message publicitaire une fois ou deux, pas plus. Il faut que celui-ci les attire, les amuse, sinon ils s'en vont. Moi, je crois au retour des spots publicitaires longs, talentueux, des 60 ou 90 secondes, véritables "courts-métrages" que les gens voudront regarder, conserver. Je crains que les petits films répétitifs, didactiques, de 15 secondes apparaissent comme du matraquage. La publicité va devoir arrêter le rabâchage pour redevenir un divertissement."


Pour l'anecdote, Jean-Marie Le Dru envoie tous les jeudis un texte appelé "Jeudi" à toutes les agences du réseau TBWA, une note d'une page présentant une idée médiatique nouvelle ou un paradoxe de notre époque.

mercredi 9 mai 2007

Qu'est-ce que l'innovation ? Par Marc Giget : poussée technologique et synthèse créative

Marc Giget est professeur titulaire de la chaire d'économie de la technologie et de l'innovation au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) de Paris. Il anime Les mardis de l'innovation et est l'auteur de "La dynamique stratégique de l'entreprise : Innovation, croissance et redéploiement à partir de l'arbre de compétences" paru en 1998 chez Dunod.

Dans le numéro d'avril 2007 de Sciences et Avenir (n°2667), Marc Giget s'exprime sur la créativité et la capacité d'innovation. Au coeur du potentiel créatif, il met en exergue l'accumulation de l'expérience comme facteur favorable. Extrait :

"Il y a de nombreuses définitions (de l'innovation). On peut dire qu'il s'agit d'intégrer le meilleur état des connaissances dans des produits ou des services qui vont plus loin dans la satisfaction des individus. C'est quelque chose en mouvement permanent, qui résulte du progrès des connaissances (...)

(La poussée technologique), c'est le stade où seuls les ingénieurs comprennent à quoi servent ces machines qu'ils mettent au point dans leurs labos, vous savez ces trucs ennuyeux et moches avec des fils qui dépassent! L'homme de la rue, lui, n'en voit pas l'intérêt. Il n'y a rien d'excitant, à vrai dire, dans un microprocesseur quadruple coeur, une mémoire RAM, un serveur ou un "Wireless Access Protocol"! Jusqu'à ce que quelqu'un imagine qu'avec ces techniques, on va pouvoir surfer sans fil sur Internet avec un ordinateur portable. Cela devient alors une application utile, plaisante, pratique, d'un ensemble de technologies complètement obscures pour la plupart des gens (...)

(Pour basculer vers l'innovation, il faut) la synthèse créative! Il faut un groupe d'individus créatifs qui prend le meilleur de la technologie du moment et invente... l'iPod! Là, l'innovation est tellement réussie qu'elle en devient un objet culte. Derrière ce produit, il y a des dizaines et des dizaines de brevets d'ingénieurs. Mais les utilisateurs n'en ont pas conscience et c'est tant mieux, car ça ne les intéresse pas. L'innovation coïncide avec ce que les gens attendent, désirent."

mardi 8 mai 2007

Le téléphone portable par Philippe Delerm, Mythologie 2007

Dans son édition du 15 au 21 mars 2007 (n°2210), Le Nouvel Observateur fête les 50 ans du livre culte de Roland Barthes : Mythologies. Le magazine a demandé a des personnalités de faire une liste des mythologies d'aujourd'hui et de les expliciter.

L'écrivain Philippe Delerm, auteur de "La Tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives" (Paname) y dresse un portrait de l'objet moderne téléphone portable.

"Il n'y a plus de vie où il ne se passe rien. On est prêt à dégainer. Que la sonnerie se déclenche en mode vibreur - il semble alors qu'il fasse partie du corps, on fait semblant de l'éloigner de la cuisse ou de la poitrine, mais c'est aussitôt pour se rapprocher, juste à l'oreille, le visage un peu penché - ou bien qu'elle se module au faux hasard du sac - et dans la précipitation hypocritement dévolue au désir de ne pas déranger l'entourage se cache un manque compulsif, une fêlure de l'autonomie -, il est le maître. On peut faire semblant de le dominer, le mien est presque toujours fermé, je reste parfois des heures sans l'allumer, les phrases de la mauvaise conscience sont les mêmes qu'on emploie à propos de la télé, mais la consultation épisodique n'est pas si olympienne. Un message, un texto. Et rien, parfois. Ce rien-là n'est pas un constat de béance, mais le début d'une attente.
"T'es où ?" "Où es-tu ?" Les codes sociaux, la proximité affective de l'interlocuteur déclinent différemment cette même interrogation métaphysique. Après avoir saisi l'autre dans son temps, on veut le capturer dans son espace. Il y a une anthropophagie du téléphone portable, mais ce désir de manger l'autre, de se rassasier de l'autre quelques secondes, cache une inquiétude plus sourde, inguérissable désormais. On dit : "On ne pourrait plus s'en passer", et c'est vrai. On dit : "C'est pratique", et c'est plus discutable. Est-il si réconfortant de manifester la persistance d'un aveu ? Il va se passer quelque chose. Il doit."

lundi 7 mai 2007

Communautés virtuelles, penser et agir en réseau, Internet, une présence immanente

Publié fin 2006, l'ouvrage scientifique : "Communautés virtuelles, Penser et agir en réseau" sous la direction de Serge Proulx, Louise Poissant et Michel Sénécal (aux Presses de l'Université Laval, collection Laboratoire de communautique appliquée) est composé d'articles proposant de parcourir le concept de communautés virtuelles (définition, pratiques, fondements historiques, théories, actions de coopération, dispositifs interactifs, implantations de communautés virtuelles) et où sont abordés les différents types de communautés (en ligne ou non) : communauté interprétative, communauté de pratique, réseau d'usagers en ligne, communauté imaginée, communauté médiatisée et communauté épistémique.

"Communautés virtuelles, Penser et agir en réseau" présente trois grandes parties : 1. Communautés virtuelles : promesses et désillusions ; 2. Dispositifs interactifs : l'ère de l'interface ; 3. Cartographie des communautés virtuelles.

Dans cet ouvrage, Barry Wellman et Bernie Hogan (Université de Toronto) indiquent dans leur article "Internet, une présence immanente" (lire leur papier original en .pdf : "The Immanent Internet") qu'Internet est étroitement lié à un changement de paradigme élargi qui touche actuellement le rapport des individus entre eux. Anciennent plutôt homogènes, très généraux et unifiants, les groupes ont pris aujourd'hui la forme de réseaux sociaux plus hétérogènes, spécialisés et faiblement reliés. Extrait :

"Avant même l'avènement du téléphone et de l'avion, déjà on entretenait des relations à distance avec les amis ou la famille. Dans les pays développés, la connectivité a été encouragée, depuis les années 1960 au moins, par des changements sociaux touchant la carrière et les horaires familiaux dédoublés, la libéralisation des lois sur le divorce qui ont réduit les cellules familiales ainsi que les changements technologiques qui ont accru la mobilité individuelle et la communication. Les déplacements aériens et autoroutiers, devenus abordables, ont facilité les fréquentations malgré la distance. Le faible coût des appels locaux et interurbains - et maintenant par Internet - permet un contact rapide, contraint plus par les décalages horaires que par la distance.

Par conséquent, il se pourrait qu'on entretienne plus de relations à distance avec les amis, la famille et les collègues que jamais auparavant. Il est maintenant facile pour l'internaute de trouver une communauté éparse qui partage ses intérêts et de participer activement à celle-ci. Les groupes ont peut-être connu un déclin, mais assurément pas la connectivité.

L'individualisme en réseau a de profonds effets sur la cohésion sociale. Plutôt que de faire partie d'une hiérarchie de groupes toujours plus englobants, à l'image des poupées russes, l'individu appartient maintenant à des communautés multiples et partielles. Ce n'est pas une question d'aller de lieu en lieu, mais de personne en personne. L'individu se préoccupe moins de s'assurer l'appui du groupe que de chacun des membres du réseau.

En dépit des réseaux sociaux moins denses, les liens sociaux ont augmenté. La connectivité Internet s'ajoute au contact physique et téléphonique ; la plupart d'entre nous avions cessé de correspondre par courrier bien avant. La possibilité de conserver ses courriels en attendant de les lire accroît les contacts à distance, sans compter la rapidité d'Internet qui approche la vitesse de la lumière, le seul délai considérable du courriel étant celui du décalage entre l'envoi et la lecture. En outre, le courriel est perçu comme étant moins intrusif que le téléphone ou les rencontres. Il en résulte que nos contacts interpersonnels sont plus nombreux et fréquents que jamais auparavant.

Bien que la spécialisation des goûts et des combinaisons de rôles ne soit pas le produit d'Internet, la conception de ce dernier, culturellement enracinée dans un type spécifique d'individualisme, considère l'individu sans tenir compte du lieu ou de structures imposées socialement telles que la famille. En dépit du nombre accru d'internautes, pourtant, la distribution inégale d'Internet dans nos sociétés de réseau individualisés suscite l'exclusion sociale. Non seulement moins de personnes pauvres, peu instruites, de régions rurales et non anglophones accèdent à Internet, mais cela contribue à les exclure des possibilités que procure Internet : information, socialisation et accès à des ressources utilitaires. Cette disparité s'accroît tant entre les pays qu'au sein de ceux-ci.

Dans la foulée du virage vers l'individualisme du réseau, c'est la nature même de la citoyenneté qui change. Cette transformation s'est amorcée avant l'avènement d'Internet, mais c'est la présence immanente de ce dernier qui l'accélère et la remodèle. Pendant que grimpe la connectivité, la cohésion fléchit. Les journalistes demandent souvent : "Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?" Ce à quoi nous répondons : "C'est ainsi, sans plus." Ce sont les conséquences qui seront bonnes ou mauvaises."

Pensées et réflexions en écho

De la soirée et de cette journée dominicale qui a vu l'élection d'un nouveau Président de la République, je retiendrai deux articles de réflexion: Christian Fauré pour son analyse des années 30 et un parallèle intéressant : "Aristote nous avait prévenu : "ce n'est pas l'infini qui commande". Et pourtant c'est en tant que logique de l'infinité que la modernité avance. Car l'infinité est au coeur de la modernité, à l'image des travaux en mathématique et de la crise des fondements du début du XXe siècle. A ceci il faut rajouter la compréhension de nos sociétés contemporaines comme constituant des "corps productifs"" et les propos du chercheur d'André Gunthert via les Actualités de la recherche en histoire visuelle qui analyse une victoire : "Cette clarté des formulations a pesé dans le combat. On peut regretter cette façon de faire, au nom de la complexité du réel. On peut aussi penser que la pédagogie est un moyen de la politique, et qu'il appartient aux chercheurs et aux intellectuels de savoir ramasser dans des formules frappantes des analyses profondes." PS... Post Scriptum... Bis Repetita... Comprenne qui pourra.

dimanche 6 mai 2007

Stéphane Paoli, journaliste, Internet est un espace pour se réapproprier le temps

La chaîne TV propose mardi 8 mai à 20h45, une soirée spéciale d'analyse de la campagne 2007 pour l'élection du Président de la République en portant un regard sur l'impact du média Internet sur ces élections : Présidentielles.com.

Au programme, deux documentaires "2007 : la campagne du Net" et "Le Monde dans l'Arène" qui tenteront d'apporter un éclairage neuf sur les productions et structurations médiatiques lors de cette campagne.

En amont de cette soirée thématique Présidentielles.com, ARTE a mis en place le Blog de la campagne présidentielle sur le Net. Sur celui-ci, viennent d'être publiés des rush du reportage "2007 : la campagne du net", interviews de journalistes, membres des équipes de campagne et universitaires qui donnent leur point de vue sur l'apport d'Internet dans la campagne.

L'analyse du journaliste Stéphane Paoli sur l'Internet comme espace pour se réapproprier le temps est très intéressante. Voici la transcription de deux passages de cette entrevue pour ARTE :

"Il y a un fait intéressant parce qu'il est paradoxal. Le problème de notre métier aujourd'hui, c'est sa confrontation avec la vitesse c'est-à-dire que tout va beaucoup trop vite. On a longtemps et à tort à mon avis, dans les interviews par exemple politiques, été en tête de la petite phrase.

J'ai tendance à penser que le défaut de la petite phrase, c'est justement d'être petite et donc souvent de ne pas porter beaucoup de sens. Mais la petite phrase, on courait après elle. Cette petite phrase, a force d'avoir été quasi-obsessionnelle chez beaucoup d'intervieweurs, s'est contractée de plus en plus pour n'être plus qu'un mot. Alors, il y en a deux aujoud'hui qui occupent l'espace politique de la campagne, c'est "racaille" d'un côté et "bravitude" de l'autre.
C'est un peu juste tout de même pour développer un sens politique.

Et à mon avis, le défaut de nos médias radio, télé et on commence aussi à le voir en Presse écrite où les articles raccourcissent, où la titraille est plus épaisse mais le corps du texte un petit peu moins, le gros défaut que l'on rencontre dans la Presse aujourd'hui, c'est cette espèce de contraction du raisonnement et du temps. Et paradoxalement, le lieu où désormais des papiers, des raisonnements, des entretiens se développent dans la durée, c'est le lieu de la vitesse : c'est l'espace d'Internet.

Il y a une espèce de renversement des systèmes qui fait que là où on imaginait que ça irait encore plus vite sur Internet parce que sont les réseaux, parce que le transfert d'informations se fait de plus en plus vite, c'est là qu'on découvre que ceux qui ouvrent des sites, des blogs, qui créent de nouveaux médias mettent d'abord en place le concept "espace" pour la durée et çà, c'est quelque chose que je trouve non seulement important mais je crois, nécessaire pour notre métier aujourd'hui. La régénerescence du métier de journaliste peut se faire dans ce nouvel espace. (...)

L'un des mots les plus dangereux pour notre profession aujourd'hui, c'est cette espèce de contraction, cette disparition du sens. On met les choses en perspective à toute vitesse.

Quand on sait aujourd'hui que pour des raisons qu'on sait qui sont aussi économiques, il ne faut jamais l'oublier, que c'est un algorithme qui fait la une du Monde électronique. Cet algorithme va interroger tous les grands titres de la Presse mondiale et va en fonction des occurences, 3 fois un titre sur la Presse Mondiale sur la situation au Proche-Orient, 2 fois un titre sur Airbus et une fois un titre sur le réchauffement climatique... En fonction du nombre d'occurrences, on décline la une du Monde électronique.

La conférence des rédacteurs a disparu. La réflexion collective a disparu. La réflexion sur l'événement, le fait lui-même, si on ne le met pas dans un continuum, il ne peut pas prendre son sens surtout dans un système qui s'est mondialisé et qui est en interaction permanente.

Si c'est une machine à algorithmes qui commence à faire la Une du Monde pour des raisons qui sont peut-être aussi des raisons d'efficacité et de rapidité et en tout cas des raisons économiques, attention ; vraiment attention.

Donc, la réintroduction du temps, l'implication du journaliste par rapport au temps... Prenons le temps de parler, de réfléchir ensemble ("vous n'avez pas vraiment répondu à ma question, je la reprends différemment..."). Si cette génération (Internet) réintroduit cet enjeu, encore une fois, dans l'expression de votre métier, je dis parfait."

mercredi 2 mai 2007

Le principe d'hystérie de l'immédiat de Bernard Stiegler par Jean-Claude Guillebaud

Dans le supplément TéléObs du Nouvel Observateur du 3 mai 2007, le journaliste Jean-Claude Guillebaud évoque les propos du philosophe Bernard Stiegler pour qui le triomphe de l'immédiateté est incompatible avec la vie humaine en général et la vie démocratique en particulier.

Tout se passe comme si le court terme, le tout "tout de suite", l'urgence organisaient désormais nos vies ; extrait de cette chronique :

"C'est encore les brisures du temps - notre temps! - qu'il était question l'autre lundi sur France-Inter. Dans l'émission "la Bande à Bonnaud", l'excellent Bernard Stiegler évoquait l'étrange maladie qui gouverne désormais nos rapports avec la temporalité. Cette variante de l'hystérie obéit aux sautes d'humeur, au principe d'impatience, au "tout de suite". Elle nous voit sauter sans arrêt d'un engouement à l'autre, d'un état d'esprit à son contraire. (...)

Tout se passe comme si, dorénavant, le court terme, l'immédiateté, l'urgence, la saute d'humeur, le tout ou rien, l'instabilité récurrente organisaient nos vies. Les discours que nous tenons sur nous-mêmes - par médias interposés - portent trace de ce sautillement. Un peu comme si le rythme du temps social se calquait de plus en plus sur celui de la Bourse ou, pire encore, de l'informatique qui découpe la temporalité en segments brefs. (...)

D'accord pour dire avec Stiegler qu'une telle instabilité "principielle" est plus pernicieuse qu'on ne l'imagine. Ce triomphe de l'immatériel est incompatible avec ce minimum de cohérence, de suivi, de sérénité qu'exige la vie humaine en général, et la vie démocratique en particulier. Le bonheur lui-même n'est-il pas inséparable d'une paix minimale de l'esprit, d'une relative permanence des choses et des points de vue sur le monde ."

mardi 1 mai 2007

The long tail, l'ère de l'hyperchoix par Geoffrey Delcroix

Dans l'édition d'Avril 2007 (n°329) du magazine scientifique d'analyse et de prospective Futuribles, Geoffrey Delcroix, chargé d'études, analyse le phénomène de Long Tail conceptualisé par le journaliste Chris Anderson dans son article de Wired magazine en octobre 2004, qui fait désormais référence.

Dans son papier "L'ère de l'hyperchoix" pour Futuribles, Geoffrey Delcroix met en perspective The Long Tail : "Les marchés de biens culturels fonctionneraient désormais grâce au principe de la "longue traîne", selon lequel les quelques produits culturels qui se vendent le plus sont côtoyés par des "niches" de produits plus discrets mais qui trouvent aussi leur public. (...) Grâce au e-commerce, il devient possible de disposer d'une multitude d'articles sur Internet pour une durée indéfinie et des coûts minimaux. Un concept qui au final, il faut l'admettre, se révèle également favorable aux consommateurs et à la diversité culturelle."

Il explicite les deux principes et neuf règles de la longue traîne :

"Deux principes :
1) Rendre tout disponible.
2) Aider l'utilisateur à trouver.

Neuf règles :
1) Posséder un inventaire large sans les stocks qui vont avec.
2) Faire travailler les clients.
3) Il n'existe pas une seule méthode de distribution idéale.
4) Il n'existe pas un type de produit normé (par exemple, pour vendre de la musique, il est possible de vendre des disques compacts, des chansons à l'unité...).
5) Il n'existe pas un prix unique.
6) Partager des informations.
7) Penser "et" et pas "ou".
8) Il faut avoir confiance dans le marché pour faire son travail.
9) Il faut comprendre le pouvoir de la gratuité."

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