Moyennisation de la société, Gratuité à revers, Idée qu'on s'en fait, Petites oeuvres, Lanceur d'alerte
Par Jean-Luc Raymond le mercredi 14 octobre 2009, 08:39 - Tendance - Lien permanent
La rubrique Tendances, c'est un abstract de
ce temps qui se résume au présent avec un goût de devenir. Mots en
correspondance ou métaphores d'aujourd'hui, pincées de sens sur notre temps,
concepts de l'instant... Les mots soulignés signifient des traits de Tendances.
Notre planète est en demande non futile de sens. Bonne
lecture!
Moyennisation de la société
"La mutation inachevée de la société française (A partir du livre "Déchiffrer
la Société Française de Louis
Maurin", Editions La Découverte) : Sommes-nous plus libres qu'hier ? Le
processus d'émancipation individuel demeure ambigu. De nouveaux modes
d'influence et de contrôle social se mettent en place dans une société de
communication de masse. En particulier via la télévision. Pour mieux cibler le
consommateur, ses comportements dont fichés de façon de plus en plus détaillée
et intrusive. Nous sommes poussés à accepter de livrer une partie de nous-mêmes
en contrepartie du bénéfice de l'usage de nouveaux biens. Du côté des pouvoirs
publics, la tentation est aussi de plus en plus grande d'utiliser les nouvelles
technologies de l'information pour contrôler de façon étroite les comportements
des citoyens. En même temps, ces nouvelles libertés, dans un contexte d'accès
plus généralisé à la consommation, ont alimenté un discours sur la
"moyennisation" de la société. La salarisation de l'emploi a rendu caduque une
représentation binaire, fondée sur la domination des détenteurs du capital sur
les autres, les prolétaires. Et le déclin du monde ouvrier a réduit la
visibilité des milieux populaires. Mais de l'école à la santé, en passant par
le mariage et la consommation, les univers sociaux continuent largement à
modeler les pratiques et les mécanismes de domination demeurent. Une partie du
déficit de compréhension de la société actuelle vient justement d'une confusion
entre transformation et disparition des groupes sociaux."
(Alternatives Economiques, Octobre 2009)
La gratuité à revers
"Extrait des Mirages de la Gratuité, un article du journaliste Malcolm
Gladwell, journaliste au New Yorker, critiquant l'ouvrage "Free" de Chris Anderson :
"De nombreuses autres formes informations ont décidé de prendre la Gratuité à
revers. On peut consulter le Times gratuitement sur son site Internet. Mais le
Wall Street Journal a découvert que plus d'un million d'abonnés se
réjouissaient de payer pour avoir le privilège de le lire en ligne. (...) Et la
vente par téléphone des applications pour l'iPhone (des idées) rapportera
peut-être bientôt davantage à Apple que la vente de l'appareil lui-même (la
matière). Un jour, l'entreprise pourrait faire cadeau de l'iPhone pour
développer les téléchargements ; elle pourrait faire cadeau des téléchargements
pour stimuler les ventes de l'iPhone ; ou bien elle pourrait continuer de faire
payer les deux, comme aujourd'hui. Qui sait ? La seule loi d'Airain qui vaille
est trop évidente pour mérite un livre : l'ère numérique a tant transformé la
manière dont on fabrique et on vend qu'il n'existe pas de loi
d'airain"."
(Booksmag, Octobre 2009)
L'idée qu'on s'en fait
"L'une des clés du succès n'est pas tant le talent, inné ou non, que l'on
possède, mais l'idée que l'on se fait du talent et de la manière de l'exercer,
estime Carol Dweck,
chercheur en psychologie à l'Université de Stanford, en Californie. Ses travaux
l'ont conduite à identifier deux attitudes très différentes selon les
individus, y compris chez ceux qui ont fait les plus brillantes études.
Certains ont tendance à penser, en ce qui les concerne, que les jeux sont
faits. Leur intelligence et leur talent ont été déterminés une fois pour
toutes, leurs brillantes études en témoignent. Les autres ont tendance à penser
que, quels que soient leurs résultats passés, leur intelligence et leur talent
sont en construction et le resteront. Les premiers ont une vision "fixée" de
leurs facultés, les seconds une vision "de croissance". Ce sont eux qui ont les
meilleures chances de réussir".
(Booksmag, Septembre 2009)
Petites oeuvres
"Lorsque les coûts d'accès à la culture sont élevés, nous préférons les oeuvres
majeures pour amortir ce coût d'accès. Lorsque l'information est gratuite, nous
préférons la multiplication d'éléments qui nous permet de bâtir notre propre
histoire. C'est ainsi que se comprend le titre du livre de Tyler
Cowen "Create Your Own Economy: The Path to Prosperity in a Disordered
World" : la prospérité qu'il évoque ne se mesure pas en unités monétaires mais
est créé par la multiplication d'économies individuelles faites d'interactions
brèves avec des gens partageant nos centres d'intérêt, de réorganisations
d'informations. Dans la culture qui en résulte, chacun produit son oeuvre à
partir de multiples matériaux, à la fois consommateur et producteur. Cela
implique moins de grandes oeuvres universelles et plus de petites oeuvres
personnelles. Ce que montre Tyler Cowen, c'est qu'une culture faite d'un grand
nombre de petites oeuvres n'est pas moins riche qu'une culture faite de
quelques grandes."
(Enjeux Les Echos, Octobre 2009)
Lanceur d'alerte
"Les lanceurs d'alerte, vous connaissez ? Dans des laboratoires, des
universités, des entreprises... des femmes et des hommes, prenant conscience
que notre société court un risque majeur, se lèvent et tentent de nous en
avertir (...) Cette expression, nous la devons à deux sociologues, Francis
Chateaureynaud et
Didier Torny. "L'alerte, précisent-ils, prend dans le sens où nous
l'entendons, la forme d'une démarche, personnelle ou collective, visant à
mobiliser des instances supposées capables d'agir et, pour le moins, d'informer
le public d'un danger, de l'imminence d'une catastrophe, du caractère incertain
d'une entreprise ou d'un choix technologique." Nous n'avons pas ou pas
seulement affaire ici à la dénonciation d'une situation passée, mais bien à un
appel tourné vers le futur, à propos d'un risque actuel et à venir, et qui
parie donc sur une résolution."
(Imagine Demain Le Monde, Septembre-Octobre 2009)
Crédit photo : Jean-Luc Raymond. Mur d'entrée d'immeuble. Paris 3e.
Septembre 2009.
