Facebook, royaume du narcissisme et de l'exhibitionnisme selon le philosophe Robert Redeker
Par Jean-Luc Raymond le lundi 28 décembre 2009, 11:03 - Revue de Presse - Lien permanent

Dans le nouveau numéro du magazine Médias (Hiver 2009), le philosophe Robert Redeker publie une carte blanche très incisive et critique sur le réseau social Facebook. Titre de cet article "Facebook, narcissisme et exhibitionnisme" ; extraits :
"Facebook est surtout un média d'exhibition à laquelle la socialisation sert de masque (...) L'exigence stylistique est elle aussi absente, car, sur Facebook, on n'écrit pas, on communique. L'écriture - qui culmine chez les classiques de la littérature - repose sur un travail d'élaboration. Elle est indirecte. L'impératif du réseau social prône le contraire : dire directement, en quelques mots, sans élaboration. Brut de décoffrage - le contraire de la pensée, le déni de la littérature. Sur Facebook, la communication a tué l'écriture (...) La limitation du nombre de signes laissés aux commentaires est conçue pour empêcher le dialogue. Le fil des discussions en témoigne : sur Facebook, on ne se rencontre pas, on se croise. Les humains y sont des bulles autocentrées dont le lien social se réduit à une forme nouvelle de communication sans rencontre ni dialogue. (...)Rien n'est plus frappant que les photos des pages Facebookiennes. Nos internautes y impriment d'innombrables représentations d'eux-mêmes. La plupart singent, plus ou moins consciemment, l'univers "people". Sur Facebook, l'exhibitionnisme, frontalement tourné vers les voyeurs, épouse le narcisisme, aspiré par une intériorité disparue. Jadis, le narcissisme se repliait sur le moi, la profondeur ; ici, il se replie sur le corps, la surface, l'épiderme, le pixel. Finalement, Facebook désinhibe le narcissisme et l'exhibitionnisme tout en les transformant."

Commentaires
Bonne observation, mauvaise conclusion. Il y a des relents de bovarysme dans cette analyse, une nostalgie de l'écrit qui trouble l'esprit de l'observateur. Facebook et les médias sociaux ne prétendent pas faire de la littérature, ni même révolutionner l'écrit. Y voir un "déni de la littérature" ou une manière "d'empêcher le dialogue" montre que le contexte n'as pas été appréhendé. On ne fait pas de la sociologie en calquant des anciens préjugés sur de nouvelles catégories.
Très dur vis-à-vis des Facebookiens, non?
Certains écrivent, même si la restriction induit le fragment (les contraintes sont bonnes pour l'invention de nouvelles écritures). Des familles restent en contact, des entreprises communiquent (est-ce vraiment un gros mot?) et se font de la publicité. Comme tout média, il n'est que ce que l'on en fait. Les exhibitionnistes le restent, et se gargarisent. Les personnes offrant de la valeur peuvent la partager, et se "rencontrer" d'abord à travers les mots, les images, les liens, avant de le faire "pour de vrai", il me semble. Après tout, on pourrait dire la même chose de twitter (qu'est-ce que je fais à cet instant précis? Hmm, j'écris), et de l'écrit en général: Il s'agit d'un outil, et non d'une fin en soi.
Je pense que le philosophe a quelque part raison..
Personnellement, je préfère qu'on m'explique pourquoi et comment Facebook INCITE les gens à se comporter de telle façon (exhibitionniste et narcissiste selon le philosophe) et Qu'est-ce que cela génère en conséquence dans la vie des gens?
Facebook est un réseau social pour les gens, mais surtout une entreprise, une machine à sous grâce à la "générosité" des gens qui lui fournissent gratuitement des infos persos, alors si en plus on se met à les critiquer... ils ont droit aussi à la parole je pense.
Andrew Keen avait déjà bien abordé ça dans "Le culte de l'amateur : Comment Internet tue notre culture"
Je rejoins nicktalop, Facebook n'est pas là pour y faire de la littérature. Par ailleurs je ne connais pas les amis de M. Redeker dans Facebook mais parmi mes amis, Facebook sert surtout soit à consolider nos liens si nous sommes éloignés soit à organiser des rencontres dans le réel si nous sommes géographiquement proches.