La vie en ligne et en flux
Par Jean-Luc Raymond le lundi 18 mai 2009, 22:43 - Mes réflexions - Lien permanent

Dans l'espace-temps contemporain, la vie se confond en la gestion de flux de différentes natures. Ces flux tendent à disputer la place au mode relationnel classique. Dans les univers technologiques, les flux s'adoptent, se maîtrisent, se corrèlent, se rapprochent et jouent de leur multi-diffusion, de la multiplicité de leur captation, d'un accaparement éphémère de la part de l'utilisateur qui a des difficultés à en épouser le sens. Les informations se fanent dans des annexes documentées ou non, archives classées souvent dans des modes empiriques.
Les "channels" comme signaux de monstration
Dans le corps de l'existence du flux, se retrouvent les "channels", ces canaux qui telle la Citizen Band dans les années 1970-1980 célèbrent le pseudonyme, la personnalité (plus que la personne), un avatar de soi plus ou moins disposé à interagir avec d'autres. Le flux oblige à la constance du média, à une stabilité de la présentation, à des habitudes qui s'appuient plus sur la monstration (paraître) que la démonstration (parcours réflexif).
Des individus renseignés
L'économie des flux prédomine aujourd'hui dans une effervescence dont les modèles économiques demeurent incertains car le flux connaît un coût récurrent de fonctionnament considérable (bande passante des vidéos chez YouTube et DailyMotion) bien que se substituant de plus en plus au téléchargement (cf. le succès de Deezer, service d'écoute de musique en ligne). L'économie du flux s'appuie sur une économie de l'attention en offrant une hyper-personnalisation des flux (sélection des sources, des thèmes, des variations musicales ou des vidéos). Cette nouvelle programmatique s'affiche abondamment dans les médias comme variable de remplacement des mass media traditionnels. La monétisation des flux est consubstantielle à la notion de profil et donc de qualification de l'individu, une représentation en ligne renseignée (avec précision) dans ses flux d’interactions avec d’autres flux. Facebook et surtout Twitter s'inscrivent dans ce cadre de flux d'interactions perturbés par le bruit de la massification de l'utilisation d'une plateforme à la recherche permanente de signifiances.
L'acte de présence
Dans ces agglomérats organisés en flux, chaque personnalité joue d’une stratégie habile, malhabile ou d’une naïveté (socio-cognitive) pour attraper ce temps si précieusement disponible. La présence vaut acte de constance, d’installation d’un pouvoir qui occupe le terrain des mots, des échanges dans les espaces médiatiques. L’absence est aussi pouvoir sur Internet ; on l’oublie trop souvent. Occuper le terrain de l’expressivité, c’est proposer du contenu de flux, du contenu redistribuable… Le devoir de présence devient une obsession communicationnelle de notre temps ("à la demande"), bien plus que la problématisation du contenu produit… Drôle d’invariance sublimée et évaporée, un oubli...
Crédit illustration : Geek And Poke "Social duties", 21 janvier 2008 sous Licence Creative Commons.

Commentaires
Beau billet, merci. Je réfléchis souvent à ces questions et continue à m'interroger. Qui plus est, venant de l'audiovisuel, les programmes dits "de flux" étaient affublés disons de qualificatifs relevant de la "présence" et de la "distraction". Côté littéraire, la notion de flux est aussi intéressante. Retenir "recherche permanente de signifiances", drôle de tension, non, du point de vue de la pensée?! Et j'apprécie votre dernier paragraphe.
C'est vrai, mais il faut attendre encore un peu avant que les usages de ces outils se stabilisent. Un jour on en aura marre de Twitter, comme on a marre aujourd'hui de la messagerie...
une approche qui fait réfléchir, j'ai l'impression que le temps ralenti... même si cela n'est vraiment pas le cas ! Depuis quelques temps je n'ai jamais lu autant de contenu.. et il y a vraiment plusieurs axes, personnellement je choisi celui de la qualité à la quantité.