Pourquoi Baudelaire est moderne ?
Par Jean-Luc Raymond le samedi 18 avril 2009, 23:30 - Revue de Presse - Lien permanent

Frédéric Dussenne, metteur en scène en résidence au Rideau de Bruxelles,
prépare pour le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar) un spectacle mariant textes et
musiques autour de l'oeuvre du poète Charles Baudelaire (Théâtre Marni, 23 et
24 avril 2009).
A la lecture de ses propos dans Bozar Magazine (avril 2009, n°48), on comprend
que l'oeuvre de Baudelaire est tourmentée, entretient un rapport fort avec une
vision moderne de notre monde, dans sa complexité et ses valeurs ; extrait de
cet entretien avec Frédéric Dussenne, avec des propos recueillis par Jérôme
Giersé :
"Baudelaire est une contradiction. C'est un musicien du français parlé ;
son écriture est extrêmement ouvragée, presque précieuse. Et, dans le même
temps, son point sur la vie est très dur, concret jusqu'à l'obscène, au
trivial. Il cultive ce déséquilibre entre une forme très policée et un fond qui
est assez noir. Il y a chez lui la volonté de donner une forme à la réalité la
plus noire en lui conférant de la beauté. Il dit de la ville de Paris, dans un
poème : "Tu m'as donné ta boue, et j'en ai fait de l'or. (...)
C'est la tension entre la beauté et la "laideur" qui est singulière chez
Baudelaire (...)
Je pense que l'attitude de Baudelaire, son point de vue d'artiste, passe
par le prisme de son rapport à lui-même. C'est quelqu'un qui parle du monde en
se regardant dans le miroir. L'homme, la femme, la poésie et la musique sont
des reflets de la même réalité qui se décline en plusieurs modes différents
(...)
La forme - la beauté - rend la réalité supportable."
