Une actualité en évaporation
Par Jean-Luc Raymond le mardi 14 avril 2009, 10:10 - Revue de Presse - Lien permanent

Comment se distinguer, se différencier dans les médias, sur Internet et en
dehors d’Internet. L’excellent magazine trimestriel XXI (Vingt et un) se pose
la question dans l’éditorial de son nouveau numéro (numéro 6, Printemps
2009). Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry pensent que l’ «
actualité profonde » et « la force des choses vues », le pouvoir du « raconter
» et les reportages, les « histoires » sont une des façons efficaces de mettre
en forme une information qui ne s’évapore pas. Leur analyse de l’information
liquide est particulièrement intéressante :
"Les « événements » sont désormais traités en temps réel, rien qu’en
France, par six radios, trois chaînes de télévision d’information continue, une
vingtaine de sites Internet liés aux quotidiens ou aux hebdomadaires, cinq
rédactions exclusivement Web qui sont nées depuis deux ans, et une kyrielle de
blogs en tout genre. Ces médias s’interpénètrent de plus en plus. Le dernier
site à la mode, Twitter, invite ses adeptes à envoyer de très courts messages
sur tout ce qu’ils voient, pensent et dénichent. L’internaute devient ainsi une
agence de Presse ou un moteur de recherche ambulant pour les
autres.
Il faut pourtant se méfier des illusions d’optique. Les études montrent que
70% des informations qui circulent dans ces gigantesques accélérateurs de
particules sont… les mêmes dépêches, indéfiniment dupliquées. À chaque jour son
« buzz », sa rumeur qui enfle, sa polémique, sa révélation sur laquelle nous
sommes aussitôt sommés d’avoir un point de vue. À peine avons-nous forgé une
opinion que l’information est aussitôt remplacée par une autre, toute aussi
capitale que la précédente et ainsi de suite.
Cette circulation circulaire de l’information finit par créer une
représentation du monde virtuelle, chaotique et inintelligible, qui n’a plus de
liens avec ce que chacun d’entre nous peut vivre, ressentir et voir."
