Alors que toute la chaîne de l'industrie de la musique se voit remise en cause par les nouvelles technologies (production, création, distribution, commercialisation, marketing, distribution) dans son cheminement et aussi dans la dématérialisation des supports ; des débats naissent entre acteurs de labels spécialisés, journalistes, producteurs et disquaires pour réfléchir à cet avenir musical que certains peuvent imaginer en trompe l'oeil.

Le n°18 du Journal Les allumés du Jazz (1er trimestre 2007) donne sens à cette variété de points de vue dans un article de 2 pages de Jean-Jacques Birgé avec cette question en guise de titre : "Quel est le meilleur support (le meilleur vecteur médiatique) pour diffuser ce que vous aimez ?". Intéressants propos dans cette tribune pluri-vocale de Stéphane Ollivier, journaliste ; extrait :

"J'aimerais juste pointer les conséquences probables sur l'auditeur des deux principales tendances (faussement contradictoires) qui se dessinent de la généralisation des nouveaux types de diffusion liés à internet : la tentation du flux continu d'une part (la musique conçue et vécue comme bain sonore amniotique) et l'extrême fragmentation de l'autre générée par les phénomènes d'achat en ligne non plus d'oeuvres phonographiques élaborées mais de simples chansons (avec la conséquence immédiate et inévitable de ne plus écouter que ce que l'on connait déjà). Dans les deux cas, ce qui me semble de plus en plus fragilisé voire à terme interdit par ces pratiques si elles tendaient à remplacer définitivement l'objet disque, c'est l'intrusion de l'inattendu, le surgissement du corps de l'autre dans toute son intégrité et sa radicale étrangeté - bref l'acceptation par l'auditeur d'une voix, d'une parole, d'un discours qui vienne entrer en conflit avec une attente culturelle toujours plus réduite et prévisible...

Il y a dans cette utopie (fabriquée et manipulée par l'industrie du spectacle) d'une satisfaction des désirs toujours plus précise et immédiate non seulement un leurre (on ne sait jamais ce que l'on désire avant d'être happé dans son champ d'attraction...), mais surtout une dérive totalitaire allant dans le sens d'une uniformisation purement marchande des goûts et des pratiques toujours plus poussée. Il n'y a d'autres alternatives pour continuer d'exister dans toutes nos différences que d'inventer des formes neuves et révolutionnaires liées à ces nouvelles contraintes de diffusion, sans jamais transiger sur nos désirs d'inouï et la nécessité e leur donner forme."