Pierre Assouline, écrivain et journaliste, regrette les voeux de la nouvelle année, ceux de la carte choisie, de l'écriture manuscrite et de l'encre apposé sur le papier. Le courrier électronique tue-t-il la correspondance traditionnelle ? Sans doute.


Dans Le Monde 2 du 30 décembre 2006, Pierre Assouline rêve d'une jolie carte cachetée de cire dans sa chronique hebdomadaire Juste un détail, titrée "Texto de château" ; extrait :

"Les voeux électroniques font appel à ce que notre sensibilité a de plus pragmatique. Un clic et l'on répond. C'est autre chose que de calligraphier une réponse, d'adresser une enveloppe, de la timbrer et de la poster, toutes choses qui semblent désormais relever d'une attitude d'un autre temps. On écrit dorénavant une lettre au risque de paraître démodé. Après l'ère des salons littéraires puis celle d' "Apostrophes", nous entrons désormais dans un nouvel âge de la conversation, par le truchement des forums, chats, blogs et courriels.

Dans ce bouleversement technologique qui voit le triomphe de l'algorithme, la lettre demeure plus que jamais une conversation avec un absent. Mais c'est le genre épistolaire même qui est menacé. La solitude, qui en était le pivot, s'est déplacée du papier vers l'écran. C'est là que ça se passe désormais. Là qu'on s'y retrouve pour s'y consoler. Même le solitaire et l'insomniaque sont désormais pressés. Ils n'ont plus la patience d'attendre la réponse à leur lettre. Ce sont des correspondants à haut débit. Mais quoi qu'on en dise, le support a modifié le genre. Le courriel n'aura jamais l'intimité du courrier. La main qui martèle le clavier ne chuchote pas à l'oreille comme la main qui court sur la page."