Dans l'une de ses chroniques hebdomadaires pour l'Express : "La musique du monde" (13 avril 2006), Jacques Attali explique en quelques phrases le bouleversement du rapport du consommateur à la musique. Plus encore, il affirme un rôle pivot de la musique : "Or, comme la musique, de tout temps, annonce les changements sociaux, nous entrons dans une toute nouvelle économie, où la seule chose qui restera vraiment rare sera le temps."


Plusieurs blogs d'experts ou de veille sont consacrés aux transformations de valeurs symboliques de la musique en tant que marchandise et notamment à la dématérialisation des supports, à la distribution de pair à pair ("peer to peer") ou à un nouveau rapport économique au bien "musique" : celui d'Alban MartinMyMusic de Sylvie Krstulovic, The Music Crash et Marketing et Droit de la musique dans l'environnement numérique sans oublier Les catalyseurs numériques.


La dernière édition du journal des Allumés du Jazz (n°17, 4e trimestre 2006, à télécharger ici en .pdf), groupement de labels indépendants de ce genre musical, consacre un numéro spécial au titre fort "La mort du disque" ; extrait de l'édito au vitriol de Jean Rochard :

"Téléchââââââââârrrrrrrrrrrrgez !

À deux pas de chez moi, trois librairies viennent d’ouvrir, j’ai trouvé ça joyeux. Toujours pas de disquaire. Pourtant le livre fait 3% de ses ventes par Internet (plus que le disque). Le livre en ligne est en échec. L’objet livre est considéré par ceux-là mêmes qui le façonnent et le vendent (ils ont su faire imposer le prix unique du livre par exemple), ce qui n’est pas le cas de leurs homologues du disque qui ne subsistent que de « Vive la mort ! ». Floués, bluesés, on se demande comment cette industrie proclame aussi facilement le décès de son « protégé », celui sur lequel elle a vécu si longtemps en lui infligeant bien des mauvais traitements. Quelle contradiction dans un monde où la médecine a fait de tels progrès pour maintenir en vie les êtres aux situations physiques les plus précaires ! Quelle contradiction lorsque la défense du bon produit semble être le souhait du citoyen !

(...) Que souhaitons-nous pour la musique, qu’elle soit sur scène ou enregistrée ? La voulons-nous en forme de crottes d’oreilles, activatrices d’une mémoire sélective et atrophiée ? La désirons-nous en simple complément de l’avis général que l’on croit sien (tout le monde a un avis sur tout sans avoir préalablement vu ou entendu – l’écoute n’est là que pour confirmer ce qui se dit que l’on fait sien – sans plus de distinction entre ce que nous sommes et l’espace médiatique). Ou la souhaitons-nous de retour parmi nous ? Car la « mort du disque » annoncée cache en réalité un autre règlement de comptes, celui qui verra la mort de la musique ou, pour être plus précis, sa mise sous anesthésie totale. C’est bien plus grave qu’une sorte d’ingratitude qui consisterait à jeter la carcasse lorsqu’il n’y a plus de gras. Il y a un mouvement qui va dans le sens de la fin de l’expression (Fermez-la et consommez - avec un peu de fond sonore)."