Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile...


Dans son édition papier du mercredi 15 novembre 2006, le quotidien Les Echos évoque le mot japonais Chindogu qui désigne une catégorie bien précise d'objets. L'info est reprise sur le blog Les Echos Innovation dans l'article : L'art difficile d'inventer l'inutile :

"Chindogu vient du japonais "chin" (étrange) et "dogu" (objet). Les chindogus sont des objets utilisables mais inutiles. La complication et la gêne qu'entraînent leur emploi doivent être supérieures au bénéfice qu'ils apportent ­ou sont censés apporter. Exemples : la brosse à dents à double tête pour brosser le haut et le bas, la fourchette à moteur pour enrouler les spaghetti ou les chaussons pour chats en "chiffons à poussière" permettant à minou de faire le ménage rien qu'en se déplaçant. On voudrait pouvoir se laisser aller à une liste exhaustive, tant l'énumération en est réjouissante."


Le blog belge No Bug précisait en 2001 qu'un chindogu (l"art de l'idée non utile") répond à 10 préceptes énoncés parmi lesquelles des idées d'actualités qui rapprochent les chindogu de l'univers des logiciels libres et de la notion de bien commun :

"(...) Un chindogu ne peut être vendu (...) un chindogu ne peut être breveté : offert au monde, il est pour tous et ne peut être protégé par des brevets (...)."


On peut trouver des exemples de chindogu sur cette page en français et aussi sur cette page en anglais. Dans une interview en anglais (2 pages), Kenji Kawakami (créateur japonais du concept de chindogu) précise sa vision de ces objets par rapport au monde actuel et il précise que les chindogu s'inscrivent dans une approche analogique voulant favoriser la communication en opposition du monde numérique :

"Chindogu is analog. There's always some process in analog products, and these processes themselves can be their purpose. We think analog. Humans are originally analog beings. Digital is a way to get human ideas, but your fingers, your food are analog. The entrances and exits (to the human body) are always analog. If you look at digital products, they all isolate people and leave them in their own small world, depriving them of the joy of communicating with others. I can't deny that they make life more exciting and convenient, but they also make human relationships more shallow and superficial."