Nouvelle rubrique : tendance. Un mot, une expression, une chose comme reflet de notre temps, miroir de l'instant ou inscrit dans l'avenir, porteur de sens dans les circonstances dans lequel on le prononce, dans son champ énonciatif et contextuel. Mot, expression à suivre, objet utile ou inutile...


Dans le "Guide de la Sécurité pour les pays en voie de développement de l'Union Internationale des Télécommunications" paru en 2006 (et téléchargeable ici en .pdf, 156 pages), la notion d'insécurité numérique est nommée en page 9 et fait depuis lors ricochet dans le vocable employé pour les technologies ; extrait du sous-chapitre "Constat de l'insécurité numérique" :

"La réalité de l'insécurité des technologies de traitement de l'information et des communications trouve ses origines dans les caractéristiques des technologies de l'information et du monde virtuel. La dématérialisation des acteurs, les accès à distance, un relatif anonymat, les problèmes de conception, de mise en oeuvre, de gestion, de contrôle de l'informatique et des télécoms, associés aux pannes, dysfonctionnements, erreurs, incompétences, incohérences ou encore aux catastrophes naturelles, confèrent de facto un certain niveau d’insécurité aux infrastructures informatiques (...)

La réalité de ces dernières : usurpation d'identité, leurre de systèmes, accès indus, exploitation frauduleuse des ressources, infection, détérioration, destruction, modification, divulgation, déni de service, vol, chantage, etc. met en évidence les limites des approches sécuritaires actuelles, tout en révélant paradoxalement, une certaine robustesse des infrastructures.
Quelles que soient les motivations des acteurs de la criminalité informatique celle-ci engendre toujours des conséquences économiques non négligeables et constitue dans sa dimension de cybercriminalité, un fléau grandissant, transfrontalier et complexe."


Les 14 et 15 juin 2007, à Paris, se tiendra le 14e colloque du CREIS (Centre de Coordination pour la Recherche et l'Enseignement en Informatique et Société) sur le thème "De l'insécurité numérique à la vulnérabilité de la société". Un appel à communication auprès des chercheurs vient d'être lancé avec ces propos sur l'insécurité numérique :

"En s'hybridant avec les télécommunications, puis avec l'audiovisuel, l'informatique a favorisé le développement des techniques d'information et de communication (TIC) et la mise en réseau. Ces techniques qui se diffusent dans les espaces privés, publics ont une caractéristique commune : elles individualisent / autonomisent autant qu'elles accroissent notre dépendance.
Elles sont ainsi tout à la fois : - ambivalentes : d'une part, elles paraissent séduisantes, modernes, facilitant la vie au quotidien, offrant la possibilité d'accéder à des quantités d'information ; d'autre part, elles sont sources de contrôle, de traçabilité, d'atteinte à la vie privée et aux libertés,
- paradoxales : d'une part, elles permettent de rationaliser les démarches, de sécuriser les transactions, de rendre pérenne la production ; d'autre part jamais les systèmes d'information et de communication n'ont été aussi fragiles, montrant à l'occasion de panne, par exemple, notre extrême vulnérabilité par rapport à la technique (...)

Comment définir les concepts de vulnérabilité, d'insécurité, de panne, de dépendance ?
Quelle perception en a-t-on ?
Les dispositifs techniques de sécurisation, les protections juridiques, la sensibilisation des utilisateurs, les chartes de bon usage suffiront-ils ?
Les fouilles de données, les contrôles et les traces qui en découlent ne sont-ils pas liberticides ?
Peut-on gérer l'insécurité numérique, la maîtriser, s'y accoutumer, s'y former, s'en prémunir ?
Ne va-t-elle pas exclure certains, nous rendre dépendants ou encore contrecarrer la quête d'un développement durable ?"